Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (5/9)

Part 12

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«Les circonstances actuelles ne permettant plus un aussi grand développement sur la gauche du Bober et du Kemnitz, le général Lauriston prendra demain position en arrière de Löwenberg, à cheval sur la route de _Lauban_, sa gauche appuyée au Bober, à la hauteur de Braunau; sa droite à la route de Greiffenberg; Löwenberg sera gardé comme avant-poste, couvert par un cordon, sur le Bober; on maintiendra cette position, la journée de demain, s'il est possible, pour avoir le temps de recevoir les ordres de l'Empereur pour la concentration des forces.

«Le onzième corps évacuera Lahn cette nuit et gardera demain le débouché d'Hirschberg sur la gauche du Kemnitz, et ses positions de Liebenthal, Greiffenberg et Friedberg. La position suivante pour les deux corps sera la _Queiss_, Marklena et Lauban, et Greiffenberg.

«C'est avec peine que je vous fais part qu'un parti de Cosaques a enlevé plusieurs de mes gens et mon portefeuille, qui renfermait ma correspondance et le chiffre de l'armée.

«Le maréchal duc de Tarente,

«MACDONALD.»

LE MARÉCHAL MACDONALD AU MARÉCHAL MARMONT.

«Löwenberg, le 18 août 1813.

«Je reçois votre lettre de ce matin, je n'ai point eu d'attaque hier, seulement l'ennemi est venu de _Lahn_ et _Mertzdorf_ reconnaître les positions; on lui a tué quelques hommes et pris cinq à six; il n'y a point eu de canon de tiré.

«Je n'étais pas prévenu du mouvement du cinquième corps, qui vient d'arriver; le prince de la Moskowa et le général Lauriston me l'ont annoncé ce matin; je me suis dès lors déterminé à prendre de suite l'offensive avec le onzième corps pour rejeter l'ennemi de l'autre côté du Bober. Les Cosaques sont entrés hier à Greiffenberg; j'espère par mon opération couper tout ce qui s'est avancé sur cette ville et Liebenthal.

«Une division du cinquième corps et sa cavalerie prend position à _Braunau_ et _Ludwigsdorf_ pour se lier avec le prince de la Moskowa, et couvrir les routes de Haynau et Buntzlau, les deux autres divisions en avant et en arrière de Löwenberg.

«Lauriston, qui a été tâté hier soir, n'a pas été suivi ce matin. Le prince de la Moskowa me mande que le corps ennemi a filé sur Jauer; peut-être vient-il par Schonau et Hirschberg pour se rattacher à la Bohême.

«Je ne crois pas avoir des forces considérables devant moi; mon attaque d'aujourd'hui m'éclaircira.

«M. Murphy, qui vient d'être promu au grade d'adjudant-commandant, chef d'état-major de votre vingtième division, vous remettra cette lettre; c'est un bon officier, dont vous serez content, et que je vous recommande.

«Le maréchal duc de Tarente,

«MACDONALD.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Görlitz, le 20 août 1813, trois heures après midi.

«Mon cousin, j'arrive à Görlitz. Il est deux heures, je serai à cinq heures du soir à Lauban. Mettez des postes de cavalerie entre Lauban et la position où vous êtes, afin d'avoir plusieurs fois de vos nouvelles dans la nuit.--La grande affaire, dans ce moment, c'est de se réunir et de marcher à l'ennemi.--Si vous quittez Buntzlau, laissez-y une bonne garnison.--Comme vous restez en correspondance avec le duc de Tarente, vous devez connaître la position qu'il occupe.

«NAPOLÉON.»

LE GÉNÉRAL LAURISTON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Lauyenfurwerth, près de Löwenberg,

le 20 août 1813, onze heures du soir.

