Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (4/9)
Part 17
«Avant de recevoir les ordres de l'Empereur relatifs à la nouvelle division du territoire des armées du Nord et de Portugal, j'avais déjà pris quelques mesures pour jeter des vivres dans Rodrigo. Mais depuis mon retour, et supposant que vous éprouveriez, en vous établissant dans les sixième et septième gouvernements, des difficultés pour réunir promptement les moyens nécessaires au ravitaillement de cette place, j'ai cru devoir y donner la dernière main. J'ai la satisfaction de vous annoncer, monsieur le maréchal, que nous pourrons profiter de nos changements de garnisons pour faire escorter jusqu'à Rodrigo un convoi composé de toute espèce de subsistances pendant six mois. Le seul embarras que nous aurons sera, je le crains fort, celui des transports. Il serait à désirer que Votre Excellence pût concourir à cette opération, en faisant arriver à Salamanque toutes les voitures à sa disposition.
«Avec juste raison, Votre Excellence doit compter sur moi dans toutes les circonstances, et je lui renouvelle l'assurance que je n'ai rien tant à coeur que de faire ce qui peut lui être personnellement agréable et servir Sa Majesté.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Paris, le 9 janvier 1812.
«Je vous préviens, monsieur le maréchal, que le maréchal duc de Dalmatie a l'ordre de diriger sur Burgos, ainsi que vous l'aurez vu par ma lettre du 6 de ce mois, dont je joins ici un duplicata, les trois régiments polonais, et que je charge ce maréchal de faire aussi partir pour Burgos le 7e régiment de chevau-légers (ci-devant lanciers de la Vistule), et généralement tous les détachements polonais quelconques et officiers d'état-major polonais qu'il peut avoir sous ses ordres.
«Ayez soin que tous les détachements de ces corps qui se trouveraient sur quelque point que ce soit de l'arrondissement de l'armée de Portugal les rejoignent à leur passage.»
LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.
«Valladolid, le 13 janvier 1812.
«Monseigneur, en lisant votre lettre DU 21 NOVEMBRE, je trouve que je n'ai fait qu'exécuter littéralement l'ordre de l'Empereur, et que, même, je lui ai donné moins d'extension, puisqu'il m'était prescrit de compléter à douze mille hommes le détachement de l'armée du Centre, et que celle-ci n'a presque rien fourni; enfin que l'intention de Sa Majesté était que je plaçasse quatre mille hommes en échelons pour maintenir la communication. La division que j'ai de moins pour le moment, et que Sa Majesté supposait que j'avais sous la main, se trouvait nécessairement détachée pour l'exécution des ordres que vous m'avez adressés.
«Le général Montbrun n'a pas _pu passer par Lucena_. Il lui aurait _fallu un équipage de montagne_, et je n'en ai pas. Il paraît qu'il lui était aussi impraticable _de se porter par Tarazona sur Requeña_. Indépendamment de la difficulté des chemins, de celle des vivres, le passage _présente des impossibilités_, et, près de Requeña, se trouvent des positions qui sont occupées, retranchées et difficiles à chercher et difficiles à emporter. Il a donc pris la route _d'Albonte_ et manoeuvré _sur la rive droite du Xucar_, menaçant _la seule retraite qu'ait l'ennemi_. Il est probable que son arrivée dans ces parages aura fait une diversion utile au maréchal Suchet, et lui aura facilité l'investissement de la place en séparant l'armée de la garnison, et déterminé celle-là à rentrer en Murcie. Ainsi tout ce qui tient aux opérations d'armée semble devoir être promptement terminé; et, si Valence résiste encore, ce ne sera plus qu'une opération méthodique pour laquelle le concours _du général Montbrun serait inutile_; et, comme, d'un autre côté, il est probable que les Anglais feront des mouvements à la fin de février, _et qu'alors j'ai besoin de tout mon monde_, j'ai donné l'ordre au général Montbrun _de se mettre en route à la fin de janvier pour me rejoindre_. Indépendamment des deux divisions, _il a toute ma cavalerie légère_ dont je ne saurais me passer si, seul, je me trouvais forcé de faire la moindre opération.
