Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (5/9)
Part 17
Le 30, au matin, l'armée française, aussitôt qu'elle fut à portée, et qu'elle put se développer dans la plaine, mit en action sa cavalerie et l'artillerie de la garde. La cavalerie aux ordres du général Sébastiani les soutint. L'ennemi, écrasé par le feu auquel il fut soumis, pressé par les charges qu'il eut à supporter, plia. Quand il fut arrivé à la lisière du bois, plusieurs milliers de tirailleurs furent chargés de l'y suivre. Les troupes peu nombreuses du duc de Bellune et du duc de Tarente reçurent cette mission. Deux bataillons de chasseurs de la vieille garde, commandés par le général Curial, curent l'ordre de les soutenir. La manière dont ces deux bataillons se portèrent en avant et culbutèrent ce qu'ils avaient devant eux fut un objet d'admiration pour ceux qui en furent témoins.
Appelé par le feu, dont j'entendais le bruit, et par les ordres que je reçus, je hâtai ma marche et j'arrivai à temps pour prendre part au combat avec la tête de ma colonne. Une charge de six cents hommes faite dans le bois à l'appui de notre gauche, qui éprouvait une fort grande résistance, força l'ennemi à repasser la Kinzig. Tout ce qui était sur la route de Francfort se retira par Hanau, et sortit de cette ville pour se réunir à ce qui avait fait sa retraite par le pont de Lamboi. Pendant la nuit, je fis jeter quelques centaines d'obus dans la ville. L'ennemi l'évacua, et j'en fis prendre possession. Je bivaquai en face de lui. Je n'en étais séparé que par la Kinzig. Les Bavarois perdirent dans cette affaire environ six mille hommes. Notre perte fut moindre, vu le petit nombre de nos combattants et notre succès.
L'ennemi tenta de passer la Kinzig le lendemain 31; mais il fut constamment repoussé par mes troupes. Aucune de ses tentatives ne lui réussit; et, quoiqu'il fit soutenir ses mouvements offensifs par une artillerie formidable et très-supérieure à la nôtre, ses troupes furent constamment rejetées ou contenues de l'autre côté de la rivière. Le quatrième corps, étant arrivé, me remplaça. Quand il fut en position, je continuai mon mouvement sur Francfort. Alors de Wrede prit l'offensive à la fois sur la rivière et sur la ville. Cette dernière attaque réussissant, il voulut déboucher sur la grande route; mais ce général, arrivé sur le pont, reçut une balle dans le bas-ventre. L'artillerie de la division Morand ayant en même temps mitraillé la colonne ennemie, elle plia. Une brigade italienne chargea l'ennemi avec vigueur, le culbuta et reprit la ville. Le soir, le général Bertrand replia ses postes et se retira sur Francfort. L'arrière-garde, commandée par le maréchal Mortier, évita de passer à Hanau, et se retira de Gelnhausen directement sur Hochstadt, où elle arriva sans être inquiétée.
Le 1er novembre, je me rendis à Hochstadt, sur la Nidda. Le pont sur cette rivière avait été coupé par l'ordre du maréchal Kellermann, commandant à Mayence. Ce général, sans garnison dans cette forteresse, n'avait à sa disposition que quelques dépôts. Craignant l'arrivée de l'armée de Wrede, il avait cherché, avec raison, à lui créer des obstacles pour retarder sa marche. Le 2 novembre, j'entrai à Mayence. Mes troupes s'y établirent, ainsi que dans les environs.
Notre retour sur le sol de l'Empire semblait mettre un terme à nos malheurs: mais ce ne devait être qu'une suspension momentanée à nos souffrances. Nous étions destinés à être, plus tard, accablés par bien d'autres infortunes et bien d'autres misères.
CORRESPONDANCE ET DOCUMENTS RELATIFS AU LIVRE DIX-HUITIÈME.
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Bautzen, le 6 septembre 1813, dix heures du matin.
«D'après de nouvelles dispositions, monsieur le duc de Raguse, l'Empereur ordonne qu'au lieu de vous porter sur Hoyerswerda vous partiez sur-le-champ, avec votre corps d'armée, pour vous diriger sur _Dresde_ en passant par _Königsbrück_. Faites-moi connaître toujours où vous serez, afin que je puisse vous envoyer des ordres.
