Memoires De Marmontel Volume 2 Of 3 Memoires D Un Pere Pour Ser

Chapter 22

Chapter 223,743 wordsPublic domain

Figurez-vous quel fut pour moi le travail de son instruction: vers par vers, presque mot pour mot, il falloit lui tout expliquer; et, lorsqu'il avoit bien saisi le sens d'un morceau, je le lui déclamois, en marquant bien l'accent, la prosodie, la cadence des vers, les repos, les demi-repos, les articulations de la phrase; il m'écoutoit avidement, et j'avois le plaisir de voir que ce qu'il avoit entendu étoit fidèlement noté. L'accent de la langue et le nombre frappoient si juste cette excellente oreille que presque jamais, dans sa musique, ni l'un ni l'autre n'étoient altérés. Il avoit, pour saisir les plus délicates inflexions de la voix, une sensibilité si prompte qu'il exprimoit jusqu'aux nuances les plus fines du sentiment.

C'étoit pour moi un plaisir inexprimable de voir s'exercer sous mes yeux un art, ou plutôt un génie dont jusque-là je n'avois eu aucune idée. Son harmonie étoit dans sa tête. Son orchestre et tous les effets qu'il produiroit lui étoient présens. Il écrivoit son chant d'un trait de plume; et, lorsque le dessein en étoit tracé, il remplissoit toutes les parties des instrumens ou de la voix, distribuant les traits de mélodie et d'harmonie ainsi qu'un peintre habile auroit distribué sur la toile les couleurs et les ombres pour en composer son tableau. Ce travail achevé, il ouvroit son clavecin, qui jusque-là lui avoit servi de table; et j'entendois alors un air, un duo, un choeur complet dans toutes ses parties, avec une vérité d'expression, une intelligence, un ensemble, une magie dans les accords, qui ravissoient l'oreille et l'âme.

Ce fut là que je reconnus l'homme que je cherchois, l'homme qui possédoit son art et le maîtrisoit à son gré; et c'est ainsi que fut composée cette musique de_ Roland_, qui, en dépit de la cabale, eut le plus éclatant succès.

En attendant, et à mesure que l'ouvrage avançoit, les zélés amateurs de la bonne musique, à la tête desquels étoient l'ambassadeur de Naples et celui de Suède, se rallioient autour du clavecin de Piccini pour entendre tous les jours quelque scène nouvelle; et tous les jours ces jouissances me dédommageoient de mes peines.

Parmi ces amateurs de la musique se distinguoient MM. Morellet, mes amis personnels, et les amis les plus officieux que Piccini eût trouvés en France. C'étoit par eux qu'en arrivant il avoit été accueilli, logé, meublé, pourvu des premiers besoins de la vie. Ils n'y épargnoient rien, et leur maison étoit la sienne. J'aimois à croire que de nous voir associés ensemble, c'étoit pour eux un motif de plus de l'intérêt qu'ils prenoient à lui; et, entre eux et moi, cet objet d'affection commune étoit pour l'amitié un nouvel aliment.

L'abbé Morellet et moi n'avions cessé de vivre depuis vingt ans dans les mêmes sociétés, souvent opposés d'opinions, toujours d'accord de sentimens et de principes, et pleins d'estime l'un pour l'autre. Dans nos disputes les plus vives, jamais on n'avoit vu se mêler aucun trait, ni d'amertume, ni d'aigreur. Sans nous flatter, nous nous aimions.

Son frère, qui, nouvellement arrivé d'Italie, étoit pour moi un ami tout récent, m'avoit gagné le coeur par sa droiture et sa franchise. Ils vivoient ensemble, et leur soeur, veuve de M. Leyrin de Montigny, venoit de Lyon, avec sa jeune fille, embellir leur société.

L'abbé, qui m'avoit annoncé le bonheur qu'ils alloient avoir d'être réunis en famille, m'écrivit un jour: «Mon ami, c'est demain qu'arrivent nos femmes, venez nous aider, je vous prie, à les bien recevoir.»

