Mémoires de Marmontel (Volume 1 of 3) Mémoires d'un Père pour servir à l'Instruction de ses enfans
Part 18
La difficulté consistoit dans les frais du voyage, sur lesquels Frédéric se faisoit un peu tirer l'oreille. Il vouloit bien défrayer Voltaire, et pour cela il consentoit à lui donner mille louis; mais Mme Denis vouloit accompagner son oncle, et, pour ce surcroît de dépense, Voltaire demandoit mille louis de plus. C'étoit à quoi le roi de Prusse ne vouloit point entendre. «Je serai fort aise, lui écrivoit-il, que Mme Denis vous accompagne; mais je ne le demande pas.» «Voyez-vous, me disoit Voltaire, cette lésine dans un roi. Il a des tonneaux d'or, et il ne veut pas donner mille pauvres louis pour le plaisir de voir Mme Denis à Berlin! Il les donnera, ou moi-même je n'irai point.» Un incident comique vint terminer cette dispute. Un matin que j'allois le voir, je trouvai son ami Thiriot dans le jardin du Palais-Royal; et, comme il étoit à l'affût des nouvelles littéraires, je lui demandai s'il y en avoit quelqu'une. «Oui, vraiment, il y en a, et des plus curieuses, me dit-il. Vous allez chez M. de Voltaire: là vous les entendrez, car je m'en vais m'y rendre dès que j'aurai pris mon café.»
Voltaire travailloit dans son lit lorsque j'arrivai. À son tour, il me demanda: «Quelles nouvelles?--Je n'en sais point, lui dis-je; mais Thiriot, que j'ai rencontré au Palais-Royal, en a, dit-il, d'intéressantes à vous apprendre. Il va venir.»
«Eh bien! Thiriot, lui dit-il, vous avez donc à nous conter des nouvelles bien curieuses?--Oh! très curieuses, et qui vous feront grand plaisir, répondit Thiriot avec son sourire sardonique et son nasillement de capucin.--Voyons, qu'avez-vous à nous dire?--J'ai à vous dire qu'Arnaud-Baculard est arrivé à Potsdam, et que le roi de Prusse l'y a reçu à bras ouverts.--À bras ouverts!--Qu'Arnaud lui a présenté une épître[86].--Bien boursouflée et bien maussade?--Point du tout, fort belle, et si belle que le roi y a répondu par une autre épître.--Le roi de Prusse une épître à d'Arnaud! Allons, Thiriot, allons, on s'est moqué de vous.--Je ne sais pas si on s'est moqué de moi, mais j'ai en poche les deux épîtres.--Voyons, donnez donc vite, que je lise ces deux chefs-d'oeuvre. Quelle fadeur! quelle platitude! quelle bassesse!» disoit-il en lisant l'épître de d'Arnaud; et, passant à celle du roi, il lut un moment en silence et d'un air de pitié; mais, quand il en fut à ces vers:
Voltaire est à son couchant; Vous êtes à votre aurore,
il fit un haut-le-corps et sauta de son lit, bondissant de fureur: «Voltaire est à son couchant et Baculard à son aurore! Et c'est un roi qui écrit cette sottise énorme! Ah! qu'il se mêle donc de régner!»
Nous avions de la peine, Thiriot et moi, à ne pas éclater de rire de voir Voltaire en chemise, gambadant de colère et apostrophant le roi de Prusse. «J'irai, disoit-il, oui, j'irai lui apprendre à se connoître en hommes;» et dès ce moment-là son voyage fut décidé. J'ai soupçonné le roi de Prusse d'avoir voulu lui donner ce coup d'éperon, et sans cela je doute qu'il fût parti, tant il étoit piqué du refus des mille louis, non point par avarice, mais de dépit de ne pas avoir obtenu ce qu'il demandoit.
