Memoires Du Duc De Rovigo Pour Servir A L Histoire De L Empereu

Chapter 22

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Monsieur le baron, je vous avais envoyé une note[65] dont le contenu tendait à requérir l'arrestation du comité d'émigrés français siégeant à Offembourg, lorsque le premier consul, par l'arrestation successive des brigands envoyés en France par le gouvernement anglais, comme par la marche et le résultat des procès qui sont instruits ici, reçut connaissance de toute la part que les agens anglais à Offembourg avaient aux terribles complots tramés contre sa personne et contre la sûreté de la France. Il a appris de même que le duc d'Enghien et le général Dumouriez se trouvaient à Ettenheim, et, comme il est impossible qu'ils se trouvent en cette ville sans la permission de Son Altesse Électorale, le premier consul n'a pu voir, sans la plus profonde douleur, qu'un prince auquel il lui avait plu de faire éprouver les effets les plus signalés de son amitié avec la France, pût donner un asile à ses ennemis les plus cruels, et laissât ourdir tranquillement des conspirations aussi évidentes.

En cette occasion si extraordinaire, le premier consul a cru devoir donner à deux petits détachemens l'ordre de se rendre à Offembourg et à Ettenheim, pour y saisir les instigateurs d'un crime qui, par sa nature, met hors du droit des gens tous ceux qui manifestement y ont pris part. C'est le général Caulaincourt qui, à cet égard, est chargé des ordres du premier consul. Vous ne pouvez pas douter qu'en les exécutant, il n'observe tous les égards que Son Altesse peut désirer. Il aura l'honneur de remettre à Votre Excellence la lettre que je suis chargé de lui écrire.

Recevez, monsieur le baron, l'assurance de ma haute estime.

_Signé_, CH.-M. TALLEYRAND.

Le lendemain 12 mars (correspondant au 21 ventôse), le général Caulaincourt reçut la lettre du ministre de la guerre rapportée plus haut.

Le duc d'Enghien fut enlevé dans la nuit du 14 au 15 mars (du 23 au 24 ventôse).

L'électeur fit publier le décret suivant, daté de Carlsruhe, le 16 mars 1804[66]:

«Immédiatement après le rétablissement de l'état de paix entre l'empire d'Allemagne et la république française, S. A. S. et Électorale a donné le 14 mai 1798, dans ses anciens États, l'ordre précis et sévère de ne plus permettre aux émigrés déportés français la continuation de leur séjour sur son territoire.

«La guerre, qui s'est dans la suite rallumée, ayant donné à ces personnes différens motifs de rentrer dans ses États, S. A. S. et Électorale a saisi le premier moment favorable, le 20 juin 1799, pour ordonner leur renvoi.

«La paix ayant eu de nouveau lieu, et plusieurs individus attachés à l'armée de Condé s'avisant de se rendre dans ces environs, S. A. S. et Électorale a cru devoir donner les ordres suivans, qui sont les derniers, les plus nouveaux, et ceux qui sont suivis encore aujourd'hui.

«Il ne sera accordé à aucun individu revenant de l'armée de Condé, ainsi qu'en général à aucun émigré français, à moins qu'il n'en ait obtenu la permission avant la paix, d'autre séjour que celui qu'on permet aux voyageurs. S. A. S. et Électorale, par sa résolution expresse, n'a excepté de cette ordonnance qu'individuellement les personnes qui pourraient faire preuve d'avoir obtenu ou d'avoir à espérer sous peu leur radiation de la liste des émigrés, et qui auraient par là une raison suffisante de préférer le séjour dans le voisinage de la France à tout autre, et de ne pas être regardées comme suspectes au gouvernement français. Le séjour de ces personnes n'ayant eu jusqu'aujourd'hui aucune suite fâcheuse ou désavantageuse pour le gouvernement français, et le chargé d'affaires de la France résidant ici n'ayant jamais demandé plus de rigueur, S. A. S. et Électorale a jugé à propos, au mois de décembre 1802, à l'époque de son entrée en possession de ses nouveaux États, d'accorder aux émigrés français, ainsi qu'à tous les autres étrangers qui s'y trouvaient, à l'égard de leur séjour, la même indulgence dont ils jouissaient en quelques endroits sous le gouvernement précédent, sans cependant les assurer d'une nouvelle protection, mais toujours dans la ferme résolution de leur retirer cette indulgence dès que S. A. S. et Électorale aurait la connaissance certaine, et qu'on lui exposerait que le séjour sur les frontières du Rhin de tel ou tel individu, étant devenu suspect au gouvernement français, menaçait de troubler le repos de l'empire.

