Memoires De Mme La Marquise De La Rochejaquelein Ecrits Par Ell
Chapter 32
Les républicains se plaignaient de toutes ces infractions; les royalistes se plaignaient aussi et alléguaient des représailles; les murmures réciproques exigeaient une explication; et, ils donnèrent matière à de nouvelles conférences qui furent tenues dans les environs de la Jaunaye. Les représentans du peuple n'y vinrent point. L'horizon politique s'obscurcissait; des deux parts on était en défiance et sur ses gardes. Les généraux républicains et royalistes s'entrevirent, mais d'une manière peu franche et très-fugitive. Stofflet était pour lors rallié à Charette; cependant ces deux chefs se haïssaient mutuellement; mais Stofflet ne recommença sa levée de boucliers que lorsque son rival fut accablé. Le fameux Bernier était présent à cette entrevue: il fut chargé de la rédaction de la note que les Vendéens opposaient aux demandes des patriotes. C'était une espèce de déclaration ambiguë et équivoque, témoignage d'un mécontentement caché et d'une rupture prochaine. On se sépara le jour même fort peu contens les uns des autres.
XIV.
La pacification fut rompue par Charette sans dénoncer la trêve, et de la manière la plus brusque. Il tomba à l'improviste sur le poste des Essarts qui était dans une telle confiance, qu'un grand nombre fut surpris jouant à la boule. Ce détachement n'eut pas le temps de se mettre en défense; il fut taillé en pièces avant d'avoir le temps de se reconnaître. Charette y fit des prisonniers, ainsi que dans un autre poste qui fut attaqué le lendemain avec la même brusquerie sur la route de Palluau à la Motte-Achard: ces prisonniers dépassaient le nombre de deux cents.
On arrêta à la même époque une escouade de cavalerie qui passait près de Belleville et se rendait à Palluau. Elle était composée d'une trentaine d'hommes et d'un officier.
Cette reprise des hostilités était évidemment concertée avec la descente de Quiberon. Les instigations pressantes des princes avaient rejeté Charette dans les chances de la guerre; la trahison exercée sur les prisonniers émigrés faits dans cette fatale expédition détermina sans doute l'affreuse représaille qu'il exerça sur les siens. Ces malheureux, au nombre de plus de cent, furent emmenés dans un bois peu distant de Belleville et assommés à coups de bâtons et de pieux par les soldats qui formaient la garde de Charette. Ces cannibales revinrent de cette sanglante exécution en portant comme un trophée les dépouilles sanglantes de leurs victimes: le reste fut fusillé dans la cour de la prison, et ces deux horribles scènes se passèrent un dimanche, au moment où Charette, accompagné d'une partie de sa troupe, entendait la messe. La fusillade avait lieu dans le château de Belleville, et ainsi les cris des mourans et des assassins se mêlaient aux chants que l'on entonnait à la louange de la Divinité.
Depuis ce moment, la guerre civile reprit son ancien caractère de fureur et d'acharnement; mais elle se fit sans succès par les insurgés. Ceux-ci allèrent chercher les munitions et les effets d'équipement que les Anglais débarquèrent sur la côte de Saint-Jean-de-Mont; Ce secours était peu considérable; le présent, de la part d'une puissance, était plus que mesquin; l'on disait que c'étaient quelques débris sauvés de la catastrophe de Quiberon; les munitions et objets débarqués ne valaient peut-être pas vingt mille écus.
Cette expédition eut lieu vers la fin de l'été; et loin que quelques mois s'écoulassent entre cet événement et la reprise des opérations militaires, Charette ne jouit que d'un repos fort court: dès la mi-septembre, les colonnes républicaines, conduites par le général Hoche en personne, s'avançaient de plusieurs points sur Belleville; il voulut dissiper les illusions de son armée, en lui faisant toucher, pour ainsi dire, ce boulevard du royalisme, qu'elle s'imaginait être un lieu fortifié par l'art et la nature. Peut-être croyait-il lui-même que Charette l'y attendrait, et terminer la guerre dans une seule bataille. Il ne se présentait point avec des forces considérables; il n'avait avec lui que cinq à six mille hommes; mais Charette décampa à son approche; et il n'eût point accepté le combat, quand même son ennemi eût été deux fois moins nombreux.
