Memoires Du Duc De Rovigo Pour Servir A L Histoire De L Empereu
Chapter 24
«Au premier mouvement offensif que l'ennemi ferait sur Ostrolenka, le corps d'observation se jetterait sur la rive droite de la Narew et derrière l'Omulew, et s'il était forcé dans cette position, il se retirerait derrière la petite rivière d'Orezyc. Dans cette circonstance, vous manoeuvreriez de manière à soutenir vos postes de l'Orezyc, puisque vos postes sur cette rivière couvriraient la communication de l'armée; mais enfin, si les forces de l'ennemi étaient considérables, et que vous crussiez devoir avec avantage le combattre à Pultusk, vous repasseriez la Narew en gardant en force Siérock, dont les fortifications doivent déjà avoir acquis un caractère de force imposant.
«Telle est votre instruction générale: vos opérations ne doivent jamais être liées à celles de la grande armée; votre rôle est de défendre Varsovie en défendant, autant que possible, Siérock et la Narew, et si vous étiez forcé dans ces positions, vous défendriez Praga et la Vistule. Vous sentez assez, général, que ceci n'est que dans le cas où l'ennemi tenterait une grande opération sur vous, ce qui n'est pas probable, car la position qu'une partie de la grande armée occupe à Osterode et à Guttstadt lui en imposerait trop.
«Si l'ennemi, de son côté, se tient en observation, vous devez, comme je vous l'ai dit, agir de manière à le tenir éloigné de nos communications, et garder par un corps d'observation de cavalerie, d'infanterie et d'artillerie, Ostrolenka et l'Omulew. Un seul régiment que le maréchal Davout a laissé avec le général Grandeau à Mysziniec, en a tellement imposé à l'ennemi, qu'il a maintenu les communications pendant quinze jours, et cependant ce régiment se trouvait éloigné de vingt lieues, et n'avait aucune ligne pour le couvrir.
«L'empereur, général, désire que vous cantonniez vos troupes, afin qu'elles se reposent des fatigues qu'elles ont éprouvées. Vous pouvez même les étendre jusqu'à Praznitz, où il y a une manutention; il y en a aussi à Makow. La petite ville de Pultusk, Nasielzk et tous les pays environnans sont à votre disposition. Vous pouvez donc en tirer ce qui est nécessaire pour bien faire vivre votre armée, etc.
«Une division de dix mille Bavarois est en marche pour se rendre de la Silésie à Varsovie; elle sera réunie à votre corps d'armée et concourra au même but. L'empereur regarderait comme une chose nécessaire que vous pussiez occuper Wiskowo. La légion polonaise qui se réunit à Varsovie pourrait être chargée d'occuper ce point.
«Vous voyez, général, par le système d'opérations qui vous est prescrit, que vous ne devez avoir aucun embarras d'équipages, bagages, etc., même à Pultusk. Il suffit que vous y ayez seulement en magasin des farines, du pain et de l'eau-de-vie pour votre corps d'armée pendant quinze jours. Occupez vous essentiellement de l'administration, afin que votre armée soit bien nourrie; faites reposer la division de dragons du général Becker; enfin ayez de bons espions; tendez quelques embuscades, et ordonnez quelques surprises, afin de faire quelques prisonniers; par là vous obtiendrez des nouvelles. Écrivez-moi tous les jours, et envoyez-moi l'état de vos cantonnemens.
«Je crois devoir vous observer, général, qu'en vous disant que vos opérations n'ont rien de commun avec la grande armée cela n'a rapport qu'aux grandes opérations militaires; car vous devez toujours avoir l'oeil et porter un grand soin pour couvrir les communications de Varsovie à Osterode, et, par conséquent, vous devez correspondre avec le général Davout, qui aura des postes à Neidenburg. Vous voyez que cette instruction se divise en deux: en grande opération de guerre, en cas que l'ennemi prenne l'offensive, et en opération ordinaire pour rester en observation, et couvrir les communications de Varsovie.
«Dans la première supposition, vous agissez seul;
«Dans la seconde il faut que vous ayez soin de couvrir les communications de Varsovie.
