Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (5/9)
Part 3
«J'ai l'honneur de vous informer que, conformément aux nouveaux ordres que je viens de recevoir de Sa Majesté, j'ordonne à la deuxième division, qui est à Friedberg, de se porter sur Fulde, et elle va exécuter son mouvement. La première division, qui est à Hoescht, en partira pour se rendre à Friedberg, et je donne également ordre au général Teste de partir avec les troupes qu'il a disponibles pour se rendre à Giesen, l'intention de Sa Majesté étant que cette division reste sur les confins du royaume de Westphalie, du grand-duché de Berg et de la principauté de Nassau jusqu'à ce qu'elle soit toute réunie. C'est donc sur Hanau que je vous prie de faire envoyer, au fur et à mesure de leur arrivée, tous les corps ou détachements qui appartiendraient à la deuxième ou à la troisième division, sur Friedberg ceux de la première, et sur Giesen ceux de la quatrième. Je laisse toujours à Mayence et à Castel, ainsi que nous en sommes convenus, le 37e léger, jusqu'à ce qu'il ait reçu son habillement et des officiers, et je vous réitère la demande de diriger sur Hanau les deux premiers bataillons aussitôt qu'ils seront en état.»
LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.
«Hanau, le 1er avril 1813.
«J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté que, conformément à ses ordres qui viennent de me parvenir, je prescris au général Bonnet de se porter, avec onze bataillons de marine qui appartiennent à sa division, de Friedberg, où il est maintenant, sur Fulde. La première division le remplacera à Friedberg; la troisième se rassemble à Hanau, et le général Teste, avec les corps de la quatrième division qu'il a, va se rendre à Giesen, où il sera à portée du royaume de Westphalie, du grand-duché de Berg et de la principauté de Nassau.
«Je laisse à Mayence le 37e léger jusqu'à ce qu'il ait reçu des officiers et ses effets d'habillement. Ce serait compromettre l'existence de ce beau régiment que de le faire marcher dans l'état où il se trouve. Aussitôt que les deux premiers bataillons seront en état, ils rejoindront leur division avec le colonel. Les troisième et quatrième bataillons viendront ensuite avec le major.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU VICE-ROI.
«Hanau, le 1er avril 1813.
«Permettez-moi de me rappeler au souvenir de Votre Altesse Impériale et de la féliciter de la campagne laborieuse qu'elle vient de faire, et dont le mérite sera approuvé par tous les coeurs vraiment français. J'espère que vous êtes à la fin de vos travaux pénibles, et que l'avenir vous dédommagera complétement de tous les sacrifices que vous avez faits.
«Je viens d'arriver ici, où je réunis un beau corps d'armée dont Sa Majesté a daigné me confier le commandement. Nous serons, j'espère, très-promptement en état de marcher. Dans la situation actuelle des choses, Votre Altesse Impériale trouvera peut-être convenable que nous ne soyons pas tout à fait dans l'ignorance des événements qui se passent du côté où elle se trouve, et c'est avec confiance que je lui fais la demande d'être assez bonne pour m'en faire informer.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Paris, le 1er avril 1813.
«Mon cousin, j'ai reçu votre lettre du 26 mars.--Vous trouverez ci-joint un rapport sur les renseignements que j'ai fait prendre dans les bureaux du ministère de la guerre. J'ai donné ordre que cinq mille hommes se missent en marche de différents ports pour rejoindre leurs régiments. Il est nécessaire que vous fassiez la revue de ces régiments, bataillon par bataillon, compagnie par compagnie, afin de me faire connaître les cadres qui existent et ce qui y manque. Vous deviez avoir vingt bataillons, formant seize mille hommes. Il paraît que, pour le moment, ils ne formeront que dix mille hommes, puisqu'il faudra beaucoup de temps pour que les détachements qui sont en route arrivent à leurs régiments.
«NAPOLÉON.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
«Hanau, le 2 avril 1813.
«J'ai reçu la lettre que Votre Altesse m'a fait l'honneur de m'écrire le 29 mars.