«Le prince vice-connétable, major général,
«ALEXANDRE.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Bautzen, le 6 septembre 1813, dix heures du matin.
«Mon cousin, rendez-vous aujourd'hui sur _Kamens_ et _Königsbrück_, pour pouvoir arriver demain à Dresde, s'il est nécessaire. Je vais moi-même m'approcher aujourd'hui de Dresde, et je verrai si les choses sont aussi sérieuses que paraîtrait l'annoncer la dépêche du maréchal Saint-Cyr. Si cela était moins sérieux, de la petite ville de _Königsbruck_ et de _Kamens_ vous pourriez toujours vous reporter sur _Hoyerswerda_. Emmenez tout ce qui appartient à votre corps, et ne laissez personne à Bautzen.--Le général _Normam_ ayant marché du côté de Königsbruck, vous le prendrez sous vos ordres: il sera nécessaire que vous l'employiez à flanquer votre marche.
«NAPOLÉON.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Dresde, le 7 septembre 1813.
«Il est neuf heures du matin, monsieur le duc. L'Empereur suppose que vous avez reçu la lettre que je vous ai écrite à quatre heures du matin. Jusqu'à ce moment, l'ennemi ne paraît pas avoir de monde à Dippoldiswald, et nous sommes toujours dans l'opinion que le mouvement que l'ennemi fait sur la rive gauche de l'Elbe a pour but de rappeler l'Empereur de son mouvement sur la Neisse.
«Nous recevons des nouvelles du prince de la Moskowa; il a attaqué l'ennemi le 5 à deux lieues de Wittenberg; il l'a battu et repoussé jusqu'à cinq lieues sur la route de Interburg. L'Empereur pense donc qu'il sera utile que vous vous rendiez à Hoyerswerda, et de là pousser une avant-garde sur _Kalau_. Arrivé à _Lukau_, vous ne serez qu'à trois fortes marches de Dresde, et à même distance de Berlin. Sa Majesté pense donc que vous devez diriger de suite la valeur d'une division sur Hoyerswerda, et garder pendant toute la journée d'aujourd'hui votre troisième division à Kamens, pour bien rallier tous vos traîneurs.
«Vous trouverez ci-joint un ordre qui met le général Lhéritier à votre disposition. Ce général est à Grossenhayn; il pourra vous rejoindre par Elsterwerda, Senftenberg, ou par Sonnenwald. Comme il a deux bataillons d'infanterie, quelques pièces de canon et plus de deux mille chevaux, s'il marche réuni et avec précaution, il n'aura rien à craindre dans sa marche pour flanquer votre gauche.
«Le prince vice-connétable, major général,
«ALEXANDRE.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Lubestadt, le 10 septembre 1813, neuf heures du matin.
«Monsieur le duc de Raguse, l'intention de l'Empereur est que vous restiez à Dresde, et que vous avez l'oeil sur tout ce qui se passe.
«La position de l'armée est aujourd'hui ainsi qu'il suit:
«Le prince de la Moskowa et les trois corps qui ont essuyé un échec, dans la journée du 6, se rallient à Torgau;
«Le duc de Tarente vient prendre position avec son armée aujourd'hui 10, en avant de Bautzen. Le prince Poniatowski garde la droite; cette retraite n'était pas nécessitée, elle a été ordonnée par l'Empereur pour concentrer nos forces;
«Le général Lhéritier est à Grossenhayn en observation;
«Le sixième corps est à Dresde avec la brigade Piré;
«Le général Margaron, avec un corps de huit à dix mille hommes, cavalerie, infanterie et artillerie, est à Leipzig;
«Le maréchal Saint-Cyr, soutenu par les premier et deuxième corps, marche sur les hauteurs de Toeplitz;
«Une division de la jeune garde est à Dresde;
«Le duc de Trévise, avec les autres divisions, est à Pirna, occupant Gieshübel.
«Les corps russes et prussiens, et quelques Autrichiens qui occupaient Borna, Gieshübel et Altenbourg, se sont mis successivement en retraite dans la journée d'hier.