«Je suis chargé de vous faire connaître que Sa Majesté est arrivée ce soir à cinq heures à Lauban. Le mouvement que je devais faire en arrière est suspendu. Je resterai ici, si vous restez à Ottendorf. La lettre du prince de la Moskowa fait connaître que vous devez vous retirer; je suppose que, lorsqu'il aura connu l'arrivée de Sa Majesté à Lauban, sa détermination changera. Il est donc important que vous lui fassiez connaître promptement cette arrivée. Les forces de l'ennemi ont passé de ma droite à ma gauche, et, je le pense, sur le prince de la Moskowa.

«Le comte DE LAURISTON.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Lauban, le 21 août 1813, cinq heures

du matin.

«Monsieur le duc de Raguse, vous trouverez ci-joint l'ordre de la journée d'aujourd'hui: conformez-vous-y; donnez les ordres d'exécution et de détail avec la prudence et avec les modifications que peut exiger la position de l'ennemi.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

ORDRE POUR LE 21 AOÛT.

«Lauban, le 21 août 1813, deux heures et demie du matin.

«L'Empereur ordonne les dispositions suivantes:

«Le duc de Tarente, avec le cinquième corps d'armée, ayant le onzième corps sur sa droite, sera prêt à déboucher aujourd'hui à midi pour passer le Bober et attaquer l'ennemi.

«Le duc de Raguse sera en position le plus tôt possible, à une lieue et demie ou deux lieues de Löwenberg sur la gauche.

«Le prince de la Moskowa débouchera aujourd'hui par, ou près Buntzlau, avant dix heures du matin, avec tout son corps réuni, culbutera tout ce qu'il a devant lui et se portera sur Alt-Gersdorf, en faisant poursuivre l'ennemi.

«Le duc de Trévise partira à quatre heures du matin pour se porter sur Löwenberg.

«Le général Latour-Maubourg partira à cinq heures du matin pour se porter sur Löwenberg.

«Le général Ornano partira avec sa division de la garde à cheval, à six heures du matin, pour se porter sur Löwenberg; il se tiendra toujours sur la droite de la route.

«Le général Walther partira à sept heures du matin pour Löwenberg.

«La division de la vieille garde à pied partira à cinq heures du matin pour Löwenberg.

«L'Empereur sera, de sa personne, à Löwenberg à neuf heures du matin.

«Le prince, vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Löwenberg, le 22 août 1813, une heure et demie.

«J'ai reçu vos deux lettres. Voici où nous en sommes:

«Le duc de Tarente, avec les cinquième et onzième corps et la division de cavalerie du général Chastel, poursuit l'ennemi dans la direction de Goldsberg et Schonau.

«Le prince de la Moskowa poursuit également l'ennemi sur Haynau.

«Les renseignements que nous avons tirés des prisonniers et recueillis dans le pays portent à croire que l'armée ennemie, en Silésie, est composée de trois corps:

«Celui du général Langeron, composé de cinq divisions, ce qui forme à peu près trente mille hommes;

«Le corps de Sacken, composé de trois divisions, ou environ seize mille hommes;--enfin un corps prussien, commandé par les généraux Blücher et York, de vingt-cinq à trente mille hommes.

«L'Empereur ne suppose donc pas que l'ennemi ait plus de quatre-vingt mille hommes en Silésie.

«Le troisième corps, aux ordres du prince de la Moskowa, est fort d'environ trente-cinq mille hommes; le cinquième et le onzième, de cinquante mille. Avec la cavalerie, l'artillerie, etc., cela forme un corps de près de cent mille hommes, force qui paraît suffisante contre l'armée ennemie qui est en Silésie.

«L'Empereur laisse donc reposer aujourd'hui sa garde et votre corps d'armée, pour pouvoir, s'il y a lieu, les porter sur un autre point.

«L'intention de Sa Majesté est que vous fassiez faire de suite assez de ponts sur le Bober pour pouvoir repasser promptement et sans aucun embarras cette rivière si l'Empereur voulait vous reporter sur une autre direction. Soyez donc prêt à vous mettre en marche sur telle direction qu'on pourrait vous donner. Si vous avez des renseignements de l'ennemi, faites-les-moi connaître.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Löwenberg, le 23 août 1813, quatre

heures et demie du matin.