«J'ai l'honneur de vous rendre compte que, conformément aux ordres de l'Empereur, la division Bonnet est en roule pour Fulde, et que je vais porter la division Compans entre Hanau et Fulde.
«Il paraît que le prince de la Moskowa porte ses troupes sur Meiningen au lieu de le faire sur Eisenach. Je ne pourrai porter moi-même des troupes sur Eisenach que lorsque le prince de la Moskowa débouchera de Meiningen pour se porter sur la Saale. Tout autorisant à croire que l'ennemi est à Leipzig et peut faire à chaque instant un mouvement plus en avant, il pourrait y avoir les conséquences les plus graves à courir risque de mettre en contact avec lui la division Bonnet, qui aura un tiers de son monde en arrière, tant que le 37e n'aura pas rejoint, qui n'a pas un seul homme de cavalerie pour l'éclairer, et qui, plus que cela, n'a pas encore une pièce de canon ni un seul caisson de cartouches.
«La division Compans et la division Friederich ont encore en arrière, l'une, six bataillons, et l'autre sept, et ne les recevront que dans quelques jours, de manière qu'il me paraît impossible que Sa Majesté calcule pouvoir faire opérer les trois premières divisions de mon corps d'armée avant le 15 avril.
«J'ai l'honneur de vous rendre compte aussi que le 23e régiment d'infanterie légère, n'ayant qu'un seul officier par compagnie et à peine un sous-officier et pas un caporal ayant plus de trois mois de service, il m'a paru de la plus urgente nécessité de donner quelques secours à ce corps, en lui accordant des sous-officiers tirés d'autres régiments. J'ai, en conséquence, ordonné provisoirement que le 14e de ligne, dont l'instruction est parfaite et le cadre excellent, lui fournirait six caporaux pour être faits sergents, et six soldats pour être faits caporaux; que le 37e léger, qui est extrêmement riche en vieux soldats, fournirait douze caporaux et soldats pour être faits sergents et caporaux, et le 16e régiment provisoire, six autres: ce qui donnera au 23e léger deux sergents et deux caporaux nouveaux par compagnie. Sans ce secours, il était impossible que ce régiment, dont l'espèce d'hommes est très-belle et de la meilleure volonté, rendît aucun service avant six mois. Je vous prie d'obtenir de Sa Majesté qu'elle approuve ces dispositions.
«J'ai adressé des mémoires de proposition au ministre de la guerre pour les 23e et 37e léger, 11e provisoire, 121e de ligne et 2e de marine. Comme ces corps manquent d'officiers, il serait de la plus grande urgence que les nominations parvinssent promptement.
«Le chef de bataillon Millaud, du 23e léger, ayant obtenu sa retraite, il manque à ce régiment deux chefs de bataillon. Je sollicite ces deux emplois, l'un pour M. Voisin, capitaine de grenadiers au 1er régiment, qui a vingt ans de grade et qui jouit de la meilleure réputation dans son corps, et l'autre pour M. Fonvielle, capitaine de grenadiers au 82e régiment, qui a quatre ans de grade, et que je connais pour un officier très-distingué.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Paris, le 3 avril 1813.
«Mon cousin, il se réunit à Mayence deux divisions de marche de cavalerie, la première, composée de tous les détachements fournis de France par les régiments qui font partie du premier corps de cavalerie, formés en quatre régiments de marche; l'autre, composée de tous les détachements des régiments qui font partie du deuxième corps. Vous prendrez le commandement de ces deux divisions, et vous les placerez dans les environs de Hanau, dans des lieux où elles puissent se former et s'organiser. Les cinquante et un régiments de cavalerie de la grande armée entrent dans la formation de ces deux divisions, dont le ministre de la guerre vous enverra le tableau.--Chacun de ces cinquante et un régiments finira par fournir cinq cents hommes, ce qui portera ces divisions à vingt-cinq mille hommes. La tête de ces régiments étant à l'armée de l'Elbe, et formant à peu près quinze mille hommes, cela fera quarante mille hommes de cavalerie pour les cinquante et un régiments.--Mon intention est bien, aussitôt que cela sera possible, de réunir tous ces détachements à leurs régiments respectifs à l'armée de l'Elbe; mais, en attendant, ils doivent pouvoir servir et pouvoir se battre, si cela est nécessaire, avant leur réunion. Vous passerez en revue tous les détachements; vous leur ferez fournir ce qui leur manquerait. Vous me proposerez la nomination aux emplois vacants: enfin vous ferez tout ce qui est nécessaire pour que les divisions soient bien et promptement organisées.--Le ministre de la guerre envoie les généraux, colonels, majors et chefs d'escadron nécessaires à ces corps. Je donne ordre au duc de Plaisance de se rendre à Mayence pour y suivre, sous vos ordres, tous les détails de cette organisation.