«Dans cette situation des choses, il est probable que ce mouvement offensif en Bohême rappellera les corps que l'ennemi avait jetés sur Freyberg et Zwickau, si tant est que l'ennemi ait jeté des corps dans cette direction. Si l'ennemi n'a jeté que des partis, il est possible qu'il les laisse, mais alors, monsieur le maréchal, vous pouvez faire faire de fortes patrouilles sur Freyberg pour les poursuivre.
«Il est nécessaire, monsieur le duc, que vous receviez la correspondance du général Lhéritier, que vous le souteniez s'il est nécessaire; il faut aussi que vous vous mettiez en correspondance avec le prince de la Moskowa, le duc de Tarente et le prince Poniatowski.
«Il est possible que l'Empereur soit de retour dans la journée de demain à Dresde; Sa Majesté peut dans un jour réunir toute sa garde et le corps du général Latour-Maubourg à votre corps d'armée. Il est possible aussi que, si l'Empereur trouve quelque mal à faire à l'ennemi, il reste encore éloigné de Dresde pendant quelques jours.
«Le prince vice-connétable, major général,
«ALEXANDRE.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Dresde, le 12 septembre 1813.
«L'Empereur ordonne, monsieur le duc, que vous vous mettiez en marche demain 13, à cinq heures du matin, avec votre première division; vous vous ferez suivre par votre seconde division, qui partira à six heures, et par votre troisième division qui partira à sept heures du matin. Vous vous dirigerez sur Grossenhayn, afin de chasser l'ennemi de la rive droite de l'Elbe entre Torgau et Dresde, et de favoriser un convoi de quinze mille quintaux de farine qui de Torgau doit venir à Dresde. L'arrivée de ce convoi est de la plus haute importance, puisqu'elle assurerait des subsistances pendant plusieurs mois sur notre point de réunion de Dresde.
«Sa Majesté le roi de Naples part demain avec le premier corps de cavalerie pour Grossenhayn; il prendra aussi sous ses ordres le cinquième corps de cavalerie qui s'y trouve, et, soutenu par votre corps, il manoeuvrera de manière à rendre libre l'Elbe, afin que le convoi de quinze mille quintaux de farine puisse arriver à Dresde, et de manière aussi à éclairer tout ce qu'il y a d'ennemis de ce côté.
«Le prince vice-connétable, major général,
«ALEXANDRE.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Dresde, le 14 septembre 1813.
«Monsieur le maréchal duc de Raguse, je mande au roi que, si le but de son expédition est rempli, c'est-à-dire si le convoi parti de Torgau le 13 a passé les points dangereux, le roi partirait demain au jour avec sa cavalerie pour se rendre à Dresde: il paraît que l'ennemi veut déboucher par Peterswald. Dans ce cas, l'intention de Sa Majesté serait que vous fissiez partir demain, deux heures avant le jour, la division de votre corps la plus rapprochée de Dresde, et que vous arrivassiez de votre personne avec cette division: le reste de votre corps d'armée suivrait. Il serait alors important, monsieur le duc, que vous arrivassiez le plus tôt possible avec votre division, afin d'avoir l'oeil sur tout. L'Empereur sera ce soir à Pirna. Le général Lhéritier s'échelonnerait de Grossenhayn sur Dresde pour protéger le passage du convoi de farine: l'arrivée de ce convoi est de la plus haute importante et la première considération. L'Empereur veut à son tour attaquer l'ennemi et vigoureusement. Je vous écrirai dans la nuit: envoyez-moi un officier.
«Le prince vice-connétable, major général,
«ALEXANDRE.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Dresde, le 15 septembre 1813, deux heures du matin.
