Mémoires de Luther écrits par lui-même, Tome II
Part 17
_Du landgrave Philippe de Hesse._—«Le Landgrave est un pieux, intelligent et joyeux seigneur; il maintient une bonne paix dans sa terre, qui n'est que pierres et forêts; de sorte que les gens y peuvent voyager et commercer sans crainte... Le Landgrave est un guerrier, un Arminius, petit de sa personne, mais, etc. Il consulte et suit aisément les bons conseils; la résolution une fois prise, il exécute promptement.—L'Empereur lui a offert, pour lui faire quitter l'Évangile, la possession paisible du comté de Katzenellenbogen, et le duc George l'aurait fait à ce prix son héritier... Il a une tête hessoise; il ne peut se reposer, il faut qu'il ait quelque chose à faire... C'était une grande audace de vouloir, en 1528, envahir les possessions des évêques; et ç'a été un acte plus grand d'avoir rétabli le duc de Wurtemberg et chassé le roi Ferdinand de ce pays. Moi et Mélanchton, nous fûmes appelés à cette occasion à Weimar, et nous employâmes toute notre rhétorique à empêcher sa Grâce de rompre la paix de l'Empire... Il en devint tout rouge et s'emporta. Cependant c'est une âme tout-à-fait loyale.
»Dans le colloque de Marbourg, en 1529, sa Grâce vint avec un petit habit, de sorte que personne ne l'aurait reconnu pour le Landgrave; et cependant, il était occupé de grandes pensées. Il consulta Mélanchton, et lui dit: «Cher maître Philippe, dois-je souffrir que l'évêque de Mayence me chasse par violence mes prédicateurs évangéliques?» Philippe répondit: «Si la juridiction du lieu appartient à l'évêque de Mayence, votre Grâce ne peut l'empêcher.» Permis à vous de conseiller, répondit le Landgrave, mais je n'agirai pas moins.»
»A la diète d'Augsbourg, en 1530, le landgrave dit publiquement aux évêques: «Faites la paix, nous vous le demandons. Si vous ne la faites point et qu'il me faille descendre de mes montagnes, j'en saisirai au moins un ou deux.»
»Dieu a jeté le Landgrave au milieu de l'Empire. Il a autour de lui quatre électeurs et le duc de Brunswick; et il les fait tous trembler. C'est que le commun peuple lui est attaché. Avant de rétablir le duc de Wurtemberg, il était allé en France, et le roi de France lui avait prêté beaucoup d'argent pour la guerre.
»Si le Landgrave s'enflamme une fois...! C'est ce qui nous est arrivé, à moi et à maître Philippe, lorsque nous le détournions humblement et faiblement de la guerre; «Qu'arrivera-t-il si je souffre vos conseils et si je n'agis point?»—C'est un miracle de Dieu. Le Landgrave est un prince peu puissant, cependant on le redoute; c'est un héros. Il a renvoyé les évêques au chœur... Les Saxons et ceux de la Hesse, lorsqu'ils sont en selle, sont de vrais cavaliers. Les cavaliers des hautes terres (du midi de l'Allemagne) ne sont que des danseurs. Dieu nous conserve le Landgrave..... Dieu nous préserve de la guerre! les gens de guerre sont des diables incarnés. Je ne parle pas seulement des Espagnols, mais aussi des Allemands.
»Après la diète de Francfort, en 1539, environ neuf mille soldats d'élite furent rassemblés autour de Brême et de Lunebourg pour être employés contre les états protestans[r206]. Mais l'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse leur firent parler par le chevalier Bernard de Mila, leur donnèrent de l'argent comptant et les attirèrent à eux. Ensuite mourut subitement le duc George, etc.»
[r206] _Ibid._ 156.
