Mémoires de Luther écrits par lui-même, Tome II
Part 12
«_A ma douce et chère épouse, Catherine Luther de Bora._ Grâce et paix dans le Seigneur. Chère Catherine! Nous espérons retourner chez vous cette semaine, si Dieu le veut. Il a montré la puissance de sa grâce dans cette affaire. Les seigneurs se sont accordés sur tous les points, à l'exception de deux ou trois, entre autres sur la réconciliation des deux frères, les comtes Gebhard et Albrecht. Je dînerai aujourd'hui avec eux, et je tâcherai de les faire redevenir frères. Ils ont écrit l'un contre l'autre avec beaucoup d'amertume, et ne se sont encore rien dit pendant les conférences.—Du reste, nos jeunes seigneurs sont pleins de gaîté; ils vont en traîneaux avec les dames, et font sonner les clochettes de leurs chevaux. Dieu a exaucé nos prières.
»Je t'envoie des truites, dont la comtesse Albrecht m'a fait présent. Cette dame est bien heureuse de voir renaître la paix dans sa famille... Le bruit court ici que l'Empereur s'avance vers la Westphalie, et que le Français enrôle des landsknechts, de même que le Landgrave, etc. Laissons-les dire et forger des nouvelles: nous attendrons ce que Dieu voudra faire. Je te recommande à sa protection.—Martin LUTHER.» (14 février 1546.)
Luther était arrivé le 28 janvier à Eisleben, et quoique déjà malade, il assista aux conférences jusqu'au 17 février. Il prêcha aussi quatre fois, et révisa le réglement ecclésiastique du comté de Mansfeld. Le 17, il fut si malade que les comtes le prièrent de ne pas sortir. Au souper, il parla beaucoup de sa mort prochaine, et quelqu'un lui ayant demandé si nous nous reconnaîtrions les uns les autres dans l'autre monde, il répondit qu'il le pensait. En rentrant dans sa chambre avec maître Cœlius et ses deux fils, il s'approcha de la croisée et y resta long-temps en prières. Ensuite il dit à Aurifaber qui venait d'arriver: «Je me sens bien faible, et mes douleurs augmentent.» On lui donna un médicament, et on tâcha de le réchauffer par des frictions. Il adressa quelques mots au comte Albrecht, qui était venu aussi, et se mit sur un lit de repos en disant: «Si je pouvais seulement sommeiller une petite demi-heure, je crois que cela me soulagerait.» Il s'endormit en effet, et ne se réveilla qu'une heure et demie après, vers onze heures. En se réveillant, il dit aux assistans: «Vous voilà encore assis à côté de moi, ne voulez-vous pas aller reposer vous-mêmes?» Il se remit alors à prier, et dit avec ferveur: _In manus tuas commendo spiritum meum; redemisti me, Domine, Deus veritatis_. Il dit aussi aux assistans: «Priez tous, mes amis, pour l'Évangile de notre Seigneur, pour que son règne s'étende, car le concile de Trente et le pape le menacent grandement.» Il dormit ensuite jusque vers une heure, et quand il se réveilla, le docteur Jonas lui demanda comment il se trouvait. «O mon Dieu! répondit-il, je me sens bien mal. Mon cher Jonas, je pense que je resterai ici, à Eisleben, où je suis né.» Il marcha pourtant un peu dans la chambre et se remit sur son lit de repos, où on le couvrit de coussins. Deux médecins et le comte avec sa femme arrivèrent ensuite. Luther leur dit: «Je meurs, je resterai ici, à Eisleben;» et le docteur Jonas lui ayant exprimé l'espoir que la transpiration le soulagerait peut-être, il répondit: «Non, cher Jonas, c'est une sueur froide et sèche, le mal augmente.» Il se remit alors à prier, et dit: «O mon père! Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, toi le père de toute consolation, je te remercie de m'avoir révélé ton fils bien-aimé, en qui je crois, que j'ai prêché et reconnu, que j'ai aimé et célébré, et que le pape et les impies persécutent. Je te recommande mon âme, ô mon Seigneur Jésus-Christ! Je quitterai ce corps terrestre, je vais être enlevé de cette vie, mais je sais que je resterai éternellement auprès de toi.» Il répéta encore trois fois: _In manus tuas commendo spiritum meum; redemisti me, Domine veritatis_. Soudain il ferma les yeux, et tomba évanoui. Le comte Albrecht et sa femme, ainsi que les médecins, lui prodiguèrent leurs secours pour le rendre à la vie. Ils n'y parvinrent qu'avec peine. Le docteur Jonas lui dit alors: «Révérend père, mourez-vous avec constance dans la foi que vous avez enseignée?» Il répondit par un oui distinct, et se rendormit. Bientôt il pâlit, devint froid, respira encore une fois profondément, et mourut.
