Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (5/9)

Part 10

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[Note 4: La lettre ci-après prouve que, le 30 août, l'intention de l'Empereur était que l'armée continuât son mouvement offensif et descendît le plateau de la Saxe pour pénétrer en Bohême. Vandamme, non soutenu par la garde, qui avait été rappelée à Dresde, devait marcher sur Toeplitz, tandis que je débouchais par Zinnwald, et que les autres corps en faisaient autant, chacun dans sa direction. Vandamme est donc parfaitement innocent de ce mouvement, et des conséquences qui en ont été la suite.

«Dresde, le 30 août 1813.

«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous prévenir que le point difficile pour l'ennemi est Zinnwald, où l'opinion de tous les gens du pays est que son artillerie et ses bagages ne pourront passer qu'avec une peine extrême; que c'est donc sur ce point qu'il faut se réunir et attaquer; que l'ennemi, tourné par le général Vandamme, qui marche sur Toeplitz, se trouvera très-embarrassé, et sera probablement obligé de laisser la plus grande partie de son matériel.

«Le prince vice-connétable, major général,

«_Signé_: ALEXANDRE.»]

Instruit de ce qui s'était passé, je ne pouvais plus penser à descendre de la montagne. Garder ma position et attendre des ordres était tout ce qui me restait à faire. Je restai donc sur la défensive pendant la journée du 31. L'ennemi attaqua mon avant-garde, mais il fut repoussé constamment. Il avait perdu beaucoup de monde dans cette poursuite et les divers combats dont je viens de rendre compte. Nous lui avions pris trente pièces de canon, sept à huit cents voitures d'artillerie ou d'équipages, et il avait eu en tués, blessés et prisonniers, de neuf à dix mille hommes hors de combat.

Le 31, au soir, je reçus l'ordre de prendre position à Altenbourg. Je m'y rendis, et me mis en mesure de m'y défendre. Le 1er septembre, l'Empereur me prescrivit de me rapprocher de Dresde et de déboucher sur la rive droite de l'Elbe s'il était nécessaire. Dès ce moment commença une série de mouvements sans aucun résultat, qui semblaient destinés, comme par exprès, à produire la destruction des troupes. Le quatorzième corps avait fait un mouvement pareil au mien. Le deuxième corps et sa cavalerie s'étaient également rapprochés de l'Elbe. Le 3, je marchai encore dans la direction de Dresde, et pris position au village de Recknitz. Le 4, je passai l'Elbe et allai camper à Bischofswerda, et le lendemain à Bautzen.

CORRESPONDANCE ET DOCUMENTS RELATIFS AU LIVRE DIX-SEPTIÈME

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Liegnitz, le 29 mai 1813, deux heures après midi.

«L'Empereur ordonne, monsieur le maréchal, qu'avec le sixième corps d'armée et le corps de cavalerie du général Latour-Maubourg vous vous portiez de Jauer en avant de Eisendorf, route de Neumarck. Le prince de la Moskowa, avec les cinquième et septième corps, se porte sur Neumarck, et le quartier général impérial y sera probablement ce soir avec la garde. Le troisième corps d'armée reste en avant de Liegnitz. Le duc de Tarente, avec son corps d'armée, et le général Bertrand, avec le quatrième corps, resteront à Jauer. Sa Majesté marche sur Breslau.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 10 juin 1813.

«Je crois devoir vous faire connaître, monsieur le maréchal, quel sera l'emplacement des quartiers généraux des différents corps de l'armée au 12 juin, époque à laquelle ces quartiers généraux deviendront fixes.

«Le deuxième corps d'armée, maréchal duc de Bellune, à Guadenberg; «Le troisième, prince de la Moskowa, à Liegnitz; «Le quatrième, général comte Bertrand, à Sprottau; «Le cinquième, général Lauriston, à Goldsberg. «Le septième, général Régnier, à Görlitz; «Le onzième, maréchal duc de Tarente, à Löwenberg; «Le douzième, maréchal duc de Reggio, à Lukau; «Le premier corps de réserve de cavalerie, général Latour-Maubourg, à Sagan; «Le deuxième, général Sébastiani, à Freystadt; «Deuxième division, jeune garde, maréchal duc de Trévise, à Hermolsdorf, près Glogau; «Première division, à Gross-Kramche; «Deuxième, à Ober-Schonfeld; «Troisième, à Eichberg; «Polonais, huitième corps, à Zittau. «Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 11 juin 1813.