«Le _landgrave de Hesse_ et de Thuringe, Louis-le-Fameux, était un seigneur dur et colérique. Il était tenu prisonnier par l'évêque de Hall, il sauta par une fenêtre du haut du château et du rocher dans la Sals, nagea, s'aida d'un tronc d'arbre et échappa. Il sévissait toujours cruellement contre ses sujets. Sa femme s'avisa de lui servir de la viande un vendredi saint, et comme il n'en voulait pas manger; elle lui dit: «Cher seigneur, vous craignez ce péché, lorsque vous en faites tous les jours de plus grands et de plus horribles.» Mais elle fut obligée de s'enfuir et de quitter ses enfans. Au moment de son départ, à minuit, elle baisa son enfant qui était encore au berceau, le bénit, et, dans un transport d'amour maternel, elle le mordit à la joue[8]. Accompagnée d'une jeune fille, elle descendit par une corde du château de Wartbourg, tout le long du précipice. Son maître-d'hôtel l'attendait avec un chariot, et la conduisit secrètement à Francfort-sur-le-Mein.—Quand ce landgrave mourut, on l'affubla d'un habit de moine, ce qui faisait beaucoup rire tous ses chevaliers.
[8] Luther appelle _Louis_ ce landgrave, qui s'appelait effectivement _Albert-le-Dénaturé_, et vivait en 1288. Sa femme, Marguerite était fille de l'empereur Frédéric II; son fils est Frédéric I, dit le _Mordu_.
«En Italie, les hôpitaux sont bien pourvus, bien bâtis[r207]. On y donne une bonne nourriture; il y a des serviteurs attentifs et de savans médecins. Les lits et les habits sont très propres; l'intérieur des bâtimens orné de belles peintures. Aussitôt qu'un malade y est amené, on lui ôte ses habits en présence d'un notaire qui en dresse une note et une description exacte pour qu'ils lui soient bien gardés. On le revêt d'un sarreau blanc, on le met dans un lit bien fait et dans des draps blancs; on ne tarde pas à lui amener deux médecins, et les serviteurs viennent lui apporter à manger et à boire dans des verres bien propres, qu'ils touchent du bout du doigt. Il vient aussi des dames et matrones honorables qui se voilent pendant quelques jours pour servir les pauvres, de sorte qu'on ne sait point qui elles sont, et elles retournent ensuite chez elles.—J'ai vu aussi à Florence que les hôpitaux étaient servis avec tous ces soins; de même les maisons des enfans-trouvés, où les petits enfans sont nourris au mieux, élevés, enseignés et instruits. Ils les ornent tous d'un costume uniforme, et en prennent le plus grand soin.
[r207] _Ibid._ 145.
»Je ne manque point de drap, mais je ne puis me décider à me faire faire des culottes[r208]. Les miennes ont été raccommodées quatre fois, et le seront encore. Les tailleurs ne font rien de bon et prennent trop cher. Cela va bien mieux en Italie; les tailleurs ont une corporation particulière qui ne fait que des culottes.
[r208] _Ibid._ 424.
»En Espagne, pour les couches de l'impératrice, trente hommes se sont fouettés jusqu'au sang, afin de lui obtenir un heureux enfantement, deux même en sont morts, et cependant la mère ni le fœtus n'ont pu être délivrés. Qu'a-t-on fait de plus chez les païens? (14 août 1539.)
»En Italie et en France, les curés sont généralement des ânes[r209]. Si on leur demande: _Quot sunt sacramenta?_ ils répondent: _Tres_.—_Quæ?_ Réponse: Le goupillon, l'encensoir et la croix.
[r209] _Ibid._ 281, verso.
»En France, il y a eu tant de superstition, que les serfs et serviteurs voulaient pour la plupart se faire moines[r210]. Il fallut que le roi défendît la moinerie. La France est abîmée dans la superstition. Les Italiens de même sont ou superstitieux ou épicuriens. C'est un propos commun en Italie, quand ils vont à l'église de dire: Allons au préjugé populaire.
[r210] _Ibid._ 271, verso.
»Lorsque je vis Rome, je tombai à genoux, levai les mains au ciel et dis[r211]: Salut, sainte Rome, sanctifiée par les saints martyrs et par leur sang qui y a été versé...; mais elle est maintenant déchirée, _und der teufel hat den papst, seinen dreck, darauss geschissen_.—Cent ans avant Jésus-Christ, Rome avait quatre millions de citoyens; peu après, neuf millions; certes, cela devait faire un peuple, si toutefois la chose est vraie.—A Venise, trois cent mille feux; à Erfurt, dix-huit mille murs à feu (murs mitoyens); à Nuremberg, à peine la moitié.—Rome n'est plus qu'une charogne et un tas de cendres..... Les maisons sont aujourd'hui où étaient les toits de l'ancienne Rome; telle est l'épaisseur des décombres, qu'il y en a la hauteur de deux lances de landsknecht[9]. Rien n'y est à louer que le consistoire et la cour de Rote, où les affaires sont instruites et jugées avec beaucoup de justice.
