Mémoires de Luther écrits par lui-même, Tome II

Part 13

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«A la diète d'Augsbourg, le duc Guillaume de Bavière, qui était fort opposé à la doctrine évangélique, ayant dit au docteur Eck: «Peut-on renverser cette opinion par l'Écriture sainte?» «Non, dit-il, mais par les Pères.» L'évêque de Mayence se mit à dire: «Voyez! nos théologiens nous défendent joliment! Les luthériens montrent leur opinion dans l'Écriture, et nous la nôtre hors de l'Écriture.» Le même évêque disait alors: «Les luthériens ont un article auquel on ne peut contredire, quand même tous les autres ne vaudraient rien; c'est celui du mariage.» (Tischreden, p. 99.)

[a17] Page 20, ligne 10.—_L'archevêque de Mayence est très porté pour la paix..._

Luther, pour l'exhorter à montrer des sentimens pacifiques, lui avait écrit une lettre qui se terminait ainsi: «Je ne puis cesser de penser à la pauvre Allemagne, si malheureuse, si abandonnée, si méprisée, vendue à tant de traîtres en même temps. C'est ma chère patrie; je désirerais tant la voir heureuse!» (6 juillet 1530, de Cobourg.)

[a18] Page 21, ligne 7.—_Si l'Empereur veut faire un édit, qu'il le fasse; après Worms aussi il en fit un..._

Luther a conscience de sa force. «Si j'étais tué par les papistes, ma mort protégerait nos descendans, et ces bêtes féroces en seraient peut-être plus cruellement punies que je ne voudrais moi-même. Car, il y a quelqu'un qui dira un jour: _Où est ton frère Abel?_ Et celui-là les marquera au front, et ils erreront fugitifs par toute la terre... Notre race est maintenant sous la protection du Seigneur, puisqu'il est écrit: Je ferai miséricorde jusqu'à la millième génération à ceux qui m'ont aimé. Et moi je crois à ces paroles.» (30 juin 1530.)

«Si j'étais tué dans une émeute papiste, j'emmènerais à ma suite un grand nombre d'évêques, de prêtres, de moines, si bien que tous diraient: «Le docteur Martin Luther est conduit au sépulcre avec une grande procession; certes, c'est un grand docteur, au-dessus de tous évêques, prêtres, moines; aussi faut-il qu'à son enterrement, ils aillent avec lui, étendus sur le dos.» C'est ainsi que nous ferions ensemble notre dernier voyage.» (1531. Cochlæus, p. 211. Extrait du livre de Luther intitulé: _Avis aux Allemands_.)

Les catholiques, lui disait-on, vous reprochent plusieurs fausses interprétations dans votre traduction de l'Écriture. Il répondit: «Ils ont encore de trop longues oreilles, et leur _hihan! hihan!_ est trop faible pour juger une traduction du latin en allemand... Dis-leur que le docteur Martin Luther veut qu'il en soit ainsi, et qu'un papiste et un âne c'est la même chose.

_Sic volo, sic jubeo, sit pro ratione voluntas._

(Passage cité par Cochlæus, 201, verso.)

[a19] Page 21, ligne 15.—_Qu'ils nous rendent Léonard Keiser..._

«Non-seulement le titre de roi, mais celui de César lui est bien mérité, puisqu'il a vaincu celui dont le pouvoir ne trouve point d'égal sur la terre. Ce n'est pas seulement un prêtre, c'est un souverain pontife et un véritable pape, celui qui a offert ainsi son corps en sacrifice à Dieu. Avec juste raison l'appelait-on Léonhard, c'est-à-dire force du lion; c'était un lion fort et intrépide.» (22 octobre 1527.)

_A Hausmann._ «Je pense que tu auras vu l'histoire de Gaspard Tauber, le nouveau martyr de Vienne, qui a été décapité et brûlé dans cette ville pour la parole de Dieu. Il en est arrivé autant à un libraire de Bude, en Hongrie, qu'on a brûlé au milieu de ses livres.» (12 novembre 1524.)

Il y avait à Vienne des partisans de la nouvelle doctrine. «Lorsqu'après la diète d'Augsbourg le cardinal Campeggio entra dans la ville avec le roi Ferdinand, on habilla un petit homme de bois en cardinal, on lui attacha au cou des indulgences et le sceau du pape, et on le mit sur un chien qui avait à la queue une vessie de porc pleine de pois. On fit courir ce chien à travers toutes les rues.» (Tischr., p. 251.)