«Je vous préviens, monsieur le maréchal, que je donne l'ordre au duc de Bellune de garder la frontière le long de l'Oder, depuis Crossen jusqu'à la hauteur de Müllrose.

«Le duc de Reggio surveillera la ligne de démarcation depuis Müllrose jusqu'à Insterburg.

«Le gouverneur de Wittenberg placera des postes depuis Insterburg, en passant par Bruck, et suivant la frontière de la Confédération du Rhin, jusqu'auprès de Barby.

«Le gouverneur de Magdebourg couvrira son enceinte sur la rive droite, et tout le long de l'Elbe sur la rive gauche, depuis Barby jusqu'à la trente-deuxième division militaire, où commencera la surveillance du prince d'Eckmühl.

«Le duc de Trévise, le prince de la Moskowa, le général Lauriston, le duc de Tarente surveilleront la ligne dans leur arrondissement respectif; depuis les postes du duc de Tarente, la ligne sera fournie, le long de la Bohême, par le prince Poniatowski, qui arrive à Zittau. Enfin, monsieur le maréchal, fournissez de votre côté des postes jusqu'à l'Elbe, le long de la Bohême, en vous concertant à cet égard avec le prince Poniatowski.

«L'intention de l'Empereur est que tous les jours vous envoyiez le rapport de ce qui se passe à vos postes et des mouvements qui pourraient se faire devant eux. Il faut aussi avoir soin d'empêcher les chevaux, les vivres, les meubles, les troupeaux, et enfin tout ce qui pourrait nous servir, de sortir de la ligne de démarcation.

«Le résultat de ces dispositions sera d'être bien instruit de tout ce qui se passe; mais il suffira pour cela, monsieur le maréchal, de postes légers, ainsi que pour arrêter le passage des troupeaux et de tout ce qui est utile à l'armée.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 13 juin 1813.

«Je vous adresse, monsieur le maréchal, ampliation de l'ordre du jour relatif à l'arrestation et la mise en jugement des soldats qu'on suppose s'être mutilés eux-mêmes d'un doigt ou de la main dans l'espoir de se faire réformer. Depuis plusieurs années, cette espèce d'épidémie s'est introduite dans l'armée: il est temps d'y apporter une attention sévère et de remédier promptement à ce genre de délit.

«L'Empereur ordonne, pour cet effet, qu'il soit choisi deux hommes de chaque corps d'armée sur ceux prévenus de s'être blessés eux-mêmes. Ils seront arrêtés; le grand prévôt instruira la procédure. Il sera facile de les convaincre. Aussitôt la procédure instruite, ils seront envoyés au maréchal ou au général commandant, qui les fera fusiller devant tout le corps assemblé, en faisant connaître la nature de leurs délits, mais sans rien imprimer là-dessus.

«Vous ferez ramasser tous les hommes blessés à la main et ordonnerez qu'ils soient gardés comme des coupables par la gendarmerie. S'ils ont été trouvés maraudant, la peine de mort leur sera infligée. Vous aurez soin de donner le mot aux officiers d'état-major et aux chirurgiens, de n'y comprendre ni sous-officiers ni vieux soldats, mais seulement ceux qui, par leur âge et la nature de leurs blessures, pourraient être soupçonnés de s'être blessés eux-mêmes. À leur arrivée à leur régiment, un jury, composé du colonel, de deux capitaines et de deux chirurgiens du régiment, les examinera et fera une enquête pour constater la cause de leurs blessures. Ces hommes feront toutes les corvées et seront comme les domestiques du régiment. Ils seront guéris par les soins des chirurgiens des corps, et, après la correction convenable, ils rentreront dans le régiment.