«NAPOLÉON.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Paris, le 7 avril 1813.
«Mon cousin, j'ai donné ordre que la division Bonnet se rendît à Fulde. J'ai donné ordre que deux bataillons de Wurtzbourg, faisant partie de la division Durutte, se rendissent de Wurtzbourg à Fulde, où ils seront sous les ordres du général Bonnet.--Les quatre bataillons de la division Durutte, qui sont à Mayence, se rendent également à la division Bonnet. Le général Bonnet aura ainsi six bataillons de la division Durutte, qu'il fera repasser à leur division aussitôt que cela pourra se faire avec sûreté.--J'ai ordonné que le général Durutte, s'il était obligé de quitter la Saale, se renfermât dans Erfurth, ce qui porterait la garnison de cette place à cinq mille hommes.--Le général Bonnet doit se mettre en communication avec le prince de la Moskowa à Wurtzbourg. Il y a une route directe; faites-la reconnaître.--Il y a à Gotha un millier d'hommes appartenant aux princes de Saxe, et neuf cent un hommes de ma garde à cheval, commandés par le colonel Lyon. Ces troupes ne se retireront que dans le cas où cela serait nécessaire, et où l'ennemi ferait un grand mouvement par Dresde, ce qui ne paraît pas probable.--Le général Bonnet tiendra une avant-garde à Vach-sur-la-Werra, et se mettra en correspondance avec le général Souham, qui est à Meiningen, également sur la Werra.--Faites reconnaître cette route; donnez ordre au général Pernetti de fournir sans délai son artillerie à la division Bonnet. Il est de la plus grande importance que cette division ait ses seize pièces de canon.--Aussitôt que la division Bonnet aura son artillerie et que la division Compans aura également ses seize pièces, vous pousserez la division Compans sur Fulde et Bonnet sur Eisenach.--Faites connaître à Gotha que les troupes de Saxe-Gotha et de Saxe-Weimar sont sous les ordres du général Bonnet.--Si les neuf cents hommes de ma garde étaient obligés d'évacuer Gotha, donnez ordre au général Bonnet de les retenir avec lui.--Aussitôt que votre troisième division aura également son artillerie, vous la dirigerez sur Fulde. Tous ces mouvements préparatoires ont pour but de faire sentir à l'ennemi la présence de nos forces et de l'empêcher de se porter sur le vice-roi, qui est, avec cent mille hommes, en avant de Magdebourg.--Il paraît que vous ne pouvez pas compter sur votre quatrième division, puisqu'elle ne sera formée qu'au mois de mai ou de juin.--Faites-moi connaître la situation de vos divisions, de votre artillerie et de votre génie, en matériel et personnel.--Je suppose que les régiments de marine ont leurs musiques. S'ils n'en avaient pas, faites-leur-en former. Je suppose aussi qu'ils ont des sapeurs avec de bonnes haches.--Les régiments provisoires doivent aussi avoir au moins quatre sapeurs par bataillon.--Vous devez connaître mon règlement pour les bagages et les ambulances, et ce que j'ai accordé aux officiers pour porter leurs bagages et aux corps pour porter leur comptabilité en chevaux de bât.--Donnez des ordres en conséquence. Faites-moi connaître si vos troupes sont au courant pour la solde.--Cela est important et soulagerait le pays.--Les bataillons de vos régiments de marine sont trop faibles; vous devez donc laisser à Mayence six cadres de bataillons, savoir: deux pour le régiment qui a huit bataillons, deux pour celui qui en a six, et un pour chacun des deux qui en ont trois.--De sorte que les bataillons qui vous resteront seront au moins de six cents hommes chacun.--J'ai pris des mesures pour compléter les six cadres de bataillons laissés à Mayence; il ne faut donc les affaiblir en aucune manière.