«Mon cousin, quinze à vingt mille hommes ont débouché hier par Peterswald, ce qui a obligé le comte de Lobau à prendre la position de Gieshübel; mais, comme l'ennemi n'a point attaqué en même temps Borna, cela ne s'annonce point comme un mouvement d'armée. Il me tarde d'apprendre que le convoi de vivres est passé. Vous devez faire, ainsi que le roi de Naples, tout pour faire arriver ce convoi. Cela fait, il faudra vous tenir prêt à agir d'après les circonstances, et à revenir à Dresde si cela est nécessaire. Vous aurez, dans la journée, des nouvelles positives de ce qui se sera passé. Je compte me rendre près de Pirna, pour être plus rapproché de ce qui aura lieu de ce côté. J'espère que, si hier 14 vous n'avez pas eu de nouvelles du convoi, vous en aurez aujourd'hui 15. Si vous avez la nouvelle qu'il a passé, préparez-vous à faire un mouvement; mais ne vous pressez pas de le faire jusqu'à ce que vous ayez les nouvelles de la journée.
«NAPOLÉON.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Pirna, le 16 septembre 1813, neuf heures du matin.
«L'Empereur a chassé hier l'ennemi au delà de Peterswald, mais il occupe encore le col des hautes montagnes, entre Peterswald et Nollendorf. Sa Majesté le fera attaquer aujourd'hui à midi pour le chasser et le rejeter entièrement au delà des montagnes.
«Sa Majesté a appris avec plaisir la nouvelle du convoi; votre présence, monsieur le maréchal, ainsi que celle du roi, dans toutes ces directions, est utile, parce qu'elle menace Berlin; Sa Majesté suppose d'ailleurs que cela fait un moment de repos pour votre corps, comme pour la grosse cavalerie.
«Sa Majesté a déjà fait connaître qu'il fallait occuper Radebourg et Königsbruck. Elle suppose que cela est fait; elle suppose aussi qu'on se sera mis en correspondance avec le prince de la Moskowa en établissant un bateau à la hauteur de l'endroit où se trouve le roi.
«L'Empereur désire, monsieur le maréchal, que vous envoyiez un officier reconnaître le château de Meissen, le pont, la tête de pont: savoir si elle est armée et si tout est en bon état.
«Le prince vice-connétable, major-général,
«ALEXANDRE.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Pirna, le 20 septembre 1813, quatre heures du matin.
«Mon cousin, la journée d'hier et cette nuit sont si horribles, qu'il n'y a pas moyen de bouger.--Le duc de Tarente a donné une fausse alarme. Vous devez rester, jusqu'à nouvel ordre, dans votre position; il n'est pas probable que l'infanterie ennemie ose s'avancer. Si cela était, je viendrais vous renforcer et nous livrerions bataille, ce qui serait une chose bien avantageuse, mais qui paraît opposée à leur système. La grande affaire de ce moment paraît être de conserver les armes et les cartouches le plus possible.
«NAPOLÉON.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Harta, le 23 septembre 1813, une heure après midi.
«Mon cousin, l'ennemi a repassé en désordre la Sprée. Le duc de Tarente doit, dans ce moment, être entré à Bautzen.--Mon intention est de faire remplacer le général Normam par une colonne du corps du duc de Tarente dans la journée de demain et de vous donner ordre de vous replier demain sur Meissen. Aussitôt que le roi de Naples sera revenu à Dresde, le général Latour-Maubourg sera sous vos ordres. Je dirige sur Meissen le troisième corps, qui sera également sous vos ordres. Il arrivera à Meissen le 25 ou au plus tard le 26.--Cela vous fera une forte armée, avec laquelle vous serez prêt à vous porter partout où les circonstance l'exigeraient. Faites préparer des vivres à Meissen et dans les bailliages environnants. J'attache une haute importance au pont de Meissen. Pressez les travaux du pont de Meissen, et fournissez tous les ouvriers nécessaires aux travaux de la tête de pont. Il est inutile de changer le pont de bateaux, puisque j'espère que, sous huit jours, le pont de pierre sera réparé.