Mémoires de Luther écrits par lui-même, Tome I
Part 19
«Ce que tu m'écris d'Érasme, qu'il écume contre moi, je le sais, et je l'ai bien vu par ses lettres... C'est un homme très léger, qui se rit de toutes les religions, comme son Lucien, et qui n'écrit rien de sérieux, si ce n'est par vengeance et pour nuire.» (28 mai 1529.)
«Érasme se montre digne de lui-même, en poursuivant ainsi le nom luthérien, qui fait sa sûreté. Que ne s'en va-t-il chez ses Hollandais, ses Français, ses Italiens, ses Anglais, etc.?... Il veut par ces flatteries se préparer un logement, mais il n'en trouvera pas et tombera à terre entre deux selles. Si les luthériens l'avaient haï comme les siens le haïssent, ce ne serait qu'au péril de ses jours qu'il vivrait à Bâle. Mais que le Christ juge cet athée, ce Lucien, cet Épicure.» (7 mars 1529.)
Cette lettre se rapporte probablement à la publication suivante: _Contrà quosdam qui se falso jactant Evangelicos, epistola Desid. Erasmi Rot. jàm recens edita et scholiis illustrata. Ad Vulturium Neocomum dat._ Frib. 1529. in-8º.
[a76] Page 216, ligne 9.—_Ces détours, et la conduite équivoque d'Érasme, n'allaient point à l'énergie de Luther._
«Je te vois, mon cher Érasme, te plaindre dans tes écrits, de ce tumulte, et regretter la paix, la concorde, que nous avons perdues. Cesse de te plaindre, de chercher des remèdes. Ce tumulte, c'est par la volonté de Dieu qu'il s'est élevé et qu'il dure encore; il ne cessera pas avant que tous les adversaires de la parole de Dieu soient devenus comme la boue de nos carrefours.» (_De servo arbitrio_, p. 465.)
[a77] Page 219, ligne 3.—_Mariage de Luther..._
Luther, en prêchant le mariage des prêtres, ne songeait qu'à mettre fin au honteux démenti qu'ils donnaient chaque jour à leur vœu de chasteté; il ne s'avisait point alors qu'un prêtre marié pût préférer sa famille selon la chair à celle que Dieu et l'Église lui ont donnée. Mais lui-même ne put toujours se soustraire à ces sentimens égoïstes du père de famille; il lui échappe parfois des paroles qui forment un fâcheux contraste avec la charité et le dévouement, tels que les prêtres catholiques les ont compris et souvent pratiqués. «Il suffit, dit-il dans une instruction à un pasteur, que le peuple communie trois ou quatre fois par an, et publiquement. La communion donnée séparément aux particuliers deviendrait un poids trop lourd pour les ministres, surtout en temps de peste. Il ne faut point d'ailleurs rendre ainsi l'Église, avec ses sacremens, l'esclave de chacun, surtout de ceux qui la méprisent et veulent cependant qu'à tout événement l'Église soit prête pour eux, eux qui ne font jamais rien pour elle.» (26 novembre 1539.)
Cependant il se conduisait lui-même d'après d'autres maximes. Il montra dans les circonstances graves une charité héroïque.
«Ma maison devient un hôpital. Tous étant frappés d'effroi, j'ai reçu chez moi le pasteur (dont la femme venait de mourir) et toute sa famille.» (4 novembre 1527.)
«Le docteur Luther parlait de la mort du docteur Sébald et de sa femme, qu'il avait visités et touchés dans leur maladie. «Ils sont morts, disait-il, de chagrin et d'inquiétude plutôt que de la peste.» Il retira leurs enfans dans sa maison; et comme on lui faisait entendre qu'il tentait Dieu: «Ah! dit-il, j'ai eu de bons maîtres qui m'ont appris ce que c'était que tenter Dieu.»
La peste étant dans deux maisons, on voulait séquestrer un diacre qui y était entré. Luther ne le voulut pas, par confiance en Dieu et de crainte d'effrayer. (décembre 1538. _Tischreden_, p. 356.)
