Mémoires de Vidocq, chef de la police de Sureté jusqu'en 1827, tome III

Part 21

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CHAPITRE XXXVII L'utilité d'un bon estomac.--L'occurence suspecte.--La procession des ballots.--Les Hirondelles de la Grève.--La commodité d'un fiacre.--Les fredaines de ces messieurs.--Le garçon de chantier.--Il n'y a plus de _fiat_ du tout.--Madame Bras, ou la marchande scrupuleuse.--Annette ou la bonne femme.--On ne mange pas toujours.--Le premier qui fut roi.--_Vidocq enfoncé_, pièce nouvelle, dont le dernier acte se passe au corps-de-garde.--Je joue le rôle de Vidocq.--Représentation à mon bénéfice.--Applaudissements unanimes.--La Pomme rouge.--Le Grand casuel.--L'inspection des papiers.--Je fais évader un voleur.--Le vétéran qui prend un potage.--L'auteur du _Pied-de-Mouton_.--Les bas et les madras accusateurs.--J'ai perdu ma pièce de cinq francs.--Le soufflet et le marchand de vin.--Je suis arrêté.--La ronde du commissaire.--Ma délivrance.--La chute du bandeau.--_Vidocq l'enfonceur_ reconnu dans Vidocq l'enfoncé.--Souhaitez-vous un bon conseil?--Gare à la caboche. 122

CHAPITRE XXXVIII Allons à Saint-Cloud.--L'aspirant mouchard.--Le système des diversions, ou les trompeuses amorces.--Une visite matinale.--Le désordre d'une chambre à coucher.--Singulières remarques.--Néant au rapport.--Ce sont d'honnêtes gens dans le faubourg Saint-Marceau.--Les pattes du dindon.--Prenez garde à vos souliers.--Sacrifice au dieu des ventrus. _Deus est in nobis._--La langue de monsieur Judas.--Le nectar du policien.--Explication du mot _Traiffe_.--Les deux maîtresses.--L'homme qui s'arrête lui-même.--Le contentement donne des ailes.--Le nouvel Epictète.--Un monologue.--L'incrédulité désespérante.--Métamorphose d'un tilbury en _philosophes_.--La tradition.--La maîtresse d'un prince russe.--Le pain de munition et les sorbets de Tortoni.--La mère Bariole.--Le vieux sérail ou l'enfer d'une femme entretenue.--Les courtisanes et les chevaux de fiacre.--L'amie de tout le monde.--L'invulnérable.--Le tableau des Sabines.--L'Arche sainte.--La tire-rire.--_Infandum regina jubes_....--Haine aux épaulettes.--Ah! petit fourier!--Les bons sentiments.--L'étrange religion.--Le billet de loterie et la châsse de Sainte-Geneviève.--Il n'est pas de petite économie.--Exemple de fidélité remarquable.--Pénélope.--Le serment des filles.--Je te connais, beau masque.--Voyage dans Paris.--Louison la blagueuse.--Nécessité n'a pas de loi.--Le monstre.--Une furie.--Devoir cruel.--Emilie au violon.--Retour chez la Bariole.--La petite bouteille des amis.--Le trépied de la Sybille.--Philémon et Baucis.--Joséphine Réal, ou les fruits d'une bonne éducation.--Réflexions philosophiques sur la concorde et la mort.--Trois arrestations.--Le traître puni.--Un trait pour la nouvelle Morale en action.--Une mise en liberté.--Réponse aux critiques. 152

CHAPITRE XXXIX Je m'effraie de ma renommée.--L'approche d'une grande fête.--Les voleurs classés.--Les _rouletiers_ aux abois.--Un déluge de dénonciations.--Je faillis la gober.--Le matelas, les fausses clés et la pince.--La confession par vengeance.--Le terrible Limodin.--La manie de moucharder.--La voleuse qui se dénonce.--Le bon fils.--L'évadé malencontreux.--Le gâteau des rois et la reine de la fève.--Le baiser perfide.--La difficulté tournée.--Le panier de la blanchisseuse.--L'enfant volé.--Le parapluie qui ne met pas à couvert.--La moderne Sapho.--La liberté n'est pas le premier des biens.--Les inséparables.--Héroïsme de l'amitié.--Le vice a ses vertus. 208