L'armée insurgée avait perdu tout son ressort, l'enthousiasme que lui avaient donné ses succès inespérés, et le sentiment de désespoir qui les lui avait fait obtenir. Les propriétaires, les simples cultivateurs avaient goûté les douceurs de la paix; ils avaient repris pendant quelque temps leurs travaux et leurs paisibles habitudes; cet état de tranquillité leur avait offert de nouveaux charmes, lorsqu'ils songeaient aux périls de leur condition passée; leur répugnance et leur chagrin à se voir engagés dans une lutte aussi périlleuse, avaient éclaté dès les premiers momens qu'ils avaient été contraints de rejoindre leurs drapeaux: ces sentimens étaient fortement gravés sur leurs visages, et la terreur seule en avait comprimé l'essor.
XV.
Le général Hoche ne fit qu'une promenade militaire. Ayant manqué son ennemi à Belleville, il revint précipitamment sur ses pas, et il mit aussitôt à exécution le plan de campagne qu'il avait médité, et dont le succès était infaillible pour soumettre la Vendée sans résistance et sans effusion de sang. Il revint à la limite du pays insurgé, en débouchant de Nantes, et il établit une ligne le postes assez serrés pour contenir le canton qu'ils occupaient, et empêcher que Charette n'inquiétât ses derrières assez nombreux, en même temps pour ne pas craindre qu'ils fussent délogés à force ouverte. Des ouvertures pacifiques étaient faites à tous les habitans indistinctement; des proclamations conciliantes étaient répandues avec provision; les principaux propriétaires étaient reçus avec cordialité par les commandans; on leur donnait toutes les sauve-gardes qu'ils pouvaient désirer; les prêtres témoignaient-ils quelque méfiance sur la sincérité de nos promesses et sur le maintien de la liberté du culte, le général Hoche répondait _qu'ils pouvaient venir célébrer la messe dans sa chambre_.
Chaque poste procédait ensuite, dans le rayon qu'il occupait, au désarmement des gens suspects ou qui ne présentaient pas une garantie suffisante; des permis de port-d'armes étaient délivrés aux propriétaires honnêtes et sur lesquels on pouvait compter. Cette opération achevée sur toute la ligne, les postes étaient établis en avant sur une autre ligne, et à une distance de la première qui permettait l'exécution des mêmes mesures. Par ce moyen Charette était resserré chaque jour de plus en plus, le nombre de ses soldats diminuait, et sa faiblesse réelle sautait aux yeux de ses partisans.
Le général républicain avait surtout recommandé à ses généraux de ne pas risquer le moindre engagement où l'avantage pût être balancé; il voulait prévenir l'engouement et les reviremens qu'auraient entraînés quelques succès. Ces incidens pouvaient encore séduire les esprits, et retarder l'oeuvre de la pacification. Aussi le général Gratien fut-il fortement blâmé pour avoir exposé à quelque distance de Rochesaviré un détachement qui fut défait une première fois, et qu'il rétablit au même endroit, en bravant un second échec. Ce fut là le dernier avantage que Charette remporta sur une poignée d hommes, et il y perdit un de ses meilleurs officiers, le jeune La Roberie, dont la bravoure téméraire était merveilleuse pour ranimer les courages refroidis et rebutés à cette époque.
Quelque temps auparavant, immédiatement après sa sortie de Belleville devant Hoche, au combat de Saint-Cyr, et en voulant forcer un faible détachement retranché dans une église, Charette avait perdu Guérin l'aîné, son meilleur chef de division, celui qui connaissait le mieux la tactique de cette nature de guerre. Les républicains suivirent sans interruption celle prescrite par le général Hoche qui dirigeait toutes les opérations de son quartier-général de Nantes ou de Montaigne où il se trouvait quelquefois.
On ne poursuivait point Charette avec vivacité, le pays était seulement traversé par de petits corps de cavalerie pour empêcher la réunion des Vendéens. On pacifiait successivement; on enlevait les armes, et chaque jour le cercle où Charette végétait était resserré. Ce ne fut que lorsqu'il fut très-étroit, même lorsque presque toutes les communes furent soumises, que ce chef royaliste fut suivi sans relâche et à la piste; et encore eût-il facilement échappé à ces recherches, si son grand coeur eût pu le résoudre à se cacher.
XVI.
Il y eut réellement une négociation entamée entre Charette et le général Gratien, pour qu'il fût permis au premier de sortir de France et de se retirer chez l'étranger. L'entremetteur de cette affaire était le sieur Guesdon, curé de la Rabatelière. On ne dira point si le général républicain lui offrait, avec la liberté de ce passage, une somme considérable; mais il lui était accordé d'emmener avec lui tous les officiers de son parti qui auraient suspecté la sincérité de la pacification, et préféré de partager sa fortune; la défiance empêcha que cette négociation fût conduite à sa fin; on appréhenda que ces propositions ne fussent qu'un leurre employé pour saisir les restes du parti insurgé. Charette était d'un caractère fort soupçonneux, et dans un moment aussi critique les individus qui l'entouraient n'étaient pas moins ombrageux que lui; on croit même que cette liberté de sortir n'était pas illimitée, et qu'on refusait d'y comprendre les déserteurs républicains qui faisaient la principale force du dernier noyau royaliste. Cette restriction eût donc été suffisante pour faire rompre la négociation et ne laisser à Charette que des résolutions désespérées.