Son corps fut transféré dans un cercueil d'étain, à Wittemberg, où il fut inhumé le 22 février avec les plus grands honneurs. Il repose dans l'église du château, au pied de la chaire. (Ukert I, p. 327, sqq. _Extrait de la relation de Jonas et de Cœlius._)
_Testament de Luther, daté du 6 janvier 1542._—Je soussigné, Martin Luther, docteur, reconnais avoir, par les présentes, donné comme douaire à ma chère et fidèle épouse Catherine, pour qu'elle en jouisse toute sa vie, comme bon lui semblera: la terre de Zeilsdorf, telle que je l'ai achetée et fait disposer depuis; la maison _Brun_ que j'ai achetée sous le nom de Wolf; les gobelets et autres choses précieuses, telles que bagues, chaînes, médailles en or et en argent, de la valeur de mille florins environ.
»J'ai fait ceci, premièrement parce qu'elle a toujours été ma pieuse et fidèle épouse, qui m'a aimé tendrement, et qui, par la bénédiction du ciel, m'a donné et élevé cinq enfans heureusement encore en vie. Secondement, pour qu'elle se charge de mes dettes, montant à quatre cent cinquante florins environ, au cas où je ne pourrais les acquitter avant ma mort. Troisièmement, et surtout, parce que je ne veux pas qu'elle soit dans la dépendance de ses enfans, mais plutôt que les enfans dépendent d'elle, l'honorent et lui soient soumis, comme Dieu l'a commandé; car j'ai vu bien souvent comme le Diable excite les enfans, même les enfans pieux, à désobéir à ce commandement, surtout quand les mères sont veuves, que les fils ont des épouses, et les filles des maris. Je pense, au reste, que la mère sera la meilleure tutrice de ses enfans, et qu'elle ne fera pas usage de ce douaire au détriment de ceux qui sont sa chair et son sang, de ceux qu'elle a portés sous son cœur.
»Quoi qu'il puisse advenir d'elle après ma mort (car je ne puis limiter les desseins de Dieu), j'ai cette confiance qu'elle se conduira toujours comme une bonne mère envers ses enfans, et qu'elle partagera consciencieusement avec eux ce qu'elle possèdera.
»En même temps, je prie tous mes amis d'être témoins de la vérité et de défendre ma chère Catherine, s'il allait arriver, comme il serait possible, que de mauvaises langues l'accusassent de garder pour elle quelque somme d'argent cachée, et de ne pas en faire part aux enfans. Je certifie que nous n'avons ni argent comptant, ni trésor d'aucune espèce. En cela rien d'étonnant, si l'on veut considérer que nous n'avons eu d'autre revenu que mon salaire et quelques présens, et que cependant nous avons bâti, et porté les charges d'un grand ménage. Je regarde même comme une grâce particulière de Dieu, et je l'en remercie sans cesse, que nous ayons pu y suffire, et que nos dettes ne soient pas plus considérables........
»Je prie aussi mon gracieux seigneur, le duc Jean-Frédéric, électeur, de vouloir bien confirmer et maintenir le présent acte, quoiqu'il ne soit pas fait dans la forme demandée par les gens de loi. Martin LUTHER. _Signé_ MÉLANCHTON, CRUCIGER et BUGENHAGEN, comme témoins.»[a79]
ADDITIONS
ET
ÉCLAIRCISSEMENS.
[a1] Page 1, ligne 7.—_Les Turcs..._
Luther crut voir d'abord dans les Turcs un secours que Dieu lui envoyait. «Ce sont, dit-il, les ministres de la colère divine, 1526. (_Prœliari adversus Turcas, est repugnare Deo, visitanti iniquitates nostras per illos._)»—Il ne voulait point que les protestans s'armassent contre eux pour défendre les papistes, «car ceux-ci ne valent pas mieux que les Turcs.»
