Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (4/9)
Part 24
«D'un autre côté, Renovalès s'est porté à sept lieues de Bilbao; Pinto en est à six, et Longa pas bien loin de là. Tous ces mouvements me forcent à retarder celui de la majeure partie de l'infanterie; mais la cavalerie et l'artillerie vont partir. J'attends des nouvelles à chaque instant, et, dès que j'en aurai, je prendrai la détermination la plus prompte et la plus sûre, celle de faire marcher contre cette expédition et de la culbuter; cela portera un délai forcé de plusieurs jours à mon arrivée, ce qui me contrarie bien; mais je ne prévoyais pas cette circonstance, et, lorsque j'en ai parlé, j'étais loin de penser qu'elle se présentât promptement.»
LE GÉNÉRAL CAFFARELLI AU MARÉCHAL MARMONT.
«26 juin 1812.
«Monsieur le maréchal, j'ai eu l'honneur d'informer Votre Excellence que les ennemis avaient fait à la côte une forte expédition; que j'ai été obligé de disposer des troupes qui étaient arrivées ici la veille; que Bilbao était attaqué, tandis que Lequeitio l'était par mer et par terre, et avait été emporté; que le général Bonnet, évacuant les Asturies, est entré le 18 dans la province de Santander.
«J'ai appris, hier au soir, qu'il avait pris la route de Reynosa, que l'expédition était composée de six vaisseaux de ligne, neuf frégates et six bricks, qui se tiennent partie sur Santoña, partie sur la côte de Biscaye. Les troupes débarquées à Lequeitio sont des troupes de terre anglaises.
«Par l'évacuation des Asturies, à laquelle j'étais loin de m'attendre, d'après les dernières lettres de Votre Excellence, je me trouve, non-seulement découvert, mais hors d'état de conserver la province de Santander. Tomasera livré à lui-même, la Biscaye est ouverte de partout, et l'ennemi pourra en occuper tous les ports. Je suis entouré de bandes très-fortes, peu dangereuses par elles-mêmes, mais bien par la multiplicité de leurs mouvements sur les différents points de l'arrondissement de l'armée.
«Dans cet état de choses, que puis-je faire, sans livrer le pays à l'ennemi, sans lui abandonner les moyens de nous soutenir par la suite, et toutes nos subsistances?
«J'envoie la cavalerie et l'artillerie, c'est tout ce qu'il est en mon pouvoir de faire, et Votre Excellence est trop juste pour exiger autre chose de moi. En ce moment, j'apprends que Bilbao est encore attaqué.
«Voilà ma position, monsieur le maréchal, elle est pénible sous tous les rapports et, certes, je n'ai pas beaucoup de moyens de l'améliorer.»
LE GÉNÉRAL DE MONTLIVAULT AU MARÉCHAL MARMONT.
«Valladolid, le 28 juin 1812.
«Monseigneur, le mouvement du général Bonnet, ainsi que je vous l'annonçais par mes lettres précédentes, est réel; il était il y a trois jours à Aguilair del Campo, à dix-huit lieues d'ici. La lettre que j'ai l'honneur d'envoyer ci-jointe à Votre Excellence vous en instruira plus positivement. Le général Guérin, qui a également reçu une lettre du général Bonnet, qui lui demande des nouvelles de ce qui se passe, a daigné me consulter afin de s'éclairer sur les intentions de Votre Excellence. Il rend compte au général Bonnet de la position de Votre Excellence, et l'engage, dans le cas où il n'aurait pas d'ordres contraires, à se porter en ligne le plus rapidement possible. Veuillez, monseigneur, par le retour du paysan, envoyer des ordres pour cette division et dire si l'on a rempli vos vues. Quant à l'armée du Nord, je commence à perdre l'espoir de voir arriver le général Caffarelli, ni aucunes troupes de son armée. D'après la lettre qu'a reçue le général Guérin, il paraît positif que le 24 il n'y avait encore personne d'arrivé à Burgos. Les bruits courants, dont j'ai eu l'honneur de rendre compte à Votre Excellence, par mes lettres des 26 et 27, existent toujours; mais plus le temps s'écoule, et moins ils méritent de confiance. Depuis trois jours on répète les mêmes choses, et nous n'avons pas aujourd'hui dos nouvelles plus positives que lors de mon arrivée.
