Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (5/9)

Part 18

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«Mon cousin, votre première division arrivera demain à Eilenbourg; votre seconde à Wurtzen, et votre troisième à Oschatz. La cavalerie du général Latour-Maubourg sera sur Dahlen et Schilda. Votre quartier général sera demain à Wurtzen. Vous donnerez ordre qu'une brigade de grosse cavalerie reste à Meissen jusqu'à ce qu'elle y soit relevée par six cents hommes de cavalerie qui appartiennent au cinquième corps et qui sont aujourd'hui à Wilsdruf.--Tenez votre quartier général toute la journée d'aujourd'hui à Meissen.--Vous formerez trois colonnes, chacune de trois à quatre cents hommes de cavalerie, un bataillon d'infanterie et six pièces d'artillerie à cheval. Vous aurez soin que ces colonnes soient bien commandées, et vous en enverrez une vis-à-vis Mühlberg, une sur Strehla et la troisième entre Strehla et Meissen, sur les points où il y avait des bacs. Ces colonnes battront toute la rive et empêcheront tout passage; elles feront construire des blockhaus intermédiaires entre ceux qui existent déjà, de manière qu'au lieu qu'il y en ait toutes les deux lieues il y en ait de lieue en lieue; elles feront voir qu'elles ont de l'artillerie en la promenant le long de la rivière pour la montrer tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, et elles détruiront à coups de canon tous les bateaux de l'ennemi.--Vous formerez deux autres colonnes, chacune de trois à quatre cents hommes de cavalerie légère, cinq cents hommes d'infanterie et deux pièces d'artillerie. Vous les ferez commander par des officiers intelligents qui concerteront leurs mouvements avec le prince Poniatowski, le général Lefebvre-Desnouettes, le général Lorge et le duc de Padoue, pour courir après les partisans ennemis et faire en sorte qu'il n'y en ait aucun entre Leipzig et l'Elbe.--Faites une instruction pour toutes ces colonnes: elles ne doivent jamais passer la nuit dans le lieu où elles auraient vu coucher le soleil. Toutes ces colonnes doivent être très-actives, correspondre entre elles et purger entièrement le pays des partis ennemis.--Le prince Poniatowski est à Waldheim; sa cavalerie légère est à Colditz; elle se liera donc avec la vôtre. Le général Lefebvre-Desnouettes est à Altenbourg, et le duc de Padoue a beaucoup de cavalerie à Leipzig. Mettez-vous en correspondance avec lui. Le prince de la Moskowa est à Pretsch et à Kemberg.--Dans cette position, vous serez à portée de vous joindre au prince de la Moskowa pour couvrir Leipzig et couper à l'ennemi le chemin de l'Elbe, ou bien de prendre l'offensive par Wittenberg pour faire tomber tous les ponts de l'ennemi, ou enfin revenir sur Dresde, sur Chemnitz ou sur Altenbourg, pour s'opposer aux mouvements que l'ennemi pourrait faire de la Bohême. Le duc de Bellune est à Freyberg.--Il va vous arriver d'Erfurth trois mille hommes d'infanterie pour votre corps.--Je donne ordre au général Margaron de renvoyer au premier corps de cavalerie les mille hommes de ce corps qu'il a à Leipzig.

«NAPOLÉON.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 28 septembre 1813.

«Monsieur le maréchal duc de Raguse, je vous préviens que, d'après les intentions de l'Empereur, je donne l'ordre au général Lhéritier de réunir tout le cinquième corps de cavalerie à Meissen et de rester dans cette place. Ce général formera deux colonnes, chacune de quatre à cinq cents chevaux, avec deux pièces d'artillerie. L'une sera chargée de la garde de l'Elbe depuis Meissen jusqu'à Riesa, et l'autre de Meissen à Dresde, et il se tiendra avec le reste de son corps à Meissen pour se porter partout où cela serait nécessaire. Par ce moyen, monsieur le duc, vous pourrez ne former que deux colonnes au lieu de trois pour garder la rive gauche de l'Elbe.