L'Empereur ordonne, monsieur le duc, que vous partiez ce matin pour vous rendre, avec votre corps, près de Lauban; vous devrez passer la rivière, afin de pouvoir, demain de bonne heure, partir pour Görlitz, s'il y a lieu. L'intention de Sa Majesté est que vous envoyiez un aide de camp à Görlitz, où sera ce soir le quartier général, pour faire connaître l'heure à laquelle vous arriverez.

«Toute la garde part à quatre heures du matin, et se trouvera sur le chemin de Löwenberg à Lauban; la route sera donc encombrée. Sa Majesté juge qu'il est nécessaire que vous preniez une autre route. L'intention de l'Empereur est aussi que vous retiriez la garnison que vous auriez à Buntzlau.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Görlitz, le 24 août 1813, trois heures

et demie du matin.

«Monsieur le duc de Raguse, je vous envoie le duplicata de l'ordre que je vous ai adressé hier par M. de Sternberg, officier de votre état-major. Sa Majesté pense donc que vous êtes au delà de Lauban. Je vous avais dit de m'envoyer hier soir à Görlitz un autre de vos aides de camp pour prendre des ordres; cet officier n'a pas paru.

«L'Empereur, monsieur le maréchal, vous ordonne de continuer votre mouvement, de la position que vous occupez, pour en prendre une ce soir entre Görlitz et Bautzen. Ayez bien soin de me faire connaître où vous coucherez. L'Empereur sera à Bautzen.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Görlitz, le 24 août 1813, dix heures du matin.

«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous faire connaître qu'il faut qu'aujourd'hui vous arriviez à Reichenbach; que, demain 25, vous dépassiez Bautzen et alliez à Bischofswerda, afin que, le 26, vous puissiez vous porter sur le point de l'Elbe où votre corps d'armée devra passer.

«Le quartier général impérial sera cette nuit à Stolpen.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Stolpen, le 25 août 1813.

«Monsieur le duc, je vous préviens que nous passons demain l'Elbe à Pirna; il est donc nécessaire que vous approchiez demain sur Stolpen pour prendre part à l'affaire et que vous puissiez vous placer de bonne heure dans la position que vous occuperez après-demain 27. Comme nous nous portons sur la ligne d'opération de l'ennemi, on doit s'attendre qu'il fera tous les efforts imaginables pour se dégager.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 27 août 1813, huit heures du soir.

«Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur vous ordonne de réunir dans la nuit toutes vos divisions et toute votre artillerie, et de vous appuyer au prince de la Moskowa et au maréchal Saint-Cyr. L'ennemi n'est point en retraite, et il faut s'attendre à une grande bataille pour demain. À cinq heures du matin, l'Empereur sera à la redoute n° 4 sur la route de Plauen.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

«_P. S._ L'intention de l'Empereur est que, pour la journée de demain, chaque commandant de corps ait un quartier général fixe; il laisserait, s'il le quittait, quelqu'un pour recevoir les ordres de Sa Majesté et dire où il est.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 28 août 1813, neuf heures du soir.

«Monsieur le maréchal duc de Raguse, j'ai reçu votre lettre de quatre heures et demie; je l'ai mise sous les yeux de l'Empereur. Sa Majesté n'a pour le moment aucune autre instruction à vous donner que de suivre le mouvement de l'ennemi et lui faire le plus de mal possible.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 29 août 1813, cinq heures et demie du matin.

«Monsieur le maréchal duc de Raguse, j'ai reçu votre rapport d'hier onze heures du soir, et je l'ai mis sous les yeux de l'Empereur. Sa Majesté ordonne que vous suiviez vivement l'ennemi sur Dippoldiswald et dans toutes les directions qu'il aurait prises.

«Sa Majesté le roi de Naples se porte sur Frauenstein, afin de tomber sur les flancs et les derrières de l'ennemi, et le maréchal Saint-Cyr a l'ordre de suivre l'ennemi sur Maxen et sur toutes les directions qu'il aurait prises.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 30 août 1813.

