Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (4/9)

Part 23

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«_Votre Majesté est la maîtresse de faire, relativement à moi_, la demande qui lui conviendra; je n'ai rien fait que ne me commandassent ma conscience, mes lumières et mon amour du bien public; ainsi rien ne saurait _m'intimider_.

«_Votre Majesté trouve_ que les moyens que l'on emploie sont tout au plus _tolérables dans un pays nouvellement conquis_; mais je ne sais pas dans quelle catégorie on pense placer l'Espagne et si elle connaît _des localités où l'on a pu obtenir quelque chose sous les baïonnettes_.»

LE ROI JOSEPH AU MARÉCHAL MARMONT.

«Madrid, le 28 mai 1812.

«Monsieur le maréchal, j'ai reçu votre lettre du 26 de ce mois, datée de Fontiveros. Je vous ai prévenu, par ma lettre du 7 de ce mois, des ordres que j'avais donnés le même jour au duc de Dalmatie pour former le corps du comte d'Erlon du tiers de l'armée du Midi, en le chargeant d'observer sur la Guadiana le corps du général Hill, de l'y contenir, de le suivre, et même de passer le Tage si le général Hill passait sur la rive droite.

«J'ai réitéré, le 26 de ce mois, et je renouvelle aujourd'hui ces mêmes ordres, qui sont parfaitement applicables aux circonstances dont vous me faites part et qu'ils avaient prévues.--J'espère qu'ils auront été exécutés ou qu'ils le seront du moins assez à temps pour seconder vos mouvements. Si le corps du général d'Erlon, par une suite de ces dispositions, arrive sur la rive droite du Tage, il couvrira Médina, ou se portera, suivant la marche de l'ennemi, sur le flanc de l'armée anglaise pour agir de concert avec vous. Mais, tant qu'il ne sera pas à portée de remplir l'un ou l'autre de ces deux objets, il m'est impossible de vous donner la cavalerie de l'armée du Centre, qui se trouve dans la vallée du Tage, où il ne resterait plus que trois bataillons si elle la quittait.--Madrid ne serait pas à l'abri d'un coup de main. Le général Treillard, qui commande actuellement dans cette vallée, a l'ordre de se mettre en communication avec le général Drouet, de tenir et d'approvisionner les forts de Miravete, s'ils ne sont pas tombés au pouvoir de l'ennemi, comme on peut s'en flatter encore, afin d'assurer cette communication, de voir s'il est possible d'établir un pont volant à Almaraz avec ce qui peut être resté de celui que l'ennemi a brûlé, s'il n'a pas pu le détruire entièrement; enfin, de faciliter, autant que possible, les moyens de passer le Tage au pont du l'Arzobispo, ou au moins de prévenir le général Drouet de l'état où est ce passage. Tel est le résumé des ordres que j'ai donnés. Vous voyez qu'ils tendent tous à vous dégager le plus possible, soit en retenant sur la rive gauche du Tage le corps du général Hill, soit en vous donnant l'appui du général Drouet, si lord Wellington appelait à lui le général Hill; et ainsi, dans l'un ou l'autre cas, à vous donner les moyens de combattre avec avantage l'ennemi, si, comme tout semble l'annoncer, il se portait définitivement sur vous. Je n'ajouterai plus qu'un mot. Il vous est facile, monsieur le maréchal, de juger que, tant que le général Drouet ne sera pas sur le Tage, Madrid est entièrement à découvert, malgré le petit corps que je laisse dans cette vallée. Ainsi vous ne devez retirer et rappeler à vous qu'avec beaucoup de ménagements la division Foy. Je n'ai pas besoin d'insister sur ce point: vous devez sentir de quelle importance il est.»

LE MARÉCHAL JOURDAN AU MARÉCHAL MARMONT.

«Madrid, le 28 mai 1812.