Il dit dans la préface qu'il mit à un livre du docteur Jonas, que les Turcs égalent les papistes, ou les surpassent plutôt, dans les choses que ceux-ci regardent comme essentielles au salut, tels que les aumônes, les jeûnes, les macérations, les pélerinages, la vie monastique, les cérémonies et les autres œuvres extérieures, et que c'est pour cette raison que les papistes ne parlent pas du culte des mahométans. Il prend occasion de ceci pour élever au-dessus de ces pratiques mahométanes ou «romanistes, la religion pure du cœur et de l'esprit, enseignée par l'Évangile.»
Ailleurs, il fait un parallèle entre le pape et le Turc, et conclut ainsi: «S'il faut combattre le Turc, il faut aussi combattre le pape.»—Cependant quand il vit les Turcs menacer sérieusement l'indépendance de l'Allemagne, il exprima plusieurs fois le désir qu'on entretînt une armée permanente sur les frontières de la Turquie, et répéta souvent que tout ce qui portait le nom de chrétien devait implorer Dieu pour le succès des armes de l'Empereur contre les infidèles.
Luther exhorta l'Électeur, dans une lettre du 29 mai 1538, à prendre part à la guerre qui se préparait contre les Turcs. Il l'engagea à oublier les querelles intestines de l'Allemagne, pour tourner ses armes contre l'ennemi commun.
Un homme digne de foi, qui avait été en ambassade chez les Turcs, dit un jour à Luther que le sultan lui avait demandé quel homme était Luther, et de quel âge, et qu'ayant appris qu'il avait environ quarante-huit ans, il disait: Je voudrais qu'il ne fût pas si âgé; il a en moi un gracieux seigneur, dites-le-lui bien. «Que Dieu me préserve de ce gracieux seigneur, s'écria Luther, en faisant le signe de la croix.» (Tischreden, p. 432, verso.)
[a2] Page 3, ligne 25.—_Le Landgrave... se croyant menacé, leva une armée..._
Luther, dans une lettre au chancelier Brück, dit, en parlant des préparatifs de guerre du Landgrave: «Une pareille agression de la part des nôtres, serait la plus grande honte pour l'Évangile. Ce ne serait point une révolte de paysans, mais une révolte de princes, qui préparerait à l'Allemagne les maux les plus terribles. Satan ne désire rien autant.» (mai 1528.) Il écrivit plusieurs lettres dans le même sens à l'Électeur.—Cependant il est quelquefois tenté de lâcher lui-même la bride au Landgrave. Ayant lu une lettre de Mélanchton, qui était au _Colloque_, il dit: «Ce que Philippe écrit, cela a des pieds et des mains, de l'autorité et de la gravité. Il dit des choses importantes en peu de mots; je conclus de sa lettre que nous avons la guerre....... Le lâche de Mayence fait tout le mal. Ils devraient nous donner une prompte réponse. Si j'étais le Landgrave, je tomberais dessus, je périrais ou je les exterminerais, puisque dans une affaire si juste, ils ne veulent pas nous donner la paix.» (Tischreden, p. 151.)
[a3] Page 26, ligne 3.—_Le duc George..._
Ce prince se montra de bonne heure opposé à la Réforme. Dès l'année 1525 (22 décembre), Luther avait écrit au duc pour le prier instamment de renoncer à ses persécutions contre la nouvelle doctrine. «... Je me jette à vos pieds pour vous supplier de cesser enfin vos entreprises impies. Non que je craigne le préjudice qui en pourrait résulter pour moi, car je n'ai plus qu'à perdre ce misérable corps de chair que dans tous les cas la terre va bientôt recevoir. Si je recherchais mon avantage, je ne devrais rien tant désirer que la persécution. On a vu comme elle m'a servi jusqu'ici au-delà de toute attente. Si je prenais plaisir à rendre votre Grâce malheureuse, je l'exciterais de toutes mes forces à continuer ses violences; mais c'est mon devoir de songer au salut de votre Grâce et de la supplier à genoux de cesser ses criminelles offenses envers Dieu et sa parole...»
[a4] Page 4, ligne 3.—_Le docteur Pack..._
«Mon cher Amsdorf, voici Otton Pack, pauvre exilé que j'offre à ta miséricorde; il sera plus en sûreté à Magdebourg que chez moi; je craindrais que le duc George ne me forçât de le remettre entre ses mains.» (29 juillet 1529.)