«Sa Majesté parait tenir à ce que j'aie trois divisions dans la vallée du Tage; mais, vu la grande étendue de l'armée _et le temps qu'il faut pour la réunir_, qui, y compris celui nécessaire pour que _les ordres de mouvement parviennent_, est au moins _de quinze jours_, tandis que l'ennemi _peut être en quatre jours sur moi_, je n'ai _d'autre garantie_ d'être en mesure _de le combattre et de l'empêcher de séparer l'armée_, tant qu'il est dans _la position qu'il occupe aujourd'hui_, que de tenir _beaucoup de troupes sur les deux rives du Duero, afin de retarder assez les opérations pour que les divisions puissent venir me rejoindre_. Mais, indépendamment de ces motifs, _comment pourrais-je occuper le pays entier_, établir des ressources, rendre faciles toutes les communications _si près de la moitié de l'armée se trouve dans la vallée du Tage?_ Enfin, une dernière considération, qui a en partie motivé _le changement de situation de l'armée, c'est l'impossibilité d'y vivre_. Un corps considérable dans cette position _ne peut y vivre que par les provinces_ de la Manche et de Ségovie; et elles sont _affectées_ à l'armée du Centre. Partout il _n'est_ possible _d'y entretenir que_ des postes ou une très-faible _division_. C'est ce que j'ai fait. Malgré les efforts inouïs que j'ai faits avant mon départ pour procurer des subsistances à cette division, _je n'ai encore que l'espérance_ qu'elle pourra y vivre jusqu'à la récolte, mais non la certitude.
«Je suis arrivé à Valladolid avant-hier; le général Dorsenne avait préparé _un ravitaillement pour Rodrigo_, et je profite de sa présence ici pour être soutenu au besoin, et je fais conduire _le convoi immédiatement dans cette place_, et par la même occasion _en relever la garnison et en changer le commandant_. Comme je n'ai point de _cavalerie légère_, le général Dorsenne me prête celle qu'il a ici et qui, réunie aux dragons, me donnera une force _en cavalerie suffisante pour le mouvement_; je soutiens _le convoi par quatre divisions_ et je m'y rends de ma personne. Je ne pense pas que l'ennemi fasse de _dispositions pour s'opposer à son entrée_. Mais, si l'armée anglaise passait l'Aguada pour livrer bataille, _j'attendrais sur la Tormès la division du Tage et les troupes que le général Dorsenne pourrait m'amener_; mais sans doute ce cas n'arrivera pas. _Rodrigo sera ainsi approvisionné_ jusqu'à la récolte, et, à moins _d'un siége_, il ne doit plus être l'objet d'aucune sollicitude. Cette opération terminée, les troupes du général Dorsenne seront relevées sans retard dans le septième gouvernement.»
LE GÉNÉRAL DORSENNE AU MARÉCHAL MARMONT.
«Valladolid, le 23 janvier 1812.
«Monsieur le maréchal, votre aide de camp vient de me remettre votre lettre du 21 décembre, avec le rapport du général Thiébauld à la même date.
«Votre Excellence sait qu'après avoir mis à sa disposition la division Roguet, deux batteries d'artillerie, la brigade de fusiliers de la garde et la cavalerie légère de l'armée, il ne me reste aucune troupe disponible. Je ne puis donc compter que sur celles qui se trouvent en Palencia, Léon, Benavente et Valladolid, en évacuant ces provinces, en les abandonnant aux insurgés, en laissant à l'ennemi des ouvrages et postes retranchés importants et en arrêtant les communications avec Bayonne et Madrid. Mais, d'après l'urgence que vous m'avez démontrée, je n'hésite pas à donner l'ordre à ces troupes de se tenir prêtes à marcher au premier avis. Si mon aide de camp, porteur de la présente, fait diligence, en quarante-huit heures je puis connaître la dernière détermination de Votre Excellence.
«Les troisième, quatrième et cinquième gouvernements du nord de l'Espagne n'étant occupés que par des bataillons de marche, je ne puis en retirer un seul homme. Malgré mes efforts et mes calculs, je ne pourrais rassembler que six mille hommes d'infanterie, mille chevaux et douze pièces de canon; et, quelque célérité que je fasse apporter dans mon mouvement, ces corps ne seraient réunis à Toro que vers le 2 du mois prochain.