«Il paraît certain qu'un convoi de France est arrivé le 23 à Burgos, et que les troupes qui l'escortaient ont rétrogradé sur-le-champ sur Vitoria. Dans cet état de choses, monseigneur, je crois ma présence ici complétement inutile, et supplie Votre Excellence de vouloir bien me rappeler auprès d'elle. Car, ne pouvant remplir ici ses instructions, il m'est extrêmement pénible, dans un moment comme celui-ci, de me trouver éloigné de l'armée. Je ne puis aller plus loin, les communications n'existant pas. La seule ressource qui me restait, le convoi, reste ici. Quant aux nouvelles, le gouverneur et le commissaire de police ont plus de moyens que moi d'en avoir et d'en faire passer à Votre Excellence. J'implore donc de ses bontés de m'envoyer l'ordre, par le retour du porteur, de rentrer près d'elle. Je n'ai négligé aucun moyen pour savoir ce qui se passe. Je me suis abouché avec tous ceux qui pouvaient avoir des nouvelles. J'ai fait partir les trois lettres de Votre Excellence pour le général Caffarelli, et j'en ai moi-même écrit une quatrième par un contrebandier très-adroit. J'espère que Votre Excellence aura reçu mes quatre lettres, qui ont précédé celle-ci.--Des moissonneurs galiciens arrivent aujourd'hui ici, disant que Astorga a été pris le 23 du courant et que l'armée de Galice s'avance, sans donner d'autres détails.»
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LE MARÉCHAL JOURDAN AU MARÉCHAL MARMONT.
Madrid, le 30 juin 1812.
On trouvera le texte de cette lettre dans les _Mémoires du duc de Raguse_, page 121 de ce volume.
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LE MARÉCHAL MARMONT AU GÉNÉRAL CAFFARELLI.
«Tordesillas, le 2 juillet 1812.
«Monsieur le comte, _le 10 juin_ vous m'avez écrit _que vous rassembliez vos troupes pour venir à mon secours, et que vous feriez tout_ ce qu'on peut attendre d'un bon serviteur de l'Empereur.
«_Le 14 juin_, vous m'avez donné _les mêmes assurances_ avec plus de détail.
«_Le 20 juin_, en m'annonçant _que l'envoi d'une portion de l'infanterie serait retardé_, vous m'annoncez _que la cavalerie et l'artillerie se mettent en marche_; et aujourd'hui, _2 juillet_, _pas un soldat, pas un canon de l'armée du Nord ne sont arrivés_.
«Il eût mieux valu, monsieur le comte, ne _rien promettre que ne rien tenir_, car _ces promesses_ ont _influé_ sur _toutes les dispositions_ que j'ai prises.
«_Je ne sais quel sera le résultat de tout ceci_; s'il est _funeste_, je laisse _à votre conscience_ à juger les causes qui _l'auront produit_, et s'il était plus conforme aux intérêts de l'Empereur, _dans la crise où nous sommes_, de s'occuper _à combattre Longa-Regnovalès ou lord Wellington_.»
LE GÉNÉRAL CAFFARELLI AU MARÉCHAL MARMONT.
«Vitoria, le 11 juillet 1812.