--J'aurai un pont à Koenigstein, un pont à Pirna, un pont à Pilnitz, trois ponts à Dresde et un pont à Meissen. J'ai ordonné de construire, à une demi-lieue en avant du camp retranché de la rive droite à Dresde, deux redoutes, l'une sur la route de Berlin, et l'autre sur celle de Bautzen. Le duc de Tarente est chargé de la garde de camp retranché, et occupera tous les débouchés de la forêt par des postes retranchés à deux lieues en avant.--Par ce moyen, je pourrai disposer des troisième, cinquième et huitième corps, et de la plus grande partie de la cavalerie du général Sébastiani, ainsi que de toute ma garde. Avec ces forces, je battrai l'ennemi de l'oeil, afin de profiter de la première faute qu'il pourrait faire.--Envoyez un officier au prince de la Moskowa pour lui faire connaître verbalement le contenu de cette lettre, afin d'éviter que celui-ci puisse tomber entre les mains de l'ennemi.--Le général Lefebvre-Desnouettes a battu Thielmann et a rétabli la communication avec Erfurth. Je viens aussi de recevoir sept estafettes de Paris tout à la fois.--Le cinquième corps de cavalerie restera à Grossenhayn, et sera chargé de couvrir les routes de Meissen, de Moritzbourg, etc.--Tenez vos postes en avant de Meissen le plus loin que vous pourrez et aussi longtemps qu'il sera possible.--Faites travailler, je vous le répète, avec la plus grande activité à la tête de pont de Meissen en faisant relever vos ouvriers trois à quatre fois par jour.--Vous verrez, par les ordres que vous recevrez du major général, que, dès que vous aurez repassé l'Elbe, vous devez placer vos postes de manière à garder parfaitement la rive gauche jusqu'à Torgau. Le troisième corps y sera plus particulièrement destiné.--Je vous écrirai plus en détail de Dresde, où je serai ce soir.
«NAPOLÉON.»
«P. S. Ne faites aucun mouvement que vous n'en receviez l'ordre du major général.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Harta, le 24 septembre 1813, cinq heures du matin.
«Mon cousin, j'ai reçu votre lettre du 23, à une heure après-midi. Les renseignements que vous me donnez sont légers et vagues. Vous ne me faites pas connaître de quelle nation étaient les troupes qui ont campé à deux lieues de vous, ni d'où elles venaient, ni ce qu'elles ont fait. Il paraît que le général Sacken s'était retiré sur Kamens; mais il est probable qu'il se sera porté ensuite sur Bautzen, où le duc de Tarente doit entrer ce matin. Nous allons en avoir des nouvelles positives.--Vous aurez probablement fait raccommoder le pont de Meissen. Vous y aurez envoyé à cet effet des sapeurs.--Je suis étonné qu'hier, à une heure après midi, vous n'eussiez pas encore reçu ma lettre relative à la reconnaissance du général Delmas sur Kamens.
«NAPOLÉON.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Dresde, le 25 septembre 1815.
«Mon cousin, j'ai reçu votre lettre du 24. J'ai ordonné qu'effectivement, sans défaire le pont actuel, on établit des piles sur bateaux, qui nous donneront, sous quarante-huit heures, le passage du pont de pierre. Faites exécuter cet ordre. Cela fera deux ponts au lieu d'un, ce qui nous sera avantageux jusqu'à ce que nous ayons définitivement un véritable pont.--Donnez des ordres pour qu'à Meissen on ne laisse plus descendre aucun bateau pour Torgau, puisque la rivière n'est pas libre.
«NAPOLÉON.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Dresde, le 27 septembre 1813, dix heures du matin.
«Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur ordonne que vous portiez votre quartier général à Wurtzen, et que vous placiez vos trois divisions, l'une près de Eulenbourg, une autre à Wurtzen, et une autre entre Wurtzen et Meissen: par exemple à la petite ville d'Oschatz ou dans celle de Mügeln.
«Quant au premier corps de cavalerie du général Latour-Maubourg, l'intention de l'Empereur est que vous le placiez à Dahlen et Schilda, si toutefois il y a du fourrage dans ces endroits.
«Vous laisserez une brigade de grosse cavalerie et une brigade d'infanterie à Meissen, jusqu'à ce qu'elles y soient relevées.
«Je donne l'ordre à cinq cents hommes montés du 3e de hussards et du 27e de chasseurs, appartenant au cinquième corps de cavalerie, qui sont à Wilsdruff, de se rendre à Meissen pour y relever la brigade de cavalerie que vous aurez laissée dans cette place.
