Mémoires de Vidocq, chef de la police de Sureté jusqu'en 1827, tome II

Part 23

Chapter 233,099 wordsPublic domain

J'ai toujours eu un profond mépris pour les mouchards politiques, par deux motifs: c'est que, ne remplissant pas leur mission, ils sont des frippons, et la remplissant, dès qu'ils arrivent à des personnalités, ils sont des scélérats. Cependant, par ma position, je me suis trouvé en relation avec la plupart de ces espions gagés; ils m'étaient tous connus directement ou indirectement, je les nommerais tous.... je le puis, je n'ai point partagé leur infamie; seulement j'ai vu la mine et la contre-mine d'un peu plus près qu'un autre. Je sais quels ressorts les polices et les contre-polices mettent en jeu. J'ai appris et j'enseignerai comment on peut se garantir de leur action: comment on peut se jouer d'elles, les dérouter dans leurs combinaisons perfides ou malveillantes, et même quelquefois les mystifier. J'ai tout observé, tout entendu, rien ne m'est échappé, et ceux qui m'ont mis à même de tout observer et de tout entendre, n'étaient pas de faux-frères, puisque j'étais à la tête d'une des fractions de la police, et qu'ils pouvaient avoir l'opinion que j'étais un des leurs: ne puisions nous pas à la même caisse?

L'on me croira ou l'on ne me croira pas, mais jusqu'ici j'ai fait quelques aveux assez humiliants pour que l'on ne doute pas que si j'eusse été dévoué à la police politique, je ne le confessasse sans détours. Les journaux, qui ne sont pas toujours bien informés, ont prétendu que l'on m'avait aperçu dans divers rassemblements; que j'avais été d'expédition avec ma brigade pendant les troubles de juin, pendant les missions, à l'enterrement du général Foy, à l'anniversaire de la mort du jeune Lallemand, aux écoles de droit et de médecine, lorsqu'il s'agissait de faire triompher les doctrines de la congrégation. On aurait pu m'apercevoir partout ou il y avait foule; mais qu'aurait-il été juste d'en conclure? que je cherchais les voleurs et les filous où il est probable qu'ils viendront _travailler_. Je surveillais les coupeurs de bourse, partisans ou non de la Charte, mais je défie qu'aucun _empoigné_ pour cri qualifié séditieux ait pu reconnaître dans _l'empoigneur_ l'un de mes agents. Il n'y a point d'échange possible entre le mouchard politique et le mouchard à voleurs. Leurs attributions sont distinctes: l'un n'a besoin que du courage nécessaire pour arrêter d'honnêtes gens, qui d'ordinaire ne font point de résistance. Le courage de l'autre est tout différent, les coquins ne sont pas si dociles. Un bruit qui dans le temps prit quelque consistance, c'est que, reconnu par un porteur d'eau, au milieu d'un groupe d'étudiants qui ne voulaient pas des leçons de M. le professeur Récamier, j'avais failli être assommé par eux. Je déclare ici que ce bruit n'avait aucun fondement. Un mouchard fut effectivement signalé, menacé et même maltraité; ce n'était pas moi, et j'avoue que je n'en fus pas fâché; mais je me fusse trouvé en présence des jeunes gens qui lui firent cette avanie, je n'aurais pas balancé à leur décliner mon nom; ils auraient bientôt compris que Vidocq ne pouvait avoir rien à démêler avec des fils de famille qui _ne faisaient ni la bourse ni la montre_. Si je fusse venu parmi eux, je me serais conduit de façon à ne m'attirer aucune espèce de désagréments, et il aurait été évident pour tous que ma mission ne consistait pas à tourmenter des individus déjà trop exaspérés. L'homme qui se sauva dans une allée pour se dérober à leur courroux était le nommé Godin, officier de paix. Au surplus, je le répète, ni les cris séditieux, ni les autres délits d'opinion n'étaient de ma compétence, et eût-on proféré, moi présent, la plus insurrectionnelle de toutes les acclamations, je ne me serais pas cru obligé de m'en apercevoir. La police politique se passe de troupes régulières, elle a toujours pour les grandes occasions des volontaires, soldés ou non, prêts à seconder ses desseins; en 1793, elle déchaîna les _septembriseurs_, ils sortaient de dessous terre, ils y rentrèrent après les massacres. Les briseurs de vitres, qui, en 1827, préludèrent au carnage de la rue Saint-Denis, n'étaient pas, je le pense, de la brigade de sûreté. J'en appelle à M. Delavau, j'en appelle au directeur Franchet; les condamnés libérés ne sont pas ce qu'il y a de pire dans Paris, et dans plus d'une circonstance on a pu acquérir la preuve qu'ils ne se plient pas à tout ce qu'on peut exiger d'eux. Mon rôle, en matière de police politique, s'est borné à l'exécution de quelques mandats du procureur du roi et des ministres; mais ces mandats eussent été exécutés sans moi, et ils présentaient d'ailleurs toutes les conditions de la légalité. Et puis aucune puissance humaine, aucun appât de récompense, ne m'aurait déterminé à agir conformément à des principes et à des sentiments qui ne sont pas les miens; l'on restera convaincu de ma véracité en ce point, lorsqu'on saura pour quels motifs je me suis volontairement démis de l'emploi que j'occupais depuis quinze ans; lorsqu'on connaîtra la source et le pourquoi de ce conte ridicule, d'après lequel j'aurais été pendu à Vienne pour avoir tenté d'assassiner le fils de Napoléon; lorsque j'aurai dit à quelle trame jésuitique se rattache le fait controuvé de l'arrestation d'un voleur, qui aurait été saisi récemment derrière ma voiture, au moment où je passais place Baudoyer.