«Monsieur le maréchal, le roi vient de recevoir votre lettre du 26. Sa Majesté envoie derechef au duc de Dalmatie l'ordre de renforcer le plus possible le corps du comte d'Erlon, afin de mettre ce général en état de battre le corps du général Hill s'il reste sur la Guadiana, et lui rendre l'ordre de faire marcher le corps du comte d'Erlon sur Miravete si lord Wellington rappelle le général Hill à lui. Le comte d'Erlon pourra vraisemblablement passer le Tage au pont de l'Arzobispo. Ce passage est difficile pour l'artillerie; mais je ne le crois pas impraticable. Si le corps du comte d'Erlon arrive sur la rive droite du Tage, il sera destiné à couvrir Madrid et à se porter sur le flanc de l'armée anglaise, suivant les circonstances. Jusqu'à l'arrivée de ce corps, le roi ne peut pas vous donner la cavalerie que vous demandez, puisque cette cavalerie, qui consiste en huit cents chevaux, est destinée, avec trois bataillons, à garder la vallée du Tage. Ce sont les seules troupes que le roi ait disponibles, et il ne peut pas les éloigner sans s'exposer à avoir sa capitale insultée. Le roi prescrit au général Treillard, qui commande les troupes de l'armée du Centre dans la vallée du Tage, de tâcher de correspondre avec le comte d'Erlon. Il désire que le général Foy corresponde avec ce général aussi longtemps que le permettra la position de sa division.»

LE ROI JOSEPH AU MARÉCHAL MARMONT.

«Madrid, le 3 juin 1812.

«Monsieur le maréchal, vous avez déjà été instruit, par M. le prince de Neufchâtel, que l'Empereur avait jugé à propos de me confier le commandement de ses armées dans la Péninsule. M. le prince de Neufchâtel, en partant pour le nord de l'Europe, me prévient, le 4 mai, que le ministre de la guerre est chargé de recevoir à Paris la correspondance des armées d'Espagne et de Portugal.

«L'Empereur est parti de Paris le 9. Au moment de son départ, Sa Majesté a chargé son ministre de la guerre de me faire connaître ses intentions.

«M. le duc de Feltre m'écrit que l'Empereur n'avait pas cru devoir me lier par des instructions impératives; qu'en général conserver les conquêtes faites, s'occuper particulièrement du Nord, afin de maintenir les communications avec la France; attendre, dans cette altitude imposante, le moment de prendre l'offensive contre les Anglais, étaient les vues de l'Empereur et le but qu'on devait se proposer dans la conduite de la guerre en Espagne. J'ai besoin que vous mettiez autant d'empressement à me seconder que je mettrai de zèle à remplir la tâche qui m'est imposée.

«Vous devez, monsieur le duc, multiplier vos rapports avec moi, établir vos communications avec Madrid, pour qu'ils puissent me parvenir promptement, et que je puisse également vous transmettre mes ordres. Il faut que je connaisse toujours la situation de l'armée que vous commandez, l'emplacement de vos troupes, les forces et les mouvements de l'ennemi que vous avez devant vous et l'état politique des provinces que vous occupez.

«Je recevrai avec plaisir votre opinion sur ce que vous croirez convenable de faire; je la provoque même dans la persuasion où je suis que votre expérience peut m'être utile; mais, quand vous recevrez un ordre de moi, vous devrez l'exécuter sur-le-champ, sans quoi vous resterez responsable des événements.

«Vous donnerez l'ordre aux intendances de me rendre compte de l'administration des provinces, comprises dans l'étendue de votre commandement. Vous prescrirez aussi à l'ordonnateur en chef de l'armée de me rendre également compte de l'administration militaire. Ils m'adresseront d'abord un rapport sur la situation de l'administration, et ensuite ils m'enverront les mêmes rapports qu'ils font passer au ministre de la guerre à Paris.

«Veuillez, monsieur le maréchal, faire annoncer à l'armée que vous commandez, par la voie de l'ordre du jour, que l'Empereur m'a confié le commandement de ses armées dans la Péninsule, et nommé le maréchal de l'Empire Jourdan chef de l'état-major général. Vous ordonnerez aux gouverneurs et commandants des provinces, places et arrondissements, d'adresser à mon état-major les rapports qu'ils étaient dans l'usage d'adresser au prince de Neufchâtel, et à votre chef d'état-major d'y faire passer copie de tous les ordres du jour.»

LE ROI JOSEPH AU GÉNÉRAL CAFFARELLI.

«Madrid, le 3 juin 1812.