[a20] Page 21, ligne 16.—_Qu'ils nous rendent Keiser et tant d'autres qu'ils ont fait injustement mourir..._

Si l'on en croyait Cochlæus, Luther se serait montré persécuteur à son tour. En 1532, un luthérien s'étant éloigné de ses opinions, Luther le fit enlever et conduire à Wittemberg, où il fut emprisonné; un procès fut commencé. Comme on ne trouva pas de charges suffisantes, il fallut le relâcher. Mais il fut toujours depuis sourdement persécuté par les luthériens. (Cochlæus, p. 218.)

[a21] Page 22, ligne 22.—_On se prépare à combattre..._

Cependant on craignait tant de part et d'autre l'issue de la lutte, que, contre toute probabilité, la paix se maintint. «J'admire ce miracle de Dieu, que tant de menaces soient allées en fumée. Tout le monde en effet croyait qu'au printemps éclaterait en Allemagne une guerre atroce.» (juin 1531.)

La crainte d'un nouveau soulèvement des paysans contribuait à entretenir les intentions pacifiques des princes. «Les paysans, écrit Luther, recommencent à s'assembler. Une soixantaine d'entre eux ont cherché à surprendre la nuit le château de Hohenstein. Tu vois que malgré la présence de l'Empereur, il faut prendre des précautions contre cette révolte; que serait-ce si les papistes commençaient la guerre?» (19 juillet 1530.)

[a22] Page 22, ligne 25.—_Luther fut accusé d'avoir poussé les protestans à prendre cette attitude hostile..._

Bien loin de là, il avait dès 1529 dissuadé l'Électeur d'entrer dans aucune ligue dirigée contre l'Empereur... «Nous ne saurions approuver une pareille alliance; s'il en résultait quelque malheur, peut-être même la guerre ouverte, tout retomberait sur notre conscience, et nous aimerions mieux être dix fois morts que d'avoir à nous reprocher du sang versé pour l'Évangile. Nous sommes ceux qui devons souffrir, comme dit le prophète, ceux qui ne doivent pas se venger eux-mêmes, mais tout remettre entre les mains de Dieu... Je supplie donc humblement votre Grâce électorale de ne pas se laisser abattre par ce danger. Nous allons élever nos prières à Dieu; mais nos mains doivent rester pures de sang et de crime. S'il arrivait (contre mon opinion) que l'Empereur allât jusqu'à me réclamer moi ou mes amis, nous irions, sous la protection de Dieu, comparaître devant lui, plutôt que de causer préjudice à votre Grâce électorale, comme je l'ai plusieurs fois déclaré à votre auguste frère, feu l'électeur Frédéric....» (18 novembre 1529.)

[a23] Page 22, ligne 28.—_Résistance à l'Empereur..._

Dans le livre des _Propos de table_ (p. 397, verso et suiv.) Luther parle plus explicitement: «Ce n'est point pour la religion que l'on combattra. L'Empereur a pris les évêchés d'Utrecht et de Liége; il a offert au duc de Brunswick de lui laisser prendre Hildesheim. Il est affamé et altéré des biens ecclésiastiques; il les dévore. Nos princes ne le souffriront pas; ils voudront manger avec lui. Alors on en viendra à se prendre aux bonnets.» (1530.)

«J'ai souvent été interrogé par mon gracieux seigneur, sur la question de savoir ce que je ferais si un voleur de grand chemin, un meurtrier, venait m'attaquer. Je résisterais, dans l'intérêt du prince dont je suis sujet et serviteur; je puis tuer le voleur, mettre le couteau sur lui, et même ensuite recevoir les sacremens. Mais si c'est pour la parole de Dieu, et comme prédicateur, que l'on m'attaque, je dois souffrir et recommander la vengeance à Dieu. Aussi je ne prends point de couteau en chaire, mais sur la route. Les anabaptistes sont des coquins désespérés, ils ne portent aucune arme et se vantent d'une grande patience.»

(1536.) «Comme je parlais pour la paix, le landgrave de Hesse me disait: Seigneur docteur, vous conseillez très bien; mais quoi? Si nous ne suivons pas vos conseils?»

(1539.) Luther répond sur la question du droit de résistance «que, selon le droit public, le droit naturel et la raison, la résistance à l'autorité injuste est permise. Il n'y a de difficulté que dans le domaine de la théologie.

