Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (5/9)

Part 19

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«Le septième corps aura la division Durutte à Göllmenz et Lukenwhna, point intermédiaire de Düben et Eulenbourg. Les deux autres divisions de ce corps, à Broda, occupant Delitzsch et Bendorf. Sa cavalerie légère à Koltzau.

«Le quatrième corps, à Zschortau.

«Je sais que vous occupez Düben et Eulenbourg, et je pense que vous avez toujours une ou deux divisions à Leipzig.

«Nous manquons de munitions. Le quatrième corps a tout consommé. Ne pourriez-vous pas, mon cher maréchal, céder au général Bertrand un approvisionnement simple pour six pièces de douze, deux obusiers de six pouces, douze pièces de six et quatre obusiers de vingt-quatre, ainsi que dix caissons de cartouches d'infanterie. On assure qu'il y a des dépôts considérables à Torgau, et qu'il s'y trouve, entre autres, plus d'un million de cartouches en réserve; vous pourriez vous remplacer dans cette ville, avec laquelle vous communiquez.

«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»

LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.

«Delitzsch, le 5 octobre 1813, huit heures du soir.

«Mon cher maréchal, j'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite aujourd'hui de Hohen-Priegnitz. Il ne s'agit pas, je crois, de serrer sur Eulenbourg pour conserver ce débouché, mais bien de nous rassembler le plus promptement possible sur Leipzig.

«Les divisions Fournier et Defrance, que j'ai détachées aujourd'hui sur Landsberg, ont été forcées de rétrograder, et l'ennemi les a suivies jusqu'à une demi-lieue d'ici, en avant de Gros-Kühna. L'ennemi s'est également présenté à Schenkenberg; il a fallu de l'infanterie et du canon pour l'éloigner. Enfin, le général Dabrowski, après s'être battu contre des forces supérieures, a évacué Bitterfeld; il est à Paupitzsch et se rapprochera encore cette nuit de Delitzsch. Ce général a vu plus de quatre mille hommes de cavalerie passer la Mulde entre Bitterfeld et Düben.

«Je viens d'ordonner à la division Durutte, qui est à Lukenwhna, de rentrer en ligne demain matin à la hauteur de Mocherwitz. Je pense, mon cher maréchal, que vous devez venir prendre position à Lukenwhna, gardant Eulenbourg par un régiment d'infanterie et un détachement de cavalerie; cette troupe aurait, en cas d'événement, sa retraite assurée sur Leipzig, et pourrait même, au besoin, se diriger sur Wurtzen.

«Si vous jugez convenable de vous rassembler à Lukenwhna ou à Cremsitz, j'attendrai l'ennemi demain à Delitzsch; nous nous trouverions parfaitement en mesure de livrer bataille à l'ennemi ou de nous retirer ensemble, s'il nous présentait des forces supérieures. Je ne crois pas que l'ennemi ose engager un petit corps avec la Mulde à dos; ainsi nous pourrions attendre et gagner la journée de demain. Il faut espérer que l'Empereur nous donnera de ses nouvelles, et que Sa Majesté va prendre un grand parti.

«J'attends, mon cher maréchal, votre réponse à la proposition que je viens de vous faire pour prendre mes dispositions définitives.

«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 5 octobre 1813, deux heures du matin.

«Mon cousin, je reçois votre lettre du 4 octobre, datée d'Eulenbourg. Je n'ai encore reçu aucune nouvelle des affaires du général Bertrand que par votre lettre d'hier. J'aurais bien voulu que vous m'eussiez donné quelques détails. Donnez-moi tous ceux que vous aurez.--Le troisième corps a dû avoir, hier 4, une division à Meissen, une à Riesa et l'autre à Strehla. J'ai donné ordre qu'une division marchât sur Belgern. Je donne au troisième corps l'ordre de marcher tout entier sur Torgau. Il est, dès ce moment, à votre disposition. Ordonnez qu'à Torgau on y joigne tous les hommes de son dépôt qui sont disponibles.--Il est de la plus haute importance que vous faisiez rétablir le pont de Düben, et que vous marchiez rapidement pour détruire le pont de l'ennemi. Votre réunion avec le prince de la Moskowa et le général Dombrowski, est aussi de la plus haute importance.--Je donne ordre au duc de Castiglione de se porter sur Leipzig avec son corps d'armée.--Il est urgent de rejeter l'ennemi au delà de la rivière, avant qu'il ait de nouveaux renforts.