Ici ma destinée va prendre une face nouvelle; et c'est de ce billet que date le bonheur vertueux et inaltérable qui m'attendoit dans ma vieillesse, et dont je jouis depuis vingt ans.

NOTES

[1: Jean-Ignace de La Ville, né en 1701, mort le 15 avril 1774, évêque _in partibus_ de Triconie, abbé commendataire de Saint-Quentin-lès-Beauvais et de Lessay, ancien ministre du roi près des Provinces-Unies, directeur général du département des affaires étrangères, élu en 1746 membre de l'Académie française, en remplacement de Mongin, évêque de Bazas. Il eut Suard pour successeur.]

[2: Un _Noël_ satirique, attribué au chevalier de l'Isle, et imprimé dans les _Mémoires secrets_ à la date du 31 décembre 1763, renferme sur Dubois le couplet suivant:

_Un homme d'importance, C'étoit monsieur Dubois, Tout bouffi d'arrogance Dit en haussant la voix: «De ma visite ici, Seigneur, tenez-moi compte, Car à ma porte plus d'un grand Vient se morfondre en attendant, Sans en rougir de honte!»_ ]

[3: Jules-David Cromot du Bourg, conseiller d'État et surintendant de la maison de Monsieur, comte de Provence, père de Cromot de Fougy, qui lui succéda dans ses charges.]

[4: Marie-Catherine-Irène du Buisson de Longpré, femme de Charles-François Filleul, écuyer, secrétaire du roi, mère de Mme de Marigny, dont Louis XV serait, dit-on, le père (Ch. Nauroy, _le Curieux_, tome II, p. 177 et 205), et de Mme de Flahaut, qui fut mariée en secondes noces au comte de Souza.]

[6: Je n'ai pu retrouver nulle part de renseignements précis sur ce personnage, dont la famille était peut-être alliée à celle d'un M. de Maleseigne, chargé de réprimer, en 1790, les troubles de Nancy, et dont la famille était originaire de la Franche-Comté.]

[7: Élisabeth de Varanchan avait épousé, à Versailles, le 22 septembre 1751, Geoffroy Chalut de Vérin, écuyer, trésorier de Madame la Dauphine. (_Mercure de France_, décembre 1751, 2e vol., p. 201.)]

[8: Marie-Thérèse-Antoinette-Raphaëlle, infante d'Espagne, fille de Philippe V, née le 11 juin 1726, morte le 22 juillet 1746.]

[9: Marie-Josèphe de Saxe, fille d'Auguste II, électeur de Saxe et roi de Pologne, née le 4 novembre 1741, morte le 13 mars 1767.]

[10: _Vers sur la maladie et la convalescence de Monseigneur le Dauphin_, par M. Marmontel: Paris, Sébastien Jorry, 1752, in-4°, 21 p.; p. 15, envoi à M. Chalut de Vérin, trésorier général de Madame la Dauphine. Le permis d'imprimer est signé par Crébillon père, comme censeur.]

[11: _Essai sur l'amélioration des terres_: Paris, Durand, 1758, in-12, 3 pl. L'_Épître dédicatoire_, signée Pattulo, est ornée d'un fleuron aux armes de Mme de Pompadour, gravé par Patte.]

[12: Élisabeth-Charlotte Huguet de Sémonville, veuve du comte d'Estrades, tué à la bataille de Dettingen, le 19 juillet 1743, fils de Charlotte Lenormand, soeur de Lenormand d'Étioles et de Lenormand de Tournehem. Mme d'Estrades se remaria à Séguier, comte de Saint-Brisson.]

[13: François-Martial, comte de Choiseul-Beaupré, cousin germain de M. de Stainviile (plus tard premier ministre), marié le 27 avril 1751 à Charlotte-Rosalie de Romanet, nièce de Mme d'Estrades. À l'occasion de ce mariage, Choiseul-Beaupré fut honoré du titre de menin honoraire du Dauphin et sa femme de dame surnuméraire de Mesdames. Elle mourut à vingt ans, le 2 juin 1753. Choiseul-Beaupré épousa, au mois d'avril 1756, Mlle Thiroux de Mauregard, soeur de Mme de Pracomtal.]