Cette affaire délicate fut terminée d'une manière atroce, et peut-être ce dénoûment affreux contribua à aggraver les périls de Charette, et à augmenter autour de sa personne le nombre de ceux qui le trahirent. Quelques jours après la rupture de la négociation, le malheureux curé de la Rabatelière et ses deux domestiques furent arrachés, au milieu de la nuit, de leurs lits, et égorgés à quelque distance du presbytère: cette catastrophe glaça tous les esprits que la pacification, qui s'avançait, ramenait insensiblement aux principes d'humanité; elle fut uniquement imputée aux royalistes: on y reconnut les traits d'une horrible vengeance dans la supposition ombrageuse que les patriotes voulaient tromper les chefs insurgés par la promesse d'un passage en Angleterre, et que le bon curé n'était que l'instrument odieux de cette supercherie.
Ce crime fut le prélude de quelques autres plus obscurs, mais non moins détestables. Charette poursuivi à outrance, ne pouvant plus dérober le secret de sa fuite, s'imaginait être trahi à chaque pas; ses soupçons n'étaient pas chimériques, mais il était malaisé de les fixer avec raison sur tel ou tel individu; cette obscurité qu'un homme équitable devait percer, n'empêcha pas que quelques victimes fussent sacrifiées à la fureur de son escorte; dès-lors il n'y eut plus de sûreté pour lui, et de véritables traîtres naquirent du danger imminent qu'il y avait d'être désigné pour tel.
D'un autre côté, les patriotes purent recourir à des travestissemens impraticables, lorsque le pays était franchement insurgé. Quelques-uns se déguisèrent à cette époque sous des habits de paysan, et parcourant le canton où l'on était persuadé que Charette rodait, ils s'informaient des enfans qui gardaient les troupeaux et même des cultivateurs qui travaillaient dans leurs champs, de l'endroit où ce général pouvait s'être réfugié; ils feignaient le plus grand dévouement pour lui et annonçaient qu'ils allaient le rejoindre; ces sentimens avaient l'apparence de la bonne foi, le vêtement de ces espions le confirmait, et ils parvenaient ainsi à connaître la retraite de leur ennemi: c'est de cette manière perfide, dit-on, qu'on découvrit son dernier gîte et qu'il tomba aux mains des patriotes.
Mais il est certain qu'aucun de ses officiers n'accompagnait le général Travot, lorsqu'il se saisit du chef royaliste. Il n'y eut que la Roberie qui a eu la faiblesse, pour ne pas dire l'indignité de se rendre aux instances des républicains et de marcher _une fois_ avec eux, en arborant un panache tricolore; mais ce fut aussitôt après sa soumission, quelques mois avant la prise de Charette, qu'il se souilla de cette action qui excita l'indignation des royalistes pacifiés et le mépris des républicains même qui la provoquèrent. Travot était simplement accompagné et guidé par un certain nombre de réfugiés, et ce furent ceux-ci qui employèrent la ressource peu noble des travestissemens et de l'espionnage.
XVII.
Charette fut admirable dans ses derniers momens et dans les circonstances difficiles qui précédèrent sa dernière défaite: ceux de ses officiers qui échappèrent à cette catastrophe et qui l'avaient accompagné au milieu de tous les périls, n'en parlaient que dans les termes les plus pompeux et les plus touchans. Calme dans le danger, résigné dans la mauvaise fortune, il savait dans les situations les plus critiques relever les espérances de son parti, soutenir le courage de ses soldats, et leur faire supporter gaiement toutes les privations auxquelles il se soumettait le premier; il était sobre et tempérant; on ne pouvait que lui reprocher son amour pour les femmes, et encore n'avaient-elles pas su triompher pleinement de son insouciance habituelle; c'était plutôt chez lui un penchant qu'une passion: il déploya dans les derniers instans de sa vie, comme dans le cours de ses revers, une constance, une fermeté et une patience à toute épreuve; et sans doute il mériterait de s'asseoir à côté des preux chevaliers qui ont ennobli nos annales, si une arrogante fatuité dans la prospérité, une légèreté et une insouciance qui lui firent manquer de belles occasions, et surtout un penchant à la vengeance et à la cruauté, n'avaient terni d'aussi belles qualités.