[a5] Page 5, ligne 1.—_Le grand-maître de l'ordre Teutonique avait sécularisé la Prusse..._
«Lorsque je parlai la première fois au prince Albert, comme il me consultait sur la règle de son ordre, je lui conseillai de mépriser cette règle stupide et confuse, de prendre femme et de réduire la Prusse à une forme politique, en principauté ou en duché. Philippe, partageait cette opinion, et donnait le même conseil... Cela pourrait s'exécuter aisément, si le peuple de Prusse et les grands unissaient leurs prières pour qu'il osât l'entreprendre; il aurait ainsi un motif nécessaire et puissant de faire ce qu'il désire.... C'est à toi avec Speratus, Amandus et les autres ministres, d'y amener le peuple, de l'enflammer, de l'animer pour qu'il invoque la main de Dieu, afin qu'au lieu de cette abominable principauté hermaphrodite, qui n'est ni laïque ni ecclésiastique, il désire et réclame une principauté véritable.—Je voudrais persuader la même chose à l'évêque ***; lui aussi, il cèderait à nos raisons, si le peuple le pressait de ses prières.» (4 juillet 1524.)
Il y avait six mois alors que cet évêque prêchait ouvertement la réforme. «Ainsi, écrivait Luther en avril 1525, pendant le fort de la guerre des paysans, l'Évangile court à pleine course et à pleines voiles en Prusse, où il n'était pas appelé, tandis que dans la haute et basse Allemagne, où il est venu et entré de lui-même, on le blasphème avec fureur.» (T. II, p. 649.)
[a6] Page 6, ligne 25.—_Le duc George..._
«Prie avec moi le Dieu de miséricorde, pour qu'il convertisse le duc George à son Évangile, ou que, s'il n'en est pas digne, il soit tiré de ce monde.» (27 mars 1526.)
Luther écrivit à l'Électeur, au sujet de ses querelles avec le duc George (31 décembre 1528): «... Je prie votre Grâce électorale de m'abandonner entièrement à la décision des juges, au cas où le duc George le demanderait, car il est de mon devoir d'exposer ma tête plutôt que de faire éprouver le moindre préjudice à votre Grâce. Jésus-Christ, je l'espère, me donnera les forces nécessaires pour résister tout seul à Satan.»
[a7] Page 7, ligne 14.—_Où s'arrêtera la superbe de ce Moab..._
Le duc George était, après tout, un persécuteur assez débonnaire. Ayant chassé de Leipzig quatre-vingts luthériens, il leur accorda la permission de garder leurs maisons, d'y laisser leurs femmes et leurs enfans, et même d'y venir trois fois par an au temps des foires.—Dans une autre circonstance, Luther ayant conseillé aux protestans de Leipzig de résister aux ordres de leur duc, celui-ci se contenta de prier l'électeur de Saxe d'interdire à Luther toute communication avec ses sujets. (Cochlæus, p. 230.)
[a8] Page 7, ligne 23.—_Diète à Spire..._
Quelque temps après cette diète, Luther écrivit la consultation suivante: «D'abord il serait bon que notre parti, à l'exclusion des zwingliens, parlât pour lui seul.
»En second lieu, qu'on écrivît à l'Empereur, et que les bienfaits du prince (l'électeur de Saxe), envers l'Église et l'État, fussent amplifiés, célébrés, etc. Il faudrait rappeler: 1º Qu'il a fait enseigner, de la manière la plus pure, le Christ et sa foi, comme on ne l'a jamais enseigné depuis mille ans; qu'il a aboli une foule d'abus et de monstruosités nuisibles à l'Église et à l'État, comme les marchés de messes, les abus des indulgences, les violences de l'excommunication, et tant d'autres choses qui leur ont paru à eux-mêmes intolérables, et dont la noblesse a exigé l'abolition à Worms.
»2º Qu'il a résisté aux séditieux, à ceux qui violaient les images et les églises.
»3º Que la dignité impériale a été par lui honorée, glorifiée, réformée, plus qu'on ne l'avait fait en plusieurs siècles.
»4º Que nous avons fait et supporté les plus grandes choses contre les partisans de Münzer, pour sauver la majesté et la paix publique.
»5º Que c'est nous, et non d'autres, qui avons réprimé les sacramentaires; que sans nous les papistes eussent été écrasés.