[a78] Page 220, ligne 8.—_Préoccupé de soins matériels..._
_A Spalatin._ «Tout pauvre que je suis, je t'aurais renvoyé cette belle orange d'or que tu avais donnée à ma femme, si je n'avais craint de t'offenser.
»Saluta tuam conjugem suavissimè; verùm et id tum facias cùm in thoro suavissimis amplexibus et osculis Catharinam tenueris, ac sic cogitaveris: En hunc hominem, optimam creaturulam Dei mei, donavit mihi Christus meus; sit illi laus et gloria!» (6 décembre 1525.)
«Salutabis tuum Dictative multis basiis, vice mea et Johannelli mei, qui hodie didicit flexis poplitibus solus in omnem angulum cacare, imo cacavit verè in omnem angulum miro negotio.—Salutat te mea Ketha et orare pro se rogat, puerpera propediem futura; Christus assit.» (19 octobre 1527.)—«Filiolam aliam habeo in utero.» (8 avril 1528.)—«Mon petit Jean est gai et fort; c'est un petit homme vorace et _bibace_.» (mai 1527.)—«Salue pour moi ce gros mari de Melchior, à qui je souhaite une femme soumise, qui, le jour, le mène sept fois par les cheveux autour de la place publique, et la nuit, l'étourdisse trois fois de paroles conjugales, comme il le mérite.» (10 février 1525.)
«Nous buvons d'excellent vin de la cave du prince, et nous deviendrions de parfaits évangéliques, si l'Évangile nous engraissait de même.» (8 mars 1523.)
_Lettre à J. Agricola_ (dont la femme allait accoucher).—«Tu donneras une pièce d'or au nouveau-né, et une autre à l'accouchée, pour qu'elle boive du vin et qu'elle ait du lait. Si j'avais été présent, j'eusse servi de compère. De la région des oiseaux, 1521.»
Les lettres de cette époque se terminent d'ordinaire par quelques-uns de ces mots: _Mea costa, dominus meus, imperatrix mea Ketha te salutat_. Ma chère côte, mon maître, mon impératrice, Ketha te salue.
«Ketha, mon seigneur, était dans son nouveau royaume, à Zeilsdorf (petit bien que possédait Luther), quand tes lettres sont arrivées.»
Il écrit à Spalatin: «Mon Ève demande tes prières pour que Dieu lui conserve ses deux enfans, et lui accorde d'en concevoir et d'en enfanter heureusement un troisième.» (15 mai 1528.)
Cochlæus appelle la femme de Luther: _dignum ollæ operculum_ (page 73).
Luther prie Nicolas Amsdorf d'être parrain de sa fille Magdalena (5 mai 1529): «Digne seigneur! le Père de toute grâce nous a accordé, à moi et à ma bonne Catherine, une chère petite enfant. Dans cette circonstance, qui nous rend si joyeux, nous vous prions de remplir un office chrétien, et d'être le père spirituel de notre pauvre petite païenne, pour la faire entrer dans la sainte communauté des chrétiens, par le divin sacrement du baptême. Que Dieu soit avec vous!»
Luther eut trois fils, Jean, Martin, Paul, et trois filles, Élisabeth, Madeleine, Marguerite. Les deux premières de ses filles moururent jeunes, l'une à l'âge de huit mois, l'autre à treize ans. On lisait sur le tombeau de la première: _Hic dormit Elisabetha, filiola Lutheri_.
La descendance mâle de Luther s'éteignit en 1759. (Ukert, I, p. 92.)
Il y a dans l'église de Kieritzsch (village saxon), un portrait de la femme de Luther en plâtre, portant l'inscription suivante: _Catarina Lutheri gebohrne von Bohrau_, 1540. Ce portrait avait appartenu à Luther. (Ukert, I, 364.)
[a79] Page 220, ligne 11.—_Cette période d'atonie..._
Il s'indigne à son tour contre les prédicateurs trop véhémens. «Si N***, écrit-il à Hausmann, ne peut se modérer, je le ferai chasser par le prince.