«Monsieur le maréchal, j'avais tout disposé pour faire partir ce matin de l'artillerie et de la cavalerie, et je devais les faire escorter par un régiment d'infanterie jusqu'à Burgos, où, se ralliant à d'autre cavalerie et à de l'artillerie, le convoi serait allé jusqu'à Valladolid; les mouvements de l'ennemi m'en ont empêché. Le port de Castro est pris, et en ce moment Portugalette, qui est à l'entrée de la rivière de Bilbao, est vivement attaqué depuis trois heures du matin. Ce n'est qu'avec la plus grande difficulté que je puis communiquer avec les troupes; je ne puis avoir des nouvelles ni de San Andeo ni de Pampelune. Les postes de l'Èbre sont attaqués; la communication avec la France est interceptées. Ce ne sont plus des bandes, ce sont des corps de trois à quatre mille hommes, organisés en bataillons, qui agissent sous la direction des Anglais. Tout le pays prend les armes: je ne pense pas cependant que cet état de choses puisse durer au delà de quelques jours. J'attends une division qui devrait être arrivée à Logrono, et aussitôt j'espère que les choses changeront de face. Croyez, monsieur le maréchal, que je ne demande pas mieux que de vous seconder; mais, obligé de garder une ligne extrêmement étendue et ayant peu de moyens, je me suis vu forcé de différer les choses les plus pressantes et les plus importantes: et je mets au premier rang celle de vous envoyer du monde.
«J'apprends à l'instant qu'il est arrivé des troupes à Bayonne, et je dois penser que, le 13, il en partira pour Vitoria. Je donne ordre au 1er régiment de hussards, au 31e de chasseurs et à un escadron arrivé depuis peu, de partir avec huit bouches à feu pour se rendre à Valladolid et d'y faire apporter du biscuit. J'ai prié Votre Excellence d'envoyer de l'infanterie pour prendre ce convoi; il l'attendra à Celada, car à peine ai-je en tout et sur tous les points six mille hommes disponibles, que j'aurais envoyés à l'armée de Portugal sans ces événements. Le 15e de chasseurs a quatre bouches à feu, qui sont ici et qui partiront lorsque je pourrai les faire escorter. Je n'ai pas reçu de lettres de Votre Excellence depuis le 2.»
LE GÉNÉRAL CAFFARELLI AU MARÉCHAL MARMONT.
«Vitoria, le 16 juillet 1812.
«Monsieur le maréchal, aujourd'hui la cavalerie, l'artillerie et le convoi que j'ai eu l'honneur d'annoncer à Votre Excellence par ma lettre du 11 ont dû se mettre en marche sous les ordres du général Chauvet, et je pense qu'ils arriveront le 18 ou le 19 à Valladolid.
«Votre Excellence a envoyé l'ordre à la division Palombini, qui devait se trouver à Aranda, d'aller joindre l'armée à Tordesillas, et c'était l'intention de Sa Majesté Catholique; mais cette division, pour laquelle j'avais envoyé des ordres à Aranda et à Soria, n'a communiqué avec aucune place; elle est allée dans les environs de Soria, sur la frontière d'Aragon, de là sur Tudela, d'où le général Palombini m'a annoncé sa prochaine arrivée à Logrono: sa lettre est du 2. Je lui ai envoyé l'ordre de venir le plus promptement possible; ma lettre est arrivée le 6 à Tudela. Tous les jours on m'a annoncé sa prochaine arrivée. Je lui ai envoyé ordres sur ordres; je n'ai pas reçu de ses nouvelles. Avant-hier je lui ai encore écrit; je le fais encore aujourd'hui. Je ne conçois rien à ses mouvements et à l'ignorance dans laquelle il me laisse de sa situation.
«Le peu de troupes que j'ai envoyées sur les côtes a eu trois affaires avec deux corps de trois à quatre mille hommes qui appuyaient les opérations de l'escadre anglaise. Santonia va sous peu être abandonné à lui-même. Tous les hommes en état de porter les armes sont enlevés; les ennemis nous entourent de tous les côtés, et notre situation, sous tous les rapports, est extrêmement critique.
«Au moment où cette lettre va partir, j'apprends que Mendizabal est arrivé à Orduna, et que cette ville et les environs sont remplis de troupes et que son projet est d'attaquer Vitoria de concert avec les bandes de la Navarre et du Guipuscoa.
«Un voyageur m'apprend qu'il a rencontré la division Palombini à Cerbera, près d'Agreda, le 13 au matin. Je ne puis comprendre les motifs de ces mouvements.»