«Vous sentirez, monsieur le maréchal, l'importance de tenir l'ordre du jour et les présentes dispositions secrètes; mais vous devez réunir les colonels des régiments et leur parler fermement pour qu'ils exaltent l'indignation des soldats contre les lâches qui se mutilent eux-mêmes.

«Enfin l'intention de l'Empereur est que toutes blessures à la main provenant d'un coup de fusil ou de pistolet ou d'un coup de sabre ne soient jamais un motif de réforme.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

ORDRE DU JOUR.

«Dresde, le 11 juin 1813.

1.

«Tous les blessés qui existent à Dresde et dans les hôpitaux des autres villes en deçà du Rhin, et qui sont blessés aux doigts ou à la main, seront sur-le-champ dirigés sur leurs corps respectifs.

2.

«L'état nominatif de tous les hommes blessés aux doigts ou à la main, qui sont à Dresde, sera dressé dans la journée d'aujourd'hui et demain.

3.

«Il sera formé autant de colonnes, composées de gendarmes et de flanqueurs de la garde, qu'il y a de corps d'armée. Chacune de ces colonnes sera commandée par un officier d'état-major, et un chirurgien principal y sera attaché. Elles ramasseront tous ces hommes, dont il sera formé un contrôle, indiquant leurs noms, compagnies, bataillons et régiments.

4.

«Les blessés ainsi ramassés seront conduits à la maison de la Douane retranchée, sur la route de Bautzen, où ils seront campés. Dès que cent hommes appartenant à un même corps d'armée seront réunis, ils seront mis en marche pour ce corps d'armée, sous une escorte suffisante. Ils seront accompagnés de leur contrôle nominatif et d'un chirurgien pour les panser.

5.

«À leur arrivée aux corps, ils seront distribués dans leurs régiments, où ils seront traités par les chirurgiens-majors, et sous la surveillance spéciale des officiers. Ils seront chargés de faire toutes les corvées de la compagnie et du régiment.

6.

«Tout soldat blessé aux doigts ou à la main, qui sera conduit à son corps de la manière dont il vient d'être dit, qui s'écarterait en route de son escorte, soit pour marauder, soit pour déserter, ou qui déserterait après son arrivée au régiment, sera puni de mort.

7.

«Un jury, formé du chirurgien en chef de l'armée et de quatre chirurgiens principaux, sera réuni à la susdite maison de la Douane, pour visiter les blessés qui y seront amenés. Il fera choix de deux hommes par chaque corps d'armée, de ceux qui, par la nature de leurs blessures, paraîtront le plus évidemment avoir été blessés par eux-mêmes, lesquels seront sur-le-champ arrêtés et conduits devant le grand prévôt de l'armée, pour y être examinés et interrogés.

8.

«Tout soldat qui serait convaincu de s'être blessé volontairement pour se soustraire au service sera condamné à mort.

9.

«Le présent ordre du jour sera tenu secret, et sera adressé seulement aux maréchaux et généraux commandant des corps d'armée; mais, au moment du départ des hommes blessés aux doigts ou à la main, reconduits à leur corps, il leur sera donné connaissance, par l'officier d'état-major commandant la colonne, de la disposition qui condamne à mort ceux qui déserteraient ou marauderaient pendant la route.

10.

«Le major général de notre grande armée est chargé de l'exécution du présent ordre.

«_Signé_: NAPOLÉON.

«Pour ampliation:

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 24 juin 1813.

«Monsieur le maréchal, je vous envoie la copie d'une lettre que j'ai écrite hier à M. le général Barclay de Tolly pour lui faire connaître les ordres donnés par l'Empereur à l'égard des partisans.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

«_P.-S._ Cela vous servira pour le langage que vous avez à tenir.

AU GÉNÉRAL BARCLAY DE TOLLY.

«Dresde, le 23 juin 1813.

«Monsieur le général, je m'empresse de porter à votre connaissance la conduite du major de Lützow et les événements auxquels elle a donné lieu. Ce major, chef d'un corps de partisans, a été prévenu, le 7, de l'armistice. La copie lui a été portée par un officier d'état-major. Il en a eu connaissance par la traduction en allemand que le duc de Weimar en a fait faire, et qu'il a fait imprimer, placarder et répandre à profusion.