CHAPITRE XL Nos amis les ennemis.--Le bijoutier et le curé.--L'honnête homme.--La cachette et la cassette.--Une bénédiction du ciel et le doigt de Dieu.--Fatale nouvelle.--Nous sommes ruinés.--L'amour du prochain.--Les cosaques sont innocents.--100,000 francs, 50,000 francs, 10,000 francs ou la récompense au rabais.--Le faux soldat.--L'entorse de commande.--La tonnelière de Livry.--La petite réputation locale.--Je suis juif.--Mon pélerinage avec la religieuse de Dourdans.--Le phénix des femmes.--Ma métamorphose en domestique allemand.--Mon arrestation.--Je suis incarcéré.--Le hacheur de paille.--Mon entrée en prison.--Les étrangers ont des amis partout.--Le rat d'église.--L'habit viande.--Les boutons de ma redingote.--Ce qu'entend toujours un ivrogne.--Mon histoire.--La bataille de Montereau.--J'ai volé mon maître.--Projet d'évasion.--Voyage en Allemagne.--La poule noire.--Confidence au procureur du roi.--Ma fuite avec un compagnon d'infortune.--Cent mille écus de diamants.--Le _minimum_. 250

CHAPITRE XLI Les glaces enlevées.--Un beau jeune homme.--Mes quatre états.--La fringale.--Le connaisseur.--Le Turc qui a vendu ses odalisques.--Point de complices.--Le général Bouchu.--L'inconvénient des bons vins.--Le petit saint Jean.--Le premier dormeur de France.--Le grand uniforme et les billets de banque.--La crédulité d'un recéleur.--Vingt-cinq mille francs de flambés.--L'officieux.--Capture de vingt-deux voleurs.--L'adorable cavalier.--Le parent de tout le monde.--Ce que c'est d'être lancé.--Les Lovelaces de carcan.--L'aumônier du régiment.--Surprise au café Hardi.--L'Anacréon des galères.--Encore une petite chanson.--Je vais à l'affût aux Tuileries.--Un grand seigneur.--Le directeur de la police du Château.--Révélations au sujet de l'assassinat du duc de Berry.--Le géant des voleurs.--Paraître et disparaître.--Une scène, par madame de Genlis.--Je suis accoucheur.--Les Synonymes.--La mère et l'enfant se portent bien.--Une formalité.--Le baptême.--Il n'y a pas de dragées.--Ma commère à Saint-Lazarre.--Un pendu.--L'allée des voleurs.--Le médecin dangereux.--Craignez les bénéfices.--Je revois d'anciens amis.--Un dîner au Capucin.--J'enfonce les Bohémiens.--Un tour chez la duchesse.--On retrouve les objets.--Deux montagnes ne se rencontrent pas.--La bossue moraliste.--La foire de Versailles.--Les insomnies d'une marchande de nouveautés.--Les ampoules et la chasse aux punaises.--Amour et tyrannie.--Le grillage et les rideaux verts.--Scènes de jalousie.--Je m'éclipse. 274

CHAPITRE XLII Le boucher bon enfant.--Trop parler nuit.--L'innocence du petit vin.--Un assassinat.--Les magistrats de Corbeil.--La levée du corps.--L'adresse accusatrice.--Si ce n'est pas toi, c'est ton frère.--La blessure perfide.--C'est lui.--Le front de Caïn.--Le réveil matinal.--Arrestation de deux époux.--Un coupable.--J'en cherche un autre.--L'accusé de libéralisme.--Les goguettes, ou les bardes du quai du Nord.--Une couleur.--Les chansons séditieuses.--J'aide à la cuisine.--Le vin de propriétaire.--L'homme irréprochable.--Translation à la préfecture.--Une confession.--Résurrection d'un marchand de volailles.--Une scène de somnambulisme.--La confrontation.--_Habemus confitentes reos._--Deux amis s'embrassent.--Un souper sous les verroux.--Départ de Paris. 339