«NAPOLÉON.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Paris, le 7 avril 1813.
«Mon cousin, j'ai ordonné qu'un bataillon espagnol se rendit à la division Bonnet. Comme le général Bonnet connaît l'esprit des Espagnols, il faudra qu'il exerce sur eux une grande surveillance.
«NAPOLÉON.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Paris, le 7 avril 1813.
«Mon cousin, donnez ordre que quatre mille quintaux de farine soient réunis à Fulde pour le service de votre corps d'armée.--Faites-y confectionner cent mille rations de pain biscuité, de sorte qu'en passant, votre corps puisse prendre du pain pour quatre jours.--Aussitôt que la division Bonnet sera arrivée à Eisenach, vous y ferez également réunir quatre mille quintaux de farine.
«NAPOLÉON.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Paris, le 7 avril 1813.
«Mon cousin, les cadres des cinq bataillons des 35e, 36e légers, 131e, 132e, et 133e ont dû arriver à Erfurth le 2 avril. Je leur avais donné l'ordre de se rendre à Mayence; depuis, j'ai changé cette disposition. Ils doivent être dirigés par Wurtzbourg sur Ratisbonne, où ces cadres trouveront quatre mille hommes bien armés et bien équipés, venant de l'armée d'Italie. Envoyez donc à leur rencontre et faites-les détourner de la route au point où on les rencontrera.
«NAPOLÉON.»
LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.
«Hanau, le 8 avril 1813.
«Sire, je reçois les lettres que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire le 3 avril. Je ferai en sorte de remplir les intentions de Votre Majesté à l'arrivée des divisions de cavalerie qui doivent venir ici.
«Je viens d'achever la revue de détail de celles des troupes de mon corps d'armée qui sont arrivées ici. J'ai, en général, eu lieu d'être content: et, avec quelques jours donnés à l'instruction, quelques nominations dont les demandes ont déjà été faites, et quelques envois d'officiers pour les corps qui manquent de sujets, ces troupes seront en état de bien servir Votre Majesté. Elles sont animées d'un très-bon esprit. J'aurais déjà adressé au prince de Neufchâtel un rapport circonstancié, corps par corps, si je n'avais pas été obligé d'attendre des états qui me sont nécessaires et n'ont pu encore m'être fournis.
«L'artillerie de la division Bonnet est arrivée aujourd'hui ici et part demain pour rejoindre sa division à Fulde: c'est la seule que j'aie encore reçue. Cette artillerie est fort belle, bien attelée et en fort bon état. Comme les canonniers destinés à la servir ne sont pas encore arrivés, j'ai ordonné de former, par division, un détachement de cent cinquante hommes pris dans les régiments de marine.
«Je supplie Votre Majesté de me faire connaître si, en portant la division Bonnet sur Eisenach, elle ne m'autorise pas à mettre aux ordres de ce général cinq cents chevaux de la cavalerie qu'elle m'annonce.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU DUC DE TRÉVISE.
«Hanau, le 9 avril 1813.
«J'ai reçu l'ordre de l'Empereur d'envoyer une division sur Vach ou Eisenach, afin d'avoir plus de pays et de ressources pour organiser mes troupes; mais, d'après les nouvelles répandues de la retraite du général Durutte et des mouvements de l'ennemi en avant de la Mulde, j'ai suspendu ce mouvement jusqu'à ce que cette division fût organisée et eût reçu de l'artillerie et de la cavalerie. Elle va recevoir son artillerie, mais je ne suis pas en mesure encore de lui fournir de la cavalerie. On m'assure qu'il y a à Gotha un corps de cavalerie de la garde; s'il en est ainsi, veuillez me le faire connaître, parce qu'alors je pourrais porter des troupes sur Vach sans inconvénient; et, dans ce cas, je vous prierais d'ordonner au commandant de la garde, à Gotha, d'entrer en communication avec le général Bonnet et de s'informer de toutes les nouvelles qu'il aurait de l'ennemi; et, si l'approche de l'ennemi le forçait de se retirer, de se diriger sur Vach, et de rester avec le général Bonnet pour manoeuvrer de concert avec lui, ce général devant se retirer sur Fulde si les circonstances l'exigeaient.