«Le major de Lützow a fait dire à l'officier d'état-major qui lui portait la copie de l'armistice qu'il ne reconnaissait pas l'armistice. On lui a fait observer que, le 12, il devait avoir repassé l'Elbe, et qu'en conséquence il n'y avait pas de temps à perdre: il fit déclarer qu'il était corps franc.

«Depuis le 7 jusqu'au 18, M. le major de Lützow a continué les hostilités: il a arrêté les malles de Bavière et de Dresde; il a levé des contributions, comme dix-huit procès-verbaux le constatent. Il a arrêté les individus tant civils que militaires rencontrés sur la route; il a continué à enrôler les jeunes gens du pays et les étudiants des universités; il a attaqué des détachements, pris des courriers venant d'Augsbourg et d'Italie, et enfin des soldats marchant isolément.

«L'Empereur et Roi mon maître n'est arrivé à Dresde que le 10, et, le 14, voyant que les hostilités sur ses derrières continuaient, Sa Majesté a ordonné aux détachements de cavalerie en marche pour rejoindre l'armée de s'arrêter et de se pelotonner pour courir sur les partisans, attendu que, le 12, ils devaient, aux termes de l'armistice, en avoir exécuté les dispositions.

«D'autres corps, se disant partisans, répondaient qu'ils ne pouvaient reconnaître l'armistice, donnant pour motifs, les uns qu'ils dépendaient de l'armée suédoise, les autres qu'ils étaient à la solde de l'Angleterre, et enfin d'autres corps indépendants et insurrectionnels.

«Sa Majesté l'Empereur et Roi a donc cru nécessaire de prescrire l'ordre du jour dont je vous envoie copie. J'avais donné un ordre à peu près semblable dès le 16. Cependant, j'ai l'honneur de proposer à Votre Excellence d'échanger ceux des partisans qui sont actuellement en notre pouvoir ou qui seront arrêtés contre ceux de nos gens qui ont été faits prisonniers par vos troupes depuis le 4 juin.

«Nous avons aussi à nous plaindre de la non-exécution de l'article 4 de l'armistice, qui porte, entre autres choses: que, depuis l'embouchure de la Katzbach, la ligne de démarcation suivra le cours de l'Oder jusqu'à la frontière de Saxe, longera la frontière de Saxe, etc.; dès lors Crossen s'y trouve compris. Cependant les Prussiens, contre toutes raisons, veulent occuper Crossen, quoique le droit soit de notre côté et que cela ne dût pas être discuté: j'en prends pour juge Votre Excellence elle-même.

«Mais, voulant cependant éviter toute discussion, l'Empereur et Roi propose que ce pays soit considéré comme neutre, de manière qu'il ne soit occupé ni par l'armée combinée ni par les armées françaises et alliées.

«Les troupes légères de Votre Excellence parcourent le pays jusqu'aux portes de Liegnitz. Je la prie de vouloir bien donner des ordres à cet égard.

«Le prince vice-connétable, major général,

«_Signé_: ALEXANDRE.»

ORDRE DU JOUR.

«Dresde, le 24 juin 1813.

«Les parlementaires qui se présenteront ne pourront dépasser nos lignes, c'est-à-dire qu'ils seront reçus aux avant-postes où ils remettront leurs dépêches. Ils seront maîtres d'attendre les réponses. Dans le cas où un parlementaire devrait être amené au quartier général, l'ordre en sera donné par le major général. En conséquence, sous aucun prétexte que ce soit, les parlementaires ne pourront pénétrer au delà de nos lignes, c'est-à-dire de nos avant-postes, sans un ordre formel.

«Le prince vice-connétable, major général,

«_Signé_: ALEXANDRE.

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 19 juillet 1813.