«L'Empereur ordonne, monsieur le maréchal, que vous laissiez une brigade d'infanterie, avec sa batterie, pour occuper Meissen jusqu'à ce qu'elle y soit remplacée par d'autres troupes; elle tiendra un bataillon dans la tête de pont. Le pont sera attaché aux piles du pont de pierre. Les canons du château et l'artillerie de la brigade seront mis en batterie sur la rive gauche pour protéger la tête de pont. S'il était à craindre que le pont fût rompu, il serait établi un bac pour la communication d'une rive à l'autre. Sa Majesté vous recommande, monsieur le duc, de laisser un bon général de brigade pour être chargé du commandement de la brigade que vous laisserez à Meissen jusqu'à ce qu'elle soit remplacée. Je vous prie de m'informer de l'exécution de ces dispositions.

«Pour le prince vice-connétable, major général,

«Le général de division, chef d'état-major,

«Comte MONTHION.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 28 septembre 1813.

«Mon cousin, je vous suppose aujourd'hui à Wurtzen. L'ennemi, qui avait établi un pont vis-à-vis de l'Elster et qui avait une très-belle tête de pont, a reployé son pont, le général Bertrand l'ayant chassé de Wartenbourg. Ce général a démoli la tête de pont et s'est porté le 26 à l'appui du prince de la Moskowa, qui marchait sur Dessau.--Le général Lefebvre-Desnouettes était toujours à Altenbourg. Il aurait marché sur Zwickau, mais les mouvements de Dessau l'empêchaient de s'éloigner de Leipzig.--Le duc de Castiglione sera avec tout son corps après-demain à Iéna.

«NAPOLÉON.»

LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.

«Schleesen, le 28 septembre 1813, cinq heures du matin.

«Mon cher maréchal, j'ai poussé l'ennemi le 26 et le 27 jusque près de Dessau; il a brûlé ses ponts sur la Mulde et passé l'Elbe. Je ferai, ce matin, la même opération qu'à Wartenbourg, resserrant l'ennemi dans sa tête de pont par les deux rives de la Mulde et la gauche de l'Elbe; mais il est probable qu'il ne laissera personne sur cette rive et qu'il repliera son pont. On a distingué hier un grand mouvement dans l'armée ennemie, vers Roslau, et on a remarqué une colonne marchant sur Zerbst, où est le quartier général du prince royal de Suède, et une autre se dirigeant sur Koswig.

«Il paraît que l'ennemi a fait une ligne de circonvallation à sept cent toises de Wittenberg, et qu'il prépare des batteries pour repousser nos colonnes si elles débouchaient par cette place. Le bombardement a continué cette nuit. J'envoie ce matin le général du génie Blein à Wittenberg pour reconnaître la tranchée ennemie. On pense que c'est Bulow qui est chargé de ce siége, et que Tauenzien est en observation vers l'Elster. Les corps suédois et russes sont vers Koswig et Zerbst. Les Suédois, en quittant Dessau, ont dit qu'ils repassaient l'Elbe, parce que l'Autriche avait fait une paix séparée avec l'empereur Napoléon.

«Je compte établir le général Dabrowski à Acken afin de l'employer à chasser tous les partis ennemis qui peuvent se trouver entre la Saale et la Mulde, et de rétablir insensiblement nos communications avec Magdebourg.

«Je pars pour Dessau.

«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»

«_P. S._ Le général Bertrand est avec ses principales forces à Kemberg. Une de ses divisions est ici et l'autre en arrière de Schmiedeberg et Pretsch. Le général Régnier reste à Oranienbaum. La première brigade du général Guilleminot, avec la cavalerie légère, resserrera l'ennemi dans sa tête de pont de Roslau.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 30 septembre 1813, trois heures du matin.

«L'Empereur me charge de vous faire connaître que le prince Poniatowski a l'ordre de se porter aujourd'hui à Frohbourg, et qu'il dirige sa cavalerie sur Altenbourg et Borna. Le général Lauriston partira à la pointe du jour pour se rendre à Nossen, et enverra une avant-garde sur Waldheim. Ce général se mettra en correspondance avec vous. Le duc de Bellune porte sur Chemnitz une forte division avec de la cavalerie, et l'éclairera fortement du côté de Marienberg; il mettra son quartier général en avant de Freyberg.--Le général Souham, qui a son quartier général sur le chemin de Grossenhayn, à la hauteur du camp retranché de Dresde, a l'ordre de faire partir, à cinq heures du matin, en les faisant passer de la rive droite sur la rive gauche, une batterie de douze et les batteries d'artillerie à cheval, ainsi qu'une division d'infanterie, la brigade de cavalerie légère du général Beurmann, et le quartier général de son corps d'armée. Tout cela se rendra à Meissen par la rive gauche. Arrivé à Meissen, le général Souham renverra la brigade d'infanterie du sixième corps, qui s'y trouve, rejoindre son corps, ainsi que toute l'artillerie qui appartiendra au sixième corps.