[r211] _Ibid._ 442.
[9] Voyez le _Voyage de Montaigne_.
Le docteur Staupitz avait entendu dire à Rome, en 1511, que d'après une vieille prophétie, un ermite s'élèverait sous le pape Léon X, et attaquerait la papauté; or, les augustins s'appellent aussi ermites.
»Je ne voudrais pas, pour cent mille florins, ne pas avoir vu Rome; je me serais toujours inquiété si je ne faisais pas injustice au pape.»—Il répète trois fois ces paroles.
«Il y avait en Italie un ordre particulier, qui s'appelait _les Frères de l'ignorance_[r212]. Ils devaient jurer de ne rien savoir et de ne vouloir rien apprendre. Tous les moines méritent le même nom.»
[r212] _Ibid._ 269, verso.
Un soir, à la table de Luther, il se trouvait un vieux prêtre qui racontait beaucoup de choses de Rome[r213]. Il y était allé quatre fois et y avait officié pendant deux ans. Quand on lui demanda pourquoi il y était allé si souvent, il répondit: «La première fois j'y cherchais un filou, la seconde je le trouvais, la troisième je l'emportais avec moi, et la quatrième je l'y rapportais et le plaçais derrière l'autel de Saint-Pierre.»
[r213] _Ibid._ 442, verso.
«Christoff Gross, qui avait été long-temps à Rome, trabant du pape, parla beaucoup des pays par où l'on va vers la Terre-Sainte, de l'Aragon et de la Biscaye[r214]. Ils ont pour signe du baptême une petite cicatrice au nez, juste sous les yeux.»
[r214] _Ibid._ 441, verso.
«Les Écossais sont la nation la plus fière; beaucoup se sont réfugiés en Allemagne, à Erfurth et à Wurtzbourg; ils n'admettent personne comme moine dans leurs couvens. Les Écossais sont méprisés des autres nations, comme les Samaritains par les Juifs.»
«Les Anglais ont été chassés de France après leur défaite à Montlhéri, entre Paris et Orléans[10].—Ils ne laissent personne à Calais, à moins qu'il ne parle anglais dans tant d'heures.»
[10] Il est inutile de relever les erreurs grossières dont fourmille ce chapitre.
«La peste règne toujours en Angleterre[r215].—L'Angleterre est un morceau de l'Allemagne.—Les langues danoise et anglaise sont du saxon, c'est-à-dire du véritable allemand, tandis que la langue de l'Allemagne supérieure n'est point la vraie langue allemande.—La Souabe et la Bavière sont hospitalières; au contraire la Saxe.—Luther préfère le dialecte de la Hesse à tous les autres de l'Allemagne, parce que les Hessois accentuent les mots comme s'ils chantaient.»
[r215] _Ibid._ 440, verso.
_Diversité des langues._—«Supériorité de l'allemande: elle fait sentir que les Allemands sont gens plus simples et plus vrais. Au contraire, c'est un proverbe: les Français écrivent autrement qu'ils ne parlent, et parlent autrement qu'ils ne pensent.—L'allemand se rapporte au grec. Le latin est sec, il n'a pas de lettres doubles.—Finesse des Saxons et bas Allemands; ils sont pires que les Italiens, quand ils adoptent les idées de l'Italie.—Les habitations et l'aspect des pays changent ordinairement dans l'espace d'un siècle. Il y a peu d'années que la Hesse, la Franconie, la Westphalie, n'étaient qu'un désert. Au contraire, autour de Halle, d'Halberstadt, et chez nous, on fait jusqu'à trois milles sans trouver rien que bruyères, tandis qu'autrefois il y avait des terres cultivées. Dieu aura ôté la fertilité au pays, pour punir les habitans.»
«Nous sommes de bons compagnons, nous autres Allemands, nous buvons, nous mangeons, nous cassons nos vitres, nous perdons en une soirée cent, mille florins ou plus, et nous oublions _le Turc_ qui, en trente jours, peut être avec sa cavalerie légère à Wittemberg.»