«Mon cousin, je désirerais que Buntzlau, qui offre une position centrale, contint deux manutentions, chacune de huit à dix fours. Je désirerais que la ville pût être fortifiée, de manière qu'en quinze à vingt jours de travail deux bataillons pussent y protéger un hôpital, les deux manutentions et des magasins. Les deux grands moyens défensifs de ce genre sont les eaux et les bois. Vous devez avoir des bois près de Buntzlau. Vous avez des moyens de transport, puisque vous avez tous les chevaux de trait de votre corps d'armée. Vous avez des sapeurs, des pionniers. Les canonniers de la marine sont surtout propres à ces travaux. Quant aux eaux, il faut étudier si l'on peut remplir les fossés de la ville. Si on le peut, faites-y travailler vingt-quatre heures après la réception du présent ordre. Vous sentez de quel intérêt il serait de pouvoir placer à Buntzlau, sous la garde de deux bataillons et de vingt pièces de canon, un hôpital de deux mille malades ou convalescents, quelques millions de rations de biscuits, de farines et de riz, et beaucoup d'embarras d'artillerie.--Autant que je puis m'en souvenir, Buntzlau a des fossés et une muraille. Ce serait donc ces fossés qu'il s'agirait de bien établir, ces murailles et tourelles qu'il faudrait organiser pour l'artillerie, en les garnissant de gabions et de saucissons, les fossés qu'il faudrait remplir d'eau, et enfin quelques lunettes qu'il faudrait tracer et élever.--Il n'y a pas de moment à perdre; vous entendez la matière. Vous pouvez y mettre six mille ouvriers, en faisant fournir deux mille travailleurs par votre corps d'armée et en réunissant deux à trois mille paysans.

«NAPOLÉON»

LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.

22 juillet 1813

«Sire, j'ai reçu la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire le 19 juillet pour me donner ses ordres relatifs à Buntzlau. Cette ville étant placée au bas d'un long amphithéâtre, les localités sont peu favorables à la fortification. Cependant il m'a paru, après avoir étudié son enceinte avec soin, qu'il était possible de remplir les intentions de Votre Majesté, et je viens d'arrêter les travaux à exécuter.

«Ils commenceront demain et seront poussés avec une grande activité. J'aurai l'honneur d'adresser demain à Votre Majesté un plan de Buntzlau, avec un rapport détaillé sur les ordres que j'ai donnés.

«L'artillerie et le génie du sixième corps fournissent quinze cents outils. Des réquisitions ont été faites au pays; mais, comme il est probable que je n'obtiendrai pas tout ce que j'ai demandé, il serait désirable que le grand parc du génie nous donnât un secours de deux mille outils.

«Comme les travaux de la récolte vont rendre les bras extrêmement rares, il serait utile que les cercles de Lövenberg et de Goldsberg fournissent chacun mille ouvriers pour les travaux de Buntzlau.»

* * * * *

«J'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté le plan de Buntzlau. Cette place a une double enceinte. L'enceinte intérieure, étant contiguë aux maisons, n'offrant ni espace, ni terre à porter pour les remblais, n'est pas susceptible d'être mise en état de recevoir du canon. Cependant c'est un dernier obstacle qu'on peut présenter à l'ennemi, et dont on peut tirer parti en arrangeant quelques tours pour y placer de l'infanterie. L'enceinte basse offre partout les moyens de faire un parapet et des batteries. Les tours de cette enceinte sont en général trop petites pour être armées de canon. Cependant, au moyen des dispositions ordonnées et dont je vais rendre compte, il y aura quatre pièces de canon placées en A au-dessus de la porte de Breslau; un pareil nombre au-dessus de la porte AV, même à Goirenberg (G), quatre également sur la porte de Dresde (O), deux en P, deux en U, une autre en T, enfin quatre, dont l'ouvrage projeté en Z.

«Excepté en F, G, H, K, la place a partout une bonne contrescarpe, revêtue de plus ou moins d'élévation, mais habituellement de quinze à seize pieds. En avant de la porte G, il n'y a pas de fossé.

«J'ai ordonné d'élever une contrescarpe en F et d'en construire une en G, de manière à élever assez les eaux pour qu'elles puissent se répandre jusqu'en D au moyen du batardeau qui sera placé en G. Ce batardeau sera couvert par la maison I, qui sera entourée d'un fossé et d'un parapet en terre. Le fossé H et K sera également rempli d'eau au moyen des remblais qui seront faits en K autour du lac, afin de pouvoir élever les eaux et les forcer d'inonder ce fossé K et les étendre dans le fossé R jusqu'au delà de U; là, élevant la contrescarpe qui environne les eaux en K de cinq pieds et creusant le fossé en R de quatre pieds, il y aura dans tout ce développement de la place un obstacle d'eau très-difficile à franchir.