«Monsieur le comte, M. le duc de Raguse m'a prévenu depuis longtemps que, conformément aux instructions données par le prince major général, le général en chef de l'armée du Nord doit faire soutenir l'armée de Portugal par la cavalerie, son artillerie et deux divisions d'infanterie, si l'armée anglaise marche sur cette armée. M. le maréchal Jourdan a donc écrit par mon ordre, le 18 mai, à M. le comte Dorsenne de se tenir prêt à aider le duc de Raguse de toutes les troupes dont il pourrait disposer, et d'envoyer ces troupes au duc de Raguse à sa première demande. Il paraît que nous touchons au moment où ces dispositions doivent recevoir leur exécution. Tout annonce que l'armée anglaise va prendre l'offensive sur celle de Portugal. N'ayant reçu de vous ni de votre prédécesseur aucun état de situation de l'armée du Nord, il m'est impossible de déterminer quelles sont les troupes que vous pouvez envoyer au secours de l'armée de Portugal; mais je vous donne l'ordre de réunir toutes celles que vous pourrez placer en échelon entre Burgos et Valladolid, et de prescrire au général qui en aura le commandement d'aller joindre le maréchal duc de Raguse au premier ordre de ce maréchal. Vous sentez, monsieur le général, que, si l'armée de Portugal perdait une bataille, les armées françaises en Espagne seraient compromises; ainsi vous devez vous disposer à l'aider avec toutes les troupes dont vous pouvez disposer. Vous laisserez sur les points principaux de la communication les troupes nécessaires pour les garder, et vous négligerez momentanément l'intérieur des provinces.»

LE MARÉCHAL JOURDAN AU MARÉCHAL MARMONT.

«Madrid, le 3 juin 1812.

«Monsieur le maréchal, j'ai reçu dans la nuit votre lettre du 29 du mois, et je me suis empressé de la mettre sous les yeux du roi. Sa Majesté me charge de vous adresser copie de la lettre qu'elle vient d'envoyer à M. le général comte Caffarelli; pour plus grande sûreté envoyez-lui une copie, et pressez-le d'exécuter les ordres du roi.

«Sa Majesté a demandé une division au général Suchet, mais elle n'a encore aucun avis de sa marche. Elle a adressé par dix voies différentes au duc de Dalmatie l'ordre de mettre le tiers de son armée sous les ordres du comte d'Erlon, de prescrire à ce général de bien observer les mouvements du général Hill sur la Guadiana, et de se porter rapidement dans la vallée du Tage si lord Wellington rappelle à lui le général Hill. Le roi va réitérer ses ordres et va les faire partir par un de ses aides de camp.

«On répand ici le bruit que depuis plusieurs jours le général Bonnet est entré dans les Asturies. Sa Majesté désirerait bien savoir si ce bruit est fondé, et si cette division est toujours à portée de vous rejoindre dans le cas où l'armée anglaise marcherait sur vous.

«J'ai reçu ce matin une lettre du général Foy, datée du pont de l'Arzobispo, du 31 mai. Ce général est en marche pour se rapprocher de vous. Conformément aux ordres que je lui ai donnés, il m'annonce que le général Hill est toujours sur la rive gauche du Tage avec trois divisions.»

LE MINISTRE DE LA GUERRE AU MARÉCHAL MARMONT.

«Paris, le 9 juin 1812.

«Monsieur le maréchal, depuis la lettre que j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Excellence le 2 du courant, l'Empereur m'a renvoyé vos dépêches des 16 et 21 avril. Sa Majesté m'ordonne de vous mander que c'est dorénavant le roi d'Espagne qui doit vous donner les directions, ainsi que le prince de Neufchâtel l'a fait connaître et que j'ai eu soin de vous le réitérer par mes lettres des 15 mai et 2 courant. Ceci répond aux observations et aux demandes contenues dans votre première dépêche; Sa Majesté espère que votre retraite s'est faite devant lord Wellington suivant les règles de la guerre, en le contenant avec des masses et des corps rassemblés.