LE GÉNÉRAL CAFFARELLI AU MARÉCHAL MARMONT.
«Reçue au camp d'Aldea-Rubia, le 21 juillet 1812.
«Si j'avais une heure d'entretien avec Votre Excellence, elle verrait que je ne mérite pas de reproches, et encore moins l'ironie amère avec laquelle votre lettre du 2 est terminée. Je sens tout comme un autre de quelle importance il est pour la gloire et pour les intérêts de l'Empereur de battre lord Wellington de préférence aux bandes. Je suis aussi attaché qu'un autre à les conserver, mais une forte expédition est venue; je ne sais ce qui va venir des Asturies ou sur Burgos ou sur la Castille, et j'ai très-peu de bonne infanterie. La cavalerie et l'artillerie seraient parties si j'eusse pu les faire appuyer par de l'infanterie; je les aurais fait joindre au général Bonnet si j'eusse connu son mouvement. L'embarras est de se mettre en route, parce que j'espère qu'elles seront appuyées par des troupes venant à leur rencontre de Valladolid. Ce qu'il y a de certain, c'est que je suis entouré d'ennemis, attaqué de tous côtés, et que, si j'eusse fait le détachement que j'avais disposé et qui était à la veille de son départ, l'ennemi serait maître de tout le pays et aux portes de la France.»
LE ROI JOSEPH AU MARÉCHAL MARMONT.
«Madrid, le 21 juillet 1812.
«Ayant perdu l'espérance de vous faire secourir par des troupes de l'armée du Midi et de l'armée d'Aragon, j'ai pris le parti d'évacuer toutes les provinces comprises dans l'arrondissement de l'armée du Centre, et je n'ai laissé de garnison qu'à Madrid, Tolède et Guadalaxara, et je pars ce soir avec un corps de treize à quatorze mille hommes. Je vais me diriger sur Villacastin, Arevalo, et, de là, je me porterai sur Ormedo pour m'unir à vous, ou sur Fontiveros et la Tormès, pour menacer les communications de l'ennemi suivant les événements et le parti que vous prendrez. J'ignore votre position, je n'ai pas de notions bien précises sur celles de l'ennemi ni sur ses forces; je ne peux donc pas juger de ce que vous pouvez faire, et, par conséquent, vous envoyer des ordres formels: ainsi c'est à vous à me faire savoir ce que vous êtes dans le cas d'entreprendre au moyen des secours que je vous mène, et j'agirai en conséquence. Je vous fais seulement observer que je ne veux pas être longtemps éloigné de ma capitale; il faut donc agir promptement. Je vous préviens aussi que je ne peux me réunir avec vous qu'autant que vous passerez le Duero, étant dans la ferme résolution de ne pas passer la rive droite de ce fleuve, et de me tenir plutôt en Andalousie pour y chercher l'armée du Midi, et revenir ensuite au centre de l'Espagne et y livrer bataille à l'armée anglaise. Calculez, d'après cela, ce que vous pouvez entreprendre, faites-le-moi savoir, et je ferai tout ce qu'il me sera possible de faire avec le corps de troupes qui est à moi. Je dois vous faire observer que, tant que je ne connaîtrai pas vos intentions, je devrai agir avec circonspection, afin de ne pas m'exposer à être battu ou au moins à reculer. Mon mouvement doit nécessairement fixer l'attention de l'ennemi; il devra détacher des troupes pour m'observer, c'est à vous à en profiter pour agir, afin de ne pas laisser à lord Wellington la facilité de faire impunément un détachement sur moi.