«En France, chacun a son verre à table.—Les Français se préservent de l'air; s'ils suent, ils se couvrent, s'approchent du feu, se mettent au lit; sans cela ils auraient la fièvre. Deux personnes dansent à la fois, les autres regardent; au contraire en Allemagne.—Les prêtres d'Italie et de France ne savent pas même leur langue.»
«Dans mon voyage sur le Rhin, je voulus dire la messe, mais un prêtre me dit[r216]: «Vous ne le pouvez: nous suivons ici le rit ambroisien.»
[r216] _Ibid._ 166.
»George Fœgeler, chancelier du margrave, disait que dans la Bavière il y avait plus de cent vingt-cinq cures vacantes, parce qu'on ne pouvait trouver aucun ecclésiastique[r217].
[r217] _Ibid._ 184.
»Dans la Bohême, il y a environ trois cents cures vacantes, de même chez le duc George.
»La Thuringe avait autrefois un sol très fertile en grain, surtout autour d'Erfurt; mais maintenant elle est frappée de malédiction[r218]. Le blé y est plus cher qu'à Wittemberg. C'est ce que j'ai vu, il y a un an, lorsque j'étais à Smalkald; ils n'avaient qu'un mauvais pain noir... Ils ont de telles vendanges qu'on pourrait donner la pinte pour trois liards; si elles étaient moitié moins bonnes, ils seraient très riches; mais maintenant ils donnent le vin pour le tonneau.
[r218] _Ibid._ 62.
»L'électorat de Saxe a eu douze couvens de moines déchaux, mineurs, cinq de prêcheurs, moines de saint Paul et carmélites, et quatre d'augustins[r219]. Voilà seulement pour les moines mendians qui, aujourd'hui se dissipent d'eux-mêmes.—Alors, un Anglais qui se trouvait à table chez le docteur, se mit à dire qu'en Angleterre, il n'y avait guère de milles carrés d'Allemagne, où l'on ne trouvât trente-deux cloîtres de moines mendians.
[r219] _Ibid._ 269.
»Le vieil électeur de Brandebourg, Joachim, disait une fois au duc de Saxe Frédéric[r220]: Comment pouvez-vous, vous autres princes de Saxe, frapper de la monnaie si forte? Nous y avons gagné trois tonnes d'or (en renvoyant une monnaie inférieure dans la Saxe).
[r220] _Ibid._ 61, verso.
La princesse de A. (Anhalt), venant à Wittemberg, se rendit chez Luther, et insista vivement pour discuter avec lui, quoiqu'il fût malade et que ce fût à une heure indue. Il s'excusa en lui disant: «Noble dame, je suis rarement bien portant dans toute l'année; je souffre presque toujours ou du corps ou de l'esprit.» Elle lui répondit: «Je le sais, mais nous, nous ne pouvons pas non plus vivre tous dans la piété.» Le docteur lui dit alors: «Vous autres de la noblesse, cependant, vous devriez tous être pieux et irréprochables, car vous êtes peu, vous formez un cercle étroit. Nous, gens du commun et des basses classes, nous nous corrompons par la multitude; nous sommes en grand nombre, il n'est donc pas étonnant qu'il y ait si peu de gens pieux parmi nous. C'est chez vous, personnes nobles et illustres, que nous devrions trouver des exemples de piété, d'honnêteté, etc.» Et il continua de lui parler sur ce ton. (Tischreden, p. 341, verso.)
Luther avait dans sa maison et à sa table un Hongrois, nommé Mathias de Vai. De retour en Hongrie, il y prêcha, et fut accusé par un prédicateur papiste devant le moine George, frère du Vayvode, alors gouverneur et régent à Bude. Le moine George fit apporter deux tonneaux de poudre sur le marché, et dit: «Si l'un de vous deux prêche la bonne doctrine, asseyez-vous dessus, j'y mettrai le feu; nous verrons lequel des deux restera vivant.» Le papiste refusa, Mathias s'élança sur un des tonneaux. Le papiste et les siens furent condamnés à payer quatre cents florins de Hongrie, et à entretenir pendant un certain temps deux cents hommes d'armes. Mathias eut la permission de prêcher l'Évangile. (Tischr., p. 13.)