»Je vous avais déjà prié, dit-il au même prédicateur, de prêcher paisiblement la parole de Dieu, en vous abstenant de personnalités et de tout ce qui peut troubler le peuple sans aucun fruit... Vous parlez trop froidement du sacrement et restez trop long-temps sans communier.» (10 février 1528.)
«Il nous est arrivé de Kœnigsberg un prédicateur qui veut faire je ne sais quelles lois sur les cloches, les cierges, et autres choses semblables... Il n'est pas bon de prêcher trop souvent, j'apprends que chaque dimanche on fait trois sermons à Kœnigsberg. Qu'est-il besoin? deux suffiraient; et pour toute la semaine, ce serait assez de deux ou trois. Lorsqu'on prêche chaque jour, on monte en chaire sans avoir médité son sujet, et l'on dit tout ce qui vient à la bouche; s'il ne vient rien de bon, on dit des platitudes et des injures.—Plaise à Dieu de modérer les langues et les esprits de nos prédicateurs. Ce prédicateur de Kœnigsberg est trop véhément, il a toujours des paroles sombres, tragiques, et des plaintes amères pour les moindres choses.» (16 juillet 1528.)
«Si je voulais devenir riche, je n'aurais qu'à ne plus prêcher, je n'aurais qu'à me faire bateleur; je trouverais plus de gens qui voudraient me voir pour de l'argent, que je n'ai d'auditeurs aujourd'hui.» (Tischr., p. 186.)
[a80] Page 220, ligne 19.—_Honorons le mariage..._
Le 25 mai 1524, il écrivait déjà à Capiton et Bucer: «J'aime fort ces mariages que vous faites de prêtres, de moines et de nonnes; j'aime cet appel des maris contre l'évêque de Satan, j'aime les choix qu'on a faits pour les paroisses. Que dirai-je, je n'ai rien appris de vous dont je n'aie une joie extrême. Poursuivez seulement et avancez en prospérité... Je dirai plus, on a dans ces dernières années, fait assez de concessions aux faibles. D'ailleurs, puisqu'ils s'endurcissent de jour en jour, il faut agir et parler en toute liberté. Je vais enfin songer moi-même à rejeter le froc, que j'ai gardé jusqu'à présent pour le soutien des faibles et en dérision du pape.» (25 mai 1524.)
[a81] Page 222, ligne 6.—_Je n'ai point voulu refuser de donner à mon père l'espoir d'une postérité..._
«L'affaire des paysans a rendu courage aux papistes et fait tort à la cause de l'Évangile; il nous faut, nous aussi, porter plus haut la tête. C'est dans ce but que pour ne plus attester l'Évangile de paroles seulement, mais par mes actions, je viens d'épouser une nonne. Mes ennemis triomphaient, ils criaient: Io! io! J'ai voulu leur prouver que je n'étais pas encore disposé à faire retraite, quoique vieux et faible. Et je ferai d'autres choses encore, je l'espère, qui troubleront leur joie et appuieront mes paroles.» (16 août 1525.)
Le docteur Eck publia un recueil intitulé: _Epithalamia festiva in Lutherum, Hessum (Urbanum Regium) et id genus nuptiatorum_. On y trouve entre autres pièces une hymne de dix-neuf strophes, intitulée: _Hymnus paranymphorum_, et commençant par ces mots: _Io! io! io! io! gaudeamus cum jubilo_, etc.; une _Additio dithyrambica ad epithalamium Mart. Lutheri_, dans le même mètre; un _Epithalamium Mart. Lutheri_ en hexamètres commençant ainsi: _Dic mihi, musa, novum_, etc. Hasemberg fit sur le même sujet une satire intitulée: _Ludus ludentem Luderum ludens_.
Luther y répondit par différentes pièces dont le recueil fut imprimé sous le titre: _La fable du lion et de l'âne_.