«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous prévenir que le point difficile pour l'ennemi est _Zinnwald_, où l'opinion de tous les gens du pays est que son artillerie et ses bagages ne pourront passer qu'avec une peine extrême; que c'est donc sur ce point qu'il faut se réunir et attaquer; que l'ennemi, tourné par le général Vandamme, qui marche sur Toeplitz, se trouvera très-embarrassé, et sera probablement obligé de laisser la plus grande partie de son matériel.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 31 août 1813, deux heures du matin.

«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur m'ordonne de vous prévenir qu'il est de la plus grande urgence que vous vous rapprochiez de Dresde, avec votre corps d'armée, par la route directe, de manière à en être aujourd'hui le plus près possible. Le général Vandamme, avec son corps d'armée, a été cerné, enlevé au delà des montagnes, s'étant laissé surprendre dans des gorges, de sorte que de ce corps il n'est revenu que très-peu d'hommes, et l'ennemi s'est déjà montré entre Pirna et Peterswald; il est donc convenable, dans cet état de choses, que vous vous rapprochiez de Dresde; votre mouvement doit se faire avec beaucoup d'ordre et être autant que possible dissimulé à l'ennemi. Faites-moi connaître les positions qu'occuperont ce soir vos troupes.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 31 août 1813, cinq heures et demie du matin.

«Monsieur le duc de Raguse, je vous ai écrit il y a deux heures, pour vous dire de vous rapprocher de Dresde; depuis ce moment l'Empereur a reçu des nouvelles du maréchal Saint-Cyr, qui est à Liebenau et à Laenstein, point sur lequel s'est ralliée une partie du premier corps; je vous envoie la copie de l'ordre que j'ai expédié au maréchal Saint-Cyr. Conformez-vous à ce qui vous regarde pour occuper les positions sur la droite de ce maréchal. Prévenez le duc de Bellune qu'il doit lui-même prendre position sur votre droite.

«Le prince vice-connétable, major général.

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL SAINT-CYR.

«Dresde, le 31 août 1813, cinq heures et demie du matin.

«Monsieur le maréchal Saint-Cyr, j'ai mis votre lettre sous les yeux de l'Empereur. L'intention de Sa Majesté est que vous preniez la position la plus avantageuse pour couvrir la route de Peterswald à Dresde. Le maréchal duc de Trévise restera en position en avant de Pirna. _Le duc de Raguse occupera les positions sur votre droite_ et le duc de Bellune en occupera une sur la droite du duc de Raguse, jusqu'à ce que l'on ait vu la tournure que prendront les choses. Aussitôt que vous serez établi, il faudra faire tracer des redoutes pour assurer votre position. Envoyez tout ce qui vous arrive du premier corps sur Pirna, pour y être réorganisé. Vous regarderez comme non avenue la lettre que je vous ai écrite il y a deux heures.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 1er septembre 1813.

«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'intention de l'Empereur n'est pas de pénétrer en Bohême: cette opération n'est pas encore dans la ligne de sa position militaire. L'intention de Sa Majesté est que le maréchal Saint-Cyr et le duc de Bellune soient en première ligne pour observer les frontières; l'un ayant son quartier général à Pirna, l'autre l'ayant à Freyberg: que vous, monsieur le duc, le maréchal duc de Trévise et le corps du général Latour-Maubourg, soyez groupés autour de Dresde, pour former une réserve, disposée de manière à pouvoir marcher partout où les circonstances l'exigeraient. En conséquence des dispositions générales ci-dessus, _l'Empereur ordonne que vous vous portiez avec votre corps d'armée sur Dippoldiswald, laissant des colonnes en arrière pour masquer votre mouvement: il sera nécessaire que vous vous concertiez avec le maréchal Gouvion Saint-Cyr et avec le duc de Bellune, auxquels j'ai prescrit les dispositions suivantes:_