«Le prince Poniatowski sera ainsi placé à une journée sur votre gauche. Vous devez correspondre, monsieur le duc, avec le général Lauriston et le prince Poniatowski, pour agir selon les circonstances. Il n'est pas encore démontré que l'ennemi ait fait sur Altenbourg un mouvement considérable d'infanterie; Sa Majesté suppose qu'il a envoyé seulement quelques divisions légères pour soutenir sa cavalerie; il est probable que cela l'éclairera parfaitement dans la journée. Le prince de la Moskowa ayant pris Dessau, l'ennemi a voulu le reprendre en l'attaquant avec la garde suédoise: mais elle a échoué et a été écrasée.

«Pour le prince vice-connétable, major-général,

«Comte MONTHION.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 30 septembre 1813, trois heures et demie du matin

«Mon cousin, je reçois votre lettre du 28, où vous me faites connaître que vous vous rendrez à Leipzig et réunirez le premier corps de cavalerie à Wurtzen. Le prince Poniatowski se rend aujourd'hui de Waldheim à Frohbourg, à une journée sur votre gauche: il fera battre Altenbourg et Borna. Le cinquième corps se rend à Nossen, son avant-garde à Waldheim; le deuxième corps se rend à Chemnitz avec le cinquième corps de cavalerie. Le duc de Castiglione devra arriver demain à Iéna.--Je fais relever votre brigade à Meissen par la division Souham.--L'ennemi a-t-il dirigé vingt-cinq mille hommes d'infanterie sur Altenbourg? Si cela est, il faut couper et enlever ce corps. N'a-t-il envoyé que de la cavalerie; il faut encore harceler et obliger ce corps à se reployer.--Le prince de la Moskowa, avec les quatrième et septième corps, le troisième corps de cavalerie et la division Dombrowski[9] se trouve avoir quarante mille hommes.--Le sixième corps, le huitième, le cinquième, le premier corps de cavalerie, le quatrième et la division Margaron, cela vous fera près de soixante mille hommes.--Correspondez avec le prince Poniatowski et le général Lauriston.

«NAPOLÉON.»

[Note 9: Dans la _Correspondance et Documents_, les noms de lieux et de personnes sont diversement écrits, par exemple, l'Empereur écrit _Dombrowski_, le maréchal Ney _Dabrowski_, etc., etc. Nous avons cru devoir laisser subsister les deux orthographes, puisqu'elles sont dans les originaux. (_Note de l'Éditeur._)]

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 1er octobre 1813, quatre heures du matin.

«Mon cousin, je reçois votre lettre du 29, à onze heures du soir.--La brigade que vous avez laissée à Meissen a été remplacée par le troisième corps. Laissez du monde à Wurtzen et faites-y travailler à la double tête de pont, et surtout à l'établissement d'un bon pont sur pilotis. La Mulde déborde. Il est nécessaire que nous soyons maîtres de ce passage.--Le 30, le prince Poniatowski a eu son quartier général à Rochlitz. Aujourd'hui, 1er octobre, il sera à Frohbourg ou à Altenbourg. Le comte de Valmy a dû coucher, le 30, à Frohbourg et a dû envoyer un fort détachement sur Borna. Le général Uminski a dû occuper Boda, et le prince Sulkowski a été sur Penig.--Le cinquième corps était hier, 30, à Nossen et à Waldheim.--Les troupes du duc de Castiglione ne devaient pas tarder à paraître du côté d'Iéna.--Jusqu'à cette heure, il paraîtrait que le général Platow, fils de l'hetman, avec Thielman, et soutenu d'une division légère, se porte sur la Saale. Il paraîtrait que cette division légère serait commandée par le général Baumgarten. Le général Klenau paraîtrait se trouver à Comotau.--Dans la journée, tout ceci va parfaitement s'éclaircir.--Il paraîtrait que Platow avait sous ses ordres mille à douze cents Cosaques; le régiment palatin de Ferdinand autrichien, et le régiment de Hesse-Hombourg autrichien; enfin, il paraîtrait que le général Platow se serait porté sur Penig et de là sur Altenbourg, laissant le général Baumgarten à Chemnitz.