CHAPITRE XLIII Arrivée à Corbeil.--Sornettes populaires.--La foule.--Les gobe-mouches.--La bonne compagnie.--Poulailler et le capitaine Picard.--Le dégoût des grandeurs.--Le marchand de dindons.--Le général Beaufort.--L'idée qu'on se fait de moi.--Grande terreur d'un sous préfet.--Les assassins et leur victime.--Le repentir.--Mettez des couteaux.--Révélations importantes, etc., etc. 373

CHAPITRE XLIV Voyage à la frontière.--Un brigand.--La mère Bardou.--Les indications d'une petite fille.--La délibération.--J'aborde mon homme.--La reconnaissance simulée.--Quel gaillard!--Les deux font la paire.--Le faux contrebandier.--L'avis perfide.--Le brigand pétrifié.--Il ne faut pas tenter le diable.--Je délivre le pays d'un fléau.--L'Hercule à la peau d'ours.--Le mangeur de tabac. 394

CHAPITRE XLV Une visite à Versailles.--Les grandes bouches et les petits morceaux.--La résignation.--Les transes d'un criminel.--C'est soi-même qui fait son sort.--Le sommeil d'un meurtrier.--Les nouveaux convertis.--Ils m'invitent à leur exécution.--Réflexions au sujet d'une boîte en or.--Le _Meg des Megs_.--Il n'y a pas de honte.--L'heure fatale.--Nous nous retrouverons là-bas.--La _Carline_.--Les deux _Jean de la vigne_.--J'embrasse deux têtes de mort.--L'esprit de vengeance.--Dernier adieu.--L'éternité. 409

FIN DE LA TABLE DU TROISIÈME VOLUME.

NOTES:

[1] Aujourd'hui lieutenant-général.

[2] On sera peut-être surpris de cette facilité, mais on cesserait de s'en étonner en apprenant par combien de témoignages de complaisance le cours de la justice est entravé chaque jour. N'a-t-on pas vu récemment à la cour d'assises de Cahors, la moitié des habitants d'une commune déposer sur un fait patent, dans un sens tout opposé que l'autre moitié.

[3] En Angleterre, on assomme avec des sacs pleins de sable...; en Provence, on substitue aux sacs une peau d'anguille, dont un seul coup appliqué entre les deux épaules, suffit pour détacher les poumons, et par conséquent pour donner la mort.

[4] Le nom était sur le point de m'échapper, quand je me suit souvenu fort à propos qu'il est souvent imprudent de désigner les masques. Le mari de la femme dont il est ici question a été quelque temps le directeur d'un des théâtres de la capitale. Il est vivant; on ne blâmera pas ma discrétion.

[5] _Histoire des Sociétés secrètes de l'armée, et des Conspirations militaires qui ont eu pour objet la destruction du gouvernement de Bonaparte_; 2^{e} édition, Paris, chez Gide fils, rue St-Marc, nº 20.

[6] Le colonel Aubry, inspecteur-général de l'artillerie, mort à trente-trois ans. Il succomba peu de jours après la bataille de Dresde, où il avait eu les deux jambes emportées par un boulet.

[7] Entre les pièces que je produisis était la suivante que je transcris ici parce qu'elle relate les motifs de ma condamnation, en même temps qu'elle prouve la démarche faite en ma faveur par M. le procureur-général Ranson, pendant ma dernière détention à Douai.

Douai, le 20 janvier 1809.

LE PROCUREUR-GÉNÉRAL IMPÉRIAL _près la cour de justice criminelle du département du Nord_.

«Atteste que le nommé _Vidocq_ a été condamné le 7 nivôse an 5, à huit ans de fers, pour avoir fait un faux ordre de mise en liberté.

»Qu'il paraît que _Vidocq_ était détenu pour cause d'insubordination, ou autre délit militaire, et que le faux pour raison duquel il a été condamné n'a eu d'autre but que celui de favoriser l'évasion d'un de ses compagnons de prison.