En composant ces Mémoires, je m'étais d'abord résigné à des ménagements et à des restrictions que prescrivait ma situation personnelle, c'était là de la prudence. Quoique gracié depuis 1818, je n'étais pas hors de l'atteinte des rigueurs administratives: les lettres de pardon que j'ai obtenues, à défaut d'une révision qui m'eût fait absoudre, n'étaient pas entérinées; et il pouvait arriver que l'autorité, encore maîtresse d'user envers moi du plus ample arbitraire, me fît repentir de révélations qui n'excèdent pas les limites de notre liberté constitutionnelle. Maintenant qu'en son audience solennelle du 1er juillet dernier, la cour de Douai a proclamé que les droits qui m'avaient été ravis par une erreur de la justice, m'étaient enfin rendus, je n'omettrai rien, je ne déguiserai rien de ce qu'il convient de dire, et ce sera encore dans l'intérêt de l'état et du public que je serai indiscret: cette intention ressortira de toutes les pages qui vont suivre. Afin de la remplir de manière à ne rien laisser à désirer, et de ne tromper sous aucun rapport l'attente générale, je me suis imposé une tâche bien pénible pour un homme plus habitué à agir qu'à raconter, celle de refondre la plus grande partie de ces Mémoires. Ils étaient terminés, j'aurais pu les donner tels qu'ils étaient, mais, outre l'inconvénient d'une funeste circonspection, le lecteur aurait pu y reconnaître les traces d'une influence étrangère, qu'il m'avait fallu subir à mon insu. En défiance contre moi-même, et peu fait aux exigences du monde littéraire, je m'étais soumis à la révision et aux conseils d'_un soi-disant homme de lettres_. Malheureusement, dans ce censeur, dont j'étais loin de soupçonner le mandat clandestin, j'ai rencontré celui qui, moyennant une prime, s'était chargé de dénaturer mon manuscrit, et de ne me présenter que sous des couleurs odieuses, afin de déconsidérer ma voix et d'ôter toute importance à ce que je me proposais de dire. Un accident des plus graves, la fracture de mon bras droit dont j'ai failli subir l'amputation, était une circonstance favorable à l'accomplissement d'un pareil projet. Aussi s'est-on hâté de mettre à profit le temps pendant lequel j'étais en proie à d'horribles souffrances. Déjà le premier volume et partie du second étaient imprimés lorsque toute cette intrigue s'est découverte. Pour la déjouer complétement, j'aurais pu recommencer sur de nouveaux frais, mais jusqu'alors il ne s'agissait que de mes propres aventures, et bien qu'on m'y montre constamment sous le jour le plus défavorable, j'ai espéré, qu'en dépit de l'expression et du mauvais arrangement puisque, en dernière analyse, les faits s'y trouvent, on saurait les ramener à leur juste valeur et en tirer des conséquences plus justes. Toute cette portion du récit qui n'est relative qu'à ma vie privée, je l'ai laissée subsister; j'étais bien le maître de souscrire à un sacrifice d'amour-propre: ce sacrifice, je l'ai fait, au risque d'être taxé d'impudeur pour une confession dont on a dissimulé ou perverti les motifs; il marque la limite entre ce que je devais conserver et ce que je devais détruire. Depuis mon admission parmi les corsaires de Boulogne, on s'appercevra facilement que c'est moi seul qui tiens la plume. Cette prose est celle que M. le baron Pasquier avait la bonté d'approuver, pour laquelle il avait même une prédilection qu'il ne cachait pas. J'aurais dû me souvenir des éloges qu'il donnait à la rédaction des rapports que je lui adressais: quoi qu'il en soit, j'ai réparé le mal autant qu'il était en mon pouvoir, et malgré le surcroît d'occupation qui résulte pour moi de la direction d'un grand établissement industriel que je viens de former, résolu à ce que mes _Mémoires soient véritablement la police dévoilée et mise à nu_, je n'ai pas hésité à y reprendre en sous-oeuvre tout ce qui est relatif à cette police. La nécessité d'un pareil travail a dû occasionner des retards, mais elle les justifie en même temps, et le public n'y perdra rien. Plutôt, Vidocq sous le coup d'une condamnation, n'eût parlé qu'avec une certaine réserve, aujourd'hui c'est Vidocq, citoyen libre, qui s'explique avec franchise.

