Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (5/9)

Part 2

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L'ennemi sentait l'importance de profiter de notre faiblesse pour envelopper le troisième corps; mais il ne pouvait y réussir qu'après m'avoir forcé moi-même à reculer. Il réunit donc de grandes forces contre moi; il dirigea le feu de plus de cent cinquante pièces de canon contre mon seul corps d'armée.

Mes troupes supportèrent ce feu terrible avec un grand calme et avec un remarquable courage. Les soldats de la division Compans surtout, plus exposés que les autres, furent dignes d'admiration. Les rangs s'éclaircissaient à chaque instant, mais se reformaient de nouveau, sans incertitude, et personne ne songeait à s'éloigner.--Les braves canonniers de la marine, accoutumés particulièrement à des combats de mer, où l'artillerie joue le principal et presque l'unique rôle, semblaient être dans leur élément. Immédiatement après ce feu terrible, la cavalerie ennemie s'ébranla, et fit une charge vigoureuse, principalement dirigée contre le 1er régiment d'artillerie de la marine. Ce régiment, commandé par le colonel Esmond, montra ce que peut une bonne infanterie, et l'ennemi vint échouer contre ses baïonnettes. D'autres charges furent renouvelées, mais inutilement et sans succès.

L'infanterie ennemie se disposa à venir prendre part au combat, et de nouvelles forces en artillerie et en cavalerie furent ajoutées aux premières. Un nouvel effort pouvant être tenté et devenir décisif, je me décidai à prendre une meilleure position défensive. Je portai mes troupes un peu en arrière, de manière à les masquer en partie et à les mettre, le mieux possible, à même de soutenir le village de Starfield. Toute la division Compans fut mise dans ce village et chargée de le défendre. Les manoeuvres de l'ennemi, afin de s'étendre sur ma droite, rendaient cette disposition encore plus nécessaire pour empêcher qu'il ne passât entre la tête du ravin et le village. En outre, je plaçai en deçà et sur le bord du ravin une partie de ma troisième division, ce qui suffit pour compléter la sûreté de mon flanc. Le reste de cette division resta en réserve pour pourvoir aux cas imprévus.

L'ennemi dirigea une attaque complète sur Starfield; mais elle lui réussit mal: elle fut repoussée. Sur ces entrefaites, l'Empereur et les troupes de la garde étant arrivées près de Kaia, on se battit sur ce point avec acharnement, et ce village, vivement disputé, avait fini par rester en notre pouvoir. D'un autre côté, le onzième corps, aux ordres du duc de Tarente, dirigé de Schönau (où il était déjà arrivé en marchant sur Leipzig), en suivant le chemin qui conduit directement à Pégau, s'était emparé du village d'Eidorf, sur l'extrême droite de la ligne ennemie. Il s'y était maintenu, malgré les efforts opiniâtres des troupes russes, qui, après l'avoir perdu, voulurent le reprendre. Enfin, il était cinq heures, et le quatrième corps, venant de Iéna, arrivait en arrière de la gauche de l'ennemi, qu'il prenait à revers. Une division de ce corps, la division Morand, suffit seule pour compléter ses embarras. On dirigea de nouveau contre lui un grand effort en avant de Kaia. Cet effort fut soutenu par ma deuxième division, que j'envoyai au secours du troisième corps, aussitôt que j'eus reconnu la présence de celui du général Bertrand (quatrième corps). Ma division reprit le village de Batuna. En ce moment, l'ennemi se décida à la retraite. Alors la division Compans déboucha de Starfield et marcha à lui. La division Freiderick se plaça à gauche et soutint son mouvement; tandis que la division Bonnet, en communication avec le troisième corps, servait de pivot à mon mouvement. Nous suivîmes l'ennemi avec autant de rapidité que la conservation de l'ordre de notre formation nous le permit. Nous continuâmes notre marche jusqu'à la nuit, après avoir fait un changement de front presque perpendiculaire, l'aile droite en avant. Notre mouvement était réglé sur celui du centre et de la gauche de l'armée. Ceux-ci s'arrêtèrent au moment où la nuit commençait. Nous fîmes halte à notre tour pour rester en ligne; nous devînmes ainsi stationnaires pendant une demi-heure, en présence de l'ennemi, resté maître de Grossgorschen et placé en avant de ce village.