»La question n'eût pas été difficile à résoudre au temps des apôtres, car toutes les autorités étaient alors païennes et non chrétiennes. Mais maintenant que tous les princes sont chrétiens ou prétendent l'être, il est difficile de conclure, car un prince et un chrétien sont les plus proches parens.—Qu'un chrétien puisse se défendre contre l'autorité, il y a là matière à de grandes réflexions.—... Au fond, c'est au pape que j'arrache l'épée, et non à l'Empereur.»

Il résume ainsi lui-même les argumens qu'il eût pu adresser aux Allemands, s'il eût fait une exhortation à la résistance:

«1. L'Empereur n'a ni droit ni puissance pour ordonner cela; c'est chose certaine, s'il l'ordonne, on ne doit point lui obéir. 2. Ce n'est pas moi qui excite le trouble, je l'empêche et je m'y oppose. Qu'ils voient s'ils n'en sont pas les auteurs, lorsqu'ils ordonnent ce qui est contre Dieu. 3. Ne badinez pas tant. Si vous faites boire le fou (narren Luprian), prenez garde qu'il ne vous crache au visage. Il est, d'ailleurs, assez altéré, et ne demande pas mieux que de boire son soûl. 4. Eh bien! vous voulez combattre; courbez vos têtes pour recevoir la bénédiction. Ayez bon succès! Dieu vous donne joyeuse victoire! Moi, docteur Martin Luther, votre apôtre, je vous ai parlé, je vous ai avertis, comme c'était mon devoir!»

Il dit encore ailleurs: «Vous méprisez ma doctrine. Vous voulez prendre le Luther dans ses paroles, comme faisaient les Pharisiens au Christ. Mais si je voulais (je ne le veux point), j'aurais une glose pour vous embarrasser; je dirais que cette résistance n'est point contre l'Empereur, mais contre Dieu. D'un autre côté: qu'un politique, un citoyen, un sujet, n'est pas un chrétien, que ce n'a pas été la pensée de Christ de détruire les droits, la police et le gouvernement du monde. Rends à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César. N'obéis point dans ce qui est contre Dieu et sa parole.

»Je condamne la révolte au péril de mon corps, de ma vie, de mon honneur et de mes biens. Je voudrais bien vous arrêter et vous retenir. Si vous commencez, je me tairai et périrai avec vous. Vous irez en enfer au nom de tous les diables, et moi au ciel au nom du Christ. Ils veulent abuser de notre doctrine, mais ils verront du moins qu'elle n'est point erronée en soi.

»... Tuer un tyran n'est pas chose permise à l'homme qui n'est dans aucune fonction publique, car le cinquième commandement dit: Tu ne dois pas tuer. Mais si je surprends un homme près de ma femme ou de ma fille, quoiqu'il ne soit point un tyran, je pourrai fort bien le tuer. _Item_, s'il prend par force à celui-ci sa femme, à l'autre sa fille, au troisième ses terres et ses biens, que les bourgeois et sujets s'assemblent, ne sachant plus comment supporter sa violence et sa tyrannie, ils pourront le tuer, comme tout autre meurtrier ou voleur de grand chemin.» (Tischr., p. 397, verso, sqq.)

»Le bon et vraiment noble seigneur Gaspard de Kokritz m'a demandé, mon cher Jean, que je t'écrivisse mon jugement sur le cas où César voudrait faire la guerre à nos princes, au sujet de l'Évangile. Serait-il alors permis aux nôtres de résister et de se défendre? J'avais déjà écrit mon opinion sur ce sujet, du vivant du duc Jean. Aujourd'hui il est un peu tard pour me demander mon avis, puisqu'il a été décidé parmi les princes qu'ils peuvent et veulent résister et se défendre, et qu'on ne s'en tiendra pas à mon dire... Ne fortifie pas le bras des impies contre nos princes; laisse le champ libre à la colère et au jugement de Dieu; ils l'ont cherché jusqu'à ce jour avec fureur, avec rire et avec joie. Cependant intimide les nôtres par cet exemple, que les Machabées ne suivirent pas ceux qui voulaient se défendre contre Antiochus, mais que dans la simplicité de leur cœur ils se laissèrent plutôt tuer.» (8 février 1539.)