«NAPOLÉON.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 1er octobre 1813, quatre heures du matin.

«Mon cousin, vous nous avez pris douze cents quintaux de farine à Meissen. Renvoyez-nous-les. Le duc de Padoue a l'état de ce que Leipzig, Wurtzen et autres bailliages nous doivent fournir ici. Prenez toutes les mesures pour nous faire venir mille quintaux de farine par jour. Écrivez aux baillis. Envoyez des commissions et faites partir des convois. Nous avons aussi du riz qui nous appartient à Leipzig. Prenez des informations et faites-le partir. Enfin prenez des mesures pour nous approvisionner. Le duc de Padoue est au fait de la distribution que la régence a faite, entre tous les bailliages, pour les farines que chacun doit fournir. --Surtout ne retenez rien pour vous de tout ce qui doit nous être adressé à Dresde.

«NAPOLÉON.»

LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.

«Pötnitz, le 1er octobre 1813.

«Mon cher maréchal, je viens de recevoir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire hier de Leipzig. J'en ai également reçu une cette nuit du prince major général, en date du 29 septembre, par laquelle il me mande que l'Empereur désire que votre corps d'armée soit employé dans l'opération qui aura pour objet de faire lever le siége de Wittenberg. En attendant qu'elle ait lieu, je pense que la position qu'il serait le plus convenable de faire prendre à vos troupes, pour remplir le double but de couvrir Leipzig et de m'appuyer au besoin, serait de placer une de vos divisions à Düben, une autre à Bitterfeld et Delitzsch, et la troisième qui, avec la cavalerie du général Latour-Maubourg, couvrirait les communications de Dresde, pourrait être établie à Wurtzen. Dites-moi, mon cher maréchal, si vous jugez à propos de faire exécuter ce mouvement à votre corps d'armée, afin que, si vous y consentez, je puisse faire serrer sur moi les troupes que j'ai sur ces divers points, et qui me seront très-utiles pour resserrer et observer l'ennemi et l'empêcher de passer l'Elbe en corps d'armée. Je pense que le général Dalton se décidera enfin bientôt à envoyer d'Erfurth à Leipzig les troupes dont il peut disposer, et qui sont au nombre de douze mille hommes, et que dès lors M. le duc de Padoue n'aura plus besoin de votre appui ni du mien pour conserver cette ville.

«Nous ouvrons la tranchée devant la tête de pont de l'ennemi, entre la droite de la Mulde et la gauche de l'Elbe, et nous élevons des batteries: déjà tous ses postes sont rentrés, et nous sommes à quatre cents toises de ses ouvrages; j'espère que demain nous nous en serons approchés à deux cents. Lorsque cette opération sera terminée sur cette rive de la Mulde, je la ferai faire également sur la rive gauche. Je fais aussi établir sur cette rivière un pont de bateaux à six cents toises de la tête de pont, afin que mes troupes puissent rapidement passer d'une rive à l'autre et se soutenir au besoin. On s'occupe également à retrancher les points principaux de Dessau, de manière à mettre cette ville à l'abri d'un coup de main et à en faire une espèce de tête de pont. Woronzow et Czernitchef sont toujours entre Acken et Dessau avec quelques détachements d'infanterie. Mais ce ne sera que lorsque j'aurai mis l'ennemi dans l'impossibilité de déboucher par Roslau que je pourrai m'occuper de forcer ces partisans à évacuer le pays entre la Saale et la Mulde. Le camp principal de l'ennemi est toujours à Roslau et le quartier général du prince de Suède à Zerbst.

«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 3 octobre 1813.

