Mémoires de Mademoiselle Mars (volume I) (de la Comédie Française)
Chapter 9
--Bravo, mon cher Floquet, mais les statuts, les statuts!
--Quels statuts?
--Vous faites le fin; allons donc, vous le savez!
--Du diable si l'on m'a dit...
--Quoi! vous ignorez qu'il vous faut acheter un habit _ad hoc_, et vous prosterner devant Sa Majesté jusqu'à trois fois, au sortir de la chapelle?
--J'aurai l'habit, et je me prosternerai.
--Voilà qui est bien, mais votre compliment de réception?
--Mon compliment?
--Sans doute; il faut qu'il soit en latin.
--En latin?
--Eh oui! mademoiselle Quinault l'aînée a passé elle-même par là, dans le temps, quand on l'a reçue chevalière; il est vrai qu'elle était duchesse et princesse de Nevers.
--Et quels sont les termes du compliment?
--Je vous écrirai cela.
Le crédule professeur montre alors sa lettre de nomination à l'imperturbable mystificateur; Dugazon n'avait pas besoin de la lire, il la connaissait! Le duc d'Aumont était prévenu, Floquet devint sa victime. Il entrait dans sa destinée malheureuse de payer ce soir-là à souper à Dugazon; notre acteur ne manqua pas de lui apporter un compliment fait en latin de cuisine. M. Floquet le récitait enthousiasmé. Le lendemain, à Versailles, Dugazon se promenait dans le parc de fort bonne heure, et bien avant que le roi fût entré dans la chapelle pour la messe. M. Floquet avait un habit serein, un gilet cerise, et des manchettes. Tout d'un coup voilà que madame Floquet débouche d'une allée, elle s'avance furieuse et les poings fermés vers son mari.
--Que veut dire cette mascarade?
--Qu'appelez-vous mascarade, ma chère? objecte M. Floquet.
--Sans doute, obtus que vous êtes... n'avez-vous pas deviné qui vous a écrit!
--C'est le duc d'Aumont, voyez!
Et M. Floquet de tirer sa lettre d'un air de triomphe.
--Voilà votre duc, reprend la terrible madame Floquet en démasquant les batteries de Dugazon et en le montrant du doigt à son mari.
Dugazon ne se déferre point.
--Laissez dire votre femme, objecte-t-il, elle est difficile à contenter; croiriez-vous qu'elle a demandé elle-même cet ordre?
Madame Floquet ne se contenait point de colère, elle avait des motifs réels d'aversion pour Dugazon. M. Floquet était mince, petit, chétif d'esprit autant que de corps; elle le menait littéralement à la baguette.
Dugazon demeurait dans la même maison que le pauvre M. Floquet, à qui sa moitié infligeait souvent des corrections retentissantes. L'hôtel de Bouillon, quai des Théatins, où se passaient ces scènes furieuses, en était scandalisé, d'autant plus que c'était la nuit qu'elles avaient lieu. Une nuit, M. Floquet recevait ses appointements; Dugazon sort en chemise de sa chambre à coucher, armé d'une lanterne sourde.
--Ne pourriez-vous pas au moins changer d'heure, vertueuse madame Floquet? demandait-il à la farouche compagne du maître d'écriture.
Ce M. Floquet avait du reste une fort belle main[48]. Il était lié en revanche avec un homme qui ne brillait que par le pied, c'était Nivelon, le danseur de l'Opéra. Il apportait souvent à Valville d'excellentes topettes de liqueur du Languedoc et des îles, et réjouissait Hippolyte encore enfant par ses saillies.
Madame Mars demeurait alors rue Saint-Nicaise, cette rue qui devait être plus tard si miraculeusement providentielle pour le carrosse du premier consul. M. Nivelon, maître de danse, logeait à l'étage supérieur. C'était le père du danseur de ce nom, un excellent homme gros et gras plus qu'il n'appartenait seulement de l'être à un berger de l'Académie royale de Musique. Quand Desessarts et lui se rencontraient sur l'escalier, c'était à faire croire aux locataires qu'il y avait un rassemblement. Donc, un soir que madame Mars allait se coucher, c'était en 1781, un vendredi, le 8 juin, vers les neuf heures un quart, le portier monta jusqu'à elle d'un air effrayé, en s'écriant: Sauvez-vous!
--Que voulez-vous dire? demanda madame Mars.