[14: Élisabeth-Josèphe de Laborde, née en 1731, mariée en 1747 à Gérard Binet, baron de Marchais, gouverneur du Louvre, maîtresse de Ch.-Claude de Flahaut de La Billarderie, comte d'Angiviller, qu'elle épousa en 1781, morte à Versailles le 14 mars 1808. D'Angiviller s'éteignit, dit-on, dans un couvent d'Allemagne, en 1810.]

[15: Jean-Potentien d'Arboulin, administrateur général des postes de 1759 à 1777, secrétaire du cabinet du roi en 1769, mort le 25 décembre 1784. Il était oncle des deux Bougainville. Les Mémoires de Mme du Hausset et de Dufort de Cheverny renferment quelques particularités sur ce personnage, que Mme de Pompadour appelait familièrement _Boubou_.]

[16: Suivant Bernis lui-même (_Mémoires inédits_, publiés par M. Frédéric Masson, Plon, 1878, 2 vol. in-8), le mot fut dit en 1741 au cardinal de Fleury, qui le trouva plaisant et qui le répéta.]

[17: Bernis était chanoine du chapitre de Brioude depuis 1739. Quant au bénéfice simple que Marmontel place à Boulogne-sur-Mer, il y a certainement confusion avec celui que Bernis obtint en 1749 en Bretagne, dit-il, sans le désigner autrement. Il fut de plus pourvu, en 1755, de l'abbaye de Saint-Arnould de Metz.]

[18: Selon M. Masson, Bernis occupa au Louvre, de 1746 à 1751, un logement dont l'emplacement n'est pas déterminé, et reçut, en février 1757, celui du comte d'Argenson.]

[19: Il fallait, pour être admis dans ce chapitre, faire la preuve de seize quartiers de noblesse d'épée. La promotion de Bernis est relatée dans la _Gazette de France_ du 19 avril 1748.]

[20: Les insignes des comtes de Lyon consistaient en une croix à huit pointes émaillées de blanc et bordées d'or, suspendue à un cordon rouge liséré de bleu.]

[21: Marie-Sophie de Courcillon de Dangeau, née le 6 août 1713, morte le 4 avril 1756, mariée en premières noces (1729) à François d'Albert d'Ailly, duc de Pecquigny, et en 1732 à Hercule-Mériadec de Rohan, duc de Rohan-Rohan, prince de Soubise et de Maubuisson (1669-1746). M. Masson, à qui j'emprunte cette note, ajoute que l'on conserve dans la famille de Bernis, au château de Salgas (Lozère), un beau portrait de la duchesse de Rohan peint par Nattier.]

[22: Le 31 octobre 1751.]

[23: Le 1er mai 1756.]

[24: Le 29 juin 1757.]

[25: Le 2 octobre 1758.]

[26: _Épître à Son Excellence M. l'abbé comte de Bernis, ambassadeur auprès de Leurs Majestés Impériales, sur la conduite respective de la France et de l'Angleterre_, par M. Marmontel. Paris, Cl. Hérissant, 1756, in-8°, 1 f. et 18 p.

«Il y a beaucoup de beaux vers dans cet ouvrage, écrit le duc de Luynes (17 septembre 1756). La conduite des Anglois y est bien dépeinte. On a remarqué que l'auteur auroit pu parler de M. de La Galissonnière.»]