«Ce gouvernement venant de requérir l'arrestation de certains émigrés dénommés, impliqués dans le complot tramé contre la constitution, et une patrouille militaire venant de faire l'arrestation des personnes comprises dans cette classe, le moment est venu où S. A. S. et Électorale est obligée de voir que le séjour des émigrés dans ses États est préjudiciable au repos de l'empire et suspect au gouvernement français. Par conséquent, elle juge indispensable de renouveler en toute rigueur la défense faite aux émigrés français de séjourner dans ses États, tant anciens que nouveaux, et en révoquant toutes les permissions limitées ou illimitées données par le gouvernement précédent ou actuel; ordonnant en outre que tous ceux qui ne sauraient justifier sur-le-champ de leur radiation ou de leur soumission au gouvernement français soient renvoyés, et que, s'ils ne partent pas de gré dans le terme de trois fois vingt-quatre heures, ils soient conduits au-delà des frontières. Quant à ceux qui, de cette manière, croiront pouvoir se justifier à l'effet d'obtenir la permission d'un séjour qui ne porte aucun préjudice, il est ordonné d'en envoyer la liste, avec copie de leurs titres, à S. A. S. et Électorale, en attendant la résolution, s'il y a lieu, de leur permettre ou de leur refuser la continuation du séjour.

«Tous les officiers des grands bailliages, ainsi que les préposés des communes et les officiers de police, sont personnellement responsables de l'exacte exécution de cette ordonnance, et déclarés tenus de tout dommage résultant de quelque délai.»

§ IX.

Lettre de M. de Dalberg, ministre plénipotentiaire de Baden à Paris, à M. le baron d'Edelsheim, ministre des affaires étrangères.

Paris, le 20 mars 1804.

Monsieur le baron,

Les arrestations qui viennent d'avoir Je prie le lecteur de comparer le lieu dans le pays de Baden doivent langage du préambule de cette avoir été une source des plus grands lettre avec la lettre du 11 de embarras pour la cour. Il n'y pas eu M. de Talleyrand, au premier moyen de vous prévenir de ce qui se ministre, à Baden. Il y a dans passait, tout s'étant fait avec trop toutes les deux une coïncidence de secret et de précipitation. telle, que celle-ci est à peu près la répétition de l'autre, et Les dispositions ayant compromis les cependant M. de Dalberg soutient émigrés à Ettenheim et à Offembourg, qu'à cette époque-là, il se tenait le premier consul ordonna à M. de fort éloigné du ministère Caulaincourt de partir sur-le-champ français. et de porter l'ordre de l'arrestation, telle qu'elle a été faite. Il n'eut Cette lettre-ci est celle d'un que le temps de voir sa mère. Il homme qui, n'ayant pas pu se partit dimanche 11. Lundi au soir 12, dispenser de rendre compte à sa j'appris qu'il était allé à cour, a pris son temps, pour que Strasbourg, et on se disait qu'il tout en mettant sa responsabilité s'agissait de l'arrestation de à couvert, il ne pût pas Dumouriez; on ne nomma pas encore dans compromettre la sûreté de le public le duc d'Enghien. Je l'exécution de la mesure. calculai qu'ayant dû arriver mardi 13, ma lettre à V. E. serait trop tardive Il a été informé du départ de M. pour vous prévenir, ne pouvant arriver de Caulaincourt le 12 (quoique que le 16 ou 17, et je résolus probablement il l'ait su plus tôt, d'attendre que j'eusse d'autres mais n'importe): il a calculé informations, un courrier même ne qu'il était trop tard le 12 pour pouvant plus devancer l'aide-de-camp envoyer un courrier, qui aurait du premier consul. eu cependant pour lui toutes les chances de retard de M. de Jeudi 15 enfin, je sus positivement Caulaincout, et pour réparer cette l'ordre que portait M. de négligence, il écrit le 20, après Caulaincourt. La chose avait été dite qu'il a appris que tout était fini. pour la _première fois_ par madame Bonaparte, le matin, à une dame de Il ne pouvait y avoir que des ses amies, avec laquelle je fus lié chances heureuses en écrivant le et dont je le sus; elle y ajouta 11 et le 12, et en faisant passer combien cette affaire l'affectait et le courrier directement à augmenterait les embarras du Ettenheim; la cour de Baden gouvernement. n'aurait pu y voir que du zèle pour son service; mais le 11 et le 12 Comme ma lettre n'aurait alors été c'était sans inconvénient, tandis d'aucun effet, je résolus d'attendre que le 20 cela était inutile. que nous eussions pu recevoir des nouvelles positives. Hier au soir Mais il y a plus: après que M. de seulement on connut les détails de Dalberg s'est vu (du moins) l'expédition, et comme la violation du mystifié, et qu'il était autorisé à territoire étranger ne se laissait un éclat dans lequel il aurait été point cacher, la sensation ici est appuyé par tout le corps très-grande. diplomatique, on le voit attendre d'autres informations. Les ministres de Suède, d'Autriche, M. Qu'attendait-il pour agir? et loin Oubrill, ont été les seuls qui ont de là, il dit lui-même qu'il a prononcé leur opinion d'une manière choisi le ministre de Prusse, qui très-forte. voulait le faire.