«Mon cousin, tous les bruits que l'on fait courir sont controuvés. Il n'y a pas de corps d'armée ennemi sur Géra; il n'y en a pas sur Altenbourg: il n'y a de ce côté que le corps de l'hetman Platow et de Thielmann. Il faut mettre une grande circonspection dans vos mouvements. Avant tout, il faut soutenir le prince de la Moskowa. Le roi de Naples, avec le deuxième, le cinquième et le huitième corps, qui sont entre Freyberg, Chemnitz et Altenbourg, se trouve, dans l'ordre naturel, opposé à tout ce qui arriverait de Bohême. D'ailleurs, un officier que vous m'enverriez en poste pourrait, en moins de vingt heures, vous rapporter ma réponse. Je vous le répète: couvrir Leipzig, puisque vous y êtes, empêcher le passage de l'Elbe de Wittenberg à Torgau, secourir Torgau, appuyer le prince de la Moskowa, voilà le premier but que vous devez vous proposer: le reste viendra après. J'attends aujourd'hui des nouvelles du prince Poniatowski et l'arrivée de mes troupes à Chemnitz, ce qui me mettra à même de prendre un parti.

«NAPOLÉON.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 3 octobre 1813.

«Mon cousin, le prince Poniatowski est arrivé à Altenbourg le 2 octobre.--Voici ce qui s'est passé:--Dans les premiers jours de septembre, le colonel Münsdorf est arrivé à Altenbourg avec un détachement de mille à onze cents chevaux.--Thielmann est venu le rejoindre avec trois mille chevaux. D'Altenbourg, ces troupes poussèrent des partis sur Zeitz, Borna, Freybourg, Weissenfels, Mersebourg et Géra. Le général Lefebvre-Desnouettes les repoussa, les rejeta sur Altenbourg, et ensuite sur Zwickau. Mais, le 28, l'hetman Platow déboucha sur Altenbourg avec ses Cosaques, trois mille hommes d'infanterie autrichienne et deux mille cavaliers autrichiens. Le général Lefebvre fut attaqué de front dans le temps que Thielmann le tournait sur Zeitz. Le 28 au soir, Platow était de retour à Altenbourg; le 29, Thielmann y était également revenu. Platow rentra avec sa troupe à Chemnitz, en partie le 29 et en partie le 30.--Thielmann et le comte Münsdorf restèrent à Altenbourg; mais, le 2, au moment où ils faisaient leur mouvement de retraite sur Zwickau, la cavalerie du prince Poniatowski les chargea, leur sabra cinq à six cents hommes, et fit trois cents prisonniers. En faisant ses adieux aux magistrats d'Altenbourg, Thielmann leur a dit qu'il jugeait que les Français venaient sur lui, que la ville serait occupée par eux, et qu'il s'en allait. Il paraît que l'infanterie autrichienne que Platow avait sous ses ordres était du corps de Klenau; que ce corps de Klenau n'est que de six mille hommes de cavalerie et au plus de quinze mille hommes d'infanterie; qu'il occupe Chemnitz, Marienberg et Augustenbourg.--Le prince Poniatowski occupe Frohbourg et Windischleybe.--J'attends à chaque instant des nouvelles de l'entrée du roi de Naples à Chemnitz. Vous voyez donc que le mouvement de vingt mille Autrichiens sur Altenbourg est controuvé.--Faites mettre dans les journaux de Leipzig que le général Thielmann a été battu par le prince Poniatowski, qui lui a fait six cents prisonniers et lui a tué et sabré beaucoup de monde.

«NAPOLÉON.»

LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.

«Pötnitz, le 3 octobre 1813

«Mon cher maréchal, je reçois votre lettre d'hier.

«L'Empereur m'a écrit, le 1er, pour me faire connaître l'emplacement des corps d'armée. Sa Majesté pense que l'ennemi pourrait déboucher de la Bohême par Marienberg. J'attends des nouvelles du général Bertrand, qui est parti de Worlitz dans la nuit du 1er au 2 pour se rendre à Wartenbourg, afin de rejeter sur la rive droite des détachements prussiens du corps de Borstell, qui travaillent au rétablissement du pont vis-à-vis d'Elster. On a entendu hier le bruit du canon dans cette direction. Ma ligne est bien étendue, et je ne pourrais opposer qu'une faible résistance aux mouvements de l'ennemi s'il débouchait par son pont de Roslau. Les ouvrages qui couvrent ce pont sont tellement forts et si bien armés, que je ne puis raisonnablement entreprendre de les forcer. Le général Dabrowski quitte Delitzsch pour s'établir à Dessau. Le général Fournier occupe Raguhn et envoie des reconnaissances sur Delitzsch et Düben. Si je parviens à resserrer l'ennemi dans ses ouvrages de manière à ce qu'il ne puisse pas déboucher, alors je tâcherai de chasser les partis qui se trouvent entre la Saale et la Mulde. Si Czernitcheff est en marche sur la Westphalie, il reste également ici beaucoup de cavalerie légère sous les ordres de Woronzow.