Dans son livre _De seculari potestate_, dédié au duc de Saxe, il dit: «En Misnie, en Bavière et en d'autres lieux, les tyrans ont promulgué un édit pour qu'on ait à livrer partout aux magistrats les Nouveaux Testamens. Si les sujets obéissent à l'édit, ce n'est pas un livre, qu'ils remettent au péril de leur salut, c'est Christ lui-même qu'ils livrent aux mains d'Hérode. Cependant, si on veut les enlever par la violence, il faut le souffrir; on ne doit point résister à la témérité.—Les princes sont du monde, et le monde est ennemi de Dieu.»

«On ne doit pas obéir à César s'il veut faire la guerre à notre parti. Le Turc n'attaque pas son Alcoran, l'Empereur ne doit pas davantage attaquer son Évangile.» (Cochlæus, p. 210.)

[a24] Page 22, ligne 30.—_Voici mon avis..._

L'Électeur avait demandé à Luther s'il serait permis de résister à l'Empereur les armes à la main. Luther répondit négativement, en ajoutant seulement: «Si cependant l'Empereur, non content d'être le maître des états des princes, allait jusqu'à exiger d'eux de persécuter, de mettre à mort, ou de chasser leurs sujets pour la cause de l'Évangile, les princes convaincus que ce serait agir contre la volonté de Dieu, devront lui refuser l'obéissance; autrement ils violeraient leur foi et se rendraient complices du crime. Il suffit qu'ils laissent faire l'Empereur, qui aura à en rendre compte, et qu'ils ne défendent pas leurs sujets contre lui.» Plus loin il dit, en parlant de la guerre civile: «Quel carnage et quelles lamentations couvriraient alors la terre allemande! Un prince devrait mieux aimer perdre trois fois ses états, ou mourir trois fois, que d'être la cause de si horribles bouleversemens, ou seulement d'y consentir. Quelle conscience pourrait le supporter! Le diable verrait cela avec plaisir; Dieu veuille nous en préserver à jamais!» (6 mars 1530.)

[a25] Page 26, ligne 8.—_Que l'on m'accuse ou non d'être trop violent..._

L'Électeur avait réprimandé Luther au sujet de deux écrits (_Avertissement à ses chers Allemands_, et _Gloses sur le prétendu édit impérial_) qu'il trouvait trop violens. Luther lui répondit (16 avril 1531) qu'il n'avait fait que repousser les attaques plus violentes encore de ses ennemis, et qu'il serait injuste de lui imposer silence lorsqu'on laissait tout dire à ses adversaires... «Il m'a été impossible de me taire plus long-temps dans cette affaire qui me concerne plus que tout autre. Si je gardais le silence devant une telle condamnation publique de ma doctrine, ne serait-ce pas l'abandonner, la renier? Plutôt que de le souffrir, je braverais la colère de tous les diables, celle du monde entier, sans parler de celle des conseillers impériaux.—On dit que mes deux écrits sont tranchans et bien affilés; l'on a raison: je ne les ai pas non plus faits pour être doux; le seul regret que j'aie c'est qu'ils ne soient pas plus tranchans encore. Si l'on considère la violence de mes adversaires, l'on sera forcé d'avouer que j'ai été trop bénin... Tout le monde crie contre nous; l'on vocifère les calomnies les plus odieuses; et moi, pauvre homme, j'élève la voix à mon tour, et voilà que personne n'aura crié que Luther... En somme, tout ce que nous disons et faisons est injuste, quand même nous ressusciterions les morts; tout ce qu'ils font, eux, est juste, quand même ils noieraient l'Allemagne dans les larmes et dans le sang.»

[a26] Page 26, ligne 16.—_Eh bien! puisqu'ils sont incorrigibles..... je romps avec eux._ ...

«Toujours jusqu'à présent (1534), particulièrement à la diète d'Augsbourg, nous avons humblement offert au pape et aux évêques de recevoir d'eux la consécration et l'autorité spirituelle, et de les aider à conserver ce droit; ils nous ont toujours repoussés. Et s'il arrive un jour, pour la consécration sacerdotale, ce qui est arrivé pour les indulgences, à qui sera la faute. J'ai offert aussi de me taire sur les indulgences si l'on voulait se taire sur ce que j'avais écrit; ils n'ont pas voulu, et aujourd'hui il n'y a plus assez de mépris par tout le monde pour les indulgences; indulgences, lettres papales, sceaux brisés gisent à terre. Ainsi disparaîtra le pouvoir de consacrer et le chrême et les tonsures, de sorte qu'on ne reconnaîtra plus où est l'évêque, où est le prêtre.» (Cochlæus, p. 245, extrait du _De angulari missâ_, Luth., op. lat., VII, p. 220.)