FIN DU TOME SECOND.

TABLE

DES MATIÈRES

Du Tome second.

Pages.

CHAPITRE XV Un recéleur.--Dénonciation.--Premiers rapports avec la police.--Départ de Lyon.--La méprise 1

CHAPITRE XVI Séjour à Arras.--Travestissements.--Le faux Autrichien.--Départ.--Séjour à Rouen.--Arrestation 20

CHAPITRE XVII Le camp de Boulogne.--La rencontre.--Les recruteurs sous l'ancien régime.--M. Belle-Rose 42

CHAPITRE XIX Continuation de la même journée.--La Contemporaine.--Un adjudant de place.--Les filles de la mère Thomas.--Le lion d'argent.--Le capitaine Paulet et son lieutenant.--Les corsaires.--Le bombardement.--Le départ de lord Lauderdale.--La comédienne travestie.--Le bourreau des crânes.--Madame Henri et ses demoiselles.--Je m'embarque.--Combat naval.--Le second de Paulet est tué.--Prise d'un brick de guerre.--Mon Sosie; je change de nom.--Mort de Dufailli.--Le jour des Rois.--Une frégate coulée.--Je veux sauver deux amants.--Une tempête.--Les femmes des pêcheurs 86

CHAPITRE XX Je suis admis dans l'artillerie de marine.--Je deviens caporal.--Sept prisonniers de guerre.--Sociétés secrètes de l'armée, _les Olympiens_.--Duels singuliers.--Rencontre d'un forçat.--Le comte de L*, mouchard politique.--Il disparaît.--L'incendiaire.--On me promet de l'avancement.--Je suis trahi.--Encore une fois la prison.--Licenciement de l'armée de la lune.--Le soldat gracié.--Un de mes compagnons est passé par les armes.--Le bandit piémontais.--Le sorcier du camp.--Quatre assassins mis en liberté.--Je m'évade 149

CHAPITRE XXI On me ramène à Douai.--Recours en grâce.--Ma femme se marie.--Le plongeon dans la Scarpe.--Je voyage en officier.--La lecture des dépêches.--Séjour à Paris.--Un nouveau nom.--La femme qui me convient.--Je suis marchand forain.--Le commissaire de Melun.--Exécution d'Herbaux.--Je dénonce un voleur, il me dénonce.--La chaîne à Auxerre.--Je m'établis dans la capitale.--Deux échappés du bagne.--Encore ma femme.--Un recel 198

CHAPITRE XXII Encore un brigand.--Ma carriole d'osier.--Arrestation des deux forçats.--Découverte épouvantable.--Saint-Germain veut m'embaucher pour un vol.--J'offre de servir la police.--Perplexités horribles.--On veut me prendre au chaud du lit.--Ma cachette.--Aventure comique.--Travestissements sur travestissements.--Chevalier m'a dénoncé.--Annette au dépôt de la Préfecture.--Je me prépare à quitter Paris.--Deux faux monnoyeurs.--On me saisit en chemise.--Je suis conduit à Bicêtre 228

CHAPITRE XXIII On me propose de m'évader.--Nouvelle démarche auprès de M. Henry.--Mon pacte avec la police.--Découvertes importantes.--Coco-Lacour.--Une bande de voleurs.--Les inspecteurs sous clef.--La marchande d'asticots et les assassins.--Une fausse évasion 266

