Mémoires du Baron de Bonnefoux, Capitaine de vaisseau, 1782-1855
Part 43
SOMMAIRE: La division met à la voile. -- L'amiral donne rendez-vous à _la Belle-Poule_ dans le sud-est de Ceylan. -- Rencontre, sur la côte de Malabar, d'un navire de construction anglaise monté par des Arabes. -- Odalisques et cachemires de l'Inde. -- Chasse appuyée par la frégate à la corvette anglaise _le Victor_. -- Émouvante lutte de vitesse. -- La corvette nous échappe. -- _La Belle-Poule_ prend connaissance de Ceylan. -- Trente jours employés à louvoyer au sud-est de l'île. -- Une montre marine qui se dérange. -- Graves conséquences de l'accident. -- La division passe sans nous voir. -- La batterie de _la Belle-Poule_, les jours de beau temps. -- Puget et moi. -- Observations astronomiques. -- Cercles et sextants. -- Sur la côte de Coromandel. -- Prise du bâtiment de commerce anglais, _la Perle_. -- M. Bruillac m'en offre le commandement. -- Je refuse. -- Retour vers l'Île-de-France. -- Le blocus de l'île. -- La frégate se dirige vers le Grand-Port ou port du sud-est. -- Plan du commandant Bruillac. -- La distance de Rodrigue à l'Île-de-France. -- Le service que nous rend la lune. -- Les frégates anglaises. -- Le Grand-Port. -- Arrivée de la division deux jours après nous. -- _L'Upton-Castle_, _la Princesse-Charlotte_, _le Barnabé_, _le Hope_. -- Combat, près de Vizagapatam, contre le vaisseau anglais _le Centurion_. -- _L'Atalante_ se couvre de gloire. -- _Le Centurion_ se laisse aller à la côte. -- Impossibilité de l'amariner à cause de la barre. -- Importance stratégique de l'Île-de-France. -- Les Anglais lèvent le blocus. -- La division appareille pour se rendre au port nord-ouest. -- Curieuse histoire du _Marengo_. -- La roche encastrée dans son bordage. -- Le Trou Fanfaron. -- _Le Marengo_ reste à l'Île-de-France. -- _La Psyché_ va croiser. -- L'amiral expédie _la Sémillante_ aux Philippines pour annoncer la déclaration de guerre faite par l'Angleterre à l'Espagne. -- Nouvelles de France. -- Proclamation de l'Empire. -- Projet de descente en Angleterre. -- Le chef-lieu de la préfecture maritime du 1er arrondissement est transporté à Boulogne. -- M. de Bonnefoux est nommé préfet maritime du 1er arrondissement et chargé de construire, d'armer et d'équiper la flottille. -- Il assiste à la première distribution des croix de la Légion d'honneur et reçoit, lui-même, des mains de l'empereur, celle d'officier. -- Une lettre de lui. -- _La Belle-Poule_ et _l'Atalante_ quittent l'Île-de-France au commencement de 1805. -- M. Bruillac, commandant en chef. -- Croisière de soixante-quinze jours. -- Calmes presque continus. -- Rencontre, près de Colombo, de trois beaux bâtiments, que nous chassons et approchons à trois ou quatre portées de canon. -- M. Bruillac les prend pour des vaisseaux de guerre. -- Il m'envoie dans la grand'hune pour les observer. -- Je descends en exprimant la conviction que ce sont des vaisseaux de la Compagnie des Indes. -- Le commandant cesse cependant les poursuites. -- Nouvelles apportées plus tard par les journaux de l'Inde. -- Le golfe de l'Inde. -- Notre présence est signalée par des barques de cabotage. -- L'une d'elles, que nous capturons, nous apprend le combat de _la Psyché_ et de la frégate anglaise de premier rang, _le San-Fiorenzo_. -- Récit du combat. -- Valeur du commandant Bergeret, de ses officiers et de ses matelots. -- Sa présence d'esprit. -- Capitulation honorable. -- Tous les officiers tués, sauf Bergeret et Hugon. -- _La Belle-Poule_ et _l'Atalante_ quittent les côtes du Bengale, et visitent celles du