«L'intention de l'Empereur, monsieur le maréchal, est que vous formiez cinq colonnes, chacune de trois à quatre cents hommes de cavalerie et d'un bataillon d'infanterie; les trois premières seront destinées à occuper la position vis-à-vis Mühlberg, la petite ville de Strehla et les positions entre Strehla et Meissen, chacune de ces colonnes ayant six pièces de canon sur le bord de la rivière. Les deux autres seront destinées à aller en partisans pour nettoyer tout ce qui se trouverait entre Torgau et Dresde, Colditz et Meissen, et il suffira que ces dernières colonnes aient deux pièces d'artillerie.
«Le général Margaron a sous ses ordres, à Leipzig, différents détachements appartenant au premier corps de cavalerie; il a déjà dû faire rejoindre ceux qui faisaient partie des brigades Piré et Valin; il doit lui rester les suivants:
PREMIÈRE DIVISION ET CAVALERIE LÉGÈRE, GÉNÉRAL BERKEIM.
Hommes. Chevaux. Hommes. Chevaux. 1er de chevau-légers. 128 -- 135 } 3e _id._ 63 -- 71 } 352 -- 393 5e _id._ 94 -- 104 } 8e _id._ 67 -- 83 }
2e de cuirassiers. 37 -- 36 } 3e _id._ 9 -- 13 } 6e _id._ 109 -- 116 } 219 -- 244 9e _id._ 21 -- 21 } 7e de dragons 31 -- 35 } 19e de chasseurs. 12 -- 23 } ----- ----- Total 571 -- 637
«La division Berkeim étant avec le deuxième corps, je donne l'ordre au général Margaron d'envoyer les quatre premiers détachements ci-dessus à Freyberg pour rejoindre leurs corps. Quant aux six autres détachements, je lui prescris de les diriger sur Wurtzen et de vous informer de leur marche. Je vous prie, monsieur le maréchal, de m'instruire de leur arrivée et de les faire réunir à leurs régiments respectifs.
«Pour le prince vice-connétable, major général.
«Le général de division, chef de l'état-major.
«Comte MONTHION.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Dresde, le 27 septembre 1813, quatre
heures et demie du matin.
«Monsieur le maréchal, j'ai mis sous les yeux de l'Empereur votre lettre du 26, qui rendait compte que votre quartier général était à Ocrill. L'intention de Sa Majesté est que vous fassiez passer l'Elbe au sixième corps d'armée et au premier corps de cavalerie, et que vous vous échelonniez sur Torgau. Il serait convenable de ne faire occuper le bord de la rivière que par des troupes légères et de prendre une route qui ne serait soumise ni en vue de la rive droite.
«Le cinquième corps de cavalerie devra s'approcher de Dresde de manière à garder les routes de Dresde, Radenbourg, Grossenhayn et Meissen dans la position la plus favorable. Grossenhayn se trouvant trop loin, il ne sera pas possible qu'on puisse garder cette place lorsque vous aurez quitté Meissen. Le quartier général du cinquième corps de cavalerie pourrait être placé à Moritzbourg.
«Gardez en force la tête de pont de Meissen; faites-moi connaître si tous les blockhaus qui ont été établis de Meissen à Torgau sont garnis de troupes, afin d'être assuré que la route soit gardée.
«Si l'infanterie ennemie s'approchait trop de Meissen pendant que vous y serez, débouchez sur elle et donnez-lui une leçon. Le prince de la Moskowa a repoussé, le 24, l'ennemi entre Wittenberg et Torgau. Vous en aurez sûrement reçu des nouvelles.--L'Empereur en attend à chaque instant, et il est probable que, dans la journée, il vous enverra de nouveaux ordres pour prononcer votre mouvement sur Leipzig ou Torgau; ce sera sans doute sur Torgau. Faites en sorte que votre première division prenne une direction intermédiaire et que l'ennemi ne puisse connaître définitivement celle que vous suivrez.
«Pour le prince vice-connétable, major-général,
«Le général de division, chef de l'état-major,
«Comte MONTHION.»
NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.
«Dresde, le 27 septembre 1813, neuf heures du matin.