Volontaire à l'excès par caractère et par système, il avoit, même dans les petites choses, une répugnance incroyable à céder et à renoncer à ce qu'il avoit résolu. J'en vis encore avant son départ un exemple assez singulier. Il lui avoit pris fantaisie d'avoir en voyage un couteau de chasse, et, un matin que j'étois chez lui, on lui en apporta un faisceau pour en choisir un. Il le choisit; mais le marchand voulait un louis de son couteau de chasse, et Voltaire s'étoit mis dans la tête de n'en donner que dix-huit francs. Le voilà qui calcule en détail ce qu'il peut valoir; il ajoute que le marchand porte sur son visage le caractère d'un honnête homme, et qu'avec cette bonne foi qui est peinte sur son front il avouera qu'à dix-huit francs cette arme sera bien payée. Le marchand accepte l'éloge qu'il veut bien faire de sa figure; mais il répond qu'en honnête homme il n'a qu'une parole, qu'il ne demande au juste que ce que vaut la chose, et qu'en la donnant à plus bas prix il ferait tort à ses enfans. «Vous avez des enfans? lui demande Voltaire.--Oui, Monsieur, j'en ai cinq, trois garçons et deux filles, dont le plus jeune a douze ans.--Eh bien! nous songerons à placer les garçons, à marier les filles. J'ai des amis dans la finance, j'ai du crédit dans les bureaux; mais terminons cette petite affaire: voilà vos dix-huit francs; qu'il n'en soit plus parlé.» Le bon marchand se confondit en remerciemens de la protection dont vouloit l'honorer Voltaire, mais il se tint à son premier mot pour le prix du couteau de chasse, et n'en rabattit pas un liard. J'abrège cette scène, qui dura un quart d'heure par les tours d'éloquence et de séduction que Voltaire employa inutilement, non pas à épargner six francs qu'il auroit donnés à un pauvre, mais à donner à sa volonté l'empire de la persuasion. Il fallut qu'il cédât lui-même, et, d'un air interdit, confus et dépité, il jeta sur la table cet écu qu'il avoit tant de peine à lâcher. Le marchand, dès qu'il eut son compte, lui rendit grâces de ses bontés, et s'en alla.
«J'en suis bien aise, dis-je tout bas en le voyant partir.--De quoi, me demanda Voltaire avec humeur, de quoi donc êtes-vous bien aise?--De ce que la famille de cet honnête homme n'est plus à plaindre. Voilà bientôt ses fils placés, ses filles mariées; et lui, en attendant, il a vendu son couteau de chasse ce qu'il vouloit, et vous l'avez payé malgré toute votre éloquence.--Et voilà de quoi tu es bien aise, têtu de Limosin!--Oh! oui, j'en suis content. S'il vous avoit cédé, je crois que je l'aurois battu.--Savez-vous, me dit-il en riant dans sa barbe, après un moment de silence, que, si Molière avoit été témoin d'une pareille scène, il en auroit fait son profit?--Vraiment, lui dis-je, c'eût été le pendant de celle de M. Dimanche.» C'étoit ainsi qu'avec moi sa colère, ou plutôt son impatience, se terminoit toujours en douceur et en amitié.
Comme à l'égard du roi de Prusse j'étois dans son secret, et que je croyois être aussi dans le secret du roi de Prusse sur le peu de sincérité des caresses qu'il lui faisoit, j'avois quelque pressentiment du mécontentement qu'ils auroient l'un de l'autre en se voyant de près. Une âme aussi impérieuse et un esprit aussi ardent ne pouvoient guère être compatibles, et j'avois l'espérance de voir bientôt Voltaire revenir plus mécontent de l'Allemagne qu'il ne l'étoit de son pays; mais le nouveau dégoût qu'il éprouva en allant prendre congé du roi, et la colère qu'il en témoigna, ne me laissèrent plus cette illusion consolante. En sa qualité de gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, il crut pouvoir oser lui demander ses ordres auprès du roi de Prusse; mais le roi, pour réponse, lui tourna le dos brusquement; et lui, dans son dépit, dès qu'il fut sorti du royaume, lui renvoya son brevet d'historiographe de France, et accepta sans son agrément la croix de l'ordre du Mérite, dont le roi de Prusse le décora, pour l'en dépouiller peu de temps après.