[27: Le texte de ce manifeste avait été rédigé par le comte de Hertzberg, ministre d'État de Frédéric II. Il a été réimprimé dans le tome Ier du _Recueil des déductions, manifestes, déclarations, traités et autres actes et écrits publics qui ont été rédigés et publiés pour la cour de Prusse_, par ce même ministre (Berlin, 1790, 3 vol. in-8). Il y porte le titre suivant: _Mémoire raisonné sur la conduite des cours de Vienne et de Saxe et sur leurs desseins dangereux contre Sa Majesté le roi de Prusse, avec les pièces originales et justificatives qui en fournissoient les preuves_ (Berlin, 1756). Selon une note de l'éditeur, Frédéric aurait ajouté de sa main sur le titre le mot _raisonné_.]

[28: Malgré les plus diligentes recherches, il n'a pas été possible de retrouver le titre exact de ce mémorandum qui manque aux archives des Affaires étrangères et dont aucun autre contemporain n'a parlé. Il n'est pas trace non plus de la date d'impression dans les papiers de la Direction de la librairie, appartenant aujourd'hui à la Bibliothèque nationale.]

[29: Armand Baschet, en citant ce passage (_Histoire du dépôt des archives des Affaires étrangères_, p. 308), a fait observer que, durant son court passage au ministère, Bernis eut à se débattre au milieu des conjonctures les plus graves, et qui suffiraient à excuser l'indifférence dont se plaint Marmontel.]

[30: La réplique est citée en termes presque identiques dans la _Correspondance littéraire_ de Grimm (éd. Garnier frères, tome VI, p. 64) et dans un des passages les plus connus des _Mémoires_ de Mme d'Épinay, le récit, authentique ou supposé, de son second souper chez Mlle Quinault (1re partie, chap. VIII); là, les interlocuteurs sont Rousseau et un médecin désigné sous ce sobriquet d'_Akakia_ que les plaisanteries de Voltaire sur Maupertuis avaient mis à la mode. Que faut-il en conclure? Non pas que le mot de Malouin a été inventé, mais que Marmontel, comme Mme d'Épinay, a cédé au plaisir de conserver une repartie qu'ils n'avaient peut-être entendue ni l'un ni l'autre.]

[31: Charles-Antoine Le Clerc de La Bruère, né à Crépy-en-Valois en 1714, mort à Rome en 1754, secrétaire du duc de Nivernais, ambassadeur de France, qui l'avait, en raison de son humeur, surnommé _Malagrazia_, disgracieux. (Lucien Perey, _Un petit-neveu de Mazarin_, C. Lévy, 1890, in-8.)]

[32: À cause de son roman satirique et allégorique: _les Amours de Zéokinizul_ (Louis XV), _roi des Kofirans_ (François), 1740; souvent réimprimé au siècle dernier.]

[33: Le brevet en faveur de Louis de Boissy, daté du 12 octobre 1754, est transcrit dans les registres du secrétariat de la Maison du roi (Archives nationales, Oi 98, folios 314-317), et renferme la liste des pensions que le titulaire devait servir à partir du 1er janvier 1755, savoir: 2,000 livres à Cahusac, auquel elles étaient accordées depuis 1744 «en considération de ses services et de ses travaux littéraires»; 2,000 livres à l'abbé Raynal, «chargé de la composition du _Mercure_ depuis plusieurs années et qui a perfectionné cet ouvrage par son attention et son travail»; 2,000 livres à M. de Lironcourt, «ci-devant consul de France au Caire, et que S. M., satisfaite de ses services, a nommé au consulat de Lisbonne»; 2,000 livres à Ph. Bridard de La Garde; 1,200 livres à Piron; 1,200 livres à Marmontel; 1,200 livres à Séran de La Tour; 1,200 livres au chevalier de La Négerie, frère de feu M. de La Bruère. Faut-il supposer, comme Marmontel le dit quelques lignes plus bas, qu'il avait été oublié dans une première distribution et que son nom fut rajouté à la liste définitive?]