Pegou. -- Capture de _la Fortune_ et de _l'Héroïne_. -- Un aspirant de _la Belle-Poule_, Rozier, est appelé au commandement de _l'Héroïne_. -- On lui donne pour second Lozach, autre aspirant de notre bord. -- Belle conduite de Rozier et de Lozach. -- Rencontre par _l'Héroïne_ d'un vaisseau anglais de 74 canons entre Achem et les îles Andaman. -- Rozier accueilli avec enthousiasme à l'Île-de-France. -- Paroles que lui adresse Vincent. -- Retour de _la Belle-Poule_ et de _l'Atalante_ à l'Île-de-France. -- Observations astronomiques faites par Puget et par moi devant Rodrigue. -- Elles confirment nos doutes sur la situation exacte de cette île. -- Sur notre rapport, un hydrographe est envoyé à Rodrigue par la colonie. -- Les résultats qu'il obtient sont conformes aux nôtres. -- Quarante-cinq navires de commerce ennemis capturés par nos corsaires, malgré les treize vaisseaux de ligne, les quinze frégates et les corvettes qu'entretenaient les Anglais dans l'Inde. -- Séjour prolongé à l'Île-de-France. -- Les colons. -- M. de Bruix, les Pamplemousses, le Jardin Botanique. -- MM. Céré, père et fils. -- Paul et Virginie. -- La crevasse de Bernardin de Saint-Pierre. -- Bruits de mésintelligence entre le général Decaen et l'amiral Linois. -- Projets attribués à l'amiral. -- _La Sémillante_ bloquée à Manille. -- _L'Atalante_ reste au port nord-ouest pour quelques réparations. -- Le cap de Bonne-Espérance lui est assigné comme lieu de rendez-vous. -- Les bavardages de la colonie sur l'affaire des trois navires de Colombo. -- M. Bruillac me met aux arrêts. -- Il vient me faire des reproches dans ma chambre.
CHAPITRE VIII 155
SOMMAIRE: Préparatifs de départ de l'Île-de-France. -- Arrivée à bord de Céré fils engagé comme simple soldat. -- Son enthousiasme patriotique et ses sentiments de discipline. -- Au moment de l'appareillage de _la Belle-Poule_, tentative de mutinerie d'une partie de l'équipage. -- Admirable conduite de M. Bruillac. Ses officiers l'entourent. L'ordre se rétablit. -- Paroles que m'adresse le commandant en reprenant son porte-voix pour continuer l'appareillage. -- _Le Marengo_ et _la Belle-Poule_ se dirigent vers les Seychelles. -- Mouillage à Mahé. -- Mahé de la Bourdonnais et Dupleix. -- But de notre visite aux Seychelles. -- M. de Quincy. -- Un gouverneur qui tenait encore sa commission de Louis XVI. -- Un homme de l'ancienne cour. -- Chasse de chauve-souris à la petite île Sainte-Anne. -- Danger que mes camarades et moi nous courons. -- Le «chagrin». -- Les caïmans. -- De Mahé, la division se rend aux îles d'Anjouan. -- Croisière à l'entrée de la mer Rouge. -- Croisière sur la côte de Malabar, devant Bombay. -- Aucune rencontre. -- Dommage causé indirectement au commerce anglais. -- Pendant mon quart, _la Belle-Poule_ est sur le point d'aborder _le Marengo_. -- L'équipage me seconde d'une façon admirable et j'en suis profondément touché. -- L'abordage est évité. -- Réflexions sur le don du commandement. -- Mes diverses fonctions à bord, officier de manoeuvre du commandant, chargé de l'instruction des aspirants, des observations astronomiques, des signaux. -- M. Bruillac m'avait proposé de me décharger de mon quart et de le confier à un aspirant. J'avais refusé. Pendant toute la durée de la campagne, je ne manquai pas un seul quart. -- Visite des abords des îles Laquedives et des îles Maldives. -- En approchant de Trinquemalé, rencontre de deux beaux vaisseaux de la Compagnie des Indes. -- Manoeuvre du commandant Bruillac contrariée par l'amiral. -- Un des vaisseaux se jette à la côte et nous échappe. -- À la suite