Luther était à peine marié, que ses ennemis répandirent le bruit que sa femme venait d'accoucher. Érasme accueillit ce bruit avec empressement et se hâta d'en faire part à ses correspondans; mais il se vit obligé plus tard de le démentir. (Ukert, I, 189-192.)
[a82] Page 225, ligne 6.—_Tous les jours les dettes nous enveloppent davantage..._
En 1527, il fut obligé de mettre en gage trois gobelets pour cinquante florins et d'en vendre un pour douze florins. Son revenu ordinaire ne s'éleva jamais au-dessus de deux cents florins de Misnie par an.—Les libraires lui avaient offert une somme annuelle de quatre cents florins, mais il ne put se résoudre à les accepter.—Malgré le peu d'aisance dont il jouissait, sa libéralité était extrême. Il donnait aux pauvres les présens de baptême destinés à ses enfans. Un pauvre étudiant lui demandant un jour quelque peu d'argent, il pria sa femme de lui en donner; mais celle-ci répondit qu'il n'y en avait plus dans la maison. Luther prit alors un vase d'argent et le remit à l'étudiant pour qu'il le vendît à un orfèvre. (Ukert, II, p. 7.)
«Je lui aurais volontiers donné de quoi faire sa route, si je n'étais accablé par la multitude des pauvres, qui, outre ceux de notre ville, accourent ici comme en un lieu célèbre.» (avril 1539.)
«Je t'en supplie, mon cher Justus, par grâce, arrache du trésorier cet argent qu'il est si difficile d'avoir et que le prince a promis à G. Scharf... Tu donneras, s'il le faut, une quittance en mon nom.» (11 mai 1540.)
«Luther se promenant un jour avec le docteur Jonas et quelques autres amis, fit l'aumône à des pauvres qui passaient. Le docteur Jonas l'imita, en disant: «Qui sait si Dieu me le rendra?» Luther lui répondit: «Vous oubliez que Dieu vous l'a donné.» Le mot de Jonas indique fortement l'inutilité des œuvres qui résultait de la doctrine de Luther. (Tischr. 144, verso.)
«Le docteur Pommer apporta un jour au docteur Luther cent florins dont un seigneur lui faisait présent, mais il ne voulut point les accepter; il en donna la moitié à Philippe et voulut rendre l'autre au docteur Pommer qui n'en voulut pas.» (Tischr., p. 59.)
«Je n'ai jamais demandé un liard à mon gracieux seigneur.» (Tischr., p. 53-60.)
[a83] Page 226, ligne 14.—_Je ne leur demande rien pour mon travail..._
«Un commerce légitime est béni de Dieu, comme lorsque l'on tire un liard de vingt; mais un gain impie sera maudit. Ainsi l'imprimeur *** a gagné beaucoup sur les livres que je lui ai fait imprimer; avec un liard il en gagnait deux.... L'imprimeur Jean Grunenberger me disait consciencieusement: Seigneur docteur, cela rapporte beaucoup trop; je ne puis avoir assez d'exemplaires. C'était un homme craignant Dieu, aussi a-t-il été béni de notre Seigneur.» (Tischr. p. 62, verso.)
«Tu sais, mon cher Amsdorf, que je ne puis suffire à nos presses, et voilà que tout le monde me demande de cette pâture; il y a ici, près de six cents imprimeurs.» (11 avril 1525.)
[a84] Page 238, ligne 17.—_Pourquoi m'irriterai-je contre les papistes? tout ce qu'ils me font est de bonne guerre..._
Ils cherchaient cependant, à ce qu'il semble, à se défaire de lui par le poison.
(Janvier et février 1525.) Luther parle dans deux lettres différentes, de juifs polonais, qui auraient été envoyés à Wittemberg pour l'empoisonner (Judæi qui mihi venenum paravere), moyennant le prix de 2000 ducats. Comme ils ne dénoncèrent personne dans leur interrogatoire, on allait les mettre à la torture, mais Luther ne le souffrit point, et il s'employa même à les faire mettre en liberté, quoiqu'il n'eût aucun doute sur le nom de l'instigateur.