»Le procureur-général atteste encore que d'après les renseignemens par lui pris au greffe de la Cour, que ledit _Vidocq_ s'est évadé de la maison de justice au moment où l'on allait le transférer au bagne, qu'il a été repris, qu'il s'est encore évadé, et que repris de nouveau. M. _Ranson_ alors procureur-général a eu l'honneur d'écrire à son Excellence le ministre de la justice pour le consulter sur la question de savoir, si, le temps écoulé depuis la condamnation de _Vidocq_ et sa réarestation pourrait compter pour le libérer de sa peine.

»Qu'une première lettre étant restée sans réponse, M. Ranson en a écrit plusieurs, et que _Vidocq_ interprétant le silence de son Excellence d'une manière défavorable pour lui, s'est évadé de rechef.

»Le procureur-général ne peut représenter aucune de ces lettres, parce que les registres et papiers de M. Ranson son prédécesseur, ont été enlevé par sa famille, qui a refusé de les réintégrer au parquet.»

ROSIE.

[8] Il est aujourd'hui établi rue Neuve-de-Seine. C'est à sa porte qu'a été assassinée la _belle ecuillère_.

[9] Le Tableau suivant, qui offre la récapitulation des arrestations pendant l'année 1817, montre l'importance des opérations de la brigade de sûreté:

Assassins ou meurtriers 15 Voleurs avec attaques ou par violences 5 -- avec effraction, escalade ou fausses clefs 108 _D'autre part_ 128

Voleurs dans les maisons garnies 12 -- à la détourne et au bonjour 126 -- à la tire et filous 73 -- à la gêne et au flouant 17 Recéleurs nantis d'objets volés 38 Évadés des fers ou des prisons 14 Forçats libérés ayant rompu leur ban 43 Faussaires, escrocs, prévenus d'abus de confiance 46 Vagabonds, voleurs renvoyés de Paris 229 En vertu de mandats de Son Excellence 46 Perquisitions et saisies d'objets volés 39 ---- TOTAL 811

[10] Lorsqu'il était alloué des millions pour les dépenses de la police, on ne conçoit pas que l'on pût recourir à de si pitoyables ressources. Du 20 juillet au 4 août, les jeux tenus sous l'autorisation de M. Delavau rapportèrent une somme de 4,364 fr. 20 cent. C'était l'argent des ouvriers, des apprentifs, auxquels on inoculait ainsi la plus funeste de toutes les passions. On ne croirait pas qu'un fonctionnaire, qu'un magistrat essentiellement religieux, ait pu se prêter à une mesure d'une telle immoralité: qu'on lise cependant la pièce suivante.

PRÉFECTURE DE POLICE.

Paris, le 13 janvier 1823

«Nous, conseiller d'état, préfet de police, etc.,

»Arrêtons ce qui suit:

»A compter de ce jour, les sieurs DRISSENN et RIPAUD, précédemment autorisés à tenir sur la voie publique un jeu de _trou-madame_, feront partie de la brigade particulière de sûreté, sous les ordres du sieur VIDOCQ, chef de cette brigade.

»Ils continueront à tenir ce jeu, mais il leur sera adjoint six autres personnes qui feront également le service d'agents secrets.

»Le conseiller d'état, préfet, etc.

»_Signé_ G. DELAVAU.

»Pour copie conforme, le secrétaire-général,

»L. DEFOUGERES.»

[11] Les bataillons coloniaux, à une époque où la France n'avait plus de colonies, étaient destinés à devenir les égoûts de notre armée de terre. Les officiers de ces corps étaient presque tous de méchants garnements déshonorés par leur inconduite, et moins faits pour porter l'épée que le bâton de l'argousin. Lorsque le despotisme impérial existait dans toute sa vigueur, les bataillons coloniaux se recrutèrent d'une foule de citoyens honorables, militaires ou non, que les Fouché, les Rovigo, les Clarke, immolaient à leurs caprices ou à ceux du maître dont ils étaient les esclaves. Des généraux, des colonels, des adjudants-commandants, des magistrats, des prêtres, furent envoyés comme simples soldats dans les îles de Ré et d'Oléron. La police avait réuni dans cet exil, bon nombre de royalistes et de patriotes à cheveux blancs, qu'elle soumettait à la même discipline que les voleurs réputés incorrigibles. Le commandant Latapie faisait marcher au pas les uns et les autres.