d'une volée que lui envoie, de très loin, _la Belle-Poule_, l'autre se rend. -- C'était _le Brunswick_, que l'amiral expédie en lui donnant pour premier rendez-vous la baie de Fort-Dauphin (île de Madagascar) et False-bay pour le second. -- Continuation de la croisière à l'entrée de la mer de l'Inde. -- Après avoir traversé cette mer dans le voisinage des îles Andaman, la division se dirige vers la Nouvelle-Hollande, et aux environs du Tropique, elle remet le cap vers l'ouest. Nous nous trouvons alors, par un temps de brume, à portée de canon de onze bâtiments anglais, que l'on prend pour onze vaisseaux de la Compagnie. -- L'amiral attaque avec résolution. -- Ces bâtiments portaient trois mille hommes de troupes, qui font un feu de mousqueterie parfaitement nourri. -- Les voiles de _la Belle-Poule_ sont criblées de projectiles. -- M. Bruillac et moi nous avons nos habits et nos chapeaux percés en plusieurs endroits. -- Le vaisseau de 74 canons, _le Blenheim_, qui escortait les dix autres bâtiments, parvient enfin à se dégager. -- Intrépidité et habileté du commandant Bruillac. -- _La Belle-Poule_ canonne _le Blenheim_, pendant une demi-heure, sans être elle-même atteinte. -- Elle lui tue quarante hommes. -- L'amiral qui se trouvait un peu sous le vent, signale au commandant Bruillac de cesser le combat et de le rejoindre. -- La division reprend sa direction vers le Fort-Dauphin. -- En passant près de l'Île-de-France. -- «Elle est pourtant là sous Acharnar.» -- Nous ne trouvons pas _le Brunswick_ à Fort-Dauphin. -- Traversée du canal de Mozambique. -- Changement des moussons. -- La terre des Hottentots.
CHAPITRE IX 169
SOMMAIRE: False-bay et Table-bay. -- Partage de l'année entre les coups de vent du sud-est et les coups de vent du nord-ouest. -- Nous mouillons à False-bay. -- Excellent accueil des Hollandais. -- Nous faisons nos approvisionnements. -- Arrivée du _Brunswick_ avec un coup de vent du sud-est. -- Naufrage du _Brunswick_. -- Croyant la saison des vents du sud-est commencée, nous nous hâtons de nous rendre à Table-bay. -- Arrivée de _l'Atalante_ à Table-bay. -- La division est assaillie par un furieux coup de vent du nord-ouest en retard sur la saison. -- Trois bâtiments des États-Unis d'Amérique, trompés comme nous, vont se perdre à la côte. -- _La Belle-Poule_ brise ses amarres. -- Elle tombe sur _l'Atalante_, qu'elle entraîne. -- Le naufrage paraît inévitable. -- Sang-froid et résignation de M. Bruillac. -- L'ancre à jet de M. Moizeau. -- _La Belle-Poule_ est sauvée. -- _L'Atalante_ échoue sur un lit de sable sans se démolir. -- On la relève plus tard, mais ses avaries n'étant pas réparées au moment de notre départ, nous sommes obligés de la laisser au Cap. -- _Le Marengo_ et _la Belle-Poule_ quittent le cap de Bonne-Espérance, peu avant la fin de l'année 1805. -- Visite de la côte occidentale d'Afrique. -- Saint-Paul de Loanda, Saint-Philippe de Benguela, Cabinde, Doni, l'embouchure du Zaïre ou Congo, Loango. -- Capture de _la Ressource_ et du _Rolla_ expédiés à Table-bay. -- En allant amariner un de ces bâtiments, _la Belle-Poule_ touche sur un banc de sable non marqué sur nos cartes. Elle se sauve; mais ses lignes d'eau sont faussées et sa marche considérablement ralentie. -- Relâche à l'île portugaise du Prince. -- La division se dirige ensuite vers l'île de Sainte-Hélène. -- But de l'amiral. -- Quinze jours sous le vent de Sainte-Hélène. -- À notre grand étonnement, aucun navire anglais ne se montre. -- Apparition d'un navire neutre que nous visitons. -- Fâcheuses nouvelles. -- Prise du cap de Bonne-Espérance