Un seigneur hongrois, nommé Jean Huniade, se trouvant à Torgau, comme ambassadeur du roi Ferdinand auprès de l'électeur Jean-Frédéric, pria celui-ci de faire venir Luther pour qu'il pût le voir et lui parler. Luther y vint; à table, l'ambassadeur dit qu'en Hongrie les prêtres donnaient la communion tantôt sous une, tantôt sous deux espèces, et qu'ils prétendaient que la chose était indifférente. «Révérend père, ajouta-t-il, en s'adressant à Luther, me permettez-vous de vous demander ce que vous pensez de ces prêtres?» Le docteur répondit qu'il les regardait comme de méprisables hypocrites, «Car, dit-il, s'ils étaient bien convaincus que la communion sous deux espèces est d'institution divine, ils ne pourraient continuer de la donner sous une seule.»
Luther cacha le dépit que la question de l'ambassadeur lui avait causé, et quelque temps après, il se tourna vers lui, en disant: «Seigneur, j'ai répondu à ce que votre Grâce me demandait. Me permettra-t-elle de lui faire une question à mon tour?» L'ambassadeur le lui permettant, il continua: «Je suis étonné que vos pareils, les conseillers des rois et des princes, qui savent bien que la doctrine de l'Évangile est la véritable, ne laissent pas de la persécuter de toutes leurs forces. Me pourriez-vous dire d'où cela vient?» A ces mots, André Pflug, l'un des convives, voyant l'embarras du seigneur hongrois, interrompit Luther et parla vivement d'autre chose, de sorte que le seigneur fut dispensé de répondre. (Tischr., p. 148.)
Le chapitre des _Propos de table_ où se trouve réuni tout ce que Luther a dit sur les Turcs, est fort curieux comme peinture des alarmes qu'éprouvaient alors toutes les familles chrétiennes. Chaque mouvement des barbares est marqué par un cri de terreur. C'est la même scène que celle de Goetz de Berlichingen, où le chevalier ne pouvant agir, se fait rendre compte par les siens du combat qui a lieu dans la plaine, et qu'ils contemplent du haut d'une tour; c'est la même anxiété d'un péril toujours croissant, et qu'on est dans l'impuissance d'éviter ou de combattre.
«Le Turc ira à Rome, et je n'en suis pas trop fâché, car il est écrit dans le prophète Daniel, etc.[r221] Une fois le Turc à Rome, le Jugement dernier n'est pas loin.
[r221] _Ibid._ 432.
»Le Christ a sauvé nos âmes; il faudra qu'il sauve aussi nos corps; car le Turc va donner un bon coup à l'Allemagne[r222]. Je pense souvent à tous les maux qui vont suivre, et il m'en vient la sueur... La femme du docteur s'écria: Dieu nous préserve des Turcs! Non, reprit-il, il faut bien qu'ils viennent et qu'ils nous secouent comme il faut.
[r222] _Ibid._ 432.
»Qui m'eût dit que je verrais en face l'un de l'autre les deux empereurs, les rois du Midi et du Septentrion[r223]?... Oh! priez, car nos gens de guerre sont trop présomptueux, ils comptent trop sur leur force et sur leur nombre. Cela ne peut pas bien finir. Et il ajoutait: Les chevaux allemands sont plus forts que ceux des Turcs; ils peuvent les renverser; ceux-ci sont plus légers, mais plus petits.
[r223] _Ibid._ 436.
»Je ne compte point sur nos murs, ni sur nos arquebuses, mais sur le _Pater noster_[r224]. C'est là ce qui battra les Turcs; le décalogue n'y suffit pas.»
[r224] _Ibid._ 436, verso.
Luther dit qu'après avoir depuis long-temps désiré de connaître l'Alcoran, il en trouva enfin une mauvaise version latine de 1300, et qu'il la traduisit en allemand, afin de mieux faire connaître l'imposture de Mahomet[r225]. Dans son «Instruction tirée de l'Alcoran,» il prouve que ce n'est point Mahomet qui est l'Anti-Christ (car l'imposture, dit-il, est trop visible en celui-ci), mais plutôt le pape avec son hypocrisie.—«Il y a trois ans qu'un moine du pays des Maures vint ici. Nous disputâmes avec lui par l'intermédiaire d'un interprète, et comme il fut confondu en tous points par la Parole de Dieu, il dit à la fin: «C'est là une bonne croyance.»