CHAPITRE XXIV M. Henry surnommé l'_Ange malin_.--MM. Bertaux et Parisot.--Un mot sur la Police.--Ma première capture.--Bouhin et Terrier sont arrêtés d'après mes indications 296

CHAPITRE XXV Je revois Saint-Germain.--Il me propose l'assassinat de deux vieillards.--Les voleurs de réverbères.--Le petit-fils de Cartouche.--Discours sur les agents provocateurs. Grandes perplexités.--Annette me seconde encore.--Tentative de vol chez un banquier de la rue Hauteville.--Je suis tué.--Arrestation de Saint-Germain et de Bouhin, son complice.--Portraits de ces deux assassins 307

CHAPITRE XXVI Je hante les mauvais lieux.--Les inspecteurs me trahissent.--Découverte d'un recéleur.--Je l'arrête.--Stratagème employé pour le convaincre.--Il est condamné 330

CHAPITRE XXVII La bande de Gueuvive.--Une fille me met sur les traces du chef.--Je dîne avec les voleurs.--L'un d'eux me donne à coucher.--Je passe pour un forçat évadé.--J'entre dans un complot contre moi-même.--Je m'attends à ma porte.--Un vol, rue Cassette.--Grande surprise.--Gueuvive et quatre des siens sont arrêtés.--La fille Cornevin me désigne les autres.--Une fournée de dix-huit 339

CHAPITRE XXVIII Les agents de police pris parmi les forçats libérés, les voleurs, les filles publiques et les souteneurs.--Le vol toléré.--Mollesse des inspecteurs.--Coalition des mouchards.--Ils me dénoncent.--Destruction de trois classes de voleurs.--Formation d'une bande de nouvelle espèce.--Les frères Delzève. Comment découverts.--Arrestation de Delzève jeune.--Les étrennes d'un préfet de police.--Je m'affranchis du joug des officiers de paix et des inspecteurs.--On en veut à mes jours.--Quelques anecdotes 350

CHAPITRE XXIX Je cherche deux _grinches_ fameux.--La maîtresse de piano, ou _encore une mère des voleurs_.--Une métamorphose, ce n'est pas la dernière.--Quelques scènes d'hospitalité.--La fabrique de fausses clefs.--Combinaisons pour un coup de filet.--Perfidie d'un agent.--La mèche est éventée.--La mère Noël se vole et m'accuse de l'avoir volée.--Mon innocence reconnue.--La calomniatrice à Saint-Lazare 369

CHAPITRE XXX Les officiers de paix envoyés à la poursuite d'un voleur célèbre.--Ils ne parviennent pas à le découvrir.--Grande colère de l'un d'entre eux.--Je promets de nouvelles étrennes au préfet.--Les rideaux jaunes et la bossue.--Je suis un bon bourgeois.--Un commissionnaire me _fait aller_.--La caisse de la préfecture de police.--Me voici charbonnier.--Les terreurs d'un marchand de vin et de madame son épouse.--Le petit Normand qui pleure.--Le danger de donner de l'eau de Cologne.--Enlèvement de mademoiselle Tonneau.--Une perquisition.--Le voleur me prend pour son compère.--Inutilité des serrures.--Le saut par la croisée.--La glissade, et les coutures rompues 392

CHAPITRE XXXI Une rafle à la Courtille.--La Croix-Blanche.--Il est avéré que je suis un mouchard.--Opinion du peuple sur mes agents.--Précis sur la brigade de sûreté.--772 arrestations.--Conversion d'un grand pécheur.--Biographie de _Coco-Lacour_.-- . Delavau et le _trou-madame_.--Entérinement de mes lettres de grâce.--Coup-d'oeil sur la suite de ces Mémoires.--Je puis parler, je parlerai 420

FIN DE LA TABLE DU TOME SECOND.

NOTES:

[1] Le nom était sur le point de m'échapper, quand je me suit souvenu fort à propos qu'il est souvent imprudent de désigner les masques. Le mari de la femme dont il est ici question a été quelque temps le directeur d'un des théâtres de la capitale. Il est vivant; on ne blâmera pas ma discrétion.

[2] _Histoire des Sociétés secrètes de l'armée, et des Conspirations militaires qui ont eu pour objet la destruction du gouvernement de Bonaparte_; 2e édition, Paris, chez Gide fils, rue St-Marc, nº 20.