Le portier pousse la fenêtre et montre à madame Mars la réverbération du feu sur les cheminées de la maison voisine. Le feu venait de prendre à l'Opéra, alors situé à l'extrémité du Palais-Royal, sur l'emplacement du Lycée et de la rue de ce nom. Les progrès de l'incendie étaient effrayants, l'effroi était au comble, toutes les communications interceptées. Des toiles, des décors enflammés tourbillonnant au milieu d'une fumée épaisse, des cris de détresse et de désespoir, des rassemblements sans cesse renaissants sur tous les points du désastre, tel était le spectacle que présentaient les rues adjacentes; le peuple courait de tous côtés entre le feu et la pluie qui commençait à tomber. On couvrait les toits de draps mouillés, grâce à cette circonstance heureuse de l'orage; mais le vent variait souvent de direction et portait les flammes aux côtés les plus opposés. Impossible d'imaginer une horreur plus magnifique; l'instant où le plafond de l'édifice s'abîma avec un bruit sourd faisait songer à ces masses de roches que remuaient seuls les vieux Titans. À tout moment, ceux qui échappaient de cette fournaise aux flammes de toutes couleurs (il y avait en effet une foule de machines à artifice) racontaient sur l'incendie les détails les plus déplorables. On disait que le feu, qui n'avait pris heureusement qu'après le spectacle, et lorsque la salle avait été presque entièrement évacuée, avait éclaté pendant la représentation et que tout le monde avait péri. Chacun tremblait pour les siens, la chaîne sa formait partout, on se passait les seaux de main en main. Il ne s'était pas trouvé une seule goutte d'eau dans les réservoirs de l'Opéra, quand l'incendie commença; la pluie forma bientôt un vrai torrent sur la place du Palais-Royal, où chaque Parisien était trempé jusqu'aux os.
Madame Mars tremblait pour Nivelon, et en effet le brave homme ne tarda pas à arriver jusque chez lui dans un accoutrement difficile à peindre. Il essayait un costume dans sa loge, quand l'incendie avait éclaté; à peine habillé il avait pu se frayer un passage à travers le feu, d'abord, puis à travers l'eau, car il avait dû passer par ces deux éléments si opposés. Sa veste de berger n'avait plus de forme et de couleur: sa perruque roussie d'un côté, ruisselante de l'autre, était de plus couverte de boue; il changea de tout en arrivant, et madame Mars exigea qu'il se mît au lit. L'incendie ne devait s'apaiser que dans la nuit; il fut suivi d'une lettre faite évidemment pour tourner les nymphes de l'Opéra en ridicule, il les laissait presque nues. Voici un extrait de la requête adressée par une de ces divinités de l'Olympe à une de ses bonnes amies:
«L'attrayante ceinture de Vénus est brûlée; c'en est fait, les Grâces modernes iront sans voile; ce qui pourrait leur devenir moins avantageux qu'aux anciennes. Le bonnet de Mercure, son caducée, ses ailes sont consumés; on a heureusement sauvé sa bourse. Depuis longtemps l'Amour n'a rien à perdre, si ce n'est quelques flèches dont il ne faisait plus d'usage et que l'on a retrouvées avec peine, tant le feu les avait rendues méconnaissables; mais, pour le dédommager de cette perte, on assure que Mercure a résolu de partager sa bourse comme un bon frère avec lui. Quant à la froide et triste Pallas, son armure, son casque, son panache, sont en cendres; son égide est bien fondue; la lyre d'Apollon ne saurait être non plus raccordée.
«Il n'est plus question du magnifique jardin d'Alcindor, ni du palais du roi d'Ormus. Armide, Didon ont sauvé les leurs fort heureusement: mais le char du Soleil et de la Nature n'a pas été épargné. Que te dire de la quantité de linons qui drapaient aussi de bonnes grosses ombres très palpables, je n'ajouterai pas très palpées, ce serait médire. Je n'en finirais pas, chère amie, si je te disais toutes nos pertes, etc.»
Ce fut M. Lenoir, l'architecte, qui, construisit la salle provisoire du nouvel Opéra, élevée au boulevart de la porte Saint-Martin, en attendant qu'on en achevât une permanente au Carrousel, sur le terrain de l'hôtel de Brionne. Les améliorations de ce vaisseau, commencées le mercredi 29 octobre, furent achevées le 7 novembre: la salle avait été construite en deux mois. C'était le temps où les architectes improvisaient, Bellanger avait bâti Bagatelle au feu des lampions, les ouvriers étaient payés jour et nuit. Faudra-t-il donc un incendie à notre Opéra actuel pour qu'on le place enfin sur un terrain plus digne et plus convenable? Ce serait alors le cas de recourir aux imprécations de Camille, et de s'écrier avec elle!