«L'Empereur suppose que vous aurez conservé vos têtes de pont sur l'Aguada[7], parce que cela seul peut vous permettre d'avoir des nouvelles de l'ennemi tous les jours et de le tenir en respect. Sa Majesté ajoutait, à cette occasion, que, si vous aviez mis un trop grand intervalle entre l'ennemi et vous, vous auriez agi contre les principes de la guerre en laissant le général anglais maître de se porter où il voudrait, et que, perdant ainsi l'initiative des mouvements, vous n'auriez plus la même influence dans les affaires d'Espagne. L'Empereur pense que la Biscaye et le Nord se sont trouvés dans une situation fâcheuse par les suites de l'évacuation des Asturies, dont la réoccupation par la division du général Bonnet ne lui était point encore connue. Le nord de l'Espagne s'est trouvé exposé, en effet, à des événements malheureux, et il n'est pas douteux que la libre communication des guérillas avec la Galice et les Asturies, par terre et par mer, ne finit par les rendre formidables. _Tant que les Asturies ne seront pas occupées en force par vos troupes_, ajoute Sa Majesté, _votre position ne peut jamais s'améliorer_.

[Note 7: Toujours les mêmes idées insensées! Conserver des têtes de pont sur l'Aguada quand l'armée prend forcément position sur la Tormès et en arrière, et qu'un espace de vingt lieues de désert sépare les deux armées! LE MARÉCHAL DUC DE RAGUSE.]

«Telle est l'opinion de l'Empereur, sur laquelle Sa Majesté insiste d'autant plus, qu'elle ignorait, en écrivant, le retour du général Bonnet dans les Asturies, que vos lettres postérieures lui auront appris, et qui doit avoir une influence très-avantageuse sur l'état des affaires dans le nord de l'Espagne.»

LE GÉNÉRAL CAFFARELLI AU MARÉCHAL MARMONT.

«Vitoria, le 10 juin 1812.

«Monsieur le maréchal, j'ai reçu à la fois les lettres que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire les 24 et 30 mai et le 5 juin. Il paraît qu'il y en a eu d'égarées, car ce sont les premières que je reçois depuis un mois.

«Je réunis en infanterie, cavalerie et artillerie tout ce que j'ai de disponible, et je ferai tout ce qu'on peut attendre d'un bon serviteur de l'Empereur.»

LE ROI JOSEPH AU MARÉCHAL MARMONT.

«Madrid, le 12 juin 1812.

«Monsieur le duc, deux jours après avoir reçu votre dernière lettre, du 5 de ce mois, par laquelle vous m'annoncez que vous regardez le mouvement des Anglais sur vous comme très-prochain, j'ai eu des nouvelles de l'Andalousie; le maréchal duc de Dalmatie mande, par sa lettre du 26 mai, qu'il est positif que l'intention du général anglais est de marcher sur l'Andalousie pour forcer l'armée du Midi à lever le siége de Cadix: telles sont ses propres expressions. D'après cette opinion, à laquelle le duc de Dalmatie paraît s'être arrêté, loin d'avoir exécuté les ordres que je lui avais donnés de mettre le corps du comte d'Erlon en mesure de contenir celui du général Hill en Estramadure et de passer même le Tage si le général Hill le passait pour agir sur la rive droite, il demande que l'armée de Portugal et celle d'Aragon marchent au secours de l'armée du Midi.

«Comme cette opinion ne s'est point vérifiée jusqu'ici et qu'elle me paraît même formellement démentie par les rapports que vous m'avez adressés, je n'ai point révoqué mes premiers ordres; je les réitère, au contraire, en pressant leur exécution.

«J'ai cru cependant qu'il était important de vous faire connaître ce que m'écrit le duc de Dalmatie. Il est possible que les Anglais fassent par la suite ce qu'ils n'ont pas fait aujourd'hui.

«Je vous recommande donc de ne pas vous laisser imposer par de fausses démonstrations; s'il arrivait que celles que les Anglais ont faites contre vous n'eussent eu d'autre objet que de masquer leur véritable projet sur l'Andalousie, soyez toujours prêt à faire marcher, comme mes instructions antérieures l'ont prévu, trois divisions de l'armée de Portugal en Estramadure, dans le cas où lord Wellington se porterait sur la rive gauche du Tage: c'est ce que vous êtes à portée d'observer. Le général Caffarelli m'a écrit en date du 25 mai; il a dû entrer en correspondance avec vous sur les secours que vous pouvez attendre de l'armée du Nord; il paraît que vous avez peu à y compter, vu l'état de faiblesse auquel, suivant ce que mande le général Caffarelli, l'armée du Nord est réduite.»

