Mémoires de Luther écrits par lui-même, Tome I
Part 17
Ne célébrer qu'une messe aux dimanches et fêtes.» (Briefe, 19 août 1523.)
En 1520, il publia un catéchisme. Mais dix ans plus tard, il en fit un autre où il ne conserva que le baptême et la communion. Plus de confession. Seulement il engage à recourir souvent à l'expérience du pasteur.
Pour soustraire les ministres à la dépendance de l'autorité civile, il voulait conserver les dîmes. «Il me semble que les décimes sont la chose la plus juste du monde. Et plût à Dieu que toutes taxes abolies, il ne subsistât que des dîmes, ou même des neuvièmes et des huitièmes. Que dis-je, les Égyptiens donnaient le cinquième, et ils vivaient pourtant. Nous, nous ne pouvons vivre avec la dîme, il y a d'autres charges qui nous écrasent.» (15 juin 1524.)
[a48] Page 132, ligne 25.—_Caractère indélébile..._
«On doit déposer et emprisonner les pasteurs et prédicateurs qui font scandale. L'Électeur a résolu de faire construire une prison à cet effet.»
«Le docteur parla ensuite de Jean Sturm qu'il avait souvent visité dans le château de Wittemberg, et qui s'était toujours obstiné à croire que Christ n'était mort que pour l'exemple. Il fut en conséquence conduit à Schwrinitz, et y mourut dans la tour.» (Tischred., p. 196.)
Luther disait que l'on ne devait punir de mort les anabaptistes qu'autant qu'ils étaient séditieux. (Tischred., p. 298.)
[a49] Page 135, ligne 6.—_Visites annuelles..._
La commission que l'Électeur, sur les exhortations de Luther, nomma en 1528 pour inspecter les écoles, se composait de Jérôme Schurff, docteur en droit, du seigneur Jean de Plaunitz, d'Asme de Haubitz et de Mélanchton.
Dans l'instruction que ces inspecteurs adressèrent ensuite aux pasteurs de l'électorat avec l'approbation de Luther, on peut remarquer le passage suivant: «Il y en a qui disent que l'on ne doit pas défendre la foi par l'épée, mais que l'on doit souffrir comme ont fait Jésus-Christ et ses apôtres. A cela il faut répondre qu'à la vérité ceux qui ne règnent pas doivent souffrir comme individus et n'ont pas droit de se défendre; mais que l'autorité est chargée de protéger ses sujets contre toute violence et injustice, que cette violence ait une cause religieuse ou une autre.» (Luth. Werke, t. IX, p. 263, verso.)
En 1527, le prince envoie à Luther les rapports de la visite des églises en lui demandant s'il fallait les imprimer. (19 août 1527.)
[a50] Page 136, ligne 1.—_Luther exerçait une sorte de suprématie._
Il décide que les chanoines sont obligés de partager avec les bourgeois les charges publiques. (_Lettre au conseil de Stettin_, _12 janvier 1523_) C'est à lui que souvent on s'adressait pour obtenir une place de ministre.
«Ne sois pas inquiet d'avoir une paroisse; il y a partout grande pénurie de fidèles pasteurs; si bien que nous sommes forcés d'ordonner et d'instituer des ministres avec un rite particulier, sans tonsure, sans onction, sans mitre, sans bâton, sans gants ni encensoir, enfin sans évêques.» (16 décembre 1530.)
Les habitans de Riga et le prince Albert de Prusse demandent à Luther de leur envoyer des ministres. (1531.)
Le roi de Suède, Gustave Ier, lui demande de même un précepteur pour son fils. (avril 1539.)
[a51] Page 136, ligne 9.—_Excommunication..._
«Le prince a répondu à l'université qu'il voulait hâter la visite des paroisses, afin que cela fait et les églises constituées, on puisse se servir de l'excommunication quand besoin sera.» (10 janvier 1527.)
[a52] Page 137, ligne 6.—_Abolition des vœux monastiques..._
«Dans son traité _de vitandâ hominum doctrinâ_ il dit des évêques et des grands de l'Église: «Qu'ils sachent ces effrontés et impudiques qui ont sans cesse à la bouche «le christianisme, le christianisme,» qu'ils sachent que ce n'est point pour eux que j'ai écrit qu'il fallait se nourrir de viande, s'abstenir de la confession et briser les images; eux, ne sont-ils pas comme ces impurs qui souillaient le camp d'Israël? Si j'ai écrit ces choses, c'est pour délivrer la conscience captive de ces malheureux moines, qui voudraient rompre leurs vœux, et qui doutent s'ils peuvent le faire sans pécher.» (Seckendorf, lib. I, sect. 50, p. 202.)