L'obscurité était devenue complète. Faute de cavalerie, il y avait impossibilité de se faire éclairer. J'avais mis pied à terre pour me reposer, quand tout à coup un bruit de chevaux se fit entendre; c'était la cavalerie prussienne qui arrivait sur nous. L'état de mes blessures m'obligeait à quelques précautions pour me mettre en selle, et, n'ayant pas le temps nécessaire pour monter à cheval, je me jetai dans le carré formé par le 37e léger, le plus à portée. Ce régiment, ayant peu d'ensemble alors, mais depuis devenu très-bon, s'abandonna à une terreur panique et se mit à fuir. En même temps, mon escorte et mon état-major s'éloignaient du lieu où la charge s'opérait. Ce malheureux régiment en déroute les prit pour l'ennemi et tira sur eux. Entraîné par ce mouvement, j'avais l'âme navrée en reconnaissant l'erreur qui faisait passer par nos armes nos pauvres officiers, et cependant je supposais les Prussiens mêlés avec eux. Au milieu de cette confusion, je pensai que, si, comme je le croyais, les cavaliers prussiens allaient nous sabrer, il était inutile de me faire enlever en me signalant à eux et en leur donnant le moyen de me reconnaître aux plumes blanches dont mon chapeau était garni. Je fis ma retraite forcée de quelques minutes, mon chapeau placé sous mon bras. La foule, allant plus vite que moi, me culbuta au passage du fossé de la grande route, mais enfin les fuyards s'arrêtèrent. Très-heureusement pour nous, les Prussiens n'avaient pas été informés de notre désordre; après avoir chargé sur le 1er régiment de la marine, qui avait fait bonne contenance et les avait reçus bravement, ils s'étaient retirés.

Le 37e léger s'étant reformé, je lui fis honte de sa conduite. Je laissai mes troupes divisées en plusieurs carrés, afin qu'un nouveau désordre ne vînt pas tout compromettre; mais je plaçai mes carrés si près les uns des autres et les faces les plus voisines des carrés les plus rapprochées à si petite distance, qu'elles ne pouvaient pas tirer les unes sur les autres et empêchaient cependant l'ennemi de pénétrer entre elles.

Mes troupes, ainsi disposées, attendirent. J'avais le pressentiment d'une nouvelle entreprise tentée avec des moyens plus complets, et la chose arriva comme je l'avais prévue. Vers les dix heures du soir, quatre régiments de cavalerie prussienne, dont un des gardes, vinrent fondre sur nous. Tout le monde cette fois fit son devoir; aucun désordre n'eut lieu, et l'ennemi laissa cinq à six cents hommes morts autour de nous, et ensuite se retira. Une heure plus tard, tout étant parfaitement tranquille, je portai mes troupes à une petite distance, auprès d'un ruisseau et de quelques arbres; elles purent s'établir pour la nuit et se reposer ensuite.

La triste échauffourée dont je viens de rendre compte coûta la vie à mon premier aide de camp, le colonel Jardet, officier du plus grand mérite, tué par nos soldats. Je le regrettai beaucoup. Plusieurs autres officiers périrent aussi malheureusement en ce moment, et le cheval de mon chef d'état-major reçut onze balles qui le frappèrent à la fois.

Après cette double tentative, l'ennemi évacua Grossgorschen et s'éloigna complétement du champ de bataille.

Cette bataille fut glorieuse pour l'armée française, dont les troupes, composées en grande partie de nouvelles levées, montrèrent beaucoup de valeur. Les résultats en trophées et en prisonniers furent nuls, attendu notre manque absolu de cavalerie.