«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»

LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.

«Pötnitz, le 3 octobre 1813, cinq heures du soir.

«Le général Bertrand m'écrit ce matin de Wartenbourg à onze heures; il est aux prises depuis sept heures avec l'ennemi, qui attaque vigoureusement et auquel il suppose beaucoup de forces. Il me paraît bien important que vous fassiez occuper fortement le point de Düben, afin que, si l'ennemi forçait ma droite, il ne puisse pas arriver sans obstacle à Leipzig. C'est d'ailleurs dans cette position de Düben que vous seriez en mesure de me soutenir, suivant l'ordre que l'Empereur m'annonce, par sa lettre d'avant-hier, qu'il vous en a donné.

«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»

LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.

«Bitterfeld, le 4 octobre 1813, deux heures de l'après-midi.

«Mon cher maréchal, l'armée ennemie de Silésie, après avoir marché presque sans interruption pendant cinq jours et cinq nuits, a jeté un pont sur l'Elbe, vis-à-vis Elster, dans la nuit du 2 au 3, et a attaqué hier, à sept heures du matin, le général Bertrand, qui occupait la forte position de Wartenbourg, et qui, après s'être battu depuis sept heures du matin jusqu'à six heures du soir, et après avoir fait éprouver à l'ennemi une perte considérable, a dû se replier sur Klitzschena. Ma droite se trouvant ainsi tournée par des forces très-supérieures, et pouvant être attaquée sur les deux rives de la Mulde par l'armée du prince de Suède, il m'a paru indispensable de me retirer sur Delitzsch. Il est de la dernière importance que l'Empereur prenne sur-le-champ un parti décisif: car, d'ici au 6, l'ennemi peut diriger plus de cent mille hommes sur Leipzig. Les prisonniers faits par le général Bertrand appartiennent aux corps de Langeron, Kleist et Sacken. La perte du quatrième corps n'est pas considérable, parce que les troupes étaient avantageusement postées derrière des digues et des abatis; mais la division wurtembergeoise, qui était de quatorze cents hommes et qui défendait le village de Blodding, a été presque entièrement détruite.

«J'occupe faiblement Düben: le reste de mes troupes est à Bitterfeld et à Delitzsch.

«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 4 octobre 1813.

«Mon cousin, je reçois votre lettre. J'approuve le parti que vous prenez. Réunissez votre corps, le premier corps de cavalerie, et marchez à l'ennemi: enlevez-lui ses ponts de Waldenbourg, Dessau et Acken; qu'il ne lui en reste aucun.--Le duc de Castiglione doit être arrivé aujourd'hui à Iéna. Le prince Poniatowski est à Altenbourg.--Le roi de Naples doit être à Chemnitz. J'en attends des nouvelles à chaque instant. On a fait hier deux ou trois cents prisonniers à la division Baumgarten entre Chemnitz et Freyberg.--Vous m'envoyez des officiers qui sont des enfants, qui ne savent rien et ne peuvent donner verbalement aucun renseignement; envoyez-moi des hommes.--Le troisième corps se porte sur Torgau; une de ses divisions sera demain, 5, à Belgern.

«NAPOLÉON.»

«_P. S._ Communiquez ces nouvelles au prince de la Moskowa, et faites-lui connaître combien il est important d'enlever à l'ennemi tous ses ponts.»

LE MARÉCHAL NEY AU MARÉCHAL MARMONT.

«Delitzsch, le 5 octobre 1813.

«Je m'empresse de vous faire connaître les positions qu'occupent les troupes sous mes ordres.

«Le général Dabrowski est à Bitterfeld.

«La division de cavalerie légère du général Fournier, à Landsberg, poussant des reconnaissances sur Halle.

«La division de cavalerie du général Defrance, en seconde ligne, derrière le général Fournier, à Zschernitz.