[a53] Page 139, ligne 27.—_J'ai reçu hier neuf religieuses..._
«Neuf religieuses avaient été enlevées de leur couvent et amenées à Wittemberg. «Ils m'appellent ravisseur, dit Luther, oui, et bienheureux ravisseur comme Christ, qui fut aussi ravisseur en ce monde, quand par sa mort il arracha au prince de la terre ses armes et ses richesses, et qu'il l'emmena captif.» (Cochlæus, p. 73.)
[a54] Page 140, ligne 3.—_J'ai pitié d'elles... qui meurent en foule de cette maudite et incestueuse chasteté..._
«Anne Craswytzinne échappée de ses liens, à Leusselitz, est venue habiter avec nous. Elle a épousé Jean Scheydewind, et me charge de te saluer doucement en son nom, et avec elle trois autres, Barbe Rockenberg, Catherine Taubenheim, Marguerite Hirstorf.» (11 janvier 1525.)
_A Spalatin._ «Si tu ne le sais pas encore, tous les prêtres d'ici ne se contentent pas de mener une conduite sacrilége; ce sont des cœurs endurcis, des contempteurs de Dieu et des hommes, qui passent presque toutes les nuits avec des prostituées... J'ai dit hautement que, si dans leur impiété, nous devons les tolérer, il est du devoir du magistrat de s'opposer à leurs débauches ou de les contraindre au mariage... Tu craignais dernièrement qu'on ne pût accuser l'Électeur de favoriser ouvertement les prêtres mariés.» (2 janvier 1523.)
(27 mars 1525.) _A Wolfgang Reissenbach_, précepteur à Lichtenberg. «... Mon cher, ne volons pas plus haut, et ne prétendons pas mieux faire qu'Abraham, David, Isaïe, saint Pierre, saint Paul, et tous les patriarches, prophètes et apôtres, ainsi que tant de saints martyrs et évêques qui tous ont reconnu sans honte qu'ils étaient des hommes créés par Dieu, et qui, fidèles à sa parole, _ne sont pas restés seuls_. Qui a honte du mariage, a honte d'être homme. Nous ne pouvons nous faire autres que Dieu n'a voulu que nous soyons. Enfans d'Adam, nous devons à notre tour laisser des enfans.—O folie! nous voyons tous les jours quelle peine il en coûte pour rester chaste dans le mariage même, et nous rejetons encore le mariage! Nous tentons Dieu outre mesure, par nos vœux insensés, et nous préparons la voie à Satan...»
[a55] Page 146, ligne 3.—_Cette époque de la vie de Luther_ (1521-1528) _fut prodigieusement affairée_...
_A Frédéric de Nuremberg._ «Si j'ai tant différé à te féliciter sur ton mariage, tu peux croire que j'en ai eu juste raison, avec les distractions d'une santé si variable, tant de livres à publier, de lettres à écrire, de sujets à traiter, de devoirs envers mes amis, et en nombre incroyable et infini, accablé d'un orage et d'un déluge d'affaires..... Le 17 janvier, à souper et à la hâte. Tu pardonneras à ma loquacité, peut-être aussi au souper, bien que je ne sois pas ivre.» (1525.)
Au milieu de toutes ces affaires, il entretenait correspondance avec Christiern II.
_A Spalatin._ «Les porteurs sont rares, sans quoi je t'aurais envoyé depuis long-temps les tristes lettres du roi Christiern, aujourd'hui le plus malheureux des hommes, et ne vivant plus que pour Christ.» (27 mars 1526.)
_A Mélanchton._ «Rien de nouveau, si ce n'est une lettre du roi de Suède Christiern qu'il nous adresse à tous les deux avec une petite coupe d'argent; il nous demande de ne pas croire ceux qui le représenteraient comme un déserteur de l'Évangile.» (novembre 1540.)
Il lui fallait encore veiller, par toute l'Allemagne, sur les intérêts des réformés. La commune réformée de Miltenberg (en Franconie) était opprimée par les officiers de l'électeur de Mayence. Toute correspondance avec cette ville avait été interrompue. Luther adressa aux habitans une lettre de consolation qu'il fit imprimer pour qu'elle pût leur parvenir. Il en avertit l'Électeur, et lui demanda «si ses officiers n'abusaient pas de son nom.» (14 février 1524.)
En 1528, une religieuse de Freyberg s'adresse à lui pour qu'il l'enlève de son couvent, et la conduise en Saxe. (29 juin 1528.)—«Occupatissimus scribo visitator, lector, prædicator, scriptor, auditor, actor, cursor, procurator, et quid non?» (29 octobre 1528.)
[a56] Page 146, ligne 26.—_Son ancien ami Carlostad..._
Carlostad était chanoine et archidiacre dans l'église collégiale _de tous les saints_; il en était doyen lorsque Luther fut reçu docteur en 1512. (Seckendorf, liv. I, 72.)