«Veuillez, mon cher maréchal, me faire connaître si ce que j'ai l'honneur de proposer à Votre Excellence vous convient, afin que je puisse donner des ordres en conséquence au général Bonnet.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Saint-Cloud, le 9 avril 1813.
«Mon cousin, le général Durutte a envoyé quatorze pièces de canon attelées à Erfurth. J'ai ordonné que ces pièces fussent données à votre corps d'armée. Faites-les prendre aussitôt que vous serez à portée de le faire, sans les compromettre.
«NAPOLÉON.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Saint-Cloud, le 10 avril 1813.
«Mon cousin, cinq mille hommes bien habillés et bien équipés sont dirigés des dépôts de France sur Mayence, pour compléter les six cadres de la marine que vous avez laissés à Mayence.
«NAPOLÉON.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Saint-Cloud, le 10 avril 1813.
«Mon cousin, veillez à ce que les bataillons qui composent les régiments provisoires se procurent les chevaux de bât qu'ils doivent avoir pour leur ambulance.
«NAPOLÉON.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU GÉNÉRAL BONNET.
«13 avril 1813 soir.
«Monsieur le général, je reçois votre lettre en date de ce jour. J'ai reçu une lettre du vice-roi, qui était le 10 à Strasfurth. Le général d'York était à Dessau, le général Vittgenstein au delà de l'Elbe; un rassemblement de troupes considérable paraissait avoir lieu entre Dresde et Golditz, tout annonçait un mouvement général de l'ennemi, mais rien n'annonçait d'une manière précise ce qu'il voulait faire, et si son intention était seulement de couvrir une entreprise sur Wittembourg ou de se porter dans la Thuringe. Dans cet état de choses, arrêtez votre mouvement sur Vach et occupez, si vous le croyez sans inconvénient, Eisenach par une arrière-garde ou seulement par des postes. Nous verrons, d'ici à deux jours, ce qu'il convient de faire; ordonnez cependant à Eisenach qu'on y rassemble des vivres.
«En restant ainsi placé vous serez facilement lié avec le général Compans, et, comme je pousse ma troisième division sur Fulde et que le prince de la Moskowa se concentre à Meiningen, nous présenterons, d'ici à peu de jours, une force considérable sur ce point.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU MARÉCHAL NEY.
«13 avril 1813.
«Mon cher prince, j'ai porté une division sur Vach ayant ses postes sur Eisenach, une autre est à Fulde, la troisième va soutenir celle-ci. Sa Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire qu'elle vous avait donné l'ordre de rassembler votre corps sur Meiningen, et que peut-être vous le porteriez sur Erfurth. Veuillez me faire connaître ce que vous comptez faire, afin que je règle mes mouvements en conséquence et que je m'avance sur Eisenach et même sur Gotha, si votre mouvement en avant s'exécute. Une lettre du vice-roi m'annonce qu'il avait encore, le 10, son quartier général à Strasfurth, que le général d'York était à Dessau et paraissait être suivi par le général Wittgenstein, et que tout annonçait un mouvement général de l'ennemi; mais que rien n'indiquait d'une manière précise ce qu'il voulait faire, et si son intention était de se porter sur lui ou de chercher à pénétrer dans la Thuringe.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Saint-Cloud, le 14 avril 1813.
