Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (5/9)

Part 21

Chapter 211,203 wordsPublic domain

«Sire, je supplie Votre Majesté de me permettre de lui exprimer la vive affliction que j'ai éprouvée à la lecture de son bulletin du 19, qui vient de me parvenir.--Sire, tout ce qui est relatif à la défense de Schoenfeld et de toute la plaine, jusqu'à la hauteur en arrière de Paunsdorf, le 18 octobre, m'appartient tout entier, tant pour la disposition des troupes que pour leur commandement sur le champ de bataille, et non au prince de la Moskowa, auquel Votre Majesté attribue les succès obtenus.--Il a paru à peine en tout dix minutes sur ce point. J'ai été personnellement dix heures sous la mitraille de l'ennemi par la nécessité des circonstances, parce que c'était seulement en payant de sa personne et par la présence du chef qu'un aussi petit nombre d'hommes que celui que j'avais pouvait résister à des forces aussi supérieures que celles qui étaient devant moi. C'est ce jour-là, Sire, que tout ce qui m'environnait a péri.--Jamais, à aucune époque de ma vie, je ne vous ai servi avec plus de dévouement que dans cette occasion.--Il n'y a pas un soldat du sixième corps qui ne puisse l'attester; et cependant Votre Majesté n'a pas daigné prononcer mon nom dans le récit de cette glorieuse journée.--Sire, après l'humiliation et le danger plus grand encore d'être sous les ordres d'un homme tel que le prince de la Moskowa, je ne vois rien de pire que de se voir aussi complétement oublié en pareille circonstance.

«L'objet de mes affections et de mes voeux est d'obtenir votre bienveillance; et Votre Majesté ne saurait me refuser sa justice.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Ollendorf, le 22 octobre 1813, onze heures et demie du soir.

«Monsieur le duc de Raguse, l'intention de l'Empereur est que, avec les troisième, sixième et septième corps d'armée, vous continuiez, demain 23, votre mouvement sur Erfurth, pour prendre position sur les hauteurs, en arrière de la forteresse. Ayez soin d'envoyer à l'avance un officier pour reconnaître la position que vous devrez occuper.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Ollendorf, le 22 octobre 1813, onze heures et demie.

«Je donne l'ordre au général Sébastiani de flanquer la marche de l'armée, et de protéger ce qui passera entre vous et le duc de Reggio.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Erfurth, le 24 octobre 1813, deux heures du matin.

«L'intention de l'Empereur est que vous placiez vos corps dans des villages plus près d'Erfurth, afin de bien vous rallier ce matin et de prendre les effets d'habillement et d'armement dont vous pouvez avoir besoin.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.

«_P. S._ Faites-moi connaître le nom des villages où vos corps seront placés.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Gotha, le 25 octobre 1813.

«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur ordonne que vous partiez demain à deux heures du matin pour vous rendre à Eisenach. Vous y prendrez une position militaire pour soutenir la ville et le général Sébastiani, qui a beaucoup de cavalerie ennemie en présence, et vous vous tiendrez prêt à aller plus loin du côté de Berka.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

ORDRE POUR M. LE DUC DE RAGUSE.

«Rothenbergen, le 30 octobre 1813.

«Les bagages et tous les parcs d'artillerie de l'armée se rendront d'ici à Langenselbold, de là à Hochstädt, passant par Bruckobel, et de là, d'après les nouvelles que l'on aura, ils se dirigeront sur Francfort ou sur Bergen. Tous les isolés et blessés, tous les chevaux blessés, les hommes de cavalerie, non combattants à leur régiment, suivront la même route. Le duc de Padoue, avec le troisième corps de cavalerie, marchera en tête de cette colonne et la dirigera.

«MM. les maréchaux commandant en chef les corps d'armée, le général Sorbier, le général Rogniat, le général Dulauloy, le général Nansouty, commandant en chef la cavalerie, le directeur général de l'administration de l'armée, et enfin tous chefs d'autorité militaires ou d'administration, feront exécuter, chacun en ce qui le concerne, les dispositions ci-dessus. M. le général Radet est spécialement chargé et responsable de l'exécution de cet ordre. Il placera des postes de gendarmerie en conséquence, de manière qu'il n'y ait que l'artillerie active des corps d'armée et les combattants qui suivent la grande route de Hanau, et que tout le reste prenne la route indiquée dans l'ordre ci-dessus. M. le général Radet fera mettre deux poteaux avec des écriteaux.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Au camp, quatre heures du matin.

«Monsieur le duc de Raguse, j'ai remis à l'Empereur le petit croquis que vous m'avez envoyé de votre position. Sa Majesté fait demander si, ce matin, vous pouvez attaquer la ville de Hanau de votre côté. Pouvez-vous passer le pont de bois?

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

«_P. S._ Nous avons jeté toute la nuit des obus dans la ville.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«À une lieue en avant de Hanau, le 31 octobre 1813,

dix heures et demie.

«Monsieur le duc de Raguse, l'officier d'état-major que je vous ai envoyé arrive. L'Empereur me charge de vous dire de continuer à canonner l'ennemi avec toute votre artillerie.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Au bivac, devant Hanau, le 31 octobre 1813.

«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'ennemi a évacué Hanau, le duc de Bellune et le duc de Castiglione partent pour Francfort; vous laisserez au pont les troupes nécessaires pour contenir l'ennemi. Le général Bertrand a ordre d'occuper Hanau; concertez-vous avec lui, et, lorsqu'il se sera emparé des positions, continuez votre mouvement sur Francfort.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

«_P. S._ Le général Bertrand pourra remplacer les troupes que vous avez au pont de bois: concertez-vous avec lui.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Francfort, le 31 octobre 1813.

«Vous pouvez prendre position en avant du faubourg de Hanau; vous ferez prendre pour deux jours de vivres à Francfort, et à cet effet vous enverrez des corvées en règle dans la ville pour recevoir cette distribution.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Francfort, la 1er novembre 1813, trois heures et demie du matin.

«L'Empereur ordonne qu'avec les troisième et sixième corps d'armée vous vous portiez à Höchst, que vous y passiez la Nidda et que vous preniez position jusqu'à nouvel ordre sur cette rivière. Mettez-vous en mouvement à six heures du matin.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

«_P. S._ Faites partir les isolés et les voitures qui peuvent être autour de vous.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Mayence, le 2 novembre 1813.

«Mon cousin, je reçois votre lettre; vous n'avez envoyé, ni à moi, ni à l'état-major, aucune relation des batailles du 16 et du 18: ce que vous auriez dû faire.

«NAPOLÉON.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Höchst, le 2 novembre 1813, une heure et demie du matin.

«Vous tiendrez la position que vous occupez sur la Nidda, à Höchst, jusqu'à l'arrivée du général Curial, c'est-à-dire de la première de ses divisions; ensuite vous vous mettrez en route avec votre corps pour vous rendre à Mayence. Le général Sébastiani a l'ordre de flanquer la droite de la route d'ici à Mayence. Vous remettrez la garde des ponts à ce général.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

FIN DU TOME CINQUIÈME.