Il me semble qu'un ministre qui n'aurait rien eu à se reprocher aurait poussé aux informations au lieu d'en suspendre le cours. Il y a dans cette conduite quelque chose d'obscur, surtout quand on remarque que, si M. de Dalberg avait éclaté comme il le devait, il aurait mis la France dans la nécessité, ou de ne pas donner de suite à l'enlèvement ou de demander le rappel de M. de Dalberg pour avoir osé éclater contre la mesure de l'enlèvement. Or, qu'a-t-on vu? rien, si ce n'est que M. de Dalberg est devenu presque subitement l'objet des faveurs du gouvernement impérial de France. Maintenant que l'on juge.

Réunis dans le cercle diplomatique de Pourquoi (peut-on dire lundi, on voulait savoir des détails à M. Dalberg) n'avez-vous pas dit à de moi; j'assurai que je n'en avais ces Messieurs que M. de Talleyrand aucun. s'était servi de vous pour donner de la sécurité à votre cour, Comme le gouvernement, ici, ne pendant qu'il préparait la parvient point à saisir tous les violation du territoire de votre prévenus, on parle de visites prince? Alors ce lundi vous deviez domiciliaires, et si elles ont lieu, être désabusé! Et quelle excuse on se portera décidément à la visite donnerez-vous pour votre inaction? des maisons des ministres. C'est à cet effet qu'on répand depuis cinq à six jours que la police croyait qu'il y avait quelqu'un de caché chez M. de Cobentzel. Les barrières sont toujours gardées; on ne sort qu'avec des passe-ports.

M. de Beust vient de me dire qu'ayant vu hier M. de Talleyrand, ce dernier lui avait dit qu'on venait de donner à tous les ministres français en Allemagne l'ordre d'exiger qu'on éloignât les émigrés des états des princes, et qu'il l'invitait à l'écrire à sa cour. M. de Saint-Genest n'en sera donc point excepté, si M. Massias a reçu le même ordre.

DALBERG.

§ X.

Lettre du même au même.

Paris, le 21 mars 1804.

On assure que le duc d'Enghien est Cette assertion est pitoyable de arrivé hier à cinq heures, escorté de la part d'un homme qui, dès le 19 cinquante gendarmes; tout le monde se (comme il le dit dans sa lettre du demande: Qu'en veut-on faire? 20), savait les arrestations d'Ettenheim.

Le gouvernement a cru un moment que le Comment! le duc d'Enghien avait duc de Berri et M. de Montpensier été fusillé le matin à six heures étaient ici; aussi depuis quinze jours devant dix-huit cents hommes de tout Paris est emprisonné. Une personne troupes qui passèrent sous vos près du premier consul m'a dit qu'on fenêtres pour rentrer à leurs avait assez de documens pour prouver quartiers; votre portière savait aux personnes arrêtées le projet sans doute l'événement; et ce d'assassinat; que le premier consul jour-là, à quatre heures du soir ferait grâce aux uns, et exécuter les (heure du départ de la poste à autres; que quant aux princes, on les cette époque), vous marquez à tiendrait en prison, et qu'on votre cour que l'on se demande ce déclarerait aux puissances qu'ils que l'on veut faire du duc répondraient d'un nouvel attentat. d'Enghien!

Depuis la découverte de cette C'est ce langage-là qui vous a été conjuration, le premier consul n'écoute insinué, qui a endormi votre plus une parole de paix ou de vigilance, et donné aux meneurs le composition avec l'Angleterre. Il est temps de couronner leurs crimes. décidé à faire une guerre à mort à cette puissance. Je suis persuadé qu'un Vous étiez le seul qui étiez changement de ministère à Londres, dont fondé à faire éclater de justes on parle, ne changera rien au système plaintes, et par conséquence aussi politique anglais. celui qu'il importait le plus d'abuser. DALBERG.