«Vous trouverez ci-jointe la route de l'armée, qui se trouve défendue par l'Omulew et la Wkra.» ]
[6: _Monsieur Decrès,_
«En lisant avec attention l'état de la marine du 1er avril, je vois avec satisfaction le bon état de mon escadre de Cadix. Je vois avec peine qu'à Toulon vous n'ayez pas encore fait armer _le Robuste_ et _le Commerce de Paris_. Je voudrais savoir ces deux vaisseaux en rade, ce qui me ferait cinq vaisseaux avec _l'Annibal_, _le Génevois_ et _le Borée_.
«Le grand-seigneur me demande à force d'envoyer cinq vaisseaux devant Constantinople, pour, avec son escadre, faire des incursions dans la mer Noire. Il a, lui, quinze vaisseaux armés: faites donc sans retard, je vous prie, mettre ces deux vaisseaux en rade; faites aussi commencer _l'Ulm_ et _le Danube_; faites achever _le Donawerth_ et _le Superbe_ à Gênes. Si _le Donawerth_ pouvait être fini, cela me donnerait six vaisseaux de mon escadre de Toulon, six de celle de Cadix, cela me ferait douze vaisseaux. Faites donc finir à Rochefort _le Tonnant_, afin que j'aie là bientôt sept vaisseaux; faites finir à Lorient _l'Alcide_, afin qu'avec _le Vétéran_ cela me fasse trois vaisseaux. Il faut que les sept vaisseaux que j'ai à Brest soient mis en état de faire toute espèce d'entreprises, même d'aller aux Indes. Je désire donc qu'au mois de septembre je puisse disposer et faire partir, dans vingt-quatre heures, pour les missions les plus éloignées, sept vaisseaux de Brest, trois de Lorient, sept de Rochefort: total de l'Océan, dix-sept vaisseaux; six de Cadix, compris _l'Espagnol_, six de Toulon: total de la Méditerranée, douze. Total général, vingt-neuf vaisseaux. Le roi de Hollande aura également sept vaisseaux propres à toute expédition; mais, pour arriver à ce but, il n'y a pas un moment à perdre, puisque nous voilà déjà en mai. Vous n'avez donc plus que quatre ou cinq mois. Ces vingt-neuf vaisseaux ne me seront pas inutiles pour la guerre dans laquelle je suis engagé. Je vous prie de faire des recherches, et de me faire une note sur une expédition en Perse. Quatre mille hommes d'infanterie, dix mille fusils, et une cinquantaine de pièces de canon sont désirés par l'empereur de Perse. Quand pourraient-ils partir et où pourraient-ils débarquer? Ils feraient un point d'appui, donneraient de la vigueur à quatre-vingt mille hommes de cavalerie qu'il a, et obligeraient les Russes à une diversion considérable. Je vous dirai, pour vous seul, que j'envoie en ambassade extraordinaire le général Gardanne, mon aide-de-camp; des officiers d'artillerie et du génie. Un ingénieur de la marine, qui ne serait pas très utile en France, qui verrait les ports, serait d'une grande utilité dans cette ambassade.
«J'ai vu avec plaisir le bon état de la petite division qui est à Bordeaux. Ces quatre frégates paraissent être bonnes à toute espèce de missions. La frégate qui est au port du Passage y restera-t-elle donc perpétuellement? Quand les deux frégates qui sont au Havre iront-elles à Cherbourg? Nous aurions là une division qui serait prête à tout. La division qui est à Saint-Malo est-elle prête à tout? Cela nous ferait dix frégates disponibles. Il y a deux ans nous avions fait partir plusieurs frégates une à une pour nos îles. Ce serait-il le cas cette année? Vous pouvez, à ce que je vois, augmenter la division de Saint-Malo de _l'Avranches_. Je n'ai pas vu dans tous ces états de situation _la Thétis_, qui revient de la Martinique. Il faudrait bien cependant, si cela était possible, envoyer quelque chose à Saint-Domingue, et à la Martinique quelque brick ou bâtimens légers.
«Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
«_Signé_, NAPOLÉON.»