[12] Je mets ce Réglement sous les yeux du lecteur, afin de lui prouver que, sans me mêler de politique, j'avais assez d'occupation.

PRÉFECTURE DE POLICE.

_Réglement pour la brigade particulière de sûreté._

_Art._ I. «La brigade particulière de sûreté se divise en quatre escouades. Chacun des agents commandant une escouade reçoit ses instructions de son chef de brigade, et celui-ci reçoit les notes de surveillance et de recherches du chef de la deuxième division de la préfecture de police, avec lequel il doit se concerter tous les jours, et autant de fois qu'il sera nécessaire pour le maintien de l'ordre et de la sûreté des personnes et des propriétés. Il lui rendra compte, tous les matins, du résultat de la surveillance exercée la veille et pendant la nuit par cette brigade, chaque chef d'escouade devant lui faire son rapport particulier.

II.»Les agents particuliers exerceront une surveillance sévère et active pour prévenir les délits; ils arrêteront, tant sur la voie publique que dans les cabarets et autres lieux semblables, les individus évadés des fers et des prisons; les forçats libérés qui ne pourront leur justifier d'avoir obtenu la permission de résider à Paris; ceux qui ont été renvoyés de la capitale dans leurs foyers pour y rester sous la surveillance de l'autorité locale, conformément au Code pénal, et qui seraient revenus à Paris sans autorisation, ainsi que ceux qu'ils surprendraient en flagrant délit. Ils conduiront ces derniers devant le commissaire de police du quartier, auquel ils feront leur rapport, pour lui faire connaître le motif de l'arrestation des prévenus. En cas d'absence de ce fonctionnaire public, ils les consigneront au poste le plus voisin, et les fouilleront soigneusement devant le commandant du poste, afin qu'ils puissent constater provisoirement la nature des objets trouvés sur eux. Ils demanderont toujours aux délinquants leur demeure, pour la vérifier de suite, et en cas de fausse indication de domicile, ils en feront part au commissaire de police, qui constatera alors leur vagabondage. Ils lui indiqueront aussi les témoins qui pourraient être entendus, et dont ils auront eu soin de se procurer les noms et demeures.

III.»Les agents particuliers de la sûreté ne pourront consigner dans les postes que les individus mentionnés en l'article précédent. Ils ne pourront ensuite les en extraire que sur un ordre écrit de leur chef de brigade, auquel ils sont tenus de rendre compte de leurs opérations, ou en vertu d'un ordre supérieur.

IV.»Les agents de police ne pourront s'introduire dans une maison particulière pour arrêter un prévenu de délit, sans être muni d'un mandat, et sans être accompagnés d'un commissaire de police, s'il y a perquisition à faire au domicile.

V.»Les agents de police devront, en tout temps, marcher isolément, afin de mieux examiner les personnes qui passent sur la voie publique, et ils feront de fréquentes stations dans les carrefours les plus passagers.

VI.»La circonspection, la véracité et la discrétion étant des qualités indispensables pour tout agent de police, ils ne peuvent y manquer sans être sévèrement punis.

VII.»Il est défendu aux agents de police de diriger leur surveillance, soit de jour, soit de nuit, dans un autre quartier de la ville que celui qui leur aura été indiqué par leur chef, à moins d'un événement extraordinaire, qui l'eût exigé, et dont ils rendraient compte.

VIII.»Il est également défendu aux agents de police d'entrer dans les cabarets et autres lieux publics pour s'y attabler et boire avec des femmes publiques ou autres individus susceptibles de les compromettre. Ceux qui se prendraient de boisson, qui entretiendraient des liaisons secrètes et habituelles avec des voleuses ou filles publiques, ou vivraient maritalement avec elles, seront punis sévèrement.

IX.»Le jeu étant celui de tous les vices qui conduit le plus promptement l'homme à commettre des bassesses, il est expressément défendu aux agents de police de s'y livrer. Ceux qui seraient trouvés à jouer de l'argent dans un lieu quelconque, seront sur-le-champ suspendus de leurs fonctions. [A] X.»Les agents de police sont tenus de rendre compte à leur chef de brigade de leur emploi de leur temps.