[a27] Page 28, ligne 3.—_Anabaptistes._

Il y avait déjà long-temps qu'ils remuaient en Allemagne. «Nous avons ici une nouvelle espèce de prophètes, venus d'Anvers, qui prétendent que l'Esprit saint n'est autre chose que le génie et la raison naturelle. (27 mars 1525.)

»Il n'y a rien de nouveau, sinon que l'on dit que les anabaptistes augmentent et se répandent de tous côtés. (28 décembre 1527.)

»La nouvelle secte des anabaptistes fait d'étonnans progrès; ce sont des gens qui mènent une vie d'excellente apparence, et qui meurent avec grande audace par l'eau ou par le feu. (31 décembre 1527.)

»Il y a beaucoup de troubles en Bavière.... il ne me semble pas à propos que tu les livres aux magistrats; ils se livreront eux-mêmes, et alors le conseil les bannira de la ville. Je vois partout la tradition de Münzer, sur la perdition future des impies et le règne des justes sur la terre. C'est ce que prophétise Cellarius dans un livre qu'il vient de publier; cet esprit est un esprit de révolte. (27 janvier 1528.)»

Le 12 mai 1528 il écrit à Link: «Tu as vu, je pense, mon _Antischwermerum_ et ma dissertation sur la bigamie des évêques. Le courage des anabaptistes mourans, ressemble à celui des donatistes dont parle Augustin, ou à la fureur des juifs dans Jérusalem dévastée. Les saints martyrs, comme notre Léonard Keiser, meurent avec crainte, humilité, et en priant pour leurs bourreaux; l'opiniâtreté de ceux-ci au contraire, lorsqu'ils vont à la mort, semble augmenter avec l'indignation de leurs ennemis.»

[a28] Page 51, ligne 2.—_Exécution..._

_Extrait d'un ancien livre de chant des anabaptistes._ «Les paroles d'Algérius sont des miracles: «Ici, dit-il, les autres gémissent et pleurent, et moi j'y ressens de la joie. Dans ma prison, l'armée du ciel m'apparaît; je ne sais combien de martyrs habitent avec moi tous les jours. Dans la joie, dans les délices, dans l'extase de la grâce, je vois le Seigneur sur son trône.»

»Mais ta patrie, lui disaient-ils, tes amis, tes parens, ta profession, peux-tu les quitter volontiers? Il dit aux envoyés: «Nul homme ne me bannit de ma patrie; elle est aux pieds du trône céleste, là où mes ennemis deviendront mes amis pour chanter le même cantique.

»Médecins, artistes, ouvriers, ne peuvent ici-bas réussir; qui ne reconnaît la force de Dieu, n'a qu'une force aveugle.» Les juges furieux le menacèrent du feu. «Dans la puissance des flammes, dit Algérius, vous reconnaîtrez la mienne.» (Wunderhorn, t. I.)

[a29] Page 55.—_Fin du chapitre..._

Les passages suivans de Ruchat (Réformation de la Suisse), font bien connaître le bizarre enthousiasme des anabaptistes. «L'an 1529, neuf anabaptistes furent saisis à Bâle, et mis en prison. On les fit venir devant le sénat, et on appela aussi les ministres pour conférer avec eux. D'abord Œcolampade leur expliqua en deux mots le symbole des apôtres et celui de saint _Athanase_, et leur représenta que c'était là la véritable et indubitable foi chrétienne, que Jésus-Christ et ses apôtres avaient prêchée. Ensuite le bourgmeistre, Adelbert Meyer, dit aux anabaptistes, qu'ils venaient d'entendre une bonne explication de la foi chrétienne, et que, «puisqu'ils se plaignaient des ministres, ils devaient présentement parler à cœur ouvert et exposer hardiment ce qui leur faisait de la peine.» Mais il n'y en eut pas un seul qui lui répondît un mot, ils se contentèrent de se regarder les uns les autres. Alors le premier huissier de la chambre dit à l'un d'eux, qui était tourneur de sa profession: «D'où vient que tu ne parles pas présentement, après avoir tant jasé ailleurs, dans la rue, dans les boutiques, et dans la prison?» Comme ils gardaient encore le silence, Marc Hedelin, chef des tribus, s'adressa au principal de ces gens-là, et lui dit: «Que réponds-tu, frère, à ce qui t'a été proposé?» L'anabaptiste lui répondit: «Je ne vous reconnais point pour frère.» «Comment?» lui dit ce seigneur. «Parce, dit l'autre, que vous n'êtes point chrétien. Amendez-vous premièrement, corrigez-vous, et quittez la magistrature.» «En quoi penses-tu donc, lui dit Hedelin, que je pèche tant?» «Vous le savez bien,» lui répondit l'anabaptiste.