«Au maréchal Saint-Cyr: de placer son quartier général à Pirna et de prendre position, la gauche à l'Elbe, couvrant les deux routes de Peterswald et de Dohna et observant le défilé d'Altenbourg;

«Au duc de Bellune: de placer successivement son quartier général dans la direction de Freyberg, en échelonnant son corps de manière à pouvoir se porter sur Dresde ou sur des colonnes ennemies qui déboucheraient par Marienberg, Sayda, ou tout autre point de cette ligne. Faites-moi connaître quand vous occuperez la position définitive qui vous est assignée.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.

«2 septembre 1813.

«Sire, je reçois la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire. Je n'exécute pas l'ordre qu'elle contient, parce que les circonstances sont de nature à en rendre l'exécution impossible, et que, faute apparemment de m'être bien expliqué, Votre Majesté ignore le véritable état des choses.

«D'abord, hier soir, les ordres de Votre Majesté m'ont trouvé près de Falkenheim. La plus grande partie de mon artillerie et de mes munitions est déjà à Dippoldiswald, et toute la journée ne suffirait pas pour la faire revenir devant l'ennemi.

«Ensuite, comme j'avais eu l'ordre précédemment de prendre position à la droite du maréchal Saint-Cyr, pour défendre les débouchés de la Bohême, la première opération que j'ai faite dans cet objet, pour soutenir la position que j'avais prise à Altenbourg, a été de faire des abatis sur toutes les communications directes, pendant l'espace de plusieurs centaines de toises. Toute la journée ne suffirait pas pour les détruire, et cependant la chose est indispensable pour pouvoir déboucher.

«Quant à l'ennemi, Sire, il n'a pas immédiatement l'attitude offensive, et il n'y a pas eu ... de la grande chaîne une quantité assez considérable de troupes pour espérer quelques résultats en cherchant à les combattre.

«Je vais récapituler rapidement ce qui s'est passé depuis cinq jours, afin que Votre Majesté puisse juger elle même la situation de l'ennemi.

«Je l'ai poussé dans sa retraite de toutes mes forces et je l'ai combattu près de Dippoldiswald, à Falkenheim et à Altenbourg. Il a été culbuté partout et nous lui avons pris ou forcé à détruire environ quatre cents voitures, la plus grande partie d'artillerie. Le jour du combat de Zinnwald, j'ai porté une avant-garde à une lieue en avant, c'est-à-dire à deux lieues de Toeplitz. De Zinnwald on voit Toeplitz et le plus épouvantable défilé que j'aie jamais vu. Le soir de ce combat j'ai appris l'événement arrivé au général Vandamme, et, cet événement changeant tout à fait ma position, j'ai dû m'arrêter, et j'ai passé le jour suivant sur le plateau de Zinnwald, ayant toujours mon avant-garde dans la même position. Cette avant-garde fut attaquée avant-hier par l'ennemi; elle le battit, lui tua beaucoup de monde et conserva sa position. L'ennemi revenant à son entreprise, il était facile de voir, à l'immense quantité de feux qui se voyaient dans la plaine de Toeplitz, qu'il y avait une grande armée au débouché. Par d'autres rapports je suis aussi informé que des retranchements et une nombreuse artillerie ferment ce passage.

«Ayant en l'ordre de m'appuyer sur le maréchal Saint-Cyr, je me suis replié hier de Zinnwald sur Altenbourg où j'ai pris position.

«Toute la journée d'hier a été employée à faire des abatis et à établir un bon système défensif. Ayant reçu l'ordre de mouvement sur Dippoldiswald, je me suis mis en mesure de l'exécuter, et mon artillerie est partie hier au soir. Sa marche a été pressée ce matin par la lettre que Votre Majesté m'a écrite hier à cinq heures du soir, par laquelle elle m'ordonne de me mettre en mesure de passer le pont de Dresde le 3, de manière que mon corps d'armée se trouve de Falkenheim à Dippoldiswald, cinq heures après le départ des dernières troupes de Zinnwald.