Que le courroux du Ciel, allumé par nos vœux, Fasse pleuvoir sur lui son déluge de feux!
FIN DU PREMIER VOLUME.
NOTES
[1: La place de cette lettre, comme de beaucoup d'autres, est marquée à la fin du livre, aux autographes dont la collection fera mieux que toute autre étude apprécier le genre d'esprit de mademoiselle Mars.]
[2: _Débats_, du 13 avril 1840.]
[3: M. Bertin.]
[4: Août 1829.]
[5: Le mot ridicule que l'on prête à Mademoiselle Mars au sujet d'une prétendue cabale des gardes-du-corps contre elle:
«Il n'y a rien de commun entre _Mars_ et Messieurs les gardes-du-corps?»
est de toute fausseté.--Le seul homme que Mademoiselle Mars ait cruellement relevé au sujet de ses violettes est M. Papillon de la Ferté. Cet intendant des Menus lui ayant demandé un certain jour quand elle cesserait de porter des violettes?
Mademoiselle Mars lui répondit:
«Quand les papillons seront des aigles!» ]
[6: Celui-ci est assez vert, et il peint en même temps mademoiselle Mars. Un ancien acteur de la Comédie-Française qui jouait les valets à sa façon, c'est-à-dire fort mal, dit un jour assez rudement à Célimène qui venait d'entrer au foyer, de fermer sa porte. Mademoiselle Mars obéit. En revenant s'asseoir elle se contenta de dire: J'avais oublié, Monsieur, qu'il n'y avait plus de valets à la Comédie.]
[7: M. de Salvandy prononça quelques paroles touchantes sur cette tombe; elles méritent d'être rappelées et font honneur à sa vive amitié pour mademoiselle Mars.]
[8: Elle n'avait de plus que 3,000 francs comme inspectrice du Conservatoire.]
[9: Dans ce testament de mademoiselle Mars, son fils, M. Alphonse Brummer, est institué son légataire universel.
Il contient entre autres legs une bague pour Armand. Armand, le comédien par excellence, avait été, on le sait, bien longtemps l'ami de mademoiselle Mars. Retiré à Versailles depuis longues années, il n'a pas appris cette perte sans un vif sentiment de douleur.]
[10: A. Soumet.]
[11: La pièce de l'_Amant bourru_, comédie en trois actes et en vers libres, représentée par les comédiens ordinaires du roi, le mercredi 14 août 1777, est dédiée à la reine, avec une lettre portant pour signature: BOUTET DE MONVEL. Il est assez étrange que les biographes n'aient jamais consigné ce _de_. La brochure que nous tenons en main (imprimée chez la veuve Duchesne, rue Saint-Jacques, au Temple du Goût), porte la date de 1777, ainsi que la permission de M. Lenoir, lieutenant-général de police. Que durant la Révolution on ait raccourci Monvel de ce _de_, passe encore; mais que les _Fastes de la Comédie Française_, imprimés en 1821, n'en disent pas un mot, c'est un oubli au moins singulier. Ce même livre l'appelle _Bouvet_ au lieu de _Boutet_.
Monvel était-il noble, se demanderont nos lecteurs, ou seulement _bourgeois de Paris_, comme il s'intitule plus tard dans l'acte de naissance de sa fille? S'il n'était pas noble, il faudrait recourir à une supposition d'état inouïe vis-à-vis de sa signature, adressée à la reine mère. Mais que l'on se rassure, Monvel s'était vu anobli par le roi de Suède; les preuves de cet anoblissement subsistent. On sait que ce prince le nomma son lecteur, et il nous sera facile de prouver, en temps et lieu, quelle part Monvel eut constamment dans ses amitiés, d'un choix si difficile. Les pseudonymes d'auteurs et d'acteurs ont été fréquents, et ils le sont encore aujourd'hui; nous pensons, nous, que Monvel n'y eut point recours; dans tous, les cas, se fût-il nommé simplement _Boutet_, il n'eût fait que suivre l'exemple des auteurs suivants:
Poquelin (Molière), Carton (Dancourt), Arouet (Voltaire), Fusée (Voisenon), Leclerc (de Buffon), Carlet (Marivaux), Jolyot (de Crébillon), Burette (du Belloy), Chassebœuf (Volney), etc, etc.