«Je vous ai développé plus haut les motifs qui m'empêchent de vous donner des ordres précis; mais voici mon opinion sur la manière dont vous devez agir: aussitôt que lord Wellington aura fait un détachement sur moi, vous devez vous porter sur la rive gauche du Duero, soit par le pont de Tordesillas, soit par le pont de Toro. Si vous passez par Tordesillas, je me porterai sur Médina ou Valdestellas afin de me réunir à vous, et ensuite nous agirons avec vigueur. Si vous passiez à Toro et que vous vous portiez sur Salamanque, je me porterai sur Alba de Tormès par Fontiveros. Cette dernière opération aurait l'avantage de forcer lord Wellington à quitter les environs de Tordesillas pour se réunir à Salamanque, et un premier mouvement rétrograde serait fort avantageux pour l'opinion et nous donnerait la faculté de nous réunir. Il n'est pas probable que lord Wellington se hasarde à passer sur la rive droite du Duero par Tordesillas lorsqu'il verra que vous et moi nous nous portons sur Salamanque, puisqu'il perdrait sa ligne d'opération sur le Portugal, à laquelle il doit tenir beaucoup. Je n'hésiterais pas même à vous donner l'ordre de vous porter rapidement sur Toro, et de là sur Salamanque, si je savais ce qui se passe sur la rive droite du Duero, où on dit qu'une armée espagnole est en opération. Cependant je ne puis me dispenser de vous faire observer que cette armée sera bientôt dispersée si nous parvenons à battre l'armée anglaise. Faites-moi donc savoir, monsieur le maréchal, ce que vous croyez pouvoir entreprendre, et comptez que de mon coté je ferai tout ce qui dépendra de moi.»
LE ROI JOSEPH AU MARÉCHAL MARMONT.
«21 juillet 1812.
«Monsieur le maréchal, je vous ai écrit par six différentes voies en vous annonçant mon départ de Madrid dans le but de vous porter moi-même les secours que je n'avais pu vous procurer des autres armées. J'avais appris à Villacastin et on me confirme ici votre passage du Duero et la retraite de l'armée anglaise sur Salamanque. Je suis impatient de connaître par vous-même la vérité de ce qui se passe, et vos espérances et vos projets. J'ai avec moi douze mille hommes, deux mille chevaux et vingt bouches à feu. Je ne puis pas prolonger mon absence de ma capitale, qui est réduite à une simple garnison; mais il n'y a rien que je n'expose pour battre les Anglais.
«Ma cavalerie sera demain à Peñaranda, et l'infanterie à Fontiveros. J'attends vos rapports.»
LE ROI JOSEPH AU GÉNÉRAL CLAUSEL
Blanco-Sancho, le 25 juillet, midi.
«Monsieur le général. M. le maréchal duc de Raguse m'annonce les événements du 22 juillet, sa blessure et votre commandement.
«Je reçois en même temps votre lettre de ce matin d'Arevalo, et le porteur m'assure n'être parti d'Arevalo qu'après vous avoir vu partir. La lettre de M. le maréchal ne me parlait que de la perte de trois mille hommes et m'assurait que celle de l'ennemi était plus considérable. La vôtre, monsieur, me prouve que nos malheurs sont plus grands, puisqu'ils ont pu vous déterminer à vous retirer sur la droite du Duero, me sachant si près de vous, et à me déclarer que la réunion de mes troupes (de quatorze mille hommes) ne suffirait pas pour attaquer les Anglais; que vous ne resteriez sur le Duero que dans le cas où lord Wellington se porterait sur Madrid. Je n'ai donc d'autre parti à prendre que de ralentir la poursuite de l'ennemi par les mouvements que j'ordonnerai à la cavalerie et par la lenteur que je mettrai dans mon retour sur Madrid. Vous devez sentir combien je suis impatient de connaître l'état de vos pertes et votre situation actuelle.»
(Par duplicata.)
LE MARÉCHAL MARMONT A NAPOLÉON.
«Tudela, le 31 juillet 1812.
«Sire, je viens de rendre compte au ministre de la guerre des événements qui ont eu lieu depuis que les Anglais ont commencé à agir contre l'armée de Portugal. Mon rapport contient le détail de mes opérations jusqu'au moment où ma malheureuse blessure m'a privé du commandement. J'ai cru devoir envoyer un de mes aides de camp, M. le capitaine Fabvier, pour porter ce rapport à Paris. J'ai pensé aussi que Votre Majesté ne désapprouverait pas que cet officier, qui est parfaitement au fait de tout ce qui s'est passé et qui connaît l'état des choses, se rendit près d'elle pour lui donner tous les renseignements qu'elle pourrait désirer et répondre aux questions qu'elle daignerait lui faire.