par les Anglais. -- _L'Atalante_ brûlée, de Belloy tué, Fleuriau gravement blessé. -- Le gouverneur de Sainte-Hélène averti de notre présence probable dans ses parages. -- Tous les projets de l'amiral Linois bouleversés par ces événements. -- Sa situation très embarrassante. -- Le cap sur Rio-Janeiro. -- La leçon de portugais que me donne M. Le Lièvre. -- Changement de direction. -- En route vers la France. -- Un mois de calme sous la ligne équinoxiale. -- Vents contraires qui nous rejettent vers l'ouest. -- Le vent devient favorable. -- Hésitations de l'amiral. -- Où se fera l'atterrissage? À Brest, à Lorient, à Rochefort, au Ferrol, à Cadix, à Toulon? -- État d'esprit de l'amiral Linois. -- Son désir de se signaler par quelque exploit avant d'arriver en France. -- Le 13 mars 1806, à deux heures du matin, nous nous trouvons tout à coup près de neuf bâtiments. -- M. Bruillac et l'amiral. -- Est-ce un convoi ou une escadre? -- La lunette de nuit de M. Bruillac, les derniers rayons de la lune les trois batteries de canons. Ordre de l'amiral d'attaquer au point du jour. -- Dernière tentative de M. Bruillac. -- Manoeuvre du _Marengo_. -- _La Belle-Poule_ le rallie et se place sur l'avant du vaisseau à trois-ponts ennemi. -- Ce dernier souffre beaucoup; mais, à peine le soleil est-il entièrement levé, que _le Marengo_ a déjà cent hommes hors de combat. -- L'amiral Linois et son chef de pavillon, le commandant Vrignaud, blessés. -- L'amiral reconnaît son erreur. -- Il ordonne de battre en retraite et signale à _la Belle-Poule_ de se sauver; le trois-ponts fortement dégréé; mais deux autres vaisseaux anglais ne tardent pas à rejoindre _le Marengo_, qui est obligé de se rendre à neuf heures du matin. -- L'escadre anglaise composée de sept vaisseaux et de deux frégates. -- La frégate _l'Amazone_ nous poursuit. -- Marche distinguée; néanmoins elle n'eût pas rejoint _la Belle-Poule_ avant son échouage sur la côte occidentale d'Afrique. -- Combat entre _la Belle-Poule_ et _l'Amazone_. -- À dix heures et demie, la mâture de la frégate anglaise est fort endommagée, et elle nous abandonne; mais nous avons de notre côté des avaries. -- Deux vaisseaux ennemis s'approchent de nous, un de chaque côté. -- Deux coups de canon percent notre misaine. -- Gréement en lambeaux, 8 pieds d'eau dans la cale, un canon a éclaté à notre bord et tué beaucoup de monde. -- M. Bruillac descend dans sa chambre pour jeter à la mer la boîte de plomb contenant ses instructions secrètes. -- Il me donne l'ordre de faire amener le pavillon. -- Transmission de l'ordre à l'aspirant chargé de la drisse du pavillon. -- Commandement: «Bas le feu!» -- L'équipage refuse de se rendre. J'envoie prévenir le commandant, qui remonte, radieux, sur le pont. -- Le pavillon emporté par un boulet. -- Le chef de timonerie Couzanet (de Nantes), en prend un autre sur son dos, le porte au bout de la corne et le tient lui-même déployé. -- Autres beaux faits d'armes de l'aspirant Lozach, du canonnier Lemeur, du matelot Rouallec et d'un grand nombre d'autres. -- Le vaisseau anglais de gauche, _le Ramilies_, s'approche à portée de voix sans tirer. -- Son commandant, le commodore Pickmore, se montre seul et nous parle avec son porte-voix. «Au nom de l'humanité.» -- M. Bruillac, s'avance sous le pavillon et ordonne à Couzanet de le jeter à la mer. -- _La Belle-Poule_ se rend au _Ramilies_. -- L'escadre du vice-amiral Sir John Borlase Warren. -- Prisonniers. -- Rigueur de l'empereur pour les prisonniers. -- Mon frère sain et sauf. -- La grand'chambre de _la Belle-Poule_ après le combat.