[r226] _Ibid._ t. II. 402.
Les juifs, à titre de juifs et d'usuriers, étaient fort mal avec Luther.
«Nous ne devons pas souffrir les juifs parmi nous. On ne doit ni boire ni manger avec eux.—Cependant, dit quelqu'un, il est écrit que les juifs seront convertis avant le Jugement...—Et il est écrit aussi, dit la femme de Luther, qu'il n'y aura qu'une bergerie et un berger.—Oui, chère Catherine, dit le docteur. Mais cela s'est déjà accompli, lorsque les païens ont embrassé l'Évangile.» (Tischr., p. 431.)
«Si j'étais à la place des seigneurs de **, je ferais venir ensemble tous les juifs, et je leur demanderais pourquoi ils appellent Christ un fils de p..., et sainte Marie une coureuse. S'ils parvenaient à le prouver, je leur donnerais cent florins; sinon je leur arracherais la langue.» (Tischr., p. 431, verso.)
[a63] Page 127, ligne 24.—_Je ne puis nier que je ne sois violent..._
Érasme disait: «Luther est insatiable d'injures et de violences; c'est comme Oreste furieux.» (Erasm., Epist. non sobria Luther.)
[a64] Page 142, ligne 9.—_Le droit impérial ne tient plus qu'à un fil..._
Cependant Luther le préférait encore au droit saxon.
«Le docteur Luther parlant de la grande barbarie et dureté du droit saxon, disait que les choses iraient au mieux si le droit impérial était suivi dans tout l'Empire. Mais l'opinion s'est établie à la cour, que le changement ne pouvait se faire sans grande confusion et grande dévastation.» (Tischreden, page 412.)
[a65] Page 143, ligne 17.—_Je te le conseille, juriste, laisse dormir le vieux dogue..._
Dans son avant-dernière lettre à Mélanchton (6 février 1546), il dit en parlant des légistes: «O sycophantes, ô sophistes, ô peste du genre humain!... Je t'écris en colère, mais je ne sais si, de sang froid, je pourrais mieux dire.»
[a66] Page 143, ligne 24.—_Juristes pieux..._
Il souhaite qu'on améliore leur condition.
«Les docteurs en droit gagnent trop peu et sont obligés de se faire procureurs. En Italie, on donne à un juriste quatre cents ducats ou plus par an; en Allemagne, ils n'en ont que cent. On devrait leur assurer des pensions honorables, ainsi qu'aux bons et pieux pasteurs et prédicateurs. Faute de cela, ils sont obligés pour nourrir leurs femmes et leurs enfans, de s'occuper de l'agriculture et des soins domestiques.» (Tischreden, page 414.)
[a67] Page 143.—_Fin du chapitre._
Au comte Albrecht de Mansfeld, au sujet d'une affaire de mariage: «Les paysans, les gens grossiers qui ne recherchent que la liberté de la chair, les légistes qui décident toujours contre la foi, m'ont rendu si las, que j'ai rejeté décidément le fardeau des affaires de mariages, et que j'ai dit à plusieurs de faire, au nom de tous les diables, ce qu'il leur plaira: _Sinite mortuos sepelire mortuos_. Le monde veut le pape! qu'il l'ait, s'il n'en peut être autrement. Tous les légistes tiennent pour lui. Je ne sais vraiment si, moi mort, ils auront le courage d'adjuger, à mes enfans, le nom de Luther et mes guenilles! Ils jugent toujours d'après le droit papal. A qui la faute? A vous autres seigneurs, qui les rendez trop fiers, qui les soutenez dans tout ce qui leur plaît de décider, qui opprimez les pauvres théologiens, quelque raison qu'ils puissent avoir...» (5 octobre 1536.)
«Il faudrait dans un pays deux cents pasteurs contre un juriste. Nous devrions, en attendant, changer en pasteurs les juristes et les médecins. Vous verrez que cela viendra.» (Tischreden, page 4, verso.)
[a68] Page 151, _fin du chapitre_.
Discussion confidentielle entre Mélanchton et Luther. (1536.)