Memoires Du Duc De Rovigo Pour Servir A L Histoire De L Empereu

Chapter 25

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M. de Cevallos sait bien mieux que personne qu'il a obscurci la vérité, dans la manière dont il a rapporté ce fait. Qui mieux que lui pouvait savoir si le roi était dans l'intention de satisfaire la France? Il n'ignorait pas ce que la France pouvait exiger et désirer de la part de l'Espagne, dont il avait suivi les relations politiques les plus intimes avec cette même France; et dès-lors qui est-ce qui pouvait mieux juger que lui où se trouverait la difficulté, s'il devait y en avoir une? Je ne lui ferai pas l'injure de croire qu'il l'ignorait ou qu'il ne l'avait pas aperçu: il a donné trop de preuves de sa perspicacité en ce genre. C'est sans doute parce qu'il connaissait les deux revers de la médaille qu'il s'efforçait de m'exposer des difficultés sur lesquelles j'avais l'avantage d'un homme qui, n'ayant rien à cacher, avait un argument franc plus fort que le sien. M. de Cevallos avait trop d'esprit, sans doute, pour être la dupe de qui que ce fût, mais ce n'était pas une raison pour que je fusse la sienne.

En supposant que la réponse qu'il me prête soit vraie, il savait mieux que moi si je m'abusais moi-même ou si je le trompais, puisqu'il connaissait nos affaires avec son pays; dès-lors comment se justifiera-t-il d'être parti d'un argument qu'il savait ne pouvoir être vrai, pour avoir consenti au départ du roi? Il y a là quelque chose qui ne peut s'expliquer que de ces deux manières: ou M. de Cevallos a dénaturé ma réponse, et c'est ce que j'atteste; ou bien il a trahi le roi dans l'intérêt d'une nouvelle fortune à laquelle il voulait s'attacher, et dès-lors son Mémoire n'est qu'un pamphlet qu'il a écrit à la hâte, pour se mettre à l'abri du ressentiment de ses compatriotes; car on verra par la suite de ces Mémoires qu'il pouvait y être exposé.]

[37: Pour comprendre ceci, il faut connaître la manière dont on attelle en Espagne; chaque mule d'un attelage a ses traits attachés à l'avant-train de la voiture, de sorte que les mules de la tête de l'attelage ont des traits de quarante pieds de long. Or, comme elles sont accouplées deux à d'eux, il en résulte qu'il y avait une réunion de seize traits à l'avant-train de la voiture du roi, en sorte que toutes les mules furent dételées par le seul coup de serpe qui coupa les traits.]

[38: Je ne pus le suivre ce jour-là, et ne le rejoignis que le lendemain matin, après avoir marché toute la nuit.]

[39: Le roi Charles IV avait toujours à la main une très longue canne, de laquelle il avait besoin pour marcher; ce vieillard était si indigné, qu'il nous semblait qu'il allait s'oublier jusqu'à la lever sur son fils, qui conservait une physionomie imperturbable. Nous pouvions l'apercevoir par plusieurs ouvertures qu'il y avait à la porte du salon où la scène se passait.]

[40: Elle s'approcha de lui en levant la main comme pour lui donner un soufflet.]

[41: Le ministère espagnol à Madrid obéissait au lieutenant-général du royaume nommé par Charles IV, et c'était le grand-duc de Berg.]

[42: Le 8 octobre 1805, le roi de Naples avait ratifié, à Portici, le traité de neutralité conclu le 21 septembre précédent par son ambassadeur à Paris, et le 20 novembre suivant, une escadre anglo-russe débarquait à Naples 12,000 hommes de troupes.]

[43: Lorsque, par ordre de l'empereur, l'on me demanda des détails sur les ordres que je pouvais avoir donnés au général Dupont, la copie de cette lettre figurait parmi les pièces qui devaient servir à commencer l'information sur la conduite du général Dupont; mais lors du jugement prononcé au conseil d'État sur l'exposé de cette affaire, cette pièce avait disparu. Je suis bien aise que cela ait été utile au général Dupont; mais c'est une chose coupable que de servir l'un, en mettant l'autre dans le cas d'être accusé d'imprévoyance.]

[44: Les lieues d'Espagne sont beaucoup plus fortes que celles de France.]

[45: Le général Dupont assure n'avoir eu aucune nouvelle de ce mouvement: c'est donc à Dufour de l'expliquer.]

[46: Andujar, Baylen et la Caroline sont distans entre eux d'une marche ordinaire de troupes.]

[47: On prétend qu'on les employa à la garde de caissons contenant des objets particuliers qui étaient la propriété de quelques généraux.]