CHAPITRE X 185
SOMMAIRE: Le commandant Parker, à bord de _la Belle-Poule_. -- Un commandant de vingt-huit ans. -- Belle attitude de Delaporte. -- Avec mon frère, Puget et Desbordes, je passe sur le vaisseau _le Courageux_ commandé par M. Bissett. -- Le lieutenant de vaisseau Heritage, commandant en second. -- Le lieutenant de vaisseau Napier, arrière-petit-fils de l'inventeur des Logarithmes. -- Ses sorties inconvenantes contre l'empereur. -- Je quitte la table de l'état-major, et j'exprime à M. Heritage mon dessein de manger désormais dans ma chambre et de m'y contenter, s'il le faut, de la ration de matelot. -- Intervention de M. Bissett. -- Il me fait donner satisfaction. -- Je reviens à la table de l'état-major. -- La croisière de l'escadre anglaise. -- Armement des navires anglais. -- Coup de vent. -- Avaries considérables qui auraient pu être évitées. -- Communications de l'escadre avec le vaisseau anglais, _le Superbe_, revenant des Antilles. -- Encore un désastre pour notre Marine. -- Destruction de la division que notre amiral Leissègues commandait aux Antilles, par une division anglaise sous les ordres de l'amiral Duckworth. -- Portrait de Nelson suspendu pendant l'action dans les cordages. -- Les bâtiments de l'amiral Duckworth, fort maltraités, étaient rentrés à la Jamaïque pour se réparer. -- L'amiral se rendait en Angleterre à bord du _Superbe_. -- Le même jour, un navire anglais, portant pavillon parlementaire, traverse l'escadre. -- Mon ami Fleuriau, aspirant de _l'Atalante_. -- Télégraphie marine des Anglais. -- J'imagine un système de télégraphie que, peu de temps après, j'envoyai en France. -- L'amiral Warren renonce à sa croisière. -- M. Bruillac réunit tous les officiers de _la Belle-Poule_, et nous faisons en corps une visite à l'amiral Linois, qui était encore fort souffrant. Il nous adresse les plus grands éloges sur notre belle défense. -- L'amiral Warren. -- Le combat contre la frégate _la Charente_. -- Quiberon. -- Relâche à Sâo-Thiago (îles du Cap Vert). -- Arrivée à Portsmouth, après avoir eu le crève-coeur de longer les côtes de France. -- Soixante et un jours en mer avec nos ennemis.