«Comme le mouvement de l'armée combinée sur Tamamès n'est pas confirmé, qu'on ignore encore les forces de l'ennemi et que les Anglais ont l'habitude d'être lents dans leurs expéditions, je vais employer le temps qui s'écoulera jusqu'à la réponse de Votre Excellence à faire évacuer les blessés et les malades qui se trouvent dans les différentes places, et à réunir à Valladolid l'administration avec les équipages des corps.
«Avec les dragons à pied de votre armée qui étaient à Valladolid, il n'a été possible que de relever les postes de Puente-Duero à Valdestellas. Les ordres sont donnés pour que tout ce qui doit arriver de Burgos soit dirigé de suite sur Toro. Le général Curto partira avec le régiment de marche de dragons le 26; le bataillon du 47e, qui est à Almeida, sera aussi dirigé sur Toro aussitôt qu'il aura été relevé par un bataillon de marche.
«J'ai fait mettre en route, ce matin, non sans peine, vingt-deux caissons de votre grand parc, qui étaient restés à Valladolid. Ils rejoindront demain la division Roguet à Médina et suivront son mouvement sur Toro. Enfin, toutes les dispositions sont prises pour faire filer sur cette destination ce qui arriverait du Nord, appartenant à l'armée de Portugal.
«Je reviens à un objet qui mérite de fixer notre attention: en évacuant les lignes de l'Orbigo et de Cyla, nous fournissons aux Galiciens l'occasion (si le cas exige de nous porter en masse sur Salamanque) de s'emparer de nos ouvrages retranchés et de marcher ensuite, sans obstacle, sur Valladolid, en supposant que les opérations qui se présentent soient combinées, comme le prouvent les rapports qui m'annoncent unanimement l'arrivée à Villafranca de plusieurs généraux et officiers anglais et la réunion de plusieurs corps. Cette réflexion doit nous donner des craintes pour les suites. Je prie Votre Excellence de la méditer. D'ailleurs, je ne puis lui taire que mon opinion est que les Anglais, apprenant la jonction des armées impériales, renonceront, s'ils en avaient le projet, au hasard d'une bataille. Car il est à supposer que leur prétendu mouvement sur Tamamès par échelons n'a été opéré que pour avoir le temps d'approvisionner Rodrigo et de mettre cette place en état. Ils sortiraient des bornes de leur extrême prudence en marchant avec toutes leurs forces sur Salamanque; ce serait nous offrir trop d'avantages et ils auraient lieu de s'en repentir, car, quelque nombreux qu'ils soient, nous sommes plus qu'en mesure de les accabler, et ils éviteront toujours, tant qu'ils pourront, de nous attendre en plaine. Je me résume et crois fermement que l'armée combinée ne tentera pas, cette campagne, le passage de la Tormès.
«Je suis persuadé, monsieur le maréchal, que vous reconnaîtrez dans ma conduite et mes observations que toute espèce de considération cède au désir de déjouer les projets de l'ennemi et de coopérer au succès de vos opérations.»
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«Paris, le 23 janvier 1812.
«Je vous envoie, monsieur le maréchal, un _Moniteur_ qui vous fera connaître l'état de choses du côté de Valence. L'Empereur a vu avec peine, monsieur le duc, la mauvaise direction donnée au général Montbrun, et que les ordres et contre-ordres donnés ont rendu inutile le mouvement que Sa Majesté avait prescrit. Vous avez reçu, le 13 décembre, l'ordre d'envoyer six mille hommes sur Cuença pour renforcer le général d'Armagnac et le mettre à même de marcher rapidement sur le corps espagnol qui était à Requeña en Utiel. Sa Majesté était fondée à croire que, le 24 ou le 25, cette puissante diversion aurait agi.