«NAPOLÉON.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 6 octobre 1813, neuf heures du matin.

«Mon cousin, le duc de Padoue me fait passer votre lettre, datée le 5 de Lindenhain. J'avais reçu vos lettres précédentes. J'ai également reçu, par le duc de Padoue, une lettre du prince de la Moskowa, du 4 à deux heures après-midi.--Je vous ai déjà fait connaître que le troisième corps était échelonné sur la route de Meissen à Torgau; il a dû être concentré, aujourd'hui 6, à Torgau. Je serai ce soir à Meissen, avec quatre-vingt mille hommes, ayant mon avant-garde à l'embranchement de la route de Leipzig et de celle de Torgau. J'y recevrai vos lettres qui me décideront à prendre l'une ou l'autre de ces routes. Les reconnaissances envoyées hier sur la rive droite, jusqu'à dix lieues de Dresde, n'ont trouvé que peu de monde, et le commissaire du cercle de Königsbruck nous a instruit en détail des forces et du mouvement de l'armée ennemie.--Comme le troisième corps est sous vos ordres, j'ignore la direction que vous lui avez donnée; mais je suppose que demain matin je serai parfaitement éclairé là-dessus.--Je me propose de me porter sur Torgau, et de là de marcher sur la rive droite pour couper l'ennemi et lui enlever tous ses ponts sans être obligé de lutter contre ses têtes de pont. En marchant par la rive gauche, il y a l'inconvénient que l'ennemi peut repasser la rivière et éviter la bataille; mais, dans cette seconde hypothèse, nous pouvons déboucher par Wittenberg.--Au reste, comme l'ennemi a l'initiative du mouvement, je ne pourrai me décider sur le plan à adopter définitivement que lorsque je connaîtrai l'état de la question le 6 au soir.

«NAPOLÉON.»

LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.

«Göllmenz, le 6 octobre 1813, six heures du matin.

«Je viens de recevoir la lettre que vous m'avez écrite ce matin à quatre heures.

«Je sens parfaitement que vous ne pouvez pas quitter de jour votre position devant l'ennemi qui, ayant rétabli le pont de Düben, ne manquerait pas de faire du mal à votre arrière-garde. J'établis en conséquence les quatrième et septième corps à Naundorf et Klwölkan. La division Dabrowski restera à Delitzsch tant qu'elle pourra s'y maintenir. La division Fournier prend position à Lindenhain, s'éclairant sur Bitterfeld par Reihitz. La division Defrance restera ici à Göllmenz. Comme il serait impossible que nos deux corps, en partant ce soir à la chute du jour, pussent passer sur la droite de la Mulde à Eulenbourg, je resterai en seconde ligne derrière vous jusqu'à quatre heures de l'après-midi, heure à laquelle je me mettrai en marche sur Wurtzen, d'où j'irai prendre position à Schilda. Vous, mon cher maréchal, après avoir passé par Eulenbourg, vous iriez prendre position à Mackern ou Reichenbach, et nous serons dès lors en mesure de marcher sur le flanc de l'ennemi.

«Faites-moi part, je vous prie, de vos observations sur le mouvement projeté et l'ensemble des manoeuvres.

«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»

LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.

«Bennewitz, le 7 octobre 1813, six heures du matin.

«Je reçois votre lettre d'hier soir.

«Le général Régnier prend position à Pichen; il établit sur la Mulde, vis-à-vis Colla, un pont qui sera achevé ce matin. Ce général se mettra en communication avec votre corps d'armée à Taucha.

«Le quatrième corps prend la direction de Torgau pour rallier le troisième, s'il est encore près de cette place. Je ne vois pas que le troisième corps puisse être exposé dans sa marche sur Eulenbourg, s'il a reçu l'ordre que vous lui avez donné de s'y rendre, puisque vous m'annoncez que l'ennemi a peu de monde aux environs de cette ville et que vous pensez qu'il opère sur votre gauche. Le duc de Padoue me mande que quelques régiments d'infanterie ennemie doivent être arrivés à Halle.