Le soir de la bataille, l'Empereur dit à Duroc: «Je suis de nouveau le maître de l'Europe.» Cette bataille de Lutzen, bonne conception de la part de Wittgenstein, avait été mal donnée. Il eût dû attendre, pour attaquer, le moment où l'armée française eût été plus engagée du côté de Leipzig, et en même temps agir avec tous ses moyens réunis. En effet, le corps de Miloradowitch, détaché, ne combattit pas. Wittgenstein devait agir promptement et en masse par la gauche; une défaite complète des troisième et sixième corps aurait eu une très-grande influence sur le sort de la campagne. La disproportion de nos forces, si l'ennemi eût agi avec plus d'ensemble, jointe à l'avantage résultant de la nature du pays et de sa nombreuse cavalerie, l'autorisait à l'espérer.--D'un autre côté, Napoléon avait rapidement réparé sa faute en marchant en toute hâte au secours de ses corps engagés. Il s'exposa beaucoup en ralliant et ramenant à la charge les troupes du troisième corps, qui avaient été culbutées. C'est probablement le jour où, dans toute sa carrière, il a couru le plus de dangers personnels sur le champ de bataille.

En ce moment, toutes les troupes françaises réunies en Allemagne s'élevaient à cent soixante-quinze mille hommes, et cent et quelques mille seulement étaient rassemblés sur le champ de bataille de Lutzen.

On estime, et des documents pris à bonne source font croire que la totalité des forces russes et prussiennes ne leur étaient pas de beaucoup inférieures; quatre-vingt-dix mille hommes se trouvaient à Lutzen ou à portée.

Le 3 mai, l'ennemi s'étant retiré sur Pégau, dans la direction de Dresde, le duc de Tarente fut mis à sa poursuite. Je me rendis à Löbnitz, et je dirigeai des avant-gardes sur Berna. Le troisième corps, ayant le plus souffert pendant la bataille, resta à Lutzen; il était d'ailleurs destiné à passer l'Elbe à Wittenberg.

Je marchai au soutien du onzième corps, qui eut plusieurs engagements plus ou moins sérieux, entre autres à Colditz. L'ennemi continua son mouvement en bon ordre sur l'Elbe, en marchant sur diverses colonnes; mais la majeure partie prit la direction de Dresde.

Nous arrivâmes devant cette ville le 8, et nous y entrâmes immédiatement, tandis que l'empereur de Russie et le roi de Prusse quittaient le jour même la ville neuve, où ils avaient, depuis quarante-huit heures, établi leur quartier général.

CORRESPONDANCE ET DOCUMENTS RELATIFS AU LIVRE SEIZIÈME

LE MINISTRE DE LA GUERRE AU MARÉCHAL MARMONT.

«Paris, le 13 mars 1813.

«Monsieur le maréchal, l'Empereur me charge de prévenir Votre Excellence qu'il est indispensable qu'au 20 mars vous ayez votre quartier général à Francfort, afin que vous puissiez voir par vous même les troupes qui doivent composer votre corps d'armée; qu'au 1er avril votre quartier général devra être porté à Hanau, et que, du 1er au 15 avril, vos quatre divisions devront être placées à Aschaffembourg et à Hanau, à moins de nouveaux ordres de Sa Majesté.

«Conformément aux intentions de l'Empereur, j'ai adressé à M. le maréchal prince de la Moskowa l'ordre d'établir son quartier général, le 15 mars, à Hanau: de faire partir, le 20, la première division du premier corps d'observation du Rhin, qui est à Aschaffembourg, pour prendre position à Wurtzbourg.

«La deuxième division sera réunie le 20 mars à Aschaffembourg, et les troisième et quatrième divisions seront réunies à la même époque à Hanau. Aussitôt que la deuxième division sera complétement organisée, elle partira pour Wurtzbourg, et sera remplacée à Aschaffembourg par la troisième division.

«M. le maréchal prince de la Moskowa conservera, jusqu'à nouvel ordre, son quartier général à Hanau, et j'ai recommandé à Son Excellence de ne laisser aucune de ses troupes à Francfort, pour que le deuxième corps d'observation du Rhin puisse se rendre dans cette ville.