[3] Le colonel Aubry, inspecteur-général de l'artillerie, mort à trente-trois ans. Il succomba peu de jours après la bataille de Dresde, où il avait eu les deux jambes emportées par un boulet.

[4] Entre les pièces que je produisis était la suivante que je transcris ici parce qu'elle relate les motifs de ma condamnation, en même temps qu'elle prouve la démarche faite en ma faveur par M. le procureur-général Ranson, pendant ma dernière détention à Douai.

Douai, le 20 janvier 1809.

LE PROCUREUR-GÉNÉRAL IMPÉRIAL _près la cour de justice criminelle du département du Nord_.

«Atteste que le nommé _Vidocq_ a été condamné le 7 nivôse an 5, à huit ans de fers, pour avoir fait un faux ordre de mise en liberté.

»Qu'il paraît que _Vidocq_ était détenu pour cause d'insubordination, ou autre délit militaire, et que le faux pour raison duquel il a été condamné n'a eu d'autre but que celui de favoriser l'évasion d'un de ses compagnons de prison.

»Le procureur-général atteste encore que d'après les renseignemens par lui pris au greffe de la Cour, que ledit _Vidocq_ s'est évadé de la maison de justice au moment où l'on allait le transférer au bagne, qu'il a été repris, qu'il s'est encore évadé, et que repris de nouveau. M. _Ranson_ alors procureur-général a eu l'honneur d'écrire à son Excellence le ministre de la justice pour le consulter sur la question de savoir, si, le temps écoulé depuis la condamnation de _Vidocq_ et sa réarestation pourrait compter pour le libérer de sa peine.

»Qu'une première lettre étant restée sans réponse, M. Ranson en a écrit plusieurs, et que _Vidocq_ interprétant le silence de son Excellence d'une manière défavorable pour lui, s'est évadé de rechef.

»Le procureur-général ne peut représenter aucune de ces lettres, parce que les registres et papiers de M. Ranson son prédécesseur, ont été enlevé par sa famille, qui a refusé de les réintégrer au parquet.»

ROSIE.

[5] Il est aujourd'hui établi rue Neuve-de-Seine. C'est à sa porte qu'a été assassinée la _belle ecuillère_.

[6] Le Tableau suivant, qui offre la récapitulation des arrestations pendant l'année 1817, montre l'importance des opérations de la brigade de sûreté:

_D'autre part_ 128 Assassins ou meurtriers 15 Voleurs avec attaques ou par violences 5 -- avec effraction, escalade ou fausses clefs 108 Voleurs dans les maisons garnies 12 -- à la détourne et au bonjour 126 -- à la tire et filous 73 -- à la gêne et au flouant 17 Recéleurs nantis d'objets volés 38 Évadés des fers ou des prisons 14 Forçats libérés ayant rompu leur ban 43 Faussaires, escrocs, prévenus d'abus de confiance 46 Vagabonds, voleurs renvoyés de Paris 229 En vertu de mandats de Son Excellence 46 Perquisitions et saisies d'objets volés 39 ---- TOTAL 811

[7] Lorsqu'il était alloué des millions pour les dépenses de la police, on ne conçoit pas que l'on pût recourir à de si pitoyables ressources. Du 20 juillet au 4 août, les jeux tenus sous l'autorisation de M. Delavau rapportèrent une somme de 4,364 fr. 20 cent. C'était l'argent des ouvriers, des apprentifs, auxquels on inoculait ainsi la plus funeste de toutes les passions. On ne croirait pas qu'un fonctionnaire, qu'un magistrat essentiellement religieux, ait pu se prêter à une mesure d'une telle immoralité: qu'on lise cependant la pièce suivante.

PRÉFECTURE DE POLICE.

Paris, le 13 janvier 1823

«Nous, conseiller d'état, préfet de police, etc.,

»Arrêtons ce qui suit:

»A compter de ce jour, les sieurs DRISSENN et RIPAUD, précédemment autorisés à tenir sur la voie publique un jeu de _trou-madame_, feront partie de la brigade particulière de sûreté, sous les ordres du sieur VIDOCQ, chef de cette brigade.

»Ils continueront à tenir ce jeu, mais il leur sera adjoint six autres personnes qui feront également le service d'agents secrets.

»Le conseiller d'état, préfet, etc.

»_Signé_ G. DELAVAU.

»Pour copie conforme, le secrétaire-général,

»L. DEFOUGERES.»