«L'ennemi a présenté d'abord quelque monde, ensuite environ quatre mille hommes, sans canons ni cavalerie. Ces troupes, je les ai vues, elles étaient près de moi, parce qu'un défilé, des bois et des marais nous séparaient; mes postes ne pouvant pas être placés plus avant, parce qu'ils auraient été bientôt enlevés. Des paysans m'ont rendu compte (mais je ne les ai pas vus) que six mille hommes, Russes et Prussiens et du canon, étaient arrivés sur les hauteurs de Furstenau. Enfin les seuls indices que j'aie sur les changements de projets de l'ennemi sont que l'armée, qui était en pleine retraite sur Thiresmstadt, est revenue sur Toeplitz et s'est placée au pied de la montagne, et enfin que les paysans qui arrivent de Toeplitz, où ils avaient accompagné les Russes, pour leur servir de guides, disent que l'ennemi veut retourner devant Dresde. Et je conclus de tout cela, Sire, que, si le projet existe, le moment de l'exécution n'est pas encore arrivé.

«Mes dernières troupes ont quitté Altenbourg à sept heures du matin. L'ennemi ne montre aucune intention de nous suivre. On n'a vu que deux escadrons.

«D'après tous ces motifs, Sire, et l'impossibilité où je suis d'exécuter vos ordres aujourd'hui, je continue mon mouvement sur Dippoldiswald.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 2 septembre 1813.

«Mon cousin, j'ai reçu votre lettre. J'envoie mon aide de camp, le général Flahaut, pour connaître l'état des choses de votre côté.--Votre correspondance est trop laconique. Faites attaquer aujourd'hui l'avant-garde ennemie, et sachez ce que vous avez devant vous et quels sont définitivement les projets de l'ennemi. S'il a moins de trente mille hommes, vous le culbuterez au delà des montagnes.--J'attends l'issue de cette journée pour faire des opérations de l'autre coté; tout cela est donc très-urgent.

«NAPOLÉON.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 3 septembre 1813, quatre heures et demie du matin.

«L'Empereur, monsieur le duc de Raguse, me prescrit d'envoyer un officier auprès de vous pour vous faire connaître que son intention est que vous séjourniez aujourd'hui, 3 septembre, à Dippoldiswald, afin d'y réunir votre corps, puisqu'il paraît que vous avez beaucoup de traineurs. Si l'ennemi envoie à vous, Sa Majesté vous ordonne de former une forte avant-garde pour le repousser et le culbuter.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 3 septembre 1813.

«L'Empereur, monsieur le maréchal duc de Raguse, me charge de vous écrire que, s'il n'y a pas d'inconvénient, il serait convenable que vous vous approchassiez aujourd'hui de Dresde, afin de passer les ponts pendant la nuit; que nous aurons une bataille à Bautzen demain au soir, ou au plus tard le 5 au matin; que le corps du duc de Tarente est tout à fait en désarroi.

«Donnez-moi de vos nouvelles.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 3 septembre 1813, onze heures.

«Mon cousin, le major général vous a fait connaître qu'il faut vous approcher de Dresde et coucher sur la rive droite, afin de partir demain à la pointe du jour.--Nous aurons probablement bataille demain en avant de Bautzen, ou au plus tard le 5.--Dans l'un et l'autre cas, il faut que vous y soyez comme réserve pour prendre part à l'affaire.--Prévenez le duc de Bellune, qui est à Freyberg, et le maréchal Saint-Cyr, que vous disparaissez de dessus la ligne.

«NAPOLÉON.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Au bivac, à une lieue de Reichenbach, le 5 septembre 1813, midi.

«Monsieur le duc de Raguse, l'intention de l'Empereur est que vous ne dépassiez pas la ville de Bautzen et que vous preniez position de l'autre côté, où vous attendrez des ordres.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Bautzen, le 6 septembre 1813, neuf heures du matin.