»Le bourgmeistre prit la parole, lui ordonna de répondre avec modestie et avec douceur, et le pressa vivement de parler sur la question dont il s'agissait. Sur quoi il répondit: «Qu'il ne croyait pas qu'un chrétien pût être dans une magistrature mondaine, parce que celui qui combat avec l'épée, périra par l'épée: Que le baptême des enfans est du diable, et une invention du pape; on doit baptiser les adultes, et non les petits enfans, selon l'ordre de Jésus-Christ.»

»Œcolampade entreprit de le réfuter, avec toute la douceur possible, et de lui faire voir, que les passages qu'il avait cités, avaient un autre sens, comme tous les anciens docteurs en faisaient foi. «Mes chers amis, dit-il, vous n'entendez pas l'Écriture sainte et vous la maniez fort grossièrement.» Et comme il allait leur montrer le véritable sens de ces passages, l'un d'entre eux, qui était meunier, l'interrompit, le traitant de séducteur, qui caquetait beaucoup, et dit: «Que ce qu'il avait là allégué contre eux, ne faisait rien au sujet. Qu'ils avaient entre les mains la pure et propre parole de Dieu, et qu'ils voulaient s'y attacher toute leur vie, que le Saint-Esprit parlait maintenant par lui. Il s'excusait en même temps de ne pas parler éloquemment, disant qu'il n'avait pas étudié, qu'il n'avait été dans aucune université, et que dès sa jeunesse il avait haï la sagesse humaine, qui est pleine de tromperies. Qu'il connaissait bien la ruse des scribes, qui cherchaient perpétuellement à offusquer les yeux des simples.» Après quoi il se mit à crier et à pleurer, disant: «Qu'après avoir ouï la parole de Dieu, il avait renoncé à sa vie déréglée; et que maintenant que par le baptême il avait reçu le pardon de ses péchés, il était persécuté de chacun, au lieu que dans le temps qu'il était plongé dans toutes sortes de vices, personne ne l'avait châtié, ni mis en prison, comme on faisait présentement. Qu'on l'avait enfermé dans la tour, comme un meurtrier; quel était donc son crime? etc. La conférence ayant duré jusqu'à l'heure du dîner, le sénat se leva.

»Après dîner, le sénat s'étant rassemblé, les ministres entrèrent en conférence avec les anabaptistes, au sujet de la magistrature. Et comme l'un d'eux eut donné des réponses assez satisfaisantes sur les questions qu'on lui avait proposées, cela fit chagrin aux autres, de ce qu'il n'était pas ferme dans leur doctrine. C'est pourquoi ils l'interrompirent. «Laisse-nous parler, lui dirent-ils, nous qui entendons mieux l'Écriture; nous pourrons mieux répondre sur ces articles, que toi, qui es encore un novice, et qui n'es pas capable de défendre notre foi contre les renards.» Alors le tourneur entrant en dispute, soutint que saint Paul (_Rom. XIII_) parlant des puissances supérieures, n'entend point les magistrats, mais les supérieurs ecclésiastiques. Œcolampade lui nia cela, et lui demanda en quel endroit de la Bible il le trouvait, et comment il le prouverait? L'autre lui dit: «Feuilletez aussi tout l'Ancien et le Nouveau Testament, et vous y trouverez que vous devez recevoir une pension; vous avez meilleur temps que moi, qui suis obligé de me nourrir du travail de mes mains, pour n'être à charge à personne.» Cette saillie fit un peu rire les assistans. Œcolampade leur dit: «Messieurs, il n'est pas temps maintenant de rire: si je reçois de l'Église mon entretien et ma nourriture, je puis prouver par l'Écriture, que cela est raisonnable: ainsi ce sont là des discours séditieux. Priez plutôt pour la gloire du Seigneur, afin que Dieu amollisse leurs cœurs endurcis et les éclaire.»