»6º Que nous avons de même réprimé les anabaptistes.
»7º Qu'en outre, nous avons étouffé les mauvais germes que de méchantes gens avaient répandus en divers endroits sur la sainte Trinité, sur la foi du Christ, etc. Je parle d'Érasme, d'Egranus et de leurs pareils.» (mai 1529.)
[a9] Page 7, ligne 28.—_Le parti de la Réforme éclata..._
Luther essaya encore de retenir les siens; le 22 mai 1529, il écrivit à l'Électeur pour le dissuader d'entrer dans aucune ligue contre l'Empereur, et l'exhorter à s'en remettre à la protection divine. Dans une lettre à Agricola, il approuva la conduite prudente de l'Électeur à l'égard de l'Empereur: «Notre prince a bien fait de reconnaître un seigneur dans une ville étrangère, et de n'avoir point cherché à être le maître, comme il aurait pu le faire. Christ a dit: _Si vous êtes persécuté dans une ville, fuyez dans une autre_; et encore: _Sortez de cette maison_. Ainsi je pense que notre prince, comme un membre qui ne peut se séparer du corps, ne devait point rompre avec César. Mais par son silence il a comme fui dans une autre ville, il est sorti de cette maison.» (30 juin 1530.)
[a10] Page 8, ligne 11.—_Le Landgrave essaya de réconcilier Luther et les sacramentaires..._
Au landgrave de Hesse. «Grâce et paix en Jésus-Christ. Sérénissime seigneur! j'ai reçu la lettre par laquelle votre Altesse veut bien m'engager à me rendre à Marbourg, pour conférer avec Œcolampade et les siens, au sujet de nos opinions sur le saint Sacrement. Je ne saurais cacher à votre Altesse que je mets peu d'espoir dans une pareille conférence, et que je doute qu'on en voie sortir la paix et l'union. Néanmoins il faut rendre grâce à votre Altesse, de la sollicitude qu'elle montre en cette affaire, et je suis disposé, pour ma part, à me rendre au lieu désigné, bien que je regarde cette démarche comme inutile. Je ne veux pas laisser non plus à nos adversaires la gloire de pouvoir dire qu'ils aiment plus que nous la paix et la concorde. Mais je vous prie humblement, gracieux prince et seigneur, de vouloir bien, avant que nous nous réunissions, vous informer s'ils sont disposés à céder quelque point de leurs doctrines, autrement je craindrais fort que le mal ne fît qu'empirer par cette conférence, et que le résultat ne fût précisément le contraire de ce que votre Altesse recherche si loyalement et si sérieusement. A quoi servirait-il de se réunir et de discuter, si les deux parties arrivaient avec la résolution de ne céder en quoi que ce fût?...» (23 juin 1529.)
Dans une consultation qui nous reste sur le même sujet, et que l'on attribue généralement à Luther, il exprime le désir que quelques papistes, «hommes graves et instruits,» assistent à la conférence comme témoins.
A sa femme. «Grâce et paix en Jésus-Christ. Cher seigneur Catherine! Apprenez que notre conférence amicale de Marbourg est finie, et que nous sommes d'accord en tout point, si ce n'est que nos adversaires persistent à ne voir que du pain dans l'Eucharistie, et à n'admettre qu'une présence spirituelle de Jésus-Christ. Aujourd'hui le Landgrave nous parlera encore une fois, pour tâcher de nous unir ou de nous porter du moins à nous reconnaître pour frères et membres du même corps. Il y travaille avec ardeur. Nous leur accordons la paix et la charité, mais nous ne voulons pas de ce nom de frères. Demain ou après-demain, je pense, nous partirons pour nous rendre au Voigtland, où l'Électeur nous a appelés.
»Dis à Pommer que les meilleurs argumens de Zwingli ont été: _Que le corps ne peut exister sans espace, et que, par conséquent, le corps du Christ n'est pas dans le pain_, et le meilleur d'Œcolampade: _Que le saint Sacrement est un signe du corps du Christ_. Dieu les a vraiment aveuglés; ils n'ont su que nous répondre.—Adieu. Le messager me presse. Priez pour nous. Nous sommes bien portans et vivons comme les princes. Embrasse pour moi Leinette (Madeleine) et le petit Jean. Le jour de saint François. Votre dévoué serviteur, Martin LUTHER.» (4 octobre 1529.)