L'exemple de tant d'amertume et de tribulations répandues dans la vie de ce grand homme ne fit que me rendre plus redoutable la carrière des lettres où j'étois engagé, et plus doux le repos obscur dont j'allois jouir à Versailles.
Ici finissent, grâce au Ciel, les égaremens de ma jeunesse; ici commence pour moi le cours d'une vie moins dissipée, plus sage, plus égale, et surtout moins en butte aux orages des passions; ici enfin mon caractère, trop longtemps mobile et divers, va prendre un peu de consistance; et, sur une base solide, ma raison pourra travailler en silence à régler mes moeurs.
NOTES
[1: _Mémoires_ de Morellet (1821), II, 30.]
[2: _Corps législatif. Conseil des Anciens. Rapport fait par Marmontel, au nom de la commission nommée pour l'examen de la résolution du 12 fructidor, sur la manière de disposer des livres conservés dans les dépôts littéraires. Séance du 24 prairial an V_ (12 juin 1797). Paris, Imp. nationale, prairial an V, in-8, 15 p.]
[3: _Mémoires et Récits de François Chéron_, publiés par F. Hervé-Bazin. Paris, librairie de la Société bibliographique, 1882, in-18, p. 11 3-i 14.]
[4: Voici cet acte de décès, dont je dois la copie à M. le maire de Saint-Aubin-sur-Gaillon, et que je crois inédit:
«Aujourd'hui, dixième jour de nivôse, l'an huitième de la République françoise, une et indivisible, à dix heures du matin; par devant moi, Jean-Baptiste Crepel, agent municipal de la commune de Saint-Aubin-sur-Gaillon, chargé par la Loi de recevoir les actes de naissance et décès des citoyens, sont comparus les citoyens Antoine-Félix Baroche, notaire public, âgé de cinquante-cinq ans, domicilié en la commune de Gaillon, et René Lemonnier, juge de paix, âgé de cinquante-cinq ans, domicilié en la commune de Saint-Aubin, amis du citoyen Jean-François Marmontel, homme de lettres, âgé de soixante-seize ans, époux de Marie-Adélaïde Lairin-Montigny, domicilié en ladite commune, né en la commune de Bort; lesquels, Antoine-Félix Baroche et René Lemonnier, m'ont déclaré que ledit Jean-François Marmontel est mort aujourd'hui à minuit, en son domicile, section d'Habloville. D'après cette déclaration, je me suis sur-le-champ transporté au lieu de ce domicile, je me suis assuré du décès dudit Jean-François Marmontel, et j'en ai dressé le présent acte, que Antoine-Félix Baroche et René Lemonnier ont signé avec moi.
Fait à Saint-Aubin-sur-Gaillon, les jour, mois et an ci-dessus.»
(_Suivent les signatures_.) ]
[5: _La Petite Revue anecdotique_, 25 février 1868.]