Charette était d'une haute stature, mais un peu grêle; il avait les traits et la physionomie délicats et peut-être même efféminés, le son de sa voix n'était pas mâle, et sa prononciation était maniérée; mais un regard vif et perçant et une expression de noblesse et de fierté répandue sur sa figure témoignaient qu'il était né pour commander.
Son insouciance parut dans tout son jour pendant l'armistice. On ne le voyait plus alors avec le prestige de ses opérations militaires; il pouvait profiter de la liberté des communications que cet événement avait rouvertes pour ménager des intelligences avec les chefs royalistes de la Bretagne et de la Normandie, et combiner des plans qui eussent embrassé une grande étendue de territoire; il devait sur tout former un parti au sein de la capitale, afin de seconder et tourner à l'avantage de son parti les événemens importans qui se passèrent depuis la pacification jusqu'au 13 vendémiaire. La faiblesse et l'ineptie du gouvernement d'alors laissaient une vaste carrière à ses projets et à son ambition, et l'on ne saurait calculer à quel degré il lui était permis de les élever, lorsqu'on songe qu'il avait paru assez redoutable pour qu'on traitât avec lui de puissance à puissance. C'est cette considération et cet ascendant inconcevable qu'il lui aurait fallu soutenir, et qui étaient de nature à lui préparer le rôle le plus brillant dans les destinées de sa patrie.
FIN DES ÉCLAIRCISSEMENS HISTORIQUES
TABLE.
Chapitre Ier.--Ma naissance.--Coalition du Poitou.--Mon mariage.--Ordre de rester à Paris.--Époque qui précéda le 10 août 1792.
Chap. II.--Le 10 août.--Fuite de Paris.
Chap. III.--Description du Bocage.--Moeurs des habitans--Premiers effets de la révolution.--Insurrection du mois d'août 1792.--Époque qui précéda la guerre de la Vendée.
Chap. IV.--Commencement de la guerre.--Départ de.
Chap. V.--Retraite de l'armée d'Anjou.--Avantage remporté aux Aubiers par M. de La Rochejaquelein.--L'armée d'Anjou répare ses pertes.--Massacres à Bressuire--Les républicains abandonnent la ville.--Arrivée de M. de La Rochejaquelein à Clisson.
Chap. VI.--Les Vendéens occupent Bressuire.--Tableau de l'armée royaliste.
Chap. VII.--Prise de Thouars, de Parthenay et de la Châtaigneraye.--Défaite de Fontenay.--Prise de Fontenay.
Chap. VIII.--Formation du conseil supérieur.--Victoires de Vihiers, de Doué, de Montreuil.--Prise de Saumur.
Chap. IX.--Occupation d'Angers.--Attaque de Nantes.--Retraite de Parthenay.--Combat du bois du Moulin-aux-Chèvres.
Chap. X.--Reprise de Châtillon.--Combats de Martigné et de Vihiers.--Élection de M. d'Elbée.--Attaque de.
Chap XI.--Arrivée de M. Tinténiac.--Seconde bataille.
Chap. XII.--Combats de la Roche-d'Érigné, de Martigné, de Doué, de Thouars, de Coron, de Beaulieu, de Torfou. de Montaigu, de Saint-Fulgent.--Attaque du convoi de Clisson.
Chap. XIII.--Combat du Moulin-aux-Chèvres.--Reprise de Châtillon.--Batailles de la Tremblaye et de Chollet.
Chap. XIV.--Passage de la Loire.--Marche par Ingrande, Candé, Château-Gonthier et Laval.
Chap. XV.--Combats entre Laval et Château-Gonthier.--Route par Mayenne, Ernée et Fougères.--Mort de M. de Lescure.
Chap. XVI.--Arrivée de deux émigrés envoyés d'Angleterre.--Route par Pontorson et Avranches.--Siège de Granville.--Retour par Avranches, Pontorson et Dol.
Chap. XVII.--Bataille de Dol.--Marche par Antrain, Fougères et la Flèche.--Siège d'Angers.
Chap. XVIII.--Retour à la Flèche.--Déroute du Mans.
Chap. XIX.--Tentative pour repasser la Loire.--Déroute de Savenay.--Dispersion de l'armée.
Chap. XX.--Hospitalité courageuse des Bretons.--Hiver de 1793 et 1794.