§ XI.

Lettre du même au même.

Paris, le 22 mars 1804.

Le _Moniteur_ ci-joint, dont j'ai Comment! c'est le _Moniteur_ qui l'honneur de vous faire passer un vous l'a appris? Quoi! ces sources exemplaire, annonce aujourd'hui la où vous puisiez des informations sentence de mort par commission contre l'ambition et les violences spéciale contre le malheureux duc du premier consul ne vous avaient d'Enghien, emmené mardi passé à Paris. rien appris avant le _Moniteur_ du 22 mars?

La sentence a été, _à ce que l'on a su Somme tout, dans cette affaire sur hier matin_, exécutée au château de laquelle vous paraissez de Vincennes, la nuit du mardi au aujourd'hui vous élever avec mercredi, à deux heures du matin. autant de force, vous avez écrit deux lettres. L'exécution atroce du malheureux duc d'Enghien a produit une sensation La première, le 20, quand tout difficile à rendre. Tout Paris est était fini à Ettenheim, et la consterné, la France le sera, l'Europe seconde, le 21, quand tout l'était entière doit frémir. Nous approchons de à Paris. la crise la plus terrible; Bonaparte ne connaît plus de frein à son ambition; Et d'ailleurs cet _hier matin_ rien ne lui est sacré, il sacrifiera était le 21 mars, jour où vous tout à ses passions. écriviez, à quatre heures du soir, à votre cour qu'on se demandait ce La noble réputation de S. A. S. E. que l'on voulait faire du duc exige que les cours connaissent qu'il d'Enghien. L'heure du départ du n'a point partagé l'enlèvement du courrier est ordinairement de malheureux prince, et je crois qu'il ne quatre à six heures du soir, vous peut se refuser d'instruire l'empereur avouez donc que vous saviez tout de Russie des circonstances de cet dès le matin. événement. La voie qui compromettrait le moins serait celle de madame la Qu'y avait-il à compromettre, margrave. puisque l'électeur était étranger à l'événement? Pourquoi employer La mort du duc d'Enghien a été déterminée par trois raisons: 1° le des voies indirectes, et ne pas au danger de le garder en France; 2° le contraire s'élever de toutes ses besoin d'imprimer la terreur dans tous forces et par tous ses moyens les esprits; 3° la crainte d'une contre cette violation de son intervention des cours. Démarche sur territoire? laquelle MM. de Lucchesini, de Cobentzel et Oubrill se concertaient, Il fallait donc faire agir le voulant faire sentir l'offense qu'on corps diplomatique avant la ferait de nouveau à tous les catastrophe, lorsque le 19 vous souverains. Je ne puis vous rendre avez connu l'enlèvement. Comment combien je suis navré de douleur, et ne l'avez-vous pas fait avec les combien mon esprit est alarmé de opinions que vous émettez sur le l'avenir. Je regrette de me voir dans caractère personnel du premier ce moment à Paris. consul?

Il y en a bien peu parmi nous qui ne partagent ce sentiment.

On parle d'une nouvelle conscription militaire, ce qui prouverait la crainte ou la volonté de la guerre continentale, que j'ai toujours crue immanquable.

DALBERG.

§ XII.

Lettre du même au même.

Paris, le 27 mars 1804.

J'ai reçu hier au soir la dépêche n° 17 que V. E. m'a fait l'honneur de m'adresser pour m'instruire de tout ce qui concerne l'arrestation faite dans nos pays. Dans une affaire d'une aussi haute importance, et qui produit si généralement la plus vive sensation, il importait sans doute de m'instruire de la vérité, et je vous offre ma reconnaissance de m'avoir fait passer sans retard ce qui pouvait l'éclairer.

Il m'aurait cependant paru désirable que S. A. S. E. employât son ministre pour remettre une réponse contre des inculpations assez injustes, et qu'un courrier, par conséquent, m'eût apporté la lettre que V. E. répond à M. de Talleyrand, en me donnant l'ordre d'exposer verbalement tout ce qui pouvait se dire dans cette occasion.

Les copies des autres informations que V. E. me fait passer suffisent, en attendant, pour me prescrire ce que j'ai à dire, et fixent l'opinion qu'il importe d'établir sur cette affaire.