[6: «Natif de Bort en Limousin, et d'une famille obscure et pauvre, Marmontel fut dès l'enfance placé chez un curé qui était son parent, et qui lui apprit un peu de latin. Ne s'étant pas bien comporté chez cet ecclésiastique, son père lui fit apprendre le métier de tailleur. Il vint à Toulouse et entra en qualité de garçon chez Lamanière, tailleur des jésuites. Un jour, en portant un habit à un pensionnaire, il le trouva occupé à un thème dont il ne pouvait venir à bout. Marmontel s'approcha, lut l'ouvrage de l'enfant, et lui fit connaître ses fautes. «Puisque vous savez le latin, lui dit l'écolier, faites-moi le plaisir d'arranger ce thème.» Marmontel fit des corrections élégantes. Le préfet de l'enfant, peu accoutumé à tant de perfection de sa part, lui dit: «Mon ami, qui a fait ce thème?--Le garçon tailleur, répondit l'enfant.--Oh! parbleu, je veux le connaître, dit le jésuite.» Il le mande, lui parle, est satisfait de lui, et lui propose de reprendre ses études. Marmontel y consent, et, pour lui donner les moyens de subsister, il le place en qualité de précepteur dans une maison bourgeoise. Dès lors, il prit un goût décidé pour les belles-lettres, et, pendant son cours de philosophie et de droit, il s'associa aux d'Auffrery, aux Forest, aux Dutour, aux Revel, et ils formèrent ensemble l'_Académie des Galetas_ [la Petite Académie], où ils rectifiaient leurs compositions réciproques. Il travailla avec eux pour les Jeux floraux et remporta une foule de prix. Voulant aller se perfectionner dans la capitale, M. de Mondran, l'ami des talents et des artistes, lui donna une lettre de recommandation pour son gendre, La Popelinière, fermier général, qui se piquait de littérature, et qui le garda longtemps chez lui avec distinction.»
Taverne est le seul qui ait ainsi conté les débuts de Marmontel, et je reproduis son récit tel quel, sans m'en porter garant. Il se termine d'ailleurs par une erreur manifeste: M. de Mondran ne devint le beau-père de La Popelinière qu'en 1759, près de quinze ans après l'arrivée de Marmontel à Paris.]
[7: Le théâtre du Vaudeville donna encore, le 23 janvier 1813, _Marmontel et Thomas, ou la Parodie de Cinna_, vaudeville en un acte. «Il n'y a dans cet ouvrage, dit le _Magasin encyclopédique_, après avoir rappelé l'épisode qui en avait fourni le sujet, ni ce qui provoque une chute, ni ce qui justifie un succès. Le public, qui l'avait entendu avec une paisible indulgence, n'a pas vu sans surprise la toile se lever et Vertpré venir proclamer le nom de M. Dumolard.» Celui-ci l'a gardé en portefeuille.]
[8: Voir dans le _Mercure de France_ du 8 nivôse an XIII, (29 décembre 1804) un article violent, presque grossier, de Fiévée contre Marmontel et ses contemporains, article cité et réfuté par _le Publiciste_ du 13 fructidor (31 août 1805). Voir aussi la _Décade philosophique_, tome 43 (an XIII, 1er trimestre), p. 567, et tome 44, p. 27-37.]
[9: J'ai copié ce fragment de lettre dans la partie restée inédite du manuscrit de la _Correspondance littéraire_, appartenant à la Bibliothèque Ducale de Gotha.]
[10: Publiée dans le tome IV (p. 170) de ses _Oeuvres_, réunies par son fils (Typ. Firmin Didot, 1853-1859, 8 vol. in-8), et non mises dans le commerce. Le destinataire de cette lettre ne peut être Jean de Vaines, mort en 1803.]
[11: Bort, chef-lieu de canton de l'arrondissement, et à trente kilomètres sud-est d'Ussel (Corrèze), sur la Dordogne. Les concrétions basaltiques connues sous le nom d'_orgues de Bort_ sont une des curiosités de ce beau pays, fréquenté depuis quelques années seulement par les touristes.]
[12: À cette allusion beaucoup trop rapide et discrète, il est permis aujourd'hui d'opposer des documents positifs. M. Ernest Rupin a retrouvé et publié l'extrait baptistaire d'où il résulte que Jean-François Marmontel, né le 11 juillet 1723 et baptisé le surlendemain, était fils de Martin Marmontel, tailleur d'habits, originaire d'Auvergne, et de Marianne Gourdes, native de Bort. La notice de M. Rupin, publiée dans le _Bulletin de la Corrèze_ (tome IV, 1882), a été tirée à part; elle est ornée d'un portrait gravé à l'eau-forte par M. Ad. Lalauze.]