«Les ordres de l'Empereur n'ont donc pas été exécutés comme Sa Majesté le désirait. Cela provient de ce que vous avez hésité dans vos dispositions. Au lieu d'un corps volant que l'Empereur voulait lancer à tire-d'aile sur Cuença, vous avez voulu faire marcher un corps d'armée et trente pièces de canon. Sa Majesté (je dois vous le dire, monsieur le maréchal) pense que, dans cette circonstance, vous avez plus calculé votre gloire personnelle que le bien de son service. Vous connaisses assez l'Empereur, monsieur le maréchal, pour concevoir que, s'il eût voulu opérer une grande diversion en portant un corps d'armée et trente pièces de canon sur Valence, il vous aurait ordonné de passer par Almanza. Il en résulte qu'un mois après l'ordre que vous avez reçu d'envoyer un corps de six mille hommes sur Cuença l'ennemi était toujours maître de Requeña, et qu'alors tous n'aviez rien fait pour l'avantage de l'armée de Valence.
«L'Empereur, monsieur le duc, espère que cette lettre vous trouvera à Valladolid. Sa Majesté vous ordonne de suivre strictement les ordres ci-après:
«1° Rappelez, si vous ne l'avez déjà fait, le corps du général Montbrun;
«2° Vingt-quatre heures après la réception de cet ordre, faites partir une des divisions de votre armée avec son artillerie, et organisée comme elle se trouvera au moment où vous recevrez cet ordre, et vous la dirigerez sur Burgos pour faire partie de l'armée du Nord. Sa Majesté défend que vous changiez aucun officier général de la division que vous enverrez, et qu'on y fasse aucune mutation.
«Vous recevrez, en échange, trois régiments de marche, forts de cinq mille hommes présents, que vous incorporerez dans vos régiments. Ces régiments de marche partiront le même jour que la division que vous avez l'ordre d'envoyer à Burgos y arrivera. Toute la garde a l'ordre de rentrer en France, ce qu'elle ne pourra faire que quand la division que vous devez envoyer à Burgos y sera arrivée.
«Valence pris, le général Caffarelli se rendra à Pampelune pour faire également partie de l'armée du Nord. Cette armée se trouvera donc composée de trois divisions, savoir:
«Celle que je vous donne l'ordre d'y envoyer;
«La division Caffarelli,
«Et une troisième division, que le général Dorsenne va former avec le 34e léger, les 113e et 130e de ligne et les Suisses.
«La cavalerie de cette armée sera formée du régiment de lanciers de Berry, du 1e régiment de hussards, des 15e et 31e de chasseurs, et de la légion de gendarmerie à cheval.
«Ainsi l'armée du Nord se trouvera à même d'aller à votre secours avec deux divisions si les Anglais marchaient sur vous. Ce cas arrivant, le général Reille, qui, aussitôt après la prise de Valence, aura le commandement du corps d'armée de l'Èbre, pourra, de Saragosse, envoyer une division sur Pampelune; mais cela n'aurait lieu que dans le cas seulement où les Anglais déploieraient de grandes forces et feraient un mouvement offensif sur vous, ce que rien ne porte à penser. Valence pris, le maréchal Suchet restera dans cette province avec vingt-cinq mille hommes; le général Reille sera à Lerida avec le corps de l'Èbre, fort de trente-deux mille hommes, non compris les garnisons des places de la Basse-Catalogne. Il se placera à Lerida ou à Saragosse. Le général Dorsenne sera à Burgos avec l'armée du Nord, forte de trente-huit mille hommes.
«Je vous ai prévenu de l'ordre donné aux trois régiments polonais qui sont à l'armée du Midi pour rentrer en France: quand ils passeront dans l'arrondissement de votre armée, activez leur marche, au lieu de la retarder.»
LE GÉNÉRAL DORSENNE AU MARÉCHAL MARMONT.
«Valladolid, le 27 janvier 1812.
«Mon cher maréchal, Votre Excellence est sans doute instruite que le mouvement des corps et détachements de son armée, qui devaient être dirigés sur Toro, est entièrement exécuté.