LE GÉNÉRAL CAFFARELLI AU MARÉCHAL MARMONT.

«Vitoria, le 14 juin 1812.

«Monsieur le maréchal, je viens de recevoir les dépêches de Votre Excellence du 8, primata et duplicata. Vous espérez livrer bataille; je vous amènerai huit mille hommes et vingt-deux bouches à feu dès que les troupes que j'attends de Navarre seront arrivées. Je me mettrai en mouvement et je m'échelonnerai entre Burgos et Valladolid.»

LE MARÉCHAL JOURDAN AU MARÉCHAL MARMONT.

«Madrid, le 14 juin 1812.

«Monsieur le maréchal, le roi a reçu depuis quelques jours votre lettre du 5-6. Sa Majesté vous a répondu hier par estafette; elle me charge de vous adresser ci-joint le duplicata de sa lettre.--J'ai reçu ce matin le duplicata de votre lettre du 1er juin et votre lettre du 2 du même mois; je les ai mises sous les yeux du roi.

«Sa Majesté vous a fait connaître quelle est l'opinion de M. le duc de Dalmatie sur les projets de l'ennemi. Ce maréchal croit qu'une bonne partie de l'armée anglaise est sur la Guadiana, et que le générai Darricaut mande, par ses lettres des 2 et 5 juin, que soixante mille hommes sont au moment de pénétrer en Andalousie. Le roi est trop éloigné pour juger qui est dans l'erreur, de vous ou du duc de Dalmatie. Sa Majesté ne peut donc que vous réitérer que vous devez bien observer les mouvements de l'ennemi, pour éviter d'être trompé par de fausses démonstrations et vous tenir prêt à porter trois divisions au secours de l'armée du Midi si lord Wellington se porte sur l'Andalousie. Le roi a mandé la même chose au duc de Dalmatie, en lui réitérant l'ordre d'envoyer le comte d'Erlon sur la rive droite du Tage si lord Wellington appelle à lui le général Hill.

«J'ai mandé, par ordre du roi, au général Caffarelli de se préparer à vous soutenir avec tout ce dont il pourra disposer dans le cas où l'année anglaise prendrait l'offensive sur vous; mais, comme ce général ne peut pas dégarnir sans danger les provinces dont le commandement lui a été confié, le roi désire que vous ne l'appeliez à vous que quand vous connaîtrez bien les projets de l'ennemi. Il a été écrit depuis longtemps à M. le due de Dalmatie et au comte d'Erlon que le corps de l'armée du Midi qui se porterait sur le Tage trouverait à Talavera de l'artillerie, pourvu qu'on menât des chevaux pour l'atteler. Il est déjà arrivé dans la vallée du Toge un grand bateau sur lequel on peut passer deux voitures à la fois. Ce grand bateau est en réserve à Oropesa. On s'occupe ici de la construction d'un pont volant; il sera envoyé à Talavera aussitôt qu'il sera prêt. Le roi sent parfaitement qu'il serait important de faire rétablir le fort de Lugar-Nuevo; mais le général Treillard n'a pas assez des troupes sous ses ordres pour cela, et le roi ne peut pas lui en envoyer d'autres. Sa Majesté me charge de vous proposer d'envoyer un bataillon de cinq cents hommes à ce général, et de suite on travaillera à rétablir Lugar-Nuevo en même temps qu'on s'occupera de la construction des bateaux pour un pont. Si vous pouvez faire passer une division dans la vallée du Tage, vous rendrez un service de la plus grande importance.

«Le général Treillard, n'ayant pas assez des troupes pour faire réparer et garder Lugar-Nuevo, est encore bien moins en état de faire ouvrir des roules sur la rive gauche du Tage. Je lui en avais donné l'ordre depuis longtemps; mais il ne lui a pas été difficile de démontrer qu'il était dans l'impossibilité de l'exécuter.

«Les forts de Miravete doivent être approvisionnés pour deux mois dans le moment actuel. Le général Treillard reçoit fréquemment des nouvelles du commandant.»

LE ROI JOSEPH AU MARÉCHAL MARMONT.

«Madrid, le 18 juin 1812.