«Donnez des ordres, mon cher maréchal, pour faire arriver en toute hâte sur Leipzig tous les convois qui peuvent être entre cette ville et Erfurth; il faut rappeler tous les détachements et être serré en masse. Il ne s'agit plus, comme vous le remarquez fort bien, que de gagner du temps; l'Empereur, qui est définitivement en mouvement, ne tardera sans doute pas à faire changer la face des affaires.

«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»

LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.

«Bennewitz, le 7 octobre 1813, une heure de l'après-midi.

«Le général Dombrowski, auquel j'avais donné l'ordre de tenir hier jusqu'à quatre heures de l'après-midi le poste de Delitzsch, tandis que votre corps d'armée et celui du général Régnier faisaient leur mouvement, a été attaqué très-vivement par la cavalerie légère ennemie qu'il a toujours repoussée; il est parti de sa position à une heure du matin, et son arrière-garde a été suivie jusqu'à Taucha.

«Le général Régnier m'a rendu compte que vos troupes avaient entièrement évacué Eulenbourg hier au soir; je lui ai ordonné d'y envoyer mille à douze cents hommes pour la garde du pont, qui devient un débouché important, en ce moment où l'arrivée des renforts que l'Empereur conduit en personne annonce que nous allons reprendre l'offensive.

«Les Cosaques qui étaient hier à Wurtzen y ont laissé une proclamation qui annonce aux Saxons que le général Blücher marche sur Leipzig avec soixante mille hommes, et que l'armée française est détruite.

«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»

LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.

«6 octobre 1813, quatre heures

«Sire, j'ai eu l'honneur de rendre hier au soir à Votre Majesté un compte détaillé de ma position. En conséquence, je ne l'en entretiendrai pas encore une fois. Je prendrai la liberté seulement, au nom du bien du service, de lui dire qu'il est de la plus grande urgence qu'elle vienne ici; car, si elle ne vient pas, nous allons faire de la mauvaise besogne, je ne puis en douter aux dispositions que je vois prendre. Le premier ordre que je reçois, si je l'exécutais, compromettrait l'armée de la manière la plus éminente, car il n'a été le résultat d'aucune espèce de calcul, ni de temps, ni d'opération. Je n'entre pas dans de plus grands détails pour ne pas fatiguer Votre Majesté. Je me borne à lui réitérer l'assurance que rien ne serait plus fâcheux pour son service que de voir la direction des opérations, dans la position délicate où nous sommes, confiée aux mêmes mains.»

LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.

«8 octobre 1813 soir.

«Sire, je reçois la lettre de reproches que Votre Majesté a chargé le major général de m'écrire. Nous serions restés sur la Mulde sans difficulté, et nous y serions encore, sans les étranges combinaisons du prince de la Moskowa, les craintes exagérées, plus étranges encore, qu'il a eues de l'ennemi.

«Je n'ai quitté Düben que vingt quatre heures après que les troupes qui étaient à ma hauteur s'étaient retirées. Je n'ai quitté Hohen-Priegnitz que lorsque les troupes du prince de la Moskowa étaient depuis longtemps en marche sur Wurtzen. «Sentant la nécessité de couvrir Leipzig, j'ai demandé avec instance au prince de la Moskowa de s'y rendre, et je serais resté à Eulenbourg pour garder les passages de la Mulde et rallier le troisième corps, quoique ce mouvement fût naturel au prince de la Moskowa, puisqu'il était plus à portée que moi; il s'y est refusé formellement et a persisté à se porter sur Wurtzen, trouvant apparemment qu'il n'était en sûreté que là.

«J'ai dû me porter sur Leipzig, parce que c'était le rôle qu'il m'avait assigné. Le prince de la Moskowa s'est chargé formellement de faire immédiatement un détour convenable pour rallier le général Souham à Wurtzen dans le cas où il aurait reçu l'ordre que je lui avais expédié, chose dont il était possible de douter.