Luther écrivit au landgrave de Hesse dans une autre lettre (20 mai 1530), au sujet de ses tentatives de conciliation: «... J'ai supporté de si grands dangers et de si longs tourmens pour ma doctrine, que certes j'ai lieu de désirer de n'avoir pas travaillé en vain. Ce n'est donc point par haine ou par orgueil que je leur résiste; il y a bien long-temps que j'aurais adopté leur doctrine, Dieu, mon Seigneur, le sait, s'ils avaient pu m'en montrer la vérité; mais les raisons qu'ils donnent sont trop faibles pour que j'y puisse engager ma conscience...»
[a11] Page 11, ligne 18.—_L'Électeur amena..._
Il partit de Torgaw le 3 avril, et arriva à Augsbourg le 2 mai. Sa suite se composait de cent soixante chevaux. Les théologiens qu'il avait avec lui furent Luther, Mélanchton, Jonas, Agricola, Spalatin et Osiander. Luther, excommunié et mis au ban de l'Empire, resta à Cobourg. (Ukert, t. I, p. 232.)
[a12] Page 11, ligne 19.—_L'Électeur amena Luther le plus près possible d'Augsbourg._
«Je suis sur les confins de la Saxe, à moitié chemin entre Wittemberg et Augsbourg. Il y aurait eu trop de danger pour moi dans cette dernière ville.» (juin 1530.)
[a13] Page 13, ligne 22.—_Les nobles seigneurs qui forment nos comices..._
«Ma résidence est maintenant au milieu des nuages, dans l'empire des oiseaux. Sans parler de la foule des autres oiseaux, dont les chants confus feraient taire une tempête, il y a près d'ici un certain bois tout peuplé, de la première à la dernière branche, de corbeaux et de corneilles. Du matin au soir, et quelquefois pendant toute la nuit, il y a là une crierie si infatigable, si incessante, que je doute qu'en aucun lieu du monde tant d'oiseaux se soient jamais réunis. Pas un qui se repose un instant; bon gré mal gré, il faut les entendre, vieux et jeunes, mères et filles, glorifier à qui mieux mieux, par leurs croassemens, le nom de corbeaux. Peut-être, par ces chants si harmonieux, veulent-ils faire descendre doucement le sommeil sur mes paupières; avec la grâce de Dieu, j'en ferai cette nuit l'expérience. C'est une noble race d'oiseaux, et, comme tu le sais, fort utiles au monde. Il me semble, en les voyant, que j'ai sous les yeux toute l'armée des sophistes et des Cochleistes, réunis de toutes les parties du monde, afin que j'apprécie mieux leur sagesse et leur doux langage, et que je voie à mon aise ce qu'ils sont et ce qu'ils peuvent pour le monde de l'esprit et pour le monde de la chair. Jusqu'à ce jour, personne n'a entendu philomèle, et cependant le coucou, qui annonce et accompagne son chant, s'enorgueillit magnifiquement dans la gloire de sa voix. De la résidence des corbeaux.» (22 avril 1530.)
[a14] Page 14, ligne 23.—_Luther le tançait rudement..._
Quelquefois cependant il compâtit à ses douleurs. «Vous avez confessé Christ, offert la paix, obéi à César, souffert les injures, épuisé les blasphèmes. Vous n'avez point rendu le mal pour le mal; enfin vous avez dignement travaillé à la sainte œuvre de Dieu, comme il convient à des saints; réjouissez-vous donc dans le Seigneur. Assez long-temps vous avez été contristés par le monde. Regardez et levez la tête, votre rédemption approche. Je vous canoniserai comme de fidèles membres de Christ; que faut-il de plus à votre gloire?» (15 septembre 1530.)
[a15] Page 19, ligne 15.—_J'aurais voulu être la victime sacrifiée par ce dernier concile, comme Jean Huss..._
«Plaise à Dieu que nous soyons dignes d'être brûlés ou égorgés par lui (par le pape.) Cependant si nous ne méritons pas de rendre témoignage par notre sang, implorons du moins Dieu pour qu'il nous accorde cette grâce de témoigner par notre vie et nos paroles que Jésus-Christ est seul notre Seigneur, et que nous l'adorerons dans tous les siècles des siècles. Amen.» (T. II des œuvres latines, p. 270.)
[a16] Page 19, ligne 19.—_La profession de foi des protestans..._