[34: Le texte du brevet délivré à Marmontel, le 27 avril 1758, figure, comme celui de L. de Boissy, dans les registres du secrétariat de la Maison du roi (Oi 102, folios 231-235). Les pensions de Cahusac, de Raynal, de Bridard de La Garde, de Séran de La Tour et de La Négerie, y sont maintenues au même taux, mais celle de Piron est portée à 1,800 livres, et celle de M. de Lironcourt avait été attribuée, par un brevet du 19 mai 1755, à Mlle de Lussan. Marmontel avait en outre à servir 2,400 livres à la veuve de Boissy et à son fils, 2,000 livres à Crébillon père, 2,000 livres à Gresset, 1,500 livres à Saint-Foix et 1,200 livres à Saint-Germain. Le 30 juillet suivant, sur la pension de Mlle de Lussan qui venait de mourir, deux autres brevets de 200 et de 800 livres furent attribués à l'abbé Guiroy «pour récompenser le zèle qu'il a fait paraître dans différents ouvrages littéraires», restés aussi inconnus que l'auteur à tous les bibliographes.]

[35: Julien-David Le Roy (1724-1803), quatrième fils du célèbre horloger Julien Le Roy, auteur, entre autres ouvrages, des _Ruines des plus beaux monuments de la Grèce_ (1758, in-folio, 60 pl., ou 1770, in-folio, 71 pl.).]

[36: _La Dissertation sur l'effet de la lumière dans les ombres relativement à la peinture_, par M. C***, ornée d'une charmante planche dessinée et gravée par l'auteur, a été imprimée avec pagination continue et jointe au volume intitulé: _Recueil de quelques pièces concernant les arts, extraites de plusieurs Mercures de France_. Paris, Ch.-A. Jombert, 1757, in-12. La seconde dissertation ne semble pas avoir été tirée à part, ni réimprimée.]

[37: Ce compte rendu parut dans le _Mercure_ d'octobre 1759, 1er volume, p. 183-192.]

[38: _Éloge de Maurice, comte de Saxe, duc de Sémigalle et de Courlande, maréchal général des armées de S. M. T. C. Discours qui a remporté le prix de l'Académie françoise en 1759_, par M. Thomas, professeur en l'Université de Paris au collège de Beauvais. Paris, B. Brunet, 1759, in-8°, 1 f. et 42 p.]

[39: _Portrait de Mme Geoffrin_, par M. L. M. (l'abbé Morellet). Amsterdam et Paris, Pissot, 1778, in-8°. Réimp. en 1812, avec la _Lettre_ et l'_Éloge_ que d'Alembert et Thomas ont également écrits en l'honneur de leur bienfaitrice.]

[40: Le P. Dominique Parrenin (1655-1742) avait adressé de Pékin à Mairan diverses lettres dont quelques-unes ont été imprimées dans un petit volume (1759, in-12) et réimp. à l'Imprimerie royale, 1770, in-8°. On voit par la date de la mort du savant astronome que Marmontel ne pouvait parler que par ouï-dire de la joie de Mairan lorsqu'il recevait ces fameuses lettres.]

[41: Jacques-André Portail, à qui ses délicats _crayons_, longtemps confondus avec ceux de Watteau et de Lancret, ont conquis aujourd'hui une place d'honneur chez les raffinés. Ce passage, souvent cité, est à peu près tout ce que les contemporains nous ont laissé sur ce petit maître, dont la date et le lieu de naissance (Nantes, selon les uns; Brest, selon les registres de l'Académie royale) ne sont même pas encore exactement connus.]

[42: Cette esquisse, qui n'a figuré, que je sache, à aucune exposition rétrospective, avait dû, comme tant d'autres, rester de longues années entre les mains du peintre, puisqu'il s'en dessaisit seulement à la fin de 1783. Par une lettre datée du 19 décembre de cette année, Marmontel le remercie d'un présent «qui lui sera précieux toute sa vie», et il ajoute: «Je souhaite bien vivement que l'état de vos yeux vous permette bientôt de finir cette belle esquisse; mais, telle quelle, je la préfère au tableau le plus achevé qui ne seroit pas de votre main.» (_Catalogue de la collection d'autographes Lucas de Montigny_, n° 1969; Aug. Laverdet, expert.) Quand Marmontel reçut son portrait, l'esprit du peintre était irrémédiablement ébranlé; il quitta peu après Paris, et se survécut quatre ans encore à Saint-Quentin.]

