Mémoires de Vidocq, chef de la police de Sureté jusqu'en 1827, tome III

Part 22

Chapter 221,429 wordsPublic domain

»A répondu, qu'il connaît parfaitement cette lettre pour être la même que celle qu'il a adressée à M. Parisot, chef de la deuxième division à la préfecture de police, elle est signée par lui. Le corps de cette lettre n'a pas été écrit par lui, il ne sait pas assez bien écrire pour cela, mais ce qu'elle contient a été dicté à l'écrivain (le nommé Lemaître, détenu en cette même prison), par lui déclarant, et pour preuve de ce qu'il avance, il est disposé à nous déclarer oralement tous les faits et circonstances contenus en icelle, sans qu'il soit besoin de notre part de les rappeler à sa mémoire, par la lecture de son contenu; en conséquence, il déclare «que lors de l'instruction de l'affaire qui l'amena au banc des accusés, et à la suite de laquelle il fut condamné à la peine des fers, quand il soutint publiquement que le sieur Vidocq lui avait donné une somme de trois francs pour acheter la pince à l'aide de laquelle il avait commis le vol, cause de sa condamnation, il dit un fait non-seulement inexact, mais tout-à-fait faux, car jamais pareille avance et pour pareil motif ne lui fut faite par ce fonctionnaire, et jamais encore, dans cette circonstance comme dans toute autre, il n'a reçu de lui aucun secours en argent; s'il avança cette fausseté en plein tribunal, il le fit à la suite de mauvais conseils qui lui furent donnés par les nommés Utinet et Chrestien, qui lui persuadèrent que par ce moyen seulement son affaire prendrait une tournure favorable, et qu'il ne serait pas condamné, d'autant mieux que s'il les faisait appeler l'un et l'autre comme témoins de ce qu'il avançait, ils soutiendraient son assertion, et qu'ils déposeraient dans le même sens que lui, et que même ils diraient qu'ils avaient vu donner la somme de trois francs; ils allèrent même plus loin, ils lui persuadèrent qu'ils avaient à leur disposition un protecteur puissant, dont l'influence devait garantir lui déclarant, de tout espèce de condamnation, ou si cette condamnation devenait inévitable, devait lui servir utilement pour faire casser son jugement.

»Ce fut encore par le conseil de ces deux individus, qu'il fit appeler à l'audience les nommés _Lacour_ et _Decostard_, qui déposèrent les mêmes faits imputés par lui, déclarant, au sieur Vidocq, quoiqu'ils fussent absolument faux.

»Après sa condamnation, ces mêmes individus exigèrent de lui qu'il se mît en appel, en lui promettant de lui fournir à leurs frais un défenseur, et de payer tout ce que cet appel occasionerait de dépens. Sur cette dernière circonstance, on pourra entendre la mère, à lui déclarant, qui reçut de la part de _Lacour_ et _Decostard_ les mêmes promesses et les mêmes avances; elles lui furent faites chez un marchand de vin, place du Palais de Justice, qu'on appelle M. Bazile. Sa mère demeure avec son mari, rue du faubourg Saint-Denis, nº 143, chez M. Restauret, propriétaire.

»Ainsi, il doit, pour la satisfaction de sa conscience, et pour rendre hommage à la justice et à la vérité, désavouer ce qu'il a dit en plein tribunal, au désavantage du sieur Vidocq, contre sa moralité et contre son honneur; il en demande humblement pardon.

»Pour corroborer la déclaration qu'il vient de faire, il nous invite à entendre le nommé Lefebure, son co-accusé, et condamné comme lui dans la même affaire, qui est dans cette prison, lequel doit savoir par qui, et avec quel argent fut achetée la pince que j'avais dit avoir été payée de l'argent de M. Vidocq.»

Lecture à lui faite de sa déclaration, a dit qu'elle contient vérité, qu'il y persiste, et a signé.

_Signé_ PEYOIS.

Ensuite, avons fait appeler le nommé Lefebure, ci-dessus désigné et détenu en cette maison, auquel nous avons demandé s'il savait comment le nommé Peyois, s'était procuré la pince à l'aide de laquelle le vol qui a motivé leur condamnation commune, fut commis.

A répondu que deux ou trois jours avant que le vol ne fût commis, il avait vu cet instrument entre les mains dudit Peyois, qui, avant l'instruction de son affaire, lui avait toujours dit que c'était lui qui l'avait achetée trois francs; mais jamais il ne dit que c'était M. Vidocq qui lui avait donné l'argent. Ce fut au tribunal, et pendant l'instruction de leur affaire, qu'il sut pour la première fois que c'était M. Vidocq qui lui avait fourni les moyens de l'acheter.

Qui est tout ce qu'a dit savoir, lecture à lui faite de sa déclaration, a dit qu'elle contient vérité, qu'il y persiste, et a signé.

_Signé_ LEFEBURE.

Dont et de tout quoi il a été rédigé le présent procès-verbal, pour être icelui transmis à M. le conseiller d'état préfet de police, dont acte, les jours, mois et an que dessus.

_Signé_ RECODÈRE.