Finkenstein, 22 avril 1807. ]
[7: Le maréchal Lannes, après s'être rétabli à Varsovie, était venu rejoindre l'empereur, et il avait pris le commandement d'un corps formé avec des troupes qui venaient du siége de Dantzick et avec les grenadiers réunis.]
[8: Quand on connaît l'accoutrement du soldat russe, on ne peut en être étonné.]
[9: La garde russe, à cette époque-là, était composée
du régiment Fréologinski fort de 4 bataillons. du régiment Semonwski 2 du régiment Ismullowski 2 d'un bataillon de chasseurs 1 des grenadiers du corps 2
Total 11 bataillons.
Les régimens Semonwski, Ismullowski et les grenadiers du corps furent engagés à Friedland et souffrirent aussi; de sorte qu'il n'y avait que 5 bataillons qui fussent réellement intacts, chaque bataillon russe n'a pas plus de 500 hommes.
Il y avait en cavalerie:
Les cosaques du corps 100 hommes. La garde à cheval, 5 escadrons 500 Les chevaliers-gardes, 5 escadrons 500 Les hussards du corps 500 Le régiment des hussards, du grand-duc, 10 escadrons 1000
Total 2600 hommes.
C'était cette troupe qui formait les 22 escadrons qui couvrirent la retraite des Russes, après la bataille de Friedland.]
[10: Il est appelé en Russie Labanow Rostoski.]
[11: L'attention alla jusqu'à des cuisiniers, domestiques et autres détails de ce genre.]
[12: On trouve dans toutes les maisons grecques un peu aisées, les portraits des membres de la famille impériale russe, et de tous les généraux des armées de ce même pays.]
[13: Avec lui il faut comprendre les Arméniens et les Juifs; dans l'empire ottoman d'Europe, ces trois classes réunies égalent celle des Turcs.]
[14: Le lecteur ne doit pas oublier que ces Mémoires étaient écrits avant la mort de l'empereur Alexandre.]
[15: Lorsque l'on verra les Russes maîtres de Byzance, on se rappellera les prédictions de l'empereur Napoléon, et l'on s'expliquera mieux pourquoi il fit la guerre à la Russie, après qu'elle se fut elle-même détachée de son alliance; pourquoi il s'était allié à l'Autriche; pourquoi il avait fait entrer l'Espagne dans son système, et enfin de quelle importance était l'occupation de l'Égypte à laquelle il pouvait toujours atteindre ayant Ancône et Corfou.
Lorsque ce moment arrivera, que dira le commerce maritime de France et que deviendra-t-il? n'ayant point de colonies, il rencontrera partout la concurrence des étrangers, et il se trouvera grevé de plusieurs droits de douane à leur profit, avant de rapporter dans la métropole des denrées de retour, qui y seront apportées de tout côté à meilleur compte.
Il sera bien temps alors de reconnaître l'erreur dans laquelle on est tombé; on paiera cher l'égarement où l'on s'est laissé entraîner en 1814.]
[16: L'empereur ayant su que la reine de Prusse venait le voir (elle le lui avait fait demander), envoya ses voitures, ses chevaux, ses écuyers et ses gardes pour l'accompagner, la conduire jusqu'à Tilsit et ensuite la ramener chez elle.]
[17: L'empereur rendit la liberté aux paysans et abolit le servage dans le duché de Varsovie; ce bienfait, qui s'étendra sans doute aux autres parties de la Pologne, date de l'entrée de l'empereur dans ce pays.]
[18: Je tiens d'un témoin qu'à Tilsit même, M. de Nowosilsow, employé à la chancellerie russe, et fort attaché à l'empereur Alexandre, avait dit à ce prince: «Sire, je dois vous rappeler le sort de votre père»; et que l'empereur lui avait répondu: «Eh mon Dieu! je le sais, je le vois, mais que voulez-vous que je fasse contre la destinée qui m'y conduit?» En Russie les nobles sont-ils donc comme les janissaires à Constantinople, faut-il leur plaire ou mourir?]
[19: _État des contributions de divers genres imposées aux pays conquis dans la campagne._
Recouvrées au 31 octobre 1808.
Contribution extraordinaire de guerre... 311,661,982 f. 75 c. Impositions ordinaires.................. 76,676,960 66 Saisies des caisses..................... 16,171,587 62 Ventes.................................. 66,842,119 50
Total..... 471,352,650 f. 53 c.