«Enfin je n'ai point détruit le pont d'Eulenbourg, comme on l'a dit à Votre Majesté; mais je l'ai fait couper de manière à exiger cinq à six heures de réparation en faisant le calcul que, si le général Souham avait reçu l'ordre de mouvement, il serait garanti par là, pendant la matinée, de l'action des troupes qui m'avaient suivi et dont le nombre pouvait être fort augmenté pendant la nuit, et qu'ainsi il aurait sa retraite libre sur Wurtzen.

«Telles sont, Sire, les justifications que mon honneur exige que je présente à Votre Majesté, et qui, je l'espère, me mettront à l'abri de tout blâme à ses yeux.»

LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.

«Bennewitz, le 8 octobre 1813.

«Je reçois la lettre que vous m'avez écrite de Schönfeld hier à onze heures du soir. Je ne crois pas l'ennemi en mesure de venir immédiatement à Leipzig pour y livrer bataille, et il est à présumer, d'après divers renseignements, que son projet est de prendre Wittenberg avant de se livrer à aucune entreprise sérieuse. Au surplus, il me semble que vous auriez tort de vous engager fortement avant notre réunion totale, et qu'il est convenable d'attendre, pour opérer cette réunion, que nous sachions si l'Empereur veut manoeuvrer entre l'Elbe et la Mulde, ou entre la Mulde et la Saale. Quoi qu'il en soit, je prescris au général Régnier d'établir aujourd'hui sa ligne de manière que sa droite soit à la hauteur de Gotha et sa gauche vers Taucha, ayant un poste à Eulenbourg.

«J'écris au général Souham que, s'il ne croit pas pouvoir se maintenir à Eulenbourg, il remonte la Mulde pour venir s'établir à Nitzschwitz; il restera dans cette position jusqu'au retour sur la Mulde du général Bertrand, qui est allé à Torgau tant pour y prendre des munitions que pour avoir des nouvelles de l'Empereur.

«Le général Dombrowsky est à Schmöllen, au-dessus de Wurtzen. Dans cette position, je puis en une marche me réunir à vous; mais je ne crois pas qu'il faille livrer bataille à Leipzig, et que, lorsque le convoi d'artillerie sera arrivé, il sera convenable que nous nous rapprochions de la Mulde pour y attendre les ordres de l'Empereur, que nous ne pouvons pas tarder à recevoir.

«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»

«_P. S._ Le général Souham est arrivé à Wurtzen.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Wurtzen, le 9 octobre 1813, une heure et demie du matin.

«L'Empereur ordonne que vous fassiez partir à six heures du matin le général Latour-Maubourg, avec tout le premier corps de cavalerie; le général Lefebvre-Desnouettes avec toute la cavalerie de la garde; la brigade du général Piré et la brigade du général Vallin. Pendant la marche, le général Lefebvre sera sous les ordres du général Latour-Maubourg. Donnez vos ordres pour que ces corps arrivent le plus tôt possible à Eulenbourg, où l'Empereur se trouvera de sa personne. Il est nécessaire qu'ils y soient à onze heures du matin, et qu'ils battent le chemin direct de Düben. Prescrivez au général Lefebvre et au général Latour-Maubourg d'envoyer chacun un officier auprès de l'Empereur pour faire connaître l'heure à laquelle ils arriveront. Cette cavalerie nettoiera ainsi tout le pays depuis la route de Leipzig à Eulenbourg jusqu'à celle de Leipzig à Düben.

«Quant à vous, monsieur le maréchal, portez-vous aujourd'hui, avec votre corps d'armée, sur la route de Düben; vous aurez votre cavalerie légère et la division de cavalerie du général Lorge. Vous ferez éclairer par une colonne mobile la route de Leipzig à Delitzsch.

«Accélérez le retour de la division que vous avez détachée, et placez-la en réserve. Cela n'empêche pas, monsieur le maréchal, que vous ne fassiez partir à six heures du matin une bonne avant-garde d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie, et que vous ne la suiviez avec vos deux divisions, attendu qu'il est nécessaire que vous soyez à la hauteur d'Eulenbourg aujourd'hui avant onze heures du matin.