[13: Jean-Gilles du Coëtlosquet, né au manoir de Kérigou (à deux kilomètres de Saint-Pol-de-Léon), le 15 septembre 1700, évêque de Limoges (1739-1757), précepteur des enfants de France (1758-1771), membre de l'Académie française (1761), en remplacement de l'abbé Sallier, mort à Paris le 21 mars 1784. Il eut pour successeur à l'Académie le marquis de Montesquiou. Voir sur Coëtlosquet l'étude que lui a consacrée M. René Kerviler dans _la Bretagne à l'Académie française au XVIIIe siècle_ (V. Palmé, 1889, in-8).]
[14: Jacques-Antoine Malosse, né au Puy le 14 décembre 1713, entré dans l'ordre le 11 septembre 1729. En 1762, il se retira au Puy.]
[15: Les anciens éditeurs ont tous imprimé à tort le P. _Bourges_. Jean Bourzes, dont la date et le lieu de naissance ne sont pas connus, entra dans l'ordre en 1695. Tour à tour professeur de physique à Aubenas(1711-1712), de philosophie à Tournon (1713-1717), préfet des études à Rodez (1717-1713), de nouveau professeur de philosophie à Perpignan (1720-1725), il tint, en effet, les classes de cinquième, de quatrième et de troisième à Mauriac (1729-1738); il mourut au grand séminaire d'Auch, en 1741, après avoir passé les deux dernières années de sa vie à Toulouse, où Marmontel dit, un peu plus bas, qu'il le revit «infirme et presque délaissé».]
[16: Le P. Jacques Vanière (1664-1739) n'est pas l'auteur du fameux _Gradus ad Parnassum_, dont la première édition, sous le titre de _Epithetorum et synonymorum thésaurus_, remonte à 1652, mais il y fit en 1722 des additions et corrections importantes. Voy. Barbier, _Examen des dictionnaires historiques_, v° _Aler_.]
[17: Le P. Claude-Alexandre By (et non _Bis_, comme on l'a imprimé jusqu'à ce jour), né à Mâcon le 28 juillet 1703, entré le 7 août 1721, préfet des études et prédicateur à Mauriac (1736-1738), était, en 1762, directeur des retraites à la maison professe de Toulouse.]
[18: Le P. Ignace Decebié ou de Cebié (on trouve ces deux formes, mais non _Cibier_, comme le portent les anciennes éditions), né à Àurillac le 20 février 1711, entré dans l'ordre le 6 octobre 1728, professa les humanités à Mauriac de 1736 à 1738. En 1762, il était missionnaire à Aurillac.]
[19: Le P. Jean-Pierre Balme professa la rhétorique à Mauriac de 1737 à 1739. En 1742, il partit pour les Antilles.]
[20: Selon M. Rupin, cette initiale dissimulerait Mlle Broquin, dont la famille existe encore à Bort. Des vieillards se souvenaient d'avoir vu sur un hêtre de l'île Verdier, ou des Amours, le chiffre _M. B._, que la tradition attribuait aux deux amoureux, et sous lequel on lisait la date de 1746. L'arbre fut déraciné en 1830.]
[21: Il y a six localités de ce nom dans le département de la Corrèze; celle dont parle Marmontel est située à 13 kilomètres d'Ussel et à 17 kilomètres de Bort.]
[22: Coëtlosquet. Voyez ci-dessus, note n° 13.]
[23: Annet-Charles de Gain, marquis de Linars, page de la petite écurie en 1709, marié, le 19 juillet 1723, à Anne-Perry de Saint-Auvent, fille d'Isaac, marquis de Monmoreau, et d'Anne de Rochechouart, comtesse de Saint-Auvent, mort à soixante-seize ans et enterré à Linars le 20 mai 1768. L'élève de Marmontel était le second de six enfants du marquis, Jean, chevalier de Malte et plus tard capitaine de dragons. (L'abbé Nadaud, _Nobiliaire du diocèse de Limoges_, 1856-1880, 4 vol. in-8.)]