[43: Louise-Charlotte de Grammont, épouse de Charles-Louis de Lorraine, comte de Brionne.]

[44: Louise-Henriette-Philippine de Noailles, épouse de Emmanuel-Céleste-Augustin, marquis, puis duc de Duras, alors brigadier d'infanterie.]

[45: Jeanne-Sophie-Élisabeth-Louise-Armande Septimanie (1740-1773), épouse de Casimir Pignatelli, comte d'Egmont.]

[46: Le futur cardinal qui devait jouer dans l'affaire du Collier le rôle que l'on sait, et qu'on désignait alors d'ordinaire sous le simple titre du _prince Louis_.]

[47: Chennevières-lès-Louvre (Seine-et-Oise), hameau du canton de Luzarches, qu'il ne faut pas confondre avec Chennevières-sur-Marne.]

[48: Voyez ce que l'auteur dit du jeu de Le Kain, sans le nommer, dans ses _Élémens de littérature_, article _Déclamation_.]

[49: Barthélémy-Augustin Blondel de Gagny (1695-1776), trésorier de la Caisse des amortissements, possesseur de l'un des plus curieux et des plus riches cabinets du XVIIIe siècle; voir les appendices du _Livre-Journal_ de Lazare Duvaux, publié par M. L. Courajod pour la Société des bibliophiles français (1873, 2 vol. in-8), et _les Amateurs d'autrefois_, par Clément de Ris (1877, in-8).]

[50: Mlle Saint-Hilaire débuta dans _Amadis_ le 30 décembre 1759. Voir le compte rendu de Marmontel, _Mercure_, année 1760, page 197.]

[51: Garches (Seine-et-Oise). Clément de Ris assurait (en 1868) qu'une partie du pavillon de Blondel de Gagny subsistait encore.]

[52: Georges-Nicolas Baudard de Vaudesir, fils du receveur des tailles de l'élection d'Angers, à qui il avait succédé, puis trésorier général des colonies françaises. Son fils Claude reçut, lorsque cette dernière charge fut supprimée, le titre de trésorier général de la marine, qu'il perdit en 1780. Mêlé comme témoin à l'affaire du Collier, il mourut en 1787 à la Bastille, après une banqueroute de vingt millions. Il avait bâti au bois de Boulogne la Folie _Saint-James_, dont le nom est resté à un quartier de Neuilly (C. Port, _Dictionnaire du Maine-et-Loire_). Il sera question plus loin d'une visite que fit Marmontel au château de Baudard de Vaudesir.]

[53: Louis Coste de Pujolas, né à Toulouse en 1719, mort à Paris le 25 juin 1777, longtemps directeur des _Affiches, Annonces et Avis divers_, connus sous le nom d'_Affiche de province_ (1752-1784, 33 vol. in-4°). Le _Nécrologe_ de 1778 contient une notice anonyme sur Coste de Pujolas par un de ses amis; dans une note autographe que je possède, Meusnier de Querlon, véritable rédacteur de l'_Affiche de province_, conteste les titres de son chef de file aux éloges que lui prodiguait le _Nécrologe_.]

[54: _Choix des anciens Mercures, avec un extrait du Mercure françois_. Paris, Chaubert, 1757-1764, 108 vol. in-12 et une _Table générale_, 1765, in-12.]