LIVRE III
LA CAPTIVITÉ EN ANGLETERRE
CHAPITRE PREMIER 193
SOMMAIRE: Les vaisseaux de la Compagnie des Indes mouillés à Portsmouth célèbrent notre capture en tirant des salves d'artillerie. -- Bons procédés de l'amiral Warren et de ses officiers. -- L'état-major du _Courageux_ nous offre un dîner d'adieu. -- Franche et loyale déclaration de Napier. -- Le perroquet gris du Gabon, que j'avais donné à Truscott, l'un des officiers du _Courageux_. -- Le «cautionnement» de Thames. -- Détails sur la situation des officiers prisonniers vivant dans un «cautionnement». -- Lettre navrante que je reçois de M. de Bonnefoux. -- M. Bruillac me réconforte. -- Lettre de ma tante d'Hémeric. -- Mes ressources pécuniaires. -- Mon plan de vie, mes études, la langue et la littérature anglaises. -- Visite, que nous font, à Thames, M. Lambert (de _l'Althéa_) et sa femme. -- Le souhait exprimé autrefois par M. Lambert se trouve réalisé. -- Il tient parole et nous fête pendant huit jours. -- Il nous dit qu'il espère bien voir un jour M. Bonaparte prisonnier des Anglais. -- Nous rions beaucoup de cette prédiction. -- Avant de repartir pour Londres, M. Lambert apprend à Delaporte sa mise en liberté, qu'il avait obtenue à la suite de démarches pressantes et peut-être de gros sacrifices d'argent. -- Delaporte avait commandé _l'Althéa_ après sa capture. -- Départ de cet admirable Delaporte que j'ai eu la douleur de ne plus revoir. -- Description de Thames. -- Les ouvriers des manufactures. -- Leur haine contre la France, entretenue par les journaux. -- Leur conduite peu généreuse vis-à-vis des prisonniers. -- La bourgeoisie. -- Relations avec les familles de MM. Lupton et Stratford. -- M. Litner. -- Agression dont je suis victime, un jour, de la part d'un ouvrier. -- Rixe entre Français et ouvriers. -- Le sang coule. -- Je conduis de force mon agresseur devant M. Smith, commissaire des prisonniers. -- État d'esprit de M. Smith. -- Il m'autorise cependant à me rendre à Oxford pour porter plainte. -- Visite à Oxford. -- Le château de Blenheim. -- Le magistrat me répond qu'il ne peut entamer une action entre un Anglais et un prisonnier de guerre. -- Retour à Thames. -- Scène violente entre M. Smith et moi. -- Plainte que j'adresse au Transport Office contre M. Smith. -- Réponse du Transport Office. -- M. Smith reçoit l'ordre de me donner une feuille de route pour un autre cautionnement nommé Odiham, situé dans le Hampshire, et de me faire arrêter et conduire au ponton, si je n'étais pas parti dans les vingt-quatre heures. -- Ovation publique que me font les prisonniers en me conduisant en masse jusqu'à l'extrémité du cautionnement, c'est-à-dire jusqu'à un mille. -- Ma douleur en me séparant de mon frère et de tous mes chers camarades de _la Belle-Poule_. -- Autre sujet d'affliction. -- Miss Harriet Stratford. -- Souvenir que m'apporte M. Litner. -- Émotion que j'éprouve.