«L'Empereur sera à huit heures du matin à Eulenbourg, marchant, aujourd'hui 9, avec cent vingt mille hommes sur Düben.

«Pour le prince vice-connétable, major général,

«Le général de division, chef de l'état-major,

«Comte MONTHION.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Eulenbourg, le 10 octobre 1813, quatre heures du matin.

«L'Empereur ordonne que vous vous portiez, aujourd'hui 10, sur Düben, où sera le quartier général. Je vous préviens que le général Régnier est arrivé hier à Düben, que le général Langeron a évacué à son approche. Vous devez, monsieur le duc, vous assurer du mouvement que fait l'ennemi à Delitzsch et si son avant-garde, qui y était hier, a fait un mouvement rétrograde sur Bitterfeld. Si, au contraire, les troupes de l'ennemi qui étaient à Bitterfeld se portaient sur Delitzsch pour marcher sur Leipzig, vous prendrez alors une position parallèle à celle de l'ennemi, ayant votre ligne d'opération sur Düben, de manière à couvrir Düben et Eulenbourg. Il est nécessaire, monsieur le maréchal, que vous correspondiez plusieurs fois par jour avec le quartier général. Je donne ordre au général Lefebvre-Desnouettes de marcher entre la Mulde et vous afin de maintenir toujours votre communication avec nous.

«Pour le prince vice-connétable, major général,

«Le général de division, chef de l'état-major,

«Comte MONTHION.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Düben, le 10 octobre 1813, six heures et demie du soir.

«J'envoie un officier au-devant de votre première division pour lui dire de prendre position sur la rive gauche, sans passer ce soir la rivière. Cet officier continuera ensuite sa route jusqu'à ce qu'il rencontre vos deux autres divisions, pour leur dire également de prendre position où il les trouvera, afin qu'elles ne se fatiguent pas inutilement. Il reviendra ensuite faire connaître où vos trois divisions auront pris position, ainsi que votre cavalerie et votre artillerie.

«L'intention de l'Empereur, monsieur le maréchal, est que, de votre personne, vous veniez voir Sa Majesté ce soir ou cette nuit.

«Pour le prince vice-connétable, major général,

«Le général de division, chef de l'état-major,

«Comte MONTHION.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Düben, le 11 octobre 1813, quatre heures du matin.

«L'Empereur me charge de vous prescrire de passer aujourd'hui la Mulde aussitôt que Düben sera désencombré. Vous laisserez les généraux Lorge et Normam sur la rive gauche, et leur donnerez pour instruction de faire courir des partis sur Delitzsch et Bitterfeld. Vous dirigerez avec cette cavalerie, sur Bitterfeld, l'infanterie, nécessaire pour obliger l'infanterie ennemie à évacuer cette position. L'Empereur désire, monsieur le duc, que vous dirigiez l'opération et que vous fassiez partir les troupes une heure avant le jour, de manière à savoir de bonne heure l'intention de l'ennemi sur Bitterfeld et Jesnitz.

«Pour le prince vice-connétable, major général,

«Le général de division, chef de l'état-major,

«Comte MONTHION.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

»Düben, le 11 octobre 1813, onze

heures du matin.

»Mon cousin, faites-moi connaître ce que veut dire le mouvement de l'ennemi sur Zorbig. Est-ce pour aller à Dessau, ou pour se porter sur Halle ou sur Acken?

«NAPOLÉON.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Düben, le 11 octobre 1813, trois heures après-midi.

«Mon cousin, un postillon qui arrive de Cöthen, et qui en est parti hier à trois heures après midi, fait le rapport que l'ennemi n'a plus personne à Raguhn, à Jesnitz, et fort peu de monde à Dessau. Il est donc très-important que vous poussiez à fond vos reconnaissances, et que vous sachiez positivement ce qu'il y a à Zorbig et dans la direction de Cöthen et de Halle.

«NAPOLÉON.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Düben, le 12 octobre 1813, quatre heures du matin.