[55: Les documents sur cet épisode capital de l'existence de Marmontel ne manquent pas, mais ils sont singulièrement dispersés. Dès 1829, J. Delort, dans son _Histoire de la détention des gens de lettres à la Bastille et à Vincennes_, faisait connaître quelques lettres provenant, semble-t-il, des archives de la Bastille et relatives à l'entrée et à la sortie de Marmontel. En 1835, Mommerqué communiqua au _Bulletin de la Société de l'histoire de France_ un dossier beaucoup plus important, extrait, selon toute apparence, de ces mêmes archives, entassées alors dans les caves et dans les combles de l'Arsenal, et qui, depuis, n'y a pas fait retour. Ce dossier renfermait la lettre de Marmontel au duc d'Aumont (30 novembre 1759) à laquelle il fait allusion plus haut; diverses lettres à Sartine, par Saint-Florentin, d'Abadie, gouverneur de la Bastille, et Marmontel; le rapport d'un exempt sur Durand, «vieil homme vivant de son bien», dont le sort tourmentait si vivement le prisonnier, ainsi que le prouve une nouvelle lettre au lieutenant de police; un désaveu formel de Cury, daté de Clichy, 5 janvier 1760, et adressé à Saint-Florentin; l'avis de mise en liberté de Marmontel, 7 janvier 1760, et une note de la main de Sartine sur le revenu que celui-ci était menacé de perdre. Il existe un tirage à part de ces documents sous le titre de: _Détention à la Bastille de Marmontel et de Morellet_ (imp. Crapelet, 1835, in-8, 16 p.). M. Cocheris a publié en fac-similé dans le _Bibliophile français illustré_ (t. II, p. 184 et 191) la lettre de cachet et l'ordre de mise en liberté de Marmontel, reliés dans un registre de la Bastille appartenant à la Bibliothèque Mazarine.]

[56: D'après une note que veut bien me communiquer M. Fernand Bournon, François-Jérôme d'Abadie (appelé quelquefois de L'Abadie), lieutenant de roi à la Bastille, fut nommé gouverneur à la mort de Baisle, le 8 décembre 1758. Il mourut subitement le 18 mai 1761.]

[57: Mlle Sau..., dit la table des matières de l'édition de 1821. J'ignore qui elle entend désigner.]

[58: C'est-à-dire de Madeleine-Céleste Fieuzal, dite Durancy, dont il a été question tome Ier, livre IV, et qui débuta le 19 juillet 1759 dans les rôles de Dorine de _Tartufe_ et de Marinette du _Florentin_. L'arrestation de Marmontel étant du 27 décembre 1759, il ne saurait être question dans ce passage du début de Durancy père, qui, selon une note assez obscure de de Manne (_Troupe de Voltaire_, p. 202), aurait eu lieu le 15 novembre de la même année.]

[59: Philippe Bridard de La Garde fort décrié en effet pour ses moeurs, et longtemps le _chaperon_,--pour ne pas dire pis,--de Mlle Le Maure; auteur d'un roman agréable et trop peu connu, les _Lettres de Thérèse_ (1737, 6 parties in-12).]

[60: Colin, homme d'affaires de Mme de Pompadour, mort en 1775, à peu près ruiné. Sa bibliothèque, dont on a le catalogue, dénotait un curieux et un homme de goût. Il est souvent question de Colin dans la correspondance de Falconet avec Diderot et avec Catherine II.]

[61: Catherine-Suzanne Jossel, veuve de Charles Gaulard, était aussi la mère de Mme Bouret de Villaumont, dont il sera question plus loin.]

[62: La famille Gradis compte actuellement encore des représentants à Bordeaux.]

[63: Le nom d'Ansely ne figure ni sous cette forme, ni sous aucune autre, dans les répertoires locaux de l'époque, et il ne semble pas qu'à l'exception de Marmontel, ses contemporains aient apprécié les qualités que celui-ci se plaît à lui reconnaître. La romance de _Pétrarque_ et l'_Épître aux poètes_ ont été recueillies dans l'édition des _Oeuvres_ de l'auteur donnée par lui-même (1787).]

[64: Jean de Barbot, président à la cour des Aides de Guyenne, passait, à tort ou à raison, auprès de ses contemporains pour avoir fourni à Montesquieu le canevas de quelques-unes des _Lettres persanes_.]

[65: Selon l'_Almanach du Languedoc_ (1755), M. de Saint-Amand était receveur général du tabac à Toulouse.]