«Indépendamment des quatre divisions françaises qui composent le premier corps d'observation du Rhin, il y sera attaché deux divisions de troupes alliées fournies par Leurs Altesses Royales le grand-duc de Hesse-Darmstadt, le grand-duc de Bade, le prince primat, et Sa Majesté le roi de Wurtemberg.

«Ces deux divisions seront commandées par le général Marchand, qui reçoit l'ordre de porter son quartier général à Wurtzbourg, où les contingents qui doivent composer ces divisions seront réunis.

«Une autre division de troupes alliées, fournie par Sa Majesté le roi de Bavière, et qui sera commandée par le général comte de Wrede, sera également attachée à ce corps d'armée; cette division se réunit à Bamberg, Bayreuth et Cromach.

«Ainsi M. le maréchal prince de la Moskowa aura sous ses ordres quatre divisions d'infanterie française et trois divisions de troupes alliées; au total, sept divisions.

«La cavalerie de ce corps d'armée sera composée de trois brigades qui formeront une division.

«Aussitôt que la première division du premier corps d'observation du Rhin, commandée par le général Souham, sera arrivée à Wurtzbourg, le général Marchand portera sa division en avant de la direction de Schweinfurth.

«J'ai aussi adressé au général comte Bertrand, commandant le corps d'observation d'Italie, l'ordre de diriger le mouvement de ses troupes de manière que la première division soit rendue le 15 avril à _Nuremberg_, en passant par Augsbourg; la seconde division à la même époque à Neubourg; la troisième à Donawert, et la quatrième à Augsbourg, où le général Bertrand doit avoir établi son quartier général le 5 avril.

«La cavalerie, le parc d'artillerie et les équipages militaires de ce corps d'armée devront être rendus, au 15 avril, entre Augsbourg et Donawert.

«Tels sont les ordres que j'ai expédiés, et que l'Empereur m'a chargé de communiquer à Votre Excellence, pour que vous puissiez connaître le mouvement du premier corps d'observation du Rhin, et du corps d'observation d'Italie.

«Je vous prie, monsieur le maréchal, de m'instruire des dispositions que vous aurez faites pour ce qui concerne votre corps d'armée, afin de me mettre à portée d'en rendre compte à Sa Majesté.

«Le ministre de la guerre,

«DUC DE FELTRE.»

LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.

«Mayence, le 26 mars 1813.

«Sire, aussitôt après mon arrivée à Mayence, j'ai pris connaissance de la situation des troupes de mon corps d'armée qui venaient d'arriver. Je crois qu'il est de mon devoir d'adresser directement à Votre Majesté un tableau général de la situation de ces troupes, afin qu'elle puisse prendre à leur égard les dispositions qu'elle jugera convenables.

«Les troupes de marine sont arrivées ou arrivent aujourd'hui ou demain; mais ni leur nombre ni la formation des détachements ne cadrent nullement avec les états fournis par le ministre de la guerre: il y a eu nécessairement erreur ou omission d'ordres. Dans tous les cas, je dois le faire connaître à Votre Majesté afin qu'elle connaisse la véritable situation de ces troupes.

«L'état du ministre présente trois détachements composant le 1er régiment de marine, l'un de 1,400 hommes, l'autre de 1,360, et le dernier de 1,750, total, 4,510. Au lieu de cela, les colonnes ont été composées, savoir: 985 hommes de Brest, 480 de Lorient, 600 de Rochefort, 287 de Toulon, 1,215 d'Anvers, 68 de Boulogne, 45 de Cherbourg; total, 3,680; déficit 830 sur le nombre des hommes annoncés partis. Je ne parle pas de 219 hommes restés en arrière ou aux hôpitaux, mais qui rejoindront plus tard; le déficit est sur les partants.