«Les rapports que je reçois m'annoncent que toutes les bandes sont en mouvement dans les provinces du Nord et se réunissent; que quatre mille insurgés ont investi la place d'Armanda, où il n'y a pour toute garnison que trois cents hommes d'infanterie de l'armée de Portugal, qui gardent les magasins et l'artillerie du fort de Rahabon, que j'ai été obligé de faire désarmer, et qui succomberont s'ils ne sont promptement secourus; que le comte Montijo retourne sur Soria avec huit mille Espagnols, ayant de nouveau le projet de faire l'attaque de cette place avec du canon; enfin que les garnisons et postes sont fortement menacés; que les communications deviennent de plus en plus difficiles, et qu'il ne se passe pas de jour, depuis que j'ai retiré la division de tirailleurs de la garde du cinquième gouvernement, où il n'arrive des événements. Dans cet état de choses, comme il est à supposer, et que tout paraît même confirmer que l'armée anglo-portugaise se tiendra pour le moment à Rodrigo et ne tentera rien sur Salamanque, je prie Votre Excellence de trouver bon que je rappelle la division Roguet, son artillerie, et la cavalerie du général Laferrière, afin de les employer de suite à faire une guerre à outrance aux guérillas, à rendre la tranquillité au pays, à conserver nos établissements et nos ressources en subsistances. Je la prie aussi de prendre des dispositions pour faire relever de suite toutes les troupes de l'armée du Nord qui se trouvent encore dans les sixième et septième gouvernements, afin de me mettre à même d'exécuter les ordres réitérés de l'Empereur relatifs à sa garde, dont j'ai eu l'honneur de faire part à Votre Excellence.
«Le général de division Abbé, commandant en Navarre, vient d'éprouver, à la tête de toutes les forces disponibles de cette province, un échec où il a perdu trois à quatre cents hommes. Cet événement est d'autant plus malheureux, qu'il augmente l'audace des bandes, et il n'y a pas un instant à perdre pour les attaquer, les diviser et les détruire, sans quoi la chose deviendrait très-sérieuse et le mal irréparable.
«J'attends une prompte réponse de Votre Excellence. Je n'ai pas encore de nouvelles de l'aide de camp que je lui ai dépêché pour lui porter ma lettre du 23 courant.
«J'apprends que l'officier du génie qui était à Astorga a été transporté à Benavente dangereusement malade. Il paraît urgent de le faire remplacer, pour que les travaux ne restent pas suspendus.»
LE GÉNÉRAL DORSENNE AU MARÉCHAL MARMONT.
«Valladolid, le 29 janvier 1812.
«Monsieur le maréchal, j'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que je reçois l'ordre impératif de diriger sur France les escadrons de cavalerie légère de la garde qui sont à Rioseco, et auxquels je donne, en conséquence, celui d'en partir.
«Je crois devoir en prévenir Votre Excellence pour qu'elle les fasse remplacer de suite si elle le juge convenable, afin que ce poste ne reste pas sans garnison.
«Les bandes continuent à faire beaucoup de mal dans le Nord; la présence de mes troupes y devient de plus en plus nécessaire. Je supplie Votre Excellence de faire hâter autant que possible le mouvement des corps de son armée qui doivent relever les miens dans le sixième gouvernement.»
LE GÉNÉRAL DORSENNE AU MARÉCHAL MARMONT.
«Duñas, le 3 février 1812.
«Monsieur le maréchal, Votre Excellence a dû recevoir, par l'estafette de ce jour, l'ordre du prince de Neufchâtel de diriger une division de l'armée de Portugal, forte de six mille baïonnettes et douze pièces de canon, sur Burgos, pour faire partie de celle du Nord. Son Altesse, par une lettre du 23 janvier, me prescrit d'envoyer à l'armée de Portugal les 1er, 2e et 3e régiments de marche aussitôt que cette division sera à ma disposition, ce qui fera un échange de troupes duquel il résultera l'avantage que tous les corps seront réunis.
«Le major général m'enjoint aussi de ne retarder, sous aucun prétexte que ce soit, le départ pour Bayonne de tout ce qui appartient à la garde impériale, infanterie, cavalerie, artillerie, le bataillon de Neufchâtel, le 4e régiment de la Vistule et autres détachements. Pour être à même d'exécuter de suite les dispositions qui me sont ordonnées, je prie instamment Votre Excellence de faire hâter la rentrée à l'armée du Nord du 31e régiment de chasseurs dont j'ai le plus grand besoin, et de me faire connaître le plus tôt possible l'arrivée à Burgos de la division qu'elle doit y envoyer.»