«Ils ont promis de l'or à ceux qui me tueraient, c'est ainsi qu'aujourd'hui combat, règne et triomphe le saint-siége apostolique, le régulateur de la foi, la mère des églises.» (Cochlæus, p. 25.)
Un Italien de Sienne mangea avec le docteur Martin Luther, causa beaucoup avec lui, et resta à Wittemberg quelques semaines, peut-être pour savoir comment les choses s'y passaient. (Tischr. p. 416.)
Des tentatives d'un autre genre eurent aussi lieu.
«Mathieu Lang, évêque de Salzbourg, m'a recherché d'une manière si singulière, que sans l'assistance particulière de notre Seigneur, j'eusse été pris. En 1525, il m'envoya par un docteur vingt florins d'or, et les fit donner à ma Catherine, mais je n'en voulus rien prendre. C'est avec l'argent que cet évêque a pris tous les juristes, de sorte qu'ils disent ensuite: _Ah! c'est un seigneur qui pense bien._ Lui cependant, se tient tranquille et rit en tapinois. Une fois il envoya à un curé qui prêchait l'Évangile, une pièce de Damas, pour qu'il se rétractât, et il dit ensuite: Est-il possible que ces luthériens soient de si grands fripons, qu'ils fassent tout pour de l'argent?» (Tischreden, p. 274, verso.)
Mélanchton, qui ne rompit jamais avec les lettrés de la cour pontificale, fut pendant quelque temps soupçonné d'avoir reçu des offres.
Un jour, on apporta une lettre de Sadolet à Sturmius, dans laquelle il flattait Mélanchton. Luther disait: «Si Philippe voulait s'arranger avec eux, il deviendrait aisément cardinal, et n'en garderait pas moins sa femme et ses enfans.
»Sadolet, qui a été quinze ans au service du pape, est un homme plein d'esprit et de science; il a écrit à maître Philippe Mélanchton le plus amicalement du monde, à la manière de ces Italiens, peut-être dans l'espoir de l'attirer à eux, au moyen d'un cardinalat. Il l'a fait sans doute par l'ordre du pape, car ces messieurs sont inquiets; ils ne savent comment s'y prendre.—Le même Sadolet n'a aucune intelligence de l'Écriture, comme on le voit dans son commentaire sur le psaume 51. Les papistes n'y entendent plus rien, ils ne sont plus capables de gouverner une seule église; ils se tiennent fiers et raides dans le gouvernement et crient: Les décisions des Pères ne comportent point de doute.»
[a85] Page 239, ligne 6.—_Persécution..._
«Aux chrétiens de la Hollande, du Brabant et de la Flandre (à l'occasion du supplice de deux moines augustins, qui avaient été brûlés à Bruxelles).
«... Oh! que ces deux hommes ont péri misérablement! Mais de quelle gloire ils jouiront auprès du Seigneur! c'est peu de chose d'être outragé et tué par le monde pour ceux qui savent _que leur sang est précieux, et que leur mort est chère à Dieu_, comme disent les psaumes (116, 15). Qu'est-ce que le monde comparé à Dieu?... Quelle joie, quelles délices les anges auront-ils ressenties, en voyant ces deux âmes! Dieu soit loué et béni dans l'éternité, de nous avoir permis, à nous aussi, de voir et entendre de vrais saints, de vrais martyrs, nous qui jusqu'ici avons adoré tant de faux saints! Vos frères d'Allemagne n'ont pas encore été dignes de consommer un si glorieux sacrifice, quoique beaucoup d'entre eux n'aient pas été sans persécutions. C'est pourquoi, chers amis, soyez allègres et joyeux dans le Christ, et tous, rendons-lui grâce des signes et miracles qu'il a commencé d'opérer parmi nous. Il vient de relever notre courage par de nouveaux exemples d'une vie digne de lui. Il est temps que le royaume de Dieu s'établisse, non plus seulement en paroles, mais en actions et en réalité...» (juillet 1523.)