CHAPITRE II 205
SOMMAIRE: J'arrive à Odiham, en septembre 1806. -- La population d'Odiham. -- Les prisonniers. -- Je trouve parmi eux mon ami Céré. -- Je suis l'objet de mille prévenances. -- La Société philharmonique, la loge maçonnique, le théâtre des prisonniers, son grand succès. -- La recherche de la paternité en Angleterre. -- L'aventure de l'officier de marine français, Le Forsoney. -- Ne pouvant payer la somme de 600 francs environ destinée à l'entretien de l'enfant mis à l'hospice, il allait être emprisonné. -- Je lui prête la somme dont il avait besoin; affectueuse reconnaissance de Le Forsoney, qui écrit à sa famille et ne tarde pas à s'acquitter vis-à-vis de moi. -- Une maxime de M. Le Lièvre, agent d'administration de _la Belle-Poule_. -- En juin 1807 un amateur de musique, M. Danley, m'emmène secrètement passer une journée à Windsor. -- Je vois, sur la terrasse du château, le roi Georges III, la reine, quatre de leurs fils, leur fille Amélie. -- Le château de Windsor. -- Nous rentrons à Odiham, où nul ne s'était douté de mon absence. -- Je commets l'imprudence de raconter mon équipée à deux de mes camarades dans la rue, devant ma porte, sous les fenêtres d'une veuve qui, ayant été élevée en France, connaissait parfaitement notre langue. -- La bonne d'enfants, Mary. -- Le billet trouvé par la veuve. -- Énigme insoluble expliquée par notre conversation. -- Articles de journaux qui me donnent, à mon tour, une énigme à deviner. -- Dénonciation au Transport Office. -- L'écriture du billet à Mary, rapprochée de celle d'une lettre de moi à mon frère. -- M. Shebbeare, agent des prisonniers, à Odiham, reçoit l'ordre de me faire arrêter sur-le-champ et partir le lendemain sous escorte pour les pontons de la rade de Chatham. -- Mon indignation. -- D'après les règlements j'étais seulement passible d'une amende d'une guinée, et encore à condition que quelqu'un se fût présenté pour réclamer cette guinée, comme prix de sa dénonciation. -- Petit coup d'État de la police. -- M. Shebbeare, agent des prisonniers à Odiham, ses excellents procédés à mon égard. -- Il me laisse en liberté jusqu'au lendemain. -- À l'heure dite, je me présente chez lui. -- Il me remet entre les mains d'un agent de la police. -- Les pistolets de l'agent. -- Digression sur Rousseau, aspirant de 1re classe pris dans l'affaire de Sir T. Duckworth. -- Son héroïsme. -- Lettre qu'il avait écrite au Transport Office pour reprendre sa parole d'honneur. -- Au moment où je quittais à mon tour Odiham, on venait de le conduire sur les pontons. -- L'hôtel du Georges, la voiture à mes frais. -- Je me sauve par la fenêtre de l'hôtel. -- Mystification de l'agent aux pistolets. -- Joie des prisonniers. -- Hilarité des habitants. -- La nuit close, je me rends dans une petite maison habitée par des Français. -- J'y reste caché trois jours. -- Une jeune fille de seize ans, Sarah Cooper, vient m'y prendre le soir du troisième jour, et elle me conduit par des voies détournées à Guilford, capitale du Surrey, distante de six lieues d'Odiham. -- Dévouement de Sarah Cooper. -- De Guilford une voiture me conduit à Londres, tandis qu'une autre ramène Sarah à Odiham. -- Je descends à Londres à l'hôtel du café de Saint-Paul. -- Dès le lendemain, grâce à des lettres que m'avait remises Céré et qu'il tenait d'une Anglaise, j'avais acheté un extrait de baptême ainsi que l'ordre d'embarquement d'un matelot hollandais nommé Vink, matelot sur _le Telemachus_, qui avait Hambourg pour lieu de destination. -- Le capitaine, qui était seul dans le secret, m'autorise à rester à terre jusqu'au jour de l'appareillage. -- Je passe trente et un jours à Londres, et je visite la ville et les environs. -- Départ de Londres du _Telemachus_. -- L'un des passagers, le jeune lord Ounslow. -- Il me prend en amitié. -- Les vents et les courants nous contrarient pendant cinq jours. -- Nous atteignons Gravesend. -- Au moment où _le Telemachus_ partait enfin, un canot venant de Londres à force de rames, l'aborde. -- Un agent de police en sort et demande M. Vink. -- Mon arrestation. -- Offres généreuses de lord Ounslow. -- Je suis jeté à fond de cale dans le bâtiment où étaient gardés les malfaiteurs pris sur la Tamise. -- J'y reste deux jours. -- Affreuse promiscuité. -- Plus d'argent. -- Le canot du ponton _le Bahama_, de la rade de Chatham.
CHAPITRE III 218