À recouvrer.
_Royaume de Westphalie._ Contributions de guerre................. 7,065,437 f. 63 c. Impositions ordinaires.................. 6,917,692 61
_Dantzick._ Contributions de guerre................. 1,229,643 14 Intérêts des obligations................ 2,446,369 16 Comté de Hanau.......................... 2,428 58
_Bayreuth._ Contributions de guerre................. 1,628 53 Pour les domaines suivant le traité du 15 octobre............... 15,000,000 00 Les fournitures pour l'armée............................... 2,000,000 00 Poméranie suédoise, contributions de guerre............... 1,728,559 97 Villes anséatiques, _ibid_......... 3,000,000 00
39,391,759 f. 62 c.
Total général..... 510,744,410 f. 15 c.
_Report_..... 510,744,410 f. 15 c.
Aperçu estimatif de la valeur des fournitures prises sur l'ennemi ou faites par le pays et non imputées sur les contributions Subsistances........................... 55,333,926 f. 44 c. Hôpitaux............................... 18,177,957 50 Habillemens............................ 7,636,950 43 Chevaux................................ 6,840,920 00
_Artillerie._ 3,000 pièces d'arbres à 75 fr. 225,000 fr. des dépôts des mines, 812,706 fr. 8 c...................... 1,037,706 08 Bois de chauffage, à Berlin............ 1,373,935 49 Porcelaine............................. 65,860 00 Métaux trouvés à la monnaie............ 16,256 00
90,483,511 f. 94 c.
Total général..... 601,227,922 f. 09 c. ]
[20: J'avais été informé que, très peu de jours auparavant, elle avait dit dans son intérieur: «Je m'attends à apprendre un de ces jours que ce petit Jérôme sera mon neveu»; et si on avait voulu en faire une mauvaise plaisanterie, cela ne serait pas arrivé plus à propos.]
[21: Je sens que ces détails sont hardis; mais ils se débitaient publiquement à Saint-Pétersbourg, encore pendant mon séjour; je les rapporte tels qu'ils m'ont été donnés, comme je l'ai dit: je dois ajouter que j'ai lu à la même époque, dans ce pays, des détails non moins graves sur l'empereur Napoléon, et ils étaient faux.]
[22: Un gentilhomme digne de foi m'a rapporté que les conjurés avaient envoyé sur-le-champ chercher le docteur W..., premier chirurgien actuel de l'empereur de Russie, et lui avaient ordonné d'arranger cette plaie et de tâcher de donner au visage un air d'apoplexie; que W... s'était ensuite rendu chez le grand-duc, et lui avait dit que tout était fini. «A-t-il abdiqué? demanda le grand-duc.--Il n'a pas voulu, répondit W..., et il est mort.» La vérité se montra alors au grand-duc, mais il était lui-même sous les poignards et il feignit de ne se douter de rien.]
[23: Meurtriers de l'empereur Paul.]
[24: Il est bon de remarquer que pendant mon séjour en Russie, j'avais contracté des liaisons avec l'ambassadeur de Naples, le duc de Serra-Capriola, qui était inconsolable du malheur arrivé à ses maîtres, et qui chaque fois que nous conversions ensemble me priait ou de ne pas les lui nommer, ou de le faire toujours d'une manière à ménager sa douleur: je voulais savoir de lui comment sa cour avait pu se décider à se jeter dans la coalition de 1805, où elle n'avait rien à gagner, et où elle pouvait tout perdre; il me répondit nettement que ce n'était pas sa cour qui s'y était jetée, qu'on l'y avait forcée; qu'il avait eu beau la défendre ici; qu'il n'y avait rien gagné, et qu'en un mot, c'était de Saint-Pétersbourg qu'ils avaient reçu l'ordre d'ouvrir leurs ports et de marcher, m'observant qu'ils en recevaient une bien triste récompense.