XI.»La première contravention aux défenses faites dans les articles précédents, sera punie par une retenue de deux journées d'appointement; en cas de récidive, cette retenue sera doublée, sans préjudice d'une punition plus grave, s'il y a lieu.

XII.»Le chef de la brigade est spécialement chargé de veiller à l'exécution du présent réglement. Cette exécution est aussi particulièrement recommandée aux chefs d'escouades qui reçoivent ses ordres, et doivent lui rendre compte, chaque jour, de l'exécution de ceux qu'ils auront reçus de lui, comme de ceux qu'ils auront été à portée de donner eux-mêmes aux agents qu'ils dirigent.

_Fait à la Préfecture de police, le 1818._

_Le Ministre d'État, Préfet de Police_,

_Signé_, COMTE ANGLÈS.

Par Son Excellence,

_Le Secrétaire-général de la Préfecture_,

_Signé_ FORTIS.

Sous M. Delaveau, je voulus ajouter quelques articles à cette charte de la brigade; mais le dévôt préfet, qui couvrait de ses roulettes ambulantes Paris et la banlieue, refusa de donner sa sanction à un réglement dans lequel les jeux étaient anathématisés. J'avais aussi classé parmi les attributions de mes agents, le droit de pourchasser sur le _Quai de l'École_, aux _Champs Élisées_, et dans tous les lieux publics, cette foule de misérables, de tout rang et de tout âge, qui s'abandonnent ou se prostituent à un goût honteux qui semblait avoir émigré avec les jésuites. Je sollicitai souvent la répression de ces désordres, messieurs Delaveau et Duplessis firent constamment la sourde oreille; enfin il me fut impossible de leur faire comprendre; que la loi qui punit les attentats aux moeurs est applicable à messieurs les _trop-philanthropes_, toutes les fois qu'ils ne vont pas chercher les ténèbres _intra-muros_. Je n'ai pas encore pu m'expliquer pourquoi de si hideuses dépravations étaient en quelque sorte privilégiées; peut-être existait-il une secte qui, pour se détacher du monde au moins par un côté, et se soustraire à la plus douce des influences, avait juré haine à la plus belle moitié de l'humaine espèce; peut-être qu'à l'instar de la société des _bonnes lettres_ et de celle des _bonnes études_, il s'était formé une société des _bonnes moeurs_: les moeurs jésuitiques. Je n'en sais rien, mais en peu d'années le mal a fait tant de progrès, que je conseille à nos dames d'y prendre garde; si cela continue, adieu l'empire du cotillon; de robe courte ou longue, les jésuites n'aiment que la leur.

[13] Cette pièce, à laquelle j'en aurais pu joindre beaucoup d'autres, renferme toute ma justification: je la reproduis ici textuellement:

DÉCLARATIONS

_Des nommés Peyois et Lefebure, relatives au sieur Vidocq, faussement accusé d'avoir fourni de l'argent pour acheter une pince, à l'aide de laquelle un vol s'est commis._

(Deuxième division.--Premier bureau.--Nº 70,465.)

«Aujourd'hui treize octobre mil huit cent vingt-trois, à dix heures du matin, nous Guillaume Recodère, maire de la commune de Gentilly, d'après les ordres de M. le conseiller d'état préfet de police, nous sommes transporté en la maison centrale de détention de Bicêtre, où étant, avons fait comparaître par-devant nous, au greffe de ladite prison, André Peyois, détenu par suite d'un jugement qui le condamne à la peine des fers, auquel, après avoir présenté une lettre adressée au chef de la deuxième division de la préfecture de police, commençant par ces mots «_pardonnez à la liberté_, et finissant par ceux-ci «_dont ma mère m'a donné l'avertit_», ladite lettre datée du dix du courant et signée Peyois, avons fait invitation de nous dire s'il la reconnaissait pour avoir été par lui souscrite et signée, et s'il en avouait tout le contenu.