[24: Les _Sermons_ du P. de La Rue (1643-1725) _pour le Carême et l'Avent_ ont été publiés par l'auteur en 1719, 4 vol. in-8, et réimprimés en 1781 (Toulouse, Sens et Nîmes, 4 vol. in-12). Ils avaient été publiés dès 1706 sur des copies infidèles par le libraire Foppens, de Bruxelles, et remis en circulation sous le nom du P. Le Maure, prêtre de l'Oratoire, Bruxelles, 1734, 4 vol. in-12.]
[25: Les _Sermons_ du P. Timoléon Cheminais de Montaigu (1652-1689) ont été publiés pour la première fois en 1691, et réimprimés en 1734, 1738, 1756 (in-12 et in-24).]
[26: Frédéric-Jérôme, cardinal de La Rochefoucauld de Roye, archevêque de Bourges de 1729 au 29 avril 1758, coadjuteur de l'abbaye de Cluny (1738), chargé de la feuille des bénéfices (1755) et grand aumônier (1756).]
[27: Claude-Annet, baron d'Anval, seigneur de Teissonières, capitaine au régiment d'Enghien, chevalier de Saint-Louis, marié, en 1741, à Marie de Bort, dame de Teissonières. (Nadaud.)]
[28: Et non _Noaillac_, comme le portent les anciennes éditions. Il y a eu deux jésuites du nom de Nolhac (probablement les deux frères), tous deux nés au Puy: l'un, Jacques-Antoine, le 22 octobre 1713; l'autre, Antoine, le 17 janvier 1715. Le premier, entré le 29 septembre 1728, professa les humanités et la rhétorique et la philosophie; en 1761, il était recteur à Béziers; le second, entré en 1732, qui professa également les mêmes classes, devint, après la suppression de l'ordre, curé de Saint-Symphorien d'Avignon, où il fut massacré le 18 octobre 1791 et jeté dans la Glacière. Il est assez difficile de déterminer quel est celui des deux que Marmontel a connu.]
[29: Fondé en 1382, par le cardinal de Pampelune, neveu d'Innocent VI, pour vingt boursiers et quatre prêtres.]
[30: Cette première lettre n'est pas connue.]
[31: Poitevin-Peitavi, auteur de _Mémoires pour servir à l'histoire des Jeux Floraux_ (Toulouse, 1815, 2 vol. in-8), s'est inscrit en faux contre cette assertion. Marmontel remporta, en effet, deux prix en 1744 et en 1745, mais non le prix d'honneur, c'est-à-dire l'amarante, qu'il n'obtint que le 3 mai 1749, avec une ode sur _la Chasse_, alors qu'il était deux fois déjà lauréat de l'Académie française. Les autres pièces couronnées sont les suivantes: _l'Églogue_, idylle (1744); _la Jonction des deux mers par Hercule_, poème (1745); _l'Incarnation du Verbe_, Philis (À Mme la c. D.) (1745); _l'Origine du fard_, idylle (1745).]
[32: Marmontel veut certainement parler ici de Jean Reynal, né à Grammont en Rouergue, en 1702, d'une famille obscure, entré à seize ans chez les doctrinaires de Villefranche. Professeur à vingt-cinq ans, il enseigna successivement, au collège de l'Esquille, la rhétorique et la philosophie, fut recteur du collège, puis appelé, malgré sa résistance, au généralat de la congrégation. Il mourut en 1763. Reynal avait composé un poème latin sur _l'Aimant_.]
[33: Charles-Antoine de La Roche-Aymon, né en 1697, mort le 27 octobre 1777, évêque _in partibus_ de Sarepta (1725), puis de Tarbes (1729), archevêque de Toulouse en 1740, archevêque de Reims en 1752, grand aumônier de France, cardinal, abbé de Saint-Germain-des-Prés, et ministre de la feuille des bénéfices.]