«Mon cousin, choisissez une position d'où vous puissiez couvrir à la fois Düben, Jesnitz et Leipzig. Vous pourriez peut-être vous couvrir de la branche de la Mulde qui passe à Delitzsch, si toutefois elle n'est pas guéable. Alors vous vous trouveriez en communication avec le duc de Reggio qui a une avant-garde à Raguhn et à Jesnitz; vous couvririez parfaitement Düben, dont vous pourriez vous placer à trois lieues, et vous seriez à portée de vous rendre, en une petite marche, sur Leipzig, et surtout de tomber sur le flanc du corps qui voudrait marcher de Halle sur cette ville.--Votre corps, baraqué ainsi dans une position avantageuse, serait d'un très-heureux résultat. Il ferait le prolongement de la ligne de Dessau, par Jesnitz, jusqu'à Borna où se trouve le roi de Naples. Vous couvrirez par ce moyen Eulenbourg, et le général Lefebvre-Desnouettes pourra se porter en avant pour éclairer votre gauche.--En cas de nécessité, la garde déboucherait sur vous par Düben et Eulenbourg.--Il faudra placer des avant-gardes de cavalerie, infanterie et artillerie sur les routes de Halle, Cöthen et Leipzig.--Aussitôt que vous aurez choisi votre position et que votre corps sera en mouvement pour s'y rendre, vous vous mettrez en correspondance avec le duc de Padoue à Leipzig, avec lequel votre correspondance doit être très-sûre et très-rapide.

«NAPOLÉON.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Düben, le 12 octobre 1813, onze heures du soir.

«Mon cousin, je reçois votre lettre, que m'apporte l'officier d'ordonnance Gourgaud; elle est datée d'aujourd'hui à neuf heures du soir.--Le prince de la Moskowa s'est emparé de Dessau; il a fait deux mille cinq cents prisonniers, dont cinquante officiers. Il me mande, à trois heures après midi, que le général Tauenzien a passé à Dessau les ponts pour aller du côté de Roslau, et qu'on voit sur la rive droite des colonnes immenses de bagages et de pares qui remontent la rivière, et toutes les probabilités sont que l'armée de Berlin tout entière a passé sur la rive droite aux ponts de Dessau et d'Acken.--Le général Régnier, le général Dombrowski et le duc de Tarente avaient passé à Wittenberg sur la rive droite; à trois heures, nos avant-postes avaient passé Koswig.--À quatre heures, on a entendu une canonnade très-vive qui a duré jusqu'à six heures. Je n'en connais point encore le résultat; c'était l'attaque du général Régnier et du général Dombrowski sur la rive droite à Roslau.--L'ennemi paraissait être dans une grande épouvante.--Le duc de Castiglione était arrivé à Leipzig. Il avait eu, il y a trois jours, une affaire avec Thielman et Liechtenstein; il a battu complètement ce dernier, l'a mis en déroute et lui a fait douze cents prisonniers.--Le roi de Naples occupe la position de Grosbern, où il me mande qu'il tiendra toute la journée de demain 13.--Mon intention est que vous vous mettiez en marche pour vous rapprocher de Leipzig, et que vous envoyiez demander des ordres au roi de Naples. Je compte donc que vous serez à sept ou huit heures du matin, comme vous le proposez, sur Hohleim.--Je vous écrirai, du reste, de nouveau.--Votre arrivée au roi de Naples lui complétera quatre-vingt-dix mille hommes.--Si le général Régnier ne s'est pas emparé aujourd'hui de Roslau, cela me donnera le temps de m'en emparer demain, de bien battre l'armée de Berlin, et de terminer toutes ces affaires-là.--Je suppose que les reconnaissances que vous aurez envoyées sur la route de Halle vous auront enfin donné des nouvelles. Envoyez de fortes reconnaissances dans cette direction.--Marchez de manière à pouvoir surtout secourir Leipzig, et envoyez demander des ordres au roi pour entrer en bataille. Le moment décisif paraît être arrivé: il ne peut plus être question que de se bien battre.--Si vous entendez le canon sur Leipzig, activez votre marche et prenez part à l'affaire.

«NAPOLÉON.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Düben, le 12 octobre 1813, trois heures et demie après midi.