«La portion du fossé depuis S jusqu'en D n'est pas susceptible d'être inondée; mais là le fossé est très-profond, la contrescarpe très-élevée, et cette portion de fossé sera fraisée et palissadée avec beaucoup de soin, et sera d'ailleurs couverte par l'ouvrage projeté en Z, qui prendra aussi des revers sur la porte de Dresde, et, à cet effet, on va démolir toute la portion du faubourg en BB.

«Il existe deux tours assez bien construites à chacune des deux portes: l'une, à la porte de Breslau A, et l'autre à la porte de Dresde O. Elles sont liées entre elles et liées également au mur d'enceinte intérieure. On va construire devant ces tours deux massifs en glacis, élevés de huit pieds, de manière à couvrir le pied de ces tours du feu de l'ennemi, faisant aboutir le chemin pour entrer dans la ville en suivant la contrescarpe, afin d'empêcher la porte d'être vue de l'extérieur. On va faire un plancher qui réunisse ces tours avec l'enceinte intérieure, et ce plancher sera placé à sept pieds, c'est-à-dire au-dessous du niveau du masque, et on établira sur ce plancher un parapet en gabion de douze pieds d'épaisseur, qui garantira des pièces de campagne. La place de Löyenberg sera arrangée d'une manière analogue, excepté que cette entrée, où sera le batardeau, sera supprimée. Enfin on formera en P et U et en X des parapets en terre qui donneront les moyens d'armer ces points avec de l'artillerie, et en général, comme la muraille d'enceinte extérieure est assez mauvaise, on relèvera les contrescarpes de manière à la masquer de la vue de la campagne, et les tours seront disposées à être occupées par de l'infanterie, dont l'action n'aura pour objet que la défense du fossé. Les seuls points qui doivent avoir action sur l'extérieur devant être ceux qui sont armés de canon et les tours de l'enceinte intérieure, qui seront disposées pour recevoir de l'infanterie.

«Je pense qu'une fois ces travaux exécutés la ville de Buntzlau, défendue par mille hommes, non-seulement sera à l'abri d'un coup de main, mais exigera du gros canon et quelques travaux de siége, et je ne pense pas qu'il faille, pour que ces travaux soient terminés, plus que la durée de l'armistice.

«Une partie de la manutention avait été placée dans le faubourg; elle va être transportée dans la ville et augmentée.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 24 juillet 1813.

«L'intention de l'Empereur, monsieur le maréchal, est que toute l'armée tire à la cible de la manière suivante: chaque compagnie tirera deux coups à la cible, et les quatre meilleurs tireurs de chaque salve, c'est-à-dire huit par compagnie, auront une gratification de 2 francs; les huit meilleurs tireurs de chaque compagnie se réuniront pour tirer à la cible par bataillon, ce qui fera quarante-huit tireurs par bataillon: les huit meilleurs tireurs auront chacun un prix de 4 francs. Les huit meilleurs tireurs de chaque bataillon se réuniront pour tirer à la cible par division, ce qui, en supposant les divisions l'une dans l'autre à douze bataillons, fera quatre-vingt-seize tireurs par division: les huit meilleurs tireurs auront chacun un prix de 6 franc. Les huit tireurs qui auront eu le prix de chaque division seront réunis pour tirer à la cible, ce qui, à raison de trois divisions par corps d'armée, fera les vingt-quatre tireurs, et les huit meilleurs tireurs du corps d'armée auront chacun un prix de 12 francs.

«Les 27-28 juillet, chaque compagnie tirera à la cible. Les 28-29, les huit meilleurs tireurs de chaque compagnie tireront à la cible du bataillon. Les 29-30, les huit meilleurs tireurs de chaque bataillon tireront à la cible de la division, et, le 1er août, les huit meilleurs tireurs de chaque division tireront à la cible du corps d'armée.