Monvel eut beaucoup d'enfants naturels. Un de ses fils, qui portait son nom, était secrétaire de Cambacérès. Ce ministre l'appelait toujours à sa table M. _de_ Monvel.]
[12: Cette faute existe.]
[13: En 1830, on supprima cette pension de 500 livres à mademoiselle Mars. Elle en reçut la nouvelle, sans faire paraître la moindre émotion.
--Eh bien! oui, disait-elle à un ami qui lui parlait de cette suppression,--c'est vrai, ils m'ont supprimé _mes bonbons_, mais je ne suis plus d'âge à en demander.]
[14: 20 frimaire de l'an XI (samedi 11 décembre 1802.)]
[15: Monvel revint de Suède en 1788.]
[16: Mademoiselle Mars a toujours conservé dans ses divers appartements deux portraits de sa mère, l'un fait à l'âge de quinze ans, l'autre à celui de vingt-cinq. Le premier représente une jeune fille ravissante avec une coiffure à racines droites, robe blanche à échelle de roses pompon, petit ruban de velours noir autour du cou, une vraie bergère de trumeau du temps de Louis XV. L'autre, dont la perruque poudrée fait plus la corbeille et se termine en boucles déroulées sur ses épaules, a une couronne de roses sur le côté. Deux signes délicieux, placés comme deux mouches sur ce visage exquis, en réveillent un peu l'aspect langoureux et nonchalant. Les deux cadres de ces portraits sont ovales et parfilés de grosses perles.]
[17: Dans ce rôle, Molé, se jetant aux genoux de la comtesse, parcourait, à proprement parler, une partie du théâtre sur ses genoux, dans la chaleur de son jeu.]
[18: _Si vis me flere, dolendum est primo ipse tibi_.]
[19: Andrieux avait la voix très faible, un filet de voix, comme chacun sait; c'était Monvel qui lisait et faisait valoir à l'Institut ses épîtres en vers.]
[20: L'_Émigrante ou le Père Jacobin_, comédie en trois actes en vers, jouée le 25 octobre 1792, au Théâtre de la République; le _Modéré_, comédie en un acte et en vers, au même théâtre, 30 octobre 1793.]
[21: MM. Samson, de la Comédie-Française, et Lockroy, à qui nous devons de charmantes pièces.]
[22: Mademoiselle Mars joua _Louison_.]
[23: Mademoiselle Mars aînée prit le nom de madame Salvetat; elle jouait à Montansier, où parut mademoiselle Mars à treize ans (1792). Elle laissa en mourant sa fortune (18,000 livres de rente) à sa sœur.]
[24: 1791.]
[25: Ce ne fut en effet que vers trente ans que mademoiselle Mars devint une femme véritablement complète au point de vue des formes et de l'optique théâtrale; jusque-là elle était fort maigre, et n'avait pour elle que l'éclat de ses beaux yeux noirs et profonds. Le peintre Lagrenée, l'admirant un jour à cette époque dans sa loge, lui disait qu'elle n'avait pas perdu pour attendre.--«Je désespérais d'être jamais belle, répondit-elle; mais c'est à Paris que la Providence est plus grande qu'ailleurs, me voilà grasse!»]
[26: Les vengeances d'acteurs fourniraient à elles seules un chapitre très étendu. Ce même abbé Geoffroy, mis en scène par Dugazon, eut à subir, de la part de Talma et de mademoiselle Contat, des représailles plus directes.
On sait que Talma se fit ouvrir un soir une loge que Geoffroy occupait aux Français, et qu'il l'apostropha d'abord en termes assez durs au sujet des articles que publiait contre lui le feuilletoniste. Il y eut même voie de fait, et à cette occasion deux lettres parurent dans les journaux le lendemain, l'une de Talma, l'autre de Geoffroy.
Mademoiselle Contat ne se montra pas moins rancunière envers le même critique. L'éventail de Célimène devint entre ses mains une arme vengeresse, et elle aussi s'étant fait ouvrir la loge de l'abbé, elle se vengea de ses épigrammes en le couvrant des paillettes brisées de son éventail. De compte fait, l'abbé avait donc pleinement satisfait aux préceptes de l'Évangile, il avait tendu la joue gauche et la joue droite aux deux premiers talents de la Comédie.]
[27: À Trianon, presque tous les proverbes exécutés par la reine étaient de sa composition, et il les faisait répéter lui-même.]
[28: Le foyer de la Comédie-Française possède un fort beau portrait de Grandménil dans l'_Avare_.]