«Mon cousin, je reçois votre lettre du 11 avril, et j'y vois que, le 12, la division Compans sera à Fulde, et que, le 12, la division Bonnet part pour Eisenach. Elle aura donc pu y arriver le 15. Vous ne me parlez pas du mouvement de votre troisième division. Je suppose que, le 15, cette division sera aussi près de Fulde, et que, vous-même, vous aurez votre quartier général sur Eisenach.--Gotha est un très-beau pays, où il est nécessaire de faire sur-le-champ une réunion de farines.--Je suppose que votre troisième division a déjà son artillerie; mais ce qui importe, c'est que vous ayez au moins une ou deux compagnies d'artillerie légère et vos batteries de réserve. Il faut beaucoup d'artillerie dans cette guerre.--Vous devez avoir quatre-vingt-douze pièces de canon; mais seize pièces étaient destinées à la quatrième division, qui ne peut pas encore entrer en ligne: cela doit donc au moins vous faire soixante-seize.--Le duc d'Istrie arrive avec une division de la garde à pied et une à cheval, et environ cinquante-deux pièces. Ainsi ce corps d'armée, formant provisoirement quarante mille hommes d'infanterie et six à sept mille chevaux, aura donc cent vingt-huit pièces de canon.--La seconde division d'infanterie de la garde, avec trente-huit pièces de canon, ne doit pas tarder à le joindre.--Par une inconcevable disposition du général Sorbier, seize compagnies, qui devaient arriver de Magdebourg, sont en retard. Je suppose cependant qu'elles ne tarderont pas à arriver. On y a pourvu néanmoins par le mouvement de quatorze autres compagnies.--Je suppose que les premier et second bataillons du 37e sont en marche pour rejoindre la division Bonnet, et que les troisième et quatrième bataillons ne tarderont pas, ce qui, joint aux six bataillons du général Durutte, provisoirement en subsistance dans cette division, en portera le nombre à vingt bataillons. Il faudra en former trois brigades, chacune de six à sept bataillons.
«NAPOLÉON.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
«15 avril 1813.
«J'ai reçu l'ordre de l'Empereur de porter, du 13 au 18, ma deuxième division sur Vach, et mes première et troisième sur Fulde, et ensuite de pousser des troupes sur Eisenach.
«Ma deuxième division est dans ce moment-ci à Vach, ayant ses avant-postes sur Eisenach; ma première division est à Fulde; ma troisième division part demain matin pour se rendre également sur cette place, et j'y serai moi-même après-demain. Les ordres de l'Empereur étant en pleine exécution, je serai sur Eisenach aussitôt que possible.
«L'Empereur m'avait donné l'ordre de passer en revue et d'organiser les deux divisions de marche de cavalerie qui sont attachées à mon corps d'armée. Ces troupes, arrivant plus tard que Sa Majesté ne l'avait pensé, et mon départ étant devenu nécessaire, je ne pourrai pas remplir cette mission.
«Je crois qu'il est de mon devoir de vous prier de représenter à Sa Majesté qu'elle ne doit pas considérer mon corps d'armée, dans l'état actuel des choses, comme en état de combattre. Elle en connaît la situation d'après le rapport que j'ai eu l'honneur de lui faire; mais je vais entrer encore à cet égard dans quelques détails.
«1° Les corps sont sans officiers, et de vieilles troupes bien instruites ne seraient pas capables de marcher avec un si petit nombre d'officiers pour les conduire, et à plus forte raison des nouvelles. Les corps ont envoyé des mémoires de proposition pour tous les sujets susceptibles d'occuper les emplois; de ces mémoires, envoyés depuis plusieurs mois au ministre, et en duplicata par moi, il n'en est pas revenu un seul.
«Il y a environ quatre-vingts emplois pour lesquels les corps ne peuvent pas présenter de sujets. Sa Majesté a ordonné d'envoyer sur les deux corps d'observation du Rhin un assez grand nombre d'officiers. Tous ont été envoyés au premier corps, et il ne m'en est revenu que neuf chefs de bataillon qui ont été placés. Il y en a, à Mayence, que j'ai demandés et qui n'arrivent pas, entre autres le colonel Deschamps, à qui j'ai fait donner l'ordre de venir commander le 2e régiment de marine, et dont je n'entends pas parler.
«Si Sa Majesté veut que ces troupes s'organisent promptement, il faut qu'elle m'autorise à faire recevoir, dans les corps, les sujets pour lesquels il a été envoyé des mémoires de proposition.
«2° Les première et deuxième divisions ont seules leur artillerie. La troisième n'a ni un canon ni un caisson de cartouches.