L'ambassadeur d'Autriche, qui était M. le comte de Meerfeld, me disait à peu près les mêmes choses à la même occasion; nous causions souvent de guerre, et je lui demandais où ils avaient pu trouver un motif à celle de 1805; eux surtout, les Autrichiens, qui étaient si épuisés des guerres précédentes. Il me répondit que ce n'étaient pas eux qui y avaient pensé; qu'ils s'en étaient au contraire défendus tant qu'ils avaient pu, et que ce n'était que par suite des instigations de la Russie qu'ils s'étaient enfin rendus, en ajoutant malicieusement: «Vous verrez, vous verrez, dans quelques mois.»]
[25: M. de Laval est un émigré français qui a épousé une dame russe.]
[26: Je rapporte les propres expressions dans lesquelles il me l'a raconté lui-même, dans ces derniers temps, en mai ou juin 1815, à l'Élysée, à Paris.]
[27: «Après avoir inutilement fait tous mes efforts pour conserver la neutralité, à l'avantage de nos vassaux chéris et fidèles; après avoir fait, pour obtenir ce but, le sacrifice de tous mes trésors, m'être même porté, au grand préjudice de mes sujets, à fermer mes ports à mon ancien et loyal allié le roi de la Grande-Bretagne, je vois s'avancer vers l'intérieur de mes États les troupes de S. M. l'empereur des Français. Son territoire ne m'étant pas contigu, je croyais être à l'abri de toute attaque de sa part; ces troupes se dirigent sur ma capitale. Considérant l'inutilité d'une défense, et voulant éviter une effusion de sang sans probabilité d'aucun résultat utile, et présumant que mes fidèles vassaux souffriront moins dans ces circonstances si je m'absente de ce royaume, je me suis déterminé, pour leur avantage, à passer avec la reine et toute ma famille dans mes États d'Amérique, et à m'établir dans la ville de Rio-Janeiro jusqu'à la paix générale. Considérant qu'il est de mon devoir, comme de l'intérêt de mes sujets, de laisser à ce pays un gouvernement qui veille à leur bien-être, j'ai nommé, tant que durera mon absence... (ici est détaillée la composition du gouvernement).
D'après la confiance que j'ai en eux tous, et à la longue expérience qu'ils ont des affaires, je tiens pour certain qu'ils rempliront leurs devoirs avec exactitude; qu'ils administreront la justice avec impartialité; qu'ils distribueront les récompenses et les châtimens suivant les mérites de chacun; que mes peuples seront gouvernés d'une manière qui décharge ma conscience.
«Les gouverneurs le tiendront pour dit; ils se conformeront au présent décret, ainsi qu'aux instructions qui y sont jointes, et les communiqueront aux autorités compétentes.
«Donné au palais de Notre-Dame d'Aduja, le 26 novembre 1807.
«LE PRINCE.»
_Instructions._
«Les gouverneurs du royaume nommés par mon décret de ce jour, prêteront le serment d'usage entre les mains du cardinal-patriarche.
«Ils maintiendront la rigoureuse observance des lois du royaume.
«Ils conserveront aux nationaux tous les priviléges qui leur ont été accordés par moi et par mes ancêtres.
«Ils décideront à la pluralité des voix les questions qui leur seront soumises par les tribunaux respectifs.
«Ils pourvoieront aux emplois d'administration et de finances, aux offices de justice, dans la forme pratiquée jusqu'à ce jour.
«Ils défendront les personnes et les biens de mes fidèles sujets.
«Ils feront choix pour les emplois militaires de personnes dont ils connaîtront les bons services.
«Ils auront soin de conserver, autant que possible, la paix dans le pays; que les troupes de l'empereur des Français aient de bons logemens; qu'elles soient pourvues de tout ce qui leur sera nécessaire pendant leur séjour dans ce royaume; qu'il ne leur soit fait aucune insulte, et ce, sous les peines les plus rigoureuses, conservant toujours la bonne harmonie qui doit exister entre nous et les armées des nations avec lesquelles nous nous trouvons unis sur le continent.
«En cas de vacance par mort ou autrement d'une des charges de gouverneur du royaume, il sera pourvu au remplacement à la pluralité des voix; je me confie en leurs sentimens d'honneur et de vertu. J'espère que mes peuples ne souffriront pas de mon absence, et que, revenant bientôt parmi eux avec la permission de Dieu, je les trouverai contens, satisfaits et animés du même esprit qui les rend si dignes de mes soins paternels.