«Le 2e régiment, d'après l'état du ministre, se compose de 20 hommes, 39, 14, 1,605, 1,410, 1,410. 1,400; total, 5,898. Au lieu de cela, il est parti: première colonne, de Toulon, 1,277 hommes; deuxième, 1,091; troisième, 1,563; de Brest, 78; de Cherbourg, 130; de Rochefort, 46; total, 4,185; déficit, 1,713 hommes au moment du départ, non compris 766 hommes restés en route, mais qui rejoindront plus tard.

«Il y a également des erreurs dans les 3e et 4e régiments. Votre Majesté connaîtra incessamment et dans le plus petit détail la situation de ces quatre corps, les mesures étant prises pour que, d'ici à cinq jours, les états de situation les plus circonstanciés soient dressés.

«En général, les troupes de la marine paraissent animées du meilleur esprit, mais elles manquent de différentes choses indispensables pour le service.

«1° Ces corps manquent de tambours et de caisses de tambour; il en manque à peu près deux cent cinquante dans les quatre régiments; il n'y en a point dans les magasins de Mayence et de Strasbourg, et les moyens de confection ici sont extrêmement bornés: un grand envoi de l'intérieur peut seul donner à ces corps ce qu'il leur faut.

«2° Ces corps, par leur organisation, n'avaient pas de chirurgiens, ceux des vaisseaux devant leur suffire; il paraît juste et nécessaire de les en fournir comme l'armée de terre.

«3° Ces corps sont tout à fait dépourvus d'ustensiles de campagne, et, à cet égard, les autres corps sont dans le même cas. Le magasin de Mayence est tout à fait dépourvu et les arrivages paraissent suspendus. Les confections sur lesquelles on comptait à Francfort n'ont pu encore avoir lieu, les marchés n'étant pas même passés aujourd'hui; et cependant le premier corps d'observation doit être servi avant le deuxième, et il est loin d'avoir ce qu'il lui faut. Des dispositions nouvelles et d'urgence peuvent seules pourvoir les troupes de ce qui leur manque.

«4° Le dédoublement des troupes de marine a laissé un grand nombre d'emplois d'officiers vacants; les propositions n'ont pas été accueillies par le ministre parce qu'elles n'étaient pas appuyées d'états réguliers. Mais les matricules qui seules peuvent donner les moyens de les former sont dans les ports et n'existent pas ici. J'ai donné l'ordre de renouveler ces propositions, et je les adresserai de nouveau au ministre, les choix d'ailleurs paraissant porter sur des sujets qui en sont dignes et qui sont les plus anciens.

«5° L'armement de ces corps aurait besoin d'être échangé[1], mais l'arsenal de Mayence n'en a pas les moyens; ces corps manquent d'armuriers et en ont un besoin pressant. Le 1er régiment aurait aussi besoin de gibernes, mais il n'en existe pas ici. Quant à l'habillement, presque toutes les recrues ne sont vêtues que de vestes et de capotes, et les effets sont encore en arrière; j'ignore s'il est permis d'espérer leur prochaine arrivée.

[Note 1: Les troupes avaient pour arme le fusil de dragon, c'est-à-dire un fusil sans baïonnette. (_Note de l'Éditeur._)]

«Voilà, Sire, les renseignements généraux sur les régiments de marine. Ces corps sont en mouvement pour se rassembler sur différents points; les généraux de division placés au milieu d'eux surveilleront constamment leur instruction, et moi-même je leur consacrerai autant de temps qu'il me sera possible.