Chap. XXI.--Séjour au château du Dréneuf.
Chap. XXII.--L'amnistie.--Détails sur les Vendéens fugitifs.
Chap. XXIII.--Détails sur les Vendéens qui avaient continué la guerre.--Retour à Bordeaux.
Supplément.
Pièces officielles.
Avertissement de l'éditeur.
Éclaircissemens historiques.
FIN DE LA TABLE.
[Note du transcripteur: Information non pertinente reportée du début du document source.]
COLLECTION DES MÉMOIRES RELATIFS A LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. IMPRIMERIE DE J. TASTU, RUE DE VAUGIRARD, N° 36.
PARIS. BAUDOUIN FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS. RUE DE VAUGIRARD, N° 36.
1823.
MÉMOIRES DE Mme LA MARQUISE DE BONCHAMPS, ET DE Mme LA MARQUISE DE LA ROCHEJAQUELEIN.
MÉMOIRES DE MADAME LA MARQUISE DE BONCHAMPS, RÉDIGÉS PAR Mme LA COMTESSE DE GENLIS; SUIVIS DES PIECES JUSTIFICATIVES.
Quiconque est zélé pour la loi, et veut demeurer ferme dans l'alliance du Seigneur, me suive. (_Machabées_, L. I, c. 2, v. 27)
Souvenez-vous des oeuvres qu'ont faites vos ancêtres chacun dans leur temps, et vous recevrez une grande gloire et un nom éternel. (_Machabées_, L I. c. 2. v. 51.)
AVIS IMPORTANT DES LIBRAIRES-ÉDITEURS.
Nous publions à la fois dans ce volume et les Mémoires _inédits_ de madame la marquise de Bonchamps, veuve de l'un des guerriers qui ont le plus illustré la cause royale, et les Mémoires de madame la marquise de La Roche-jaquelein, dont le premier mari, M. de Lescure, combattit avec tant d'éclat pour la même cause. Cette double publication répond aux hommes qui voudraient nous contester le mérite d'une exacte impartialité, ainsi qu'à ceux qui semblaient s'annoncer comme seuls propriétaires de plusieurs écrits précédemment, publiés sur la révolution. Nous concevons fort, bien que le succès toujours croissant d'une Collection qui compte déjà plus de deux mille souscripteurs, puisse-exciter quelque rivalité: quant à la concurrence, nous n'en redoutons aucune; mais pour prémunir nos souscripteurs contre l'inconvénient d'acheter des ouvrages qui, depuis long-temps imprimés, ne sont ni du même format, ni du même caractère que le nôtre, nous les prévenons que nos mesures sont prises pour donner dans cette Collection tous les Mémoires, soit déjà connus, soit inédits, qui peuvent avoir un véritable intérêt pour l'Histoire. A quelques sacrifices que nous soyons entraînés dans cette vue, nous croyons les devoir à l'importance de l'entreprise dont nous nous occupons, ainsi qu'à l'accueil bienveillant qu'elle a reçu du public.
AVERTISSEMENT DE MADAME LA COMTESSE DE GENLIS.
Ces Mémoires furent entièrement terminés et donnés à M. le comte Arthur de Bouillé sur la fin du mois d'octobre 1821. Je croyois qu'ils seroient livrés sur-le-champ à l'impression, et j'avois quitté, pour les finir promptement, l'ouvrage intitulé _les Dîners du Baron d'Holbach_. M. de Bouillé eut en effet l'intention, comme il me l'avoit dit, de faire paraître ces Mémoires au mois de décembre prochain de cette même année 1821; mais il fut obligé de partir pour l'Auvergne; il comptait n'y rester que trois semaines; des affaires importantes le forcèrent d'y passer dix-huit mois, et les Mémoires restèrent dans son porte-feuille; leur rédaction précipitée m'avoit extrêmement fatiguée, car elle exigeoit un travail sans relâche, et j'avois cru devoir lire tous les ouvrages historiques relatifs à la Vendée. J'eus une fièvre cérébrale: à peine convalescente, j'achevai _les Dîners du Baron d'Holbach_. J'avais conservé un double de ma préface, que je lus à quelques amis; et comme il n'était plus question de l'impression des Mémoires, ils me conseillèrent, d'insérer le petit morceau sur le royalisme dans _les Dîners du Baron_, ce que j'ai fait, et ce qui tient tout au plus deux pages[1]. J'ai pensé qu'en faveur du sujet, on pouvoit se permettre cette petite et seule répétition.
[Note 1: Ces deux pages se trouvent sous une autre forme (en dialogue) dans _les Dîners_.]