[14] Ville en ville.

[15] Travailler.

[16] La marchande.

[17] Vendait du vin.

[18] Je lui demande en argot.

[19] Manger.

[20] Bon vin sans eau.

[21] Pain blanc.

[22] Une porte et une clé.

[23] Un lit pour dormir.

[24] J'entre dans sa chambre.

[25] De m'arranger avec elle.

[26] Je remarque au coin du feu.

[27] Un homme qui dormait.

[28] Fouillé dans ses poches.

[29] Son argent j'ai pris.

[30] Son argent et sa montre.

[31] Boucles d'argent.

[32] Sa chaîne et sa culotte.

[33] Chapeau galonné.

[34] Son habit et sa veste.

[35] Bas brodés.

[36] Sauve-toi, marchande.

[37] Pendus.

[38] Sur la place de Ville.

[39] Danser.

[40] Regardés de toutes ces femmes.

[41] Peuple.

[42] Voleurs, bons enfants.

[43] Tous venant voler.

[44] Voleurs.

[45] La nuit.

[46] Des montres.

[47] De l'argent.

[48] Prenons nos précautions.

[49] Volons.

[50] Bourgeois et bourgeoise.

[51] Éveiller les soupçons.

[52] Criait au voleur.

[53] Je lui pris sa montre.

[54] Ses boucles en diamant.

[55] Ses billets.

[56] Minuit sonne.

[57] Les voleurs.

[58] Au cabaret.

[59] Ta porte.

[60] Donne de l'argent.

[61] Couche dans ton logis.

[62] Demande à sa femme.

[63] Dis-donc, la belle.

[64] Ces voleurs-là.

[65] Voleurs de montres.

[66] Enfonceurs de boutiques.

[67] Ne les connais-tu pas.

[68] Culotte.

[69] Bénéfice.

[70] Prêt.

[71] Cave.

[72] Patrouille.

[73] La lune.

[74] Regarde.

[75] Mouchard.

[76] Rit.

[77] Plaisante.

[78] Pleurer.

[79] Exempt, soldats et gendarmes.

[80] Palais de Justice.

[81] Pris en flagrant délit.

[82] Fantassins de la garde de Paris, dont l'uniforme était vert.

[83] Dragons de Paris.

[84] Le soir dans Paris.

[85] Bon coup.

[86] Chambre.

[87] Pleine de marchandises.

[88] De l'argent au gousset.

[89] Sans crainte ni inquiétude.

[90] Sans peur.

[91] Par surcroît.

[92] Une jolie maîtresse.

[93] Buvant du vin sans eau.

[94] Du vin non frelaté.

[95] Bas, escarpins.

[96] Beau jabot de dentelles.

[97] Chapeau galonné.

[98] Enmouraché.

[99] Bourgeois.

[100] Une montre d'or.

[101] La danse.

[102] Le suivant sur le boulevard.

[103] Je l'étourdi.

[104] Je passe sa chemise.

[105] Je vole sa montre, ses habits, ses souliers.

[106] L'endroit où l'on recèle.

[107] Peureux.

[108] Entre dans une boutique.

[109] Vole des louis.

[110] On crie sur elle à la garde.

[111] Je m'enfuis.

[112] Prise en flagrant délit.

[113] Le commissaire l'interroge.

[114] Dénonce tes complices.

[115] Faire un conte.

[116] On me garotte.

[117] Mon beau lit, mes amours.

[118] Au tribunal.

[119] On me condamne aux galères.

[120] A l'exposition.

[121] Vieux.

[122] Du rouge.

[123] Dans ce monde.

[124] Quoi qu'on en dise.

[125] Lot.

[126] Douze ans de fers.

[127] Une bamboche.

[128] En 1815 et 1816, il y eut dans Paris un grand nombre de réunions chantantes, connues sous le nom de _goguettes_. Ces espèces de souricières politiques se formèrent d'abord sous les auspices de la police, qui les peupla de ses agent. C'était là qu'en trinquant avec les ouvriers, ces derniers les _travaillaient_, afin de les envelopper dans de fausses conspirations. J'ai vu plusieurs de ces rassemblements prétendus patriotiques; les individus qui s'y montraient le plus exaltés étaient toujours des mouchards, et il était aisé de les reconnaître; ils ne respectaient rien dans leurs chansons; la haine et ses outrages les plus grossiers y étaient prodigués à la famille royale...... et ces chansons, payées sur _les fonds secrets_ de la rue de Jérusalem, étaient l'oeuvre des mêmes auteurs que les hymnes de la Saint-Louis et de la Saint-Charles. Depuis feu M. le chevalier de Piis, feu Esménard, on sait que les Bardes du quai du Nord ont le privilége des inspirations contradictoires. La police a ses lauréats, ses ménestrels et ses troubadours; elle est, comme on le voit, une institution très gaie; malheureusement elle n'est pas toujours en train de chanter ou de faire chanter. Trois têtes tombèrent, celles de Carbonneau, Pleignier, Tolleron, et les goguettes furent fermées: on n'en avait plus besoin..... le sang avait coulé.