«Monsieur le duc, le maréchal Jourdan m'a communiqué votre lettre du 14. J'espère que, si le général Hill s'est réuni au gros de l'armée anglaise, le général Drouet aura suivi son mouvement et qu'il arrivera bientôt dans la vallée du Tage. Je ne saurais supposer que le duc de Dalmatie n'exécute pas les ordres formels que je lui ai donnés à cet égard, et que j'ai si souvent réitérés. J'espère aussi que le général Caffarelli vous enverra quelques secours.

«Je viens d'envoyer ordre aux troupes qui sont dans la Manche de venir sur le Tage. Je les réunirai à celles qui sont sous le commandement du général Treillard, ce qui formera un petit corps d'environ quatre mille hommes, qui agira avec les troupes de l'armée du Midi, sous les ordres du comte d'Erlon.

«Je pense que, si le général Hill est resté avec dix-huit mille hommes sur la rive gauche du Tage, vous serez en état de battre l'armée anglaise, surtout si vous recevez quelques secours de l'armée du Nord. C'est à vous à bien choisir votre champ de bataille et de bien faire vos dispositions; mais je conçois que, si le général Hill est réuni au gros de l'armée anglaise, le succès pourrait être incertain si vous combattez seul. Je pense que, dans ce cas, vous devez éviter de livrer bataille avant l'arrivée des troupes du général Drouet et de celles que j'ai fait demander au maréchal Suchet. Si les ordres que j'ai donnés à ce maréchal et au duc de Dalmatie sont exécutés, le succès est certain. Il ne faudrait donc pas le compromettre par trop de précipitation. Il serait moins dangereux de céder un peu de terrain. J'ai cru devoir vous adresser ces réflexions, afin que, suivant les circonstances, vous en fassiez l'usage convenable. Je n'hésiterais pas même à vous donner l'ordre positif de refuser la bataille si j'étais certain de l'arrivée du général Drouet avec quinze mille hommes et de l'arrivée de la division de l'armée d'Aragon; car alors l'armée anglaise serait fortement compromise. Mais, dans l'incertitude où je suis à cet égard, je ne puis que vous répéter que, si le général Hill est encore sur la rive gauche du Tage, vous devez bien choisir votre terrain et bien faire vos dispositions pour livrer bataille avec toutes vos forces réunies; mais que, si le corps du général Hill est réuni à lord Wellington, vous devez éviter de combattre aussi longtemps que cela vous sera possible, afin d'attendre les secours qui sans doute arriveront. Je viens de réitérer à cet égard mes ordres au maréchal Suchet et au duc de Dalmatie, et je vais les réitérer au général Caffarelli.»

LE GÉNÉRAL BONNET AU MARÉCHAL MARMONT.

«Aguilard del Campo, le 20 juin 1812.

«Monsieur le maréchal, par ma lettre du 19, j'ai eu l'honneur de rendre compte à Votre Excellence des motifs qui m'ont obligé d'évacuer Oviedo. Je me suis rendu sur la Pisnarga, où j'attends vos ordres. Le général Rey, gouverneur à Burgos, a répondu à l'avis que je lui avais donné de ma position. Les bandes, dans ce pays, sont nombreuses et actives. Si je n'avais craint de contrarier vos intentions, j'aurais dirigé ma division sur Rioseco, quoique, dans la position qu'elle occupe, elle est sur Burgos et peut se porter au secours de Santander.

«Un accident assez désagréable vient de m'arriver, et me mettra peut-être dans le cas de me rendre à Burgos de ma personne. Je me suis fendu la tête trop fortement pour croire qu'il me soit possible de suivre les mouvements que ferait ma division. Il sera donc urgent de me donner un successeur si elle devait agir de suite.»

LE GÉNÉRAL CAFFARELLI AU MARÉCHAL MARMONT.

«20 juin 1812.

«Hier les premières troupes dont je puis disposer sont arrivées ici; elles sont parties aujourd'hui, ce matin; les autres arrivent de tous les côtés à la fois; elles doivent se mettre en mouvement de suite; j'apprends que les Anglais ont fait une expédition composée de onze bâtiments, dont deux vaisseaux et six frégates, et avant-hier au soir elle était devant le port de Motrico.