[34: Poitevin-Peitavi cite, parmi les confrères de Marmontel à la _Petite Académie_, le chevalier de Rességuier, d'Aufrery, Castilhon, le président d'Orbessan, le président du Puget, etc. Cette association n'était pas en concurrence avec la séculaire institution des Jeux floraux; c'était plutôt une sorte de séminaire poétique où l'on s'exerçait aux luttes futures.]
[35: Henri-Gabriel du Puget, né le 23 juillet 1725, de Charles-Joachim du Puget, président au Parlement de Toulouse, et de Marie de Pralheau, conseiller en 1748, président à mortier le 23 mai 1759, mort le 25 octobre 1772.]
[36: Jean-Gaspard de Maniban, né à Toulouse le 2 juillet 1686, fils d'un président à mortier, fut lui-même élevé à cette dignité en 1714; nommé premier président en 1721, il mourut dans l'exercice de ses fonctions, le 30 août 1762. Il avait épousé, en 1707, Jeanne-Christine de Lamoignon, fille de Chrétien-François de Lamoignon, président à mortier au Parlement de Paris.]
[37: Selon Poitevin-Peitavi, «ce récit est absolument incroyable de ceux qui se souviennent du ton du pays et des moeurs de ce temps-là, qui savent que M. du Puget était de l'âge de Marmontel, aussi vigoureux que lui, exercé, comme tous les jeunes Toulousains, au maniement des armes, et sentant, au moins à vingt-deux ans, que la prérogative de pouvoir être toujours armé avait pour objet principal la défense de son honneur et la répression des outrages que Marmontel se vante de lui avoir faits impunément».]
[38: Les Thermes de Julien appartenaient depuis le XIVe siècle à l'ordre de Cluny, qui n'en fut dépossédé qu'en 1790. (Leroux de Lincy, _Mémoires de la Société des antiquaires de France_, tome XVIII.)]
[39: Selon le duc de Luynes et le _Journal_ de Barbier, la retraite ou la disgrâce de Philibert Orry fut officiellement connue dans les premiers jours de décembre 1745; mais le bruit s'en était répandu auparavant parmi les gens bien informés, car Marmontel, dans une lettre adressée au marquis de Fulvy, neveu du ministre, dit qu'il arriva à Paris au mois d'octobre 1745. Cette lettre, datée du 26 décembre 1788, a été publiée dans les _Étrennes d'Apollon_, de d'Aquin de Chateaulyon, pour 1789, et réimprimée par Labouisse-Rochefort dans ses _Souvenirs et Mélanges_, t. I, p. 197.]
[40: Raisouche-Montet, dit Roselly, né à Paris en 1722, débuta en 1742 et fut reçu l'année suivante. Parmi ses principaux rôles, on cite ceux de Cimber dans _la Mort de César_, de Voltaire, de Pylade dans _Oreste_, d'Arcire dans _Aristomène_, de Marmontel (dont il sera question plus loin) et de Télémaque dans _Pénélope_, tragédie de l'abbé Genest, reprise en 1745. Ce rôle fut, quelques années plus tard, la cause de sa mort; insulté et provoqué par son camarade Ribou qui le lui disputait, il reçut deux coups d'épée dont il mourut deux jours plus tard, le 22 décembre 1750. La querelle est racontée tout au long dans le _Journal_ de Collé (éd. H. Bonhomme, I, 264-266). Voir aussi, dans la dernière édition de la _Correspondance_ de Grimm (II, 19), une épigramme sur ce duel.]
[41: Jean-Grégoire Bauvin, né à Arras, en 1714, mort le 7 janvier 1776. La tragédie des _Chérusques_, adaptation d'_Arminius_ de Schlegel, fut jouée au Théâtre-Français, grâce à la protection de Marie-Antoinette (1772). Grimm prétend que les États d'Artois avaient promis une pension à l'auteur si sa pièce était jouée trois fois et que le public mit de la bonne volonté à la lui faire obtenir.]