[29: 1791. Ce divertissement est imprimé.]
[30: Grammont abandonna la scène pour les armes; il jouait à Montansier avec Valville; il devint général de la République, et il fut guillotiné.]
[31: En effet, Monvel fut inconstant avec la Comédie. Il partit pour la Suède, où il demeura plusieurs années. Les motifs de ce départ si brusque seront expliqués plus tard.]
[32: N. de Bièvre était petit-fils de Georges Mareschal, premier chirurgien de Louis XIV, lequel Mareschal enserra cette place sous Louis XV, qui lui accorda des lettres de noblesse pour avoir contribué, avec Lapeyronie, à la fondation de l'Académie de chirurgie.--Il avait à Bièvre, village à deux lieues de Versailles, un fort beau château, qui passa à ses descendants, et que Louis XIV érigea en marquisat.]
[33: V. Mémoires de Dazincourt.]
[34: Hamilton, on le sait, comparait leur teint à du lait dans lequel on aurait effeuillé des roses.]
[35: Il offrit pourtant à mademoiselle Olivier Rosalie dans le _Séducteur_; elle y mit un abandon touchant et une grâce incomparable.]
[36: Ordre de M. Lenoir, lieutenant de police.]
[37: 27 avril 1784. Beaumarchais disait ce soir-là même à Rivarol: Plaignez-moi un peu, mon cher! j'ai tant couru ce matin auprès des ministres, auprès de la police, que j'en ai les cuisses rompues!
--Quoi déjà! repartit Rivarol toujours méchant.]
[38: Ce fut Beaumarchais qui devina mademoiselle Contat; jusque-là cette comédienne n'avait joué que des rôles fort secondaires. Celui de _Suzanne_ la révéla au public.]
[39: C'est ce même Beaumarchais qui, déclinant l'honneur d'un duel avec un homme de condition médiocre, lui disait:--J'ai refusé mieux!]
[40: Mademoiselle Mars joua les trois rôles, Chérubin, Suzanne, la comtesse.]
[41: Nous n'écrivons pas ici la _Chronique scandaleuse_; on ne trouvera donc aucun détail sur l'attachement de Dazincourt pour mademoiselle Olivier, ni sur ses relations avec la princesse Sh...]
[42: Un des traits les plus curieux de Dazincourt à la scène, le seul dont nous prendrons texte pour donner une idée de son respect religieux pour la tradition, est celui-ci:
À la suite d'une représentation de _Polixène_ (tragédie qui n'en eut que quatre), on en donnait une de l'_Homme à bonnes fortunes_, de Baron, dans l'hiver de l'an XII; Dazincourt y jouait Pasquin. Un étourdi du parterre venu probablement pour siffler la tragédie, et mécontent, sans doute, d'avoir été contenu par les nombreux amis de l'auteur, crut se dédommager en sifflant Dazincourt dans l'instant d'un lazzi consacré par la tradition. On sait qu'au moment où Pasquin fait sa toilette, il inonde son mouchoir d'eau de Cologne, le tord ensuite, et en exprime le contenu sur la tête du souffleur qui, d'avance, a grand soin de faire le plongeon. Le connaisseur prétendu lâcha à cet endroit un coup de sifflet. Sans rien perdre de sa fermeté, Dazincourt s'avance sur le bord de la rampe, et, s'adressant au parterre: «Messieurs, dit-il, lorsque Préville jouait ce rôle, il faisait ce que je viens de faire, et il était applaudi par tout ce qu'il y avait de mieux en France.»
Des bravos nombreux vengèrent à l'instant l'acteur.]
[43: Mémoires secrets. Bach.]
[44: Saint-Germain-l'Auxerrois.]
[45: Desbrugnières était fort sain d'esprit et de corps, quand les plaisants d'alors lui firent l'honneur de ce testament qui courut tout Paris. Il avait un legs pour Rivarol.]
[46: Ouverte en 1782.]
[47: On doit se souvenir qu'elle n'abordait jamais celui du _Mariage de Figaro_ qu'avec frayeur; et le plus souvent elle le passait.]
[48: Mademoiselle Mars a conservé toute sa vie le rare privilége d'une charmante écriture; rien de plus fin, de plus délié, de mieux _peint_ que toutes ses lettres. C'est la calligraphie d'une femme de qualité, les contours en sont précis, élégants, flexibles; sa façon d'écrire ressemble à celle de la reine Hortense.]