[48: Vedel avait pris, au contraire, le régiment espagnol de Jaen: à la vérité, il avait reçu ordre de le rendre.]

[49: M. de Villoutray était écuyer de l'empereur; il avait témoigné le désir de servir militairement, et on l'avait envoyé en Espagne.]

[50: J'ai dit plus haut qu'après la bataille d'Eylau, l'empereur avait réclamé le secours d'un corps d'armée espagnol qui devait être mis à sa disposition par suite d'une stipulation antérieure avec Charles IV. Ce corps, après avoir traversé la France pour venir jusque sur l'Elbe, se trouvait dans les environs de Hambourg, lorsque les Anglais vinrent attaquer Copenhague et prendre la flotte danoise. Il fit partie des premières troupes que l'empereur fit marcher, sous le maréchal Bernadotte, au secours des Danois, et il était encore dans ces parages lorsque la révolution d Espagne commença. L'empereur, voyant la tournure qu'elle prenait, manda au maréchal Bernadotte de prendre garde que les Anglais n'embarquassent à l'improviste ce corps espagnol, commandé par le marquis de la Romana. Bernadotte répondit qu'il était en mesure, et qu'il garantissait les sentimens du marquis de la Romana. Cependant, huit jours après, il fut obligé de rendre compte que les Anglais étaient venus sur la côte et avaient embarqué le marquis de la Romana avec sept mille hommes de son corps d'armée, dont nous apprîmes bientôt après l'arrivée à la Corogne.

Le reste devait être embarqué peu de jours après; mais on prit des mesures pour l'empêcher.]

[51: J'ai su depuis le motif pour lequel M. Villoutray s'était fait escorter par une garde espagnole, et pourquoi il revenait à petites journées: c'est parce qu'il voyageait dans une calèche à lui, conduite par ses propres chevaux, et sa calèche était chargée d'objets non soumis à la visite. Ce sont les seuls qui aient été sauvés de tout le corps d'armée.]

[52: On a vu, plus haut, que le général Junot avait dissous l'armée portugaise; l'empereur lui ordonna, depuis, de la réorganiser et de l'envoyer à Bayonne. Il en déserta une bonne moitié en chemin, et l'on forma du reste six beaux bataillons et un régiment de chasseurs à cheval; ils servirent avec l'armée française de manière à mériter sa confiance et son estime.]

[53: Nous étions capitaines ensemble à l'armée du Rhin, et fûmes tous deux promus au grade de chef de bataillon à la même affaire, le second passage du Rhin, de vive force, où je commandai les troupes du premier débarquement qui prirent pied à la rive droite; depuis, Foy a suivi la fortune de Moreau, et moi celle de l'empereur.]

[54: Il avait d'abord fait partir pour Naples le grand-duc de Berg, et, à son retour d'Erfurth, il fit partir la grande-duchesse, qui était restée de quelques semaines en arrière.]

[55: «Monsieur mon frère,

«Mon ambassadeur à Paris m'apprend que V. M. L. se rend à Erfurth, où elle se rencontrera avec l'empereur Alexandre. Je saisis avec empressement l'occasion qui la rapproche de ma frontière, pour lui renouveler le témoignage de l'amitié et de la haute estime que je lui ai vouée, et j'envoie auprès d'elle mon lieutenant-général le baron de Vincent, pour vous porter, monsieur mon frère, l'assurance de ces sentimens invariables. Je me flatte que V. M. n'a jamais cessé d'en être convaincue, et que si de fausses représentations qu'on avait répandues sur les institutions intérieures organiques que j'ai établies dans ma monarchie lui ont laissé, pendant un moment, des doutes sur la persévérance de mes intentions, les explications que le comte de Metternich a présentées à ce sujet à son ministre les auront entièrement dissipées. Le baron de Vincent se trouve à même de confirmer à V. M. ces détails et d'y ajouter tous les éclaircissemens qu'elle pourra désirer. Je la prie de lui accorder la même bienveillance avec laquelle elle a bien voulu le recevoir à Paris et à Varsovie. Les nouvelles marques qu'elle lui en donnera me seront un gage non équivoque de l'entière réciprocité de ses sentimens, et elles mettront le sceau à cette entière confiance qui ne laissera rien à ajouter à la satisfaction mutuelle.

«Veuillez agréer l'assurance de l'inaltérable attachement et de la considération avec laquelle je suis, monsieur mon frère,

«De V. M. I. et R. le bon frère et ami.

«FRANÇOIS.»

Presbourg, le 18 septembre 1808.]