«LE PRINCE.»
«Donné au palais de Notre-Dame d'Aduja, le 26 novembre 1807.»]
[28: _Lettre de Charles IV à l'empereur Napoléon._
«Monsieur mon frère,
«Dans le moment où je ne m'occupais que des moyens de coopérer à la destruction de notre ennemi commun, quand je croyais que tous les complots de la ci-devant reine de Naples avaient été ensevelis avec sa fille, je vois avec une horreur qui me fait frémir, que l'esprit d'intrigue la plus horrible a pénétré jusque dans le sein de mon palais; hélas! mon coeur saigne en faisant le récit d'un attentat si affreux! mon fils aîné, l'héritier présomptif de mon trône, avait formé le complot horrible de me détrôner; il s'était porté jusqu'à l'excès d'attenter contre la vie de sa mère. Un attentat si affreux doit être puni avec la rigueur la plus exemplaire des lois. _La loi qui l'appelait à la succession doit être révoquée; un de ses frères sera plus digne de le remplacer et dans mon coeur et sur le trône_. Je suis dans ce moment à la recherche de ses complices, pour approfondir ce plan de la plus noire scélératesse, et je ne veux pas perdre un seul moment pour en instruire V. M. I. et R., en la priant de m'aider de ses lumières et de ses conseils.
«Sur quoi je prie, etc.
«CHARLES.
«À Saint-Laurent, ce 29 novembre 1807.» ]
[29: Le maréchal de Turenne est né à Sedan, et c'est lui qui a fondé l'hôpital militaire de cette ville.]
[30: _Voyez_ ci-dessus la lettre de Charles IV, note 28.]
[31: _Lettre de la reine d'Espagne au grand-duc_ (écrite en français).
«Monsieur mon frère,
«Je n'ai aucun ami, sinon V.A.I.; mon cher mari vous écrit, vous demande votre amitié: seulement en vous et en votre amitié, nous nous confions mon mari et moi. Nous nous unissons pour vous demander que vous nous donniez la preuve la plus forte de votre amitié pour nous, qui est de faire que l'empereur connaisse notre sincère amitié, de même que nous avons toujours eue pour lui et pour vous, de même que pour les Français. Le pauvre prince de la Paix, qui se trouve emprisonné et blessé pour être notre ami, et qui vous est dévoué, de même qu'à toute la France, se trouve ici pour cela, et pour avoir désiré vos troupes, de même parce qu'il est notre unique ami. Il désirait et voulait aller voir V.A.I., et actuellement il ne cesse de le désirer et l'espérer. V.A.I., obtenez-nous que nous puissions finir nos jours tranquilles dans un endroit convenable à la santé du roi, qui est délicate, de même que la mienne, avec notre ami, unique ami, l'ami de V.A.I., le pauvre prince de la Paix, pour finir nos jours tranquillement. Ma fille sera mon interprète, si je n'ai pas la satisfaction de pouvoir connaître et parler à V.A.I.; pourrait-elle faire tous ses efforts pour nous voir? quoique ce fût un instant de nuit, comme elle voudrait.
«L'adjudant-commandant de V.A.I. vous dira tout ce que nous lui avons dit. J'espère que V.A.I. nous obtiendra ce que nous désirons et demandons, et que V.A.I. pardonne nos griffonnages et oubli de lui donner de l'altesse, car je ne sais où je suis, et croyez que ce n'est pas pour lui manquer; l'assurance de toute mon amitié.
«Je prie Dieu, etc.
«Votre très affectionnée,
«LOUISE.» ]
[32: Mémoire publié au commencement de 1809.]
[33: Dernière ville d'Espagne du côté de Bayonne.]
[34: Dernière ville de France.]
[35: M. de Cevallos, dans son Mémoire, présente à ses lecteurs, comme le motif qui a déterminé le roi à aller à Bayonne, la réponse qui termine ici mon dialogue avec lui. Il la présente même d'une manière qui prêterait à rire plutôt qu'elle ne paraîtrait un motif suffisant pour avoir autorisé le départ du roi.