J'avais déjà eu l'honneur de vous prévenir que, vu l'impossibilité de vous instruire de cette expédition (impossibilité assez prouvée par les deux _lettres de M. de Talleyrand, qui Ces deux lettres doivent être lui-même parut ignorer jusqu'au dernier curieuses, mais comment avez-vous moment la résolution prise_), osé dire qu'il avait paru ignorer j'attendais, pour vous en parler, que tout jusqu'au dernier moment? la chose fût éclaircie, et je ne Vous pensiez bien que cela était voulais pas, par des renseignemens qui un mensonge dont vous aviez la pouvaient être faux ou des avis preuve. précipités, influer sur les résolutions qu'il a plu à S. A. S. E. de prendre.

L'exposé historique, tracé dans Voilà le mystère expliqué: vous l'intention de constater les faits tels avez eu peur d'être trop informé, qu'ils se passèrent, remplit et par suite vous avez laissé parfaitement son but, et prouve aller les choses; de cette suffisamment que S. A. S. E. n'a été manière, le duc d'Enghien ne instruite du but de l'expédition pouvait pas échapper. militaire que trente-six heures après qu'elle avait été entreprise. Le décret du 16 de la cour de Baden, qui parle des arrestations de la veille, prouve donc qu'elle avait été avertie plus tôt que vous ne le dites.

Si d'un côté il faut rendre justice et Niaiseries que tout cela; tout se convaincre combien il importait à la avait été arrangé par les meneurs France de connaître à fond ce qui se à Paris, et il n'est jamais entré tramait contre son repos, l'illégalité dans la pensée de personne des moyens employés pour cet effet, et d'accuser l'électeur de Baden. la violence d'arrêter militairement, et Mais il n'en est pas de même de contre tous les usages et tous les celui qui devait l'avertir. droits, sur un territoire étranger, que S. A. S. E. fasse connaître au public Plus on était mystérieux à Paris combien peu elle a pu connaître des (et certes on ne l'était pas), machinations que la France même plus vous aviez mauvaise opinion ignorait malgré sa police et ses agens, du caractère privé du premier et l'instruire que ce n'est pas de son consul, ainsi que vous le dites, consentement que des troupes étrangères moins vous deviez dormir, puisque se sont portées sur les terres de vous étiez la sentinelle avancée, l'empire. sur la vigilance de laquelle tout reposait. Une seule démarche de Il importe donc d'exposer les vous aurait tout prévenu. circonstances qui accompagnèrent le séjour du duc d'Enghien, et la permission qui lui avait été tacitement accordée par droit d'hospitalité et au su de la France.

Il n'est pas moins infiniment convenable, comme S. A. S. E. en a pris la résolution, de communiquer aux membres du collège électoral tout ce qui concerne cette affaire; je serais cependant d'avis de le faire non verbalement, mais en communiquant à chacun l'exposé historique avec les copies y annexées.

Pour remplir ici les intentions de la cour, je ne puis, dans la position infiniment difficile et délicate où je me trouve, faire autre chose que d'exposer simplement aux ministres des cours avec lesquelles nous sommes plus particulièrement en relation les circonstances telles qu'elles se sont passées.

Je l'ai fait à l'égard des légations de Russie, de Suède, de Prusse et d'Autriche, et elles sont de l'avis que, comme cette affaire avait passé directement à Carlsruhe, sans qu'on m'en ait parlé, je devais ne taire aucune démarche, à moins que je n'en reçusse l'ordre positif.

Je n'en trouve point dans la dépêche de V. E. Je suis donc décidé à ne parler de rien, à moins que l'on ne me provoque. Il est facile de se convaincre qu'on ne fera pas la moindre démarche vis-à-vis de moi, et que je ne serai, par conséquent, pas à même d'en parler et d'appuyer sur tout ce que V. E. a exposé dans sa lettre.

Comme les jugemens et les opinions du public sont très-précipités dans ce pays-ci, il est naturel que beaucoup de personnes viennent me questionner pour rectifier des faits qu'impunément chacun avance selon qu'il est animé par des sentimens souvent très-opposés.

Les feuilles publiques s'efforcent de faire croire que l'arrestation, telle qu'elle s'est faite, s'est exécutée du consentement de l'électeur; je me borne, à cet égard, à dire tout simplement que j'étais autorisé à le contredire, et qu'en effet S. A. S. E. n'en avait été instruite officiellement que trente-six heures après l'enlèvement.

Agréez, etc.

DALBERG.

§ XIII.

Lettre du même au même.

Paris, le 11 avril 1804.

J'ai reçu hier au soir la dépêche n° 17 La mort de Pichegru fait ici une profonde sensation. On savait qu'il ne donnait aucune information, qu'il déclarait constamment qu'il parlerait devant le tribunal, et qu'en vain on se flatterait qu'il chargeât ou dénonçât qui que ce fût.