«Sire, un combat s'est engagé le 22 juillet avec les Anglais; il a été sanglant. J'ai été frappé auparavant, et au moment où tout nous présageait des succès et où la présence du chef était le plus nécessaire; mais la fortune, en m'éloignant de l'armée, a abandonné nos armes. Que n'ai-je pu, Sire, conserver le commandement jusqu'à la fin de la journée au prix de tout mon sang et de ma vie!»
LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
«Tudela, le 31 juillet 1812.
«J'ai cru devoir expédier un de mes aides de camp à Paris pour porter au ministre de la guerre le rapport des événements qui se sont passés depuis que les Anglais ont commencé à agir contre nous, et du résultat du combat qui a eu lieu le 22 juillet en vue de Salamanque. J'ai pensé que Sa Majesté ne désapprouverait pas que cet officier se rendit au quartier impérial pour lui donner les renseignements qu'elle pourrait désirer, et répondre aux questions qu'elle daignerait lui faire. Je l'ai chargé, aussi d'avoir l'honneur de vous remettre le même rapport, et de vous rendre compte des détails qui pourraient vous intéresser.
«Quoique les circonstances ne soient pas favorables pour faire des demandes d'avancement, je vous rappellerai cependant, monseigneur, tous les titres que M. Fabvier réunit pour en obtenir. C'est un officier extrêmement distingué, d'une grande bravoure, plein d'ardeur et remarquable par sa capacité. Il a rempli avec distinction une mission en Perse, pour laquelle il n'a point obtenu de récompense. Il est à regretter que cet officier ait été retardé dans sa carrière. Plusieurs fois j'ai sollicité pour lui le grade de chef d'escadron. Votre Altesse a daigné exprimer l'intérêt qu'elle mettrait à provoquer cette grâce de Sa Majesté. Permettez-moi, monseigneur, de vous prier de nouveau de lui en faire la demande.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU MINISTRE DE LA GUERRE.
«Tudela, le 31 juillet 1812.
«Monsieur le duc, l'interruption des communications avec la France depuis l'ouverture de la campagne m'ayant empêché de vous rendre des comptes successifs des événements qui se sont passés, je ferai remonter ce rapport au moment où les Anglais sont entrés en opération, et je vais avoir l'honneur de vous faire connaître en détail tous les mouvements qui se sont exécutés jusqu'à l'événement malheureux qui vient d'avoir lieu, et auquel nous étions loin de nous attendre.
«Dès le mois de mai, j'étais informé que l'armée anglaise devait entrer en campagne avec des moyens puissants. _J'en rendis compte au roi, afin qu'il pût prendre les dispositions qu'il croirait convenables_; et j'en prévins _également_ le général Caffarelli, pour qu'il pût se mettre en mesure de m'envoyer des ses cours lorsque le moment serait venu.
«L'extrême difficulté des subsistances, l'impossibilité de faire vivre à cette époque les troupes _rassemblées_, m'empêchèrent d'avoir plus de huit à neuf bataillons à Salamanque; mais tout était à portée pour venir me joindre en peu de jours.
«Le 12 juin, l'armée ennemie passa l'Aguada. Le 14, au matin, j'en fus instruit, et l'ordre de rassemblement fut donné aux troupes. Le 16, l'armée anglaise arriva devant Salamanque. Dans la nuit du 16 au 17, j'évacuai cette ville, laissant toutefois une garnison dans les forts que j'avais fait construire, et qui, par l'extrême activité qu'on avait mise aux travaux, se trouvaient en état de défense. Je me portai à six lieues de Salamanque, et là, ayant réuni cinq divisions, je me rapprochai de cette ville. Je chassai devant moi les avant-postes anglais et forçai l'armée ennemie à montrer quelle attitude elle comptait prendre; elle parut résolue à combattre sur le beau plateau et la forte position de San Christoval.