LE MARÉCHAL SOULT AU MARÉCHAL MARMONT.
«Séville, le 7 février 1812.
«Monsieur le maréchal, j'ai reçu au même instant les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire les 4, 19 et 24 janvier dernier. Cette dernière m'a été apportée par M. Dettencourt, officier de votre état-major; elle me confirme la nouvelle de la prise de Rodrigo que les ennemis avaient fait répandre. Il est bien extraordinaire que la garnison qui défendait cette place ne vous ait pas donné le temps de réunir votre armée et d'arriver à son secours. Ce malheureux événement rendra les opérations plus difficiles sur les deux rives du Tage et déterminera sans doute les ennemis à diriger leurs efforts sur Badajoz. Déjà je suis instruit qu'ils font des préparatifs du côté d'Uñas, Campo-Maior et Portalègre, et, indépendamment d'un corps du général Hill, on annonce l'arrivée de deux divisions qui se tenaient ordinairement du côté de Castel-Branco. Heureusement que, depuis l'an dernier, les ouvrages de défense ont été considérablement augmentés à Badajoz, et que les approvisionnements qu'il y a, quoique incomplets, nous donneraient le temps de combiner des opérations pour en éloigner les ennemis si le siége était entrepris.
«J'ai l'honneur de vous faire part que le général Hill, avec tout son corps, avait repris ses positions du côté de Portalègre. Il paraîtrait même, d'après les rapports qui me sont parvenus, qu'il a étendu ses troupes jusqu'à la rive droite du Tage. Les derniers renforts qui ont été débarqués à Lisbonne, lesquels consistent dans une brigade de cavalerie et sept à huit mille hommes d'infanterie, lui sont destinés.
«Je vois avec bien de plaisir que Votre Excellence a donné l'ordre au général Montbrun de se mettre en communication avec l'armée du Midi. Tant que cette communication existera, les ennemis n'oseront rien entreprendre sur Badajoz, puisque, au moindre mouvement, nous pouvons nous réunir et marcher à eux pour les combattre. Je désirerais donc qu'il entrât dans vos dispositions de laisser un corps entre le Tage, la Guadiana, la grande route de Truxillo et lu Sierra de Guadalupe, où il trouverait des subsistances et pourrait communiquer avec les troupes que je tiens dans la Serena, ainsi qu'avec celles que vous avez à la tête de pont d'Almaraz et à Talavera. Ce corps serait assez éloigné pour que l'ennemi ne pût rien entreprendre contre lui; il entrerait dans le système d'opérations des deux armées et couvrirait une grande étendue de pays par où les ennemis font continuellement venir des subsistances. J'ai écrit à M. le comte d'Erlon d'en faire la proposition au général Montbrun, qui peut-être se trouvera à cet effet autorisé par Votre Excellence.
«Je suis d'autant plus persuadé qu'à l'ouverture de la campagne les ennemis feront tout ce qui sera en leur pouvoir pour s'emparer de Badajoz, qu'ils ne peuvent rien entreprendre en Castille tant que cette place nous offrira un appui pour pénétrer en Portugal et nous porter sur leur ligne d'opération. Il est d'ailleurs vraisemblable qu'ils ne tarderont pas à être instruits que, d'après les dispositions de l'Empereur, l'armée du Midi va être affaiblie de plusieurs régiments que je dois envoyer à Burgos. D'après ces considérations, je ne puis qu'insister, monsieur le maréchal, pour que la position de votre aile gauche soit telle, que la communication des deux armées soit parfaitement établie, et que nous puissions, par la réunion de toutes nos forces disponibles, aller combattre les ennemis et assurer un grand succès.
«Heureusement que les affaires de l'Est nous favorisent. La prise de Valence et la destruction de l'armée que Blake commandait rendront les ennemis plus circonspects. Le général Soult[5], qui est à Murcie, a eu l'occasion, le 26 janvier, de compléter la dispersion de la division d'infanterie commandée par Villacampa, et il a battu, dans une brillante charge, la division de cavalerie du général la Carrera. Ce général, avec son état-major et deux escadrons, ont été tués.»
[Note 5: Frère du maréchal Soult. (_Note de l'éditeur._)]
LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.
«11 février 1812.