«La noble dame Argula de Staufen, soutient sur cette terre un grand combat; elle est pleine de l'esprit, de la parole et de la science du Christ. Elle a envahi de ses écrits l'académie d'Ingolstad, parce qu'on y avait forcé un jeune homme, nommé Arsacius, à une honteuse révocation. Son mari, qui est lui-même un tyran, et qui a maintenant perdu une charge à cause d'elle, hésite sur ce qu'il doit faire. Elle, elle est au milieu de tous ces périls avec une foi forte, mais, ainsi qu'elle me l'écrit elle-même, non pas sans que son cœur s'effraie. Elle est l'instrument précieux du Christ; je te la recommande, afin que le Christ confonde par ce _vase infirme_ les puissans et ceux qui se glorifient dans leur sagesse.» (1524.)
_A Spalatin._ «Je t'envoie les lettres de notre chère Argula, afin que tu voies ce que cette femme pieuse endure de travaux et de souffrances.» (11 novembre 1528.)
La traduction de la Bible par Luther, donna à tous envie de disputer; on vit jusqu'à des femmes provoquer les théologiens, et déclarer que tous les docteurs n'étaient que des ignorans. Il y en eut qui voulurent monter en chaire, et enseigner dans les églises. Luther n'avait-il pas déclaré que par le baptême tous devenaient prêtres, évêques, papes, etc.? (Cochlæus, p. 51.)
[a86] Page 239, ligne 9.—_On nous laisse périr de faim..._
Un jour qu'il était question, à la table de Luther, du peu de générosité que l'on montrait à l'égard des prédicateurs, il dit: «Le monde n'est pas digne de leur rien donner de bon cœur; il veut avoir des gueux et des criards impudens, tels que le frère Mathieu. Ce frère, à force de mendier, avait obtenu de l'électeur la promesse qu'on lui achèterait une fourrure. Comme le trésorier du prince n'en faisait rien, le prédicateur dit en plein sermon, devant l'électeur: «Où est donc ma fourrure?» L'ordre fut renouvelé au trésorier, mais celui-ci différant encore de l'exécuter, le prédicateur parla de nouveau de sa fourrure, dans un autre sermon où l'électeur était présent. «Je n'ai pas encore vu ma fourrure,» dit-il, et c'est ainsi qu'il obtint à la fin ce qu'il désirait.» (Tischreden, p. 189, verso.)
Du reste, Luther se plaint lui-même du misérable état dans lequel se trouvent les ministres: «On refuse de les payer, dit-il, et ceux qui jadis prodiguaient des milliers de florins à chacun des fourbes sans nombre qui les abusaient, ne veulent pas aujourd'hui en donner cent pour un prêtre.» (1er mars 1531.)
«On a commencé à établir ici (à Wittemberg), un consistoire pour les causes matrimoniales, et pour forcer les paysans à observer quelque discipline et à payer les rentes aux pasteurs, chose qu'il faudra peut-être faire aussi à l'égard de quelques-uns de la noblesse et de la magistrature.» (12 janvier 1541.)
[a87] Page 239, ligne 22.—_Apparitions..._
«Joachim m'écrit qu'il est né à Bamberg un enfant à tête de lion, qui est mort promptement: qu'il a aussi apparu des croix au-dessus de la ville, mais que le bruit qui s'en répandait a été étouffé par les prêtres.» (22 janvier 1525.)
1525. «Les princes meurent en grand nombre cette année; c'est là peut-être ce qu'annonçaient tant de signes.» (6 septembre 1525.)
FIN DU TOME DEUXIÈME.
RENVOIS DU DEUXIÈME VOLUME.
Tous les passages tirés des lettres ont été, comme on l'a pu voir, exactement datés dans le texte. La date rend tout renvoi superflu. On retrouvera facilement ces passages dans l'excellente édition de De Welte, Berlin, 1835. (Voyez la note de la préface.)