«Le 37e léger, qui se forme ici, ne sera pas réuni aussi promptement que l'indication du ministre avait pu le faire supposer. Soixante-huit départements ont envoyé leur contingent, quarante sont encore en retard, mais en général ce sont les plus éloignés. L'espèce d'hommes de ce régiment est belle et ce corps sera fort beau lorsqu'il sera organisé; mais tout lui manque à la fois. Quoiqu'il ait deux mille cent hommes réunis, il n'a encore que quatre officiers. Les effets d'habillement ne sont pas encore arrivés, et on n'a pas de notions précises sur l'époque de leur arrivée: il en est de même des caisses de tambour et de ce qui tient à l'équipement. Cependant ce corps ne peut ni servir ni se mouvoir avant d'avoir des officiers et son habillement. Dans le mouvement que les troupes font sur la rive droite, je place le 37e à Mayence et à Castel, où M. le duc de Valmy a bien voulu me permettre de le laisser; pour qu'étant tout réuni et plus à portée des ressources il puisse être plus promptement organisé; il a bien voulu me permettre également de placer dans ce régiment les premiers officiers arrivant de France, au moins à raison d'un par compagnie, mais il lui manquera encore des sous-lieutenants; les sous-officiers de ce régiment étant en général peu susceptibles de recevoir de l'avancement, la plupart d'entre eux ayant été nommés par les préfets, la veille de leur départ. Il faudrait pour ce régiment un certain nombre d'élèves de l'École militaire.

«Hanau ayant été évacué par le premier corps d'observation, les troupes de marine de la deuxième division sont en route pour s'y rendre; elles établiront leurs cantonnements au delà de Hanau, entre Fulde et Hanau.

«Cinq bataillons de la troisième division, qui viennent d'arriver, partent aussi pour se rendre à Hanau, où cette division se rassemblera.

«La première division se rassemble à Hoescht, et de là viendra à Hanau, lorsque je pourrai disposer d'Aschaffembourg; alors la quatrième remplacera la première de Mayence à Hoescht, et s'y formera.

«Chaque division reçoit immédiatement son ambulance, qui est organisée et en état de marcher. Je serai moi-même dans trois jours à Hanau, où j'établirai mon quartier général.

«Presque tous les généraux de brigade et adjudants commandants, et tout ce qui tient aux états-majors du corps d'armée sont encore en arrière, et nous en aurions cependant grand besoin.»

LE MARÉCHAL MARMONT AU DUC DE VALMY

«Mayence, le 30 mars 1813.

«Permettez-moi de vous rappeler diverses demandes que j'ai eu l'honneur de vous faire verbalement, et auxquelles vous avez bien voulu me promettre de faire droit.

«Vous avez bien voulu me promettre de faire incorporer dans le 37e régiment les premiers officiers qui arriveraient de France, au moins jusqu'à concurrence d'un par compagnie. Je vous demande instamment, aussitôt que les deux premiers bataillons de ce régiment auront reçu leur habillement, de les faire partir de Mayence et de Castel pour Fridberg, afin que le général Bonnet puisse avoir ce corps sous les yeux et s'occuper de son instruction. Vous avez bien voulu me promettre de le faire remplacer à Mayence et à Castel par les troisième et quatrième bataillons que commandera alors le major, et qui rejoindront les premiers aussitôt qu'ils auront reçu officiers et habillements.

«Je vous demande, mon cher maréchal, de placer dans Mayence, aussitôt que vous le croirez possible, le fond de la quatrième division, et de porter, lorsque les troupes de la première division l'auront laissé libre, son quartier général à Hoescht, afin que, sortie de Mayence, elle puisse mieux se former.

«Je vous rappelle la promesse que vous avez bien voulu me faire de faire changer tout l'armement des régiments de marine. Les régiments ont ordre de dresser leurs états de demande, et ils réclameront près de Votre Excellence, dans le cas où l'artillerie ferait des difficultés, pour les satisfaire et leur fournir les moyens de transport qu'il leur faudra.

«La première division est à Hoescht, la deuxième à Friedberg, la troisième à Hanau. Je vous demande de faire donner l'ordre que, quand il arrivera des détachements pour ces divisions, on les dirige sur ces différents points. Lorsque les circonstances me les feront changer, j'aurai l'honneur de vous en informer.

«Enfin, mon cher maréchal, lorsqu'il y aura de la cavalerie désignée pour moi, je vous prie d'en hâter la marche autant que possible, attendu que, n'en ayant pas un seul homme, je n'ai aucun moyen de communication entre mes divisions.»

LE MARÉCHAL MARMONT AU DUC DE VALMY.

«Hanau, le 1er avril 1813.