[a57] Page 147, ligne 5.—_Derrière Carlostad on entrevoyait Münzer..._
Lettre du docteur Martin Luther aux chrétiens d'Anvers «...... Nous avions cru, tant que dura le règne du pape, que les esprits de bruit et de vacarme, qui se font souvent entendre la nuit, étaient des âmes d'hommes qui, après la mort, revenaient et rôdaient pour expier leurs péchés. Cette erreur, Dieu merci, a été découverte par l'Évangile, et l'on sait à présent que ce ne sont pas des âmes d'hommes, mais rien autre que des diables malicieux qui trompaient les gens par de fausses réponses. Ce sont eux qui ont mis dans le monde tant d'idolâtrie.
»Le diable voyant que ce genre de vacarme ne peut continuer, il lui faut du nouveau; il se met à faire rage dans ses membres, je veux dire dans les impies, à travers lesquels il se fait jour par toute sorte de vanités chimériques et de doctrines extravagantes. Celui-ci ne veut plus de baptême, celui-là nie la vertu de l'eucharistie; un troisième met encore un monde entre celui-ci et le jugement dernier; d'autres enseignent que Jésus-Christ n'est pas Dieu; les uns disent ceci, les autres cela, et il y a presque autant de sectes et de croyances que de têtes.
»Il faut que j'en cite un pour exemple, car j'ai bien à faire avec ces sortes d'esprits. Il n'est personne qui ne prétende être plus savant que Luther; c'est contre moi qu'ils veulent tous gagner leurs éperons. Et plût au ciel qu'ils fussent ce qu'ils pensent être, et que moi je ne fusse rien! Celui-là donc m'assurait entre autres choses qu'il était envoyé vers moi par le Dieu qui a créé le ciel et la terre; il en disait des choses magnifiques, mais le manant perçait toujours.
»Enfin il m'ordonna de lui lire les livres de Moïse. Je lui demandai un signe qui confirmât cet ordre. C'est, dit-il, écrit dans l'Évangile de saint Jean. Alors j'en eus assez et je lui dis de revenir une autre fois, que nous n'aurions pas le temps de lire pour cette fois les livres de Moïse...
»Il m'en faut bien entendre dans une année, de ces pauvres gens. Le diable ne peut pas m'approcher de plus près. Jusqu'ici le monde avait été plein de ces esprits bruyans sans corps, qui se donnaient pour des âmes d'hommes; maintenant ils ont des corps et se donnent tous pour des anges vivans...
»Quand le pape régnait, on n'entendait point parler de troubles; le Fort (le diable) était en paix dans sa forteresse; mais à présent qu'un plus fort est venu qui prévaut contre lui et qui le chasse, comme dit l'Évangile, il tempête et sort avec fureur et fracas.
»Chers amis, il est venu aussi parmi vous un de ces esprits de vacarme qui ont chair et sang. Il veut vous égarer dans les inventions de son orgueil; gardez-vous de lui.
»D'abord il dit que tout homme a le Saint-Esprit. Secondement, que le Saint-Esprit n'est autre chose que notre raison et notre intelligence. Troisièmement, que tout homme a la foi. Quatrièmement, qu'il n'y a pas d'enfer; que du moins la chair seule sera damnée. Cinquièmement, que toute âme aura la vie éternelle. Sixièmement, que la simple nature nous enseigne de faire au prochain ce que nous voulons qu'on nous fasse; c'est là, disent-ils, la foi. Septièmement, que la loi n'est pas violée par la concupiscence, tant que nous ne consentons pas au plaisir. Huitièmement, que celui qui n'a pas le Saint-Esprit, est aussi sans péché, car il n'a pas de raison.
»Tout cela ce sont des propositions audacieuses, de vains jeux de la fantaisie; si l'on excepte la septième, les autres ne méritent pas de réponse......
»Il nous suffit de savoir que Dieu ne veut pas que nous péchions. Pour la manière dont il permet, ou veut qu'il y ait du péché, nous ne devons pas toucher cette question. Le serviteur ne doit point savoir le secret du maître, mais seulement ce qu'il ordonne. Combien moins une pauvre créature doit-elle vouloir scruter et approfondir la majesté et le mystère de son Dieu?...
»Nous avons assez à faire pendant toute notre vie, de connaître la loi de Dieu et d'apprendre son fils Jésus-Christ...» 1525. (Luth. Werke, tome II, p. 61, sqq.)
[a58] Page 151, ligne 11.—_Luther crut devoir se transporter à Iéna..._
Carlostad, dans une dispute, cita Luther au jugement dernier.—«Comme nous étions à l'hôtellerie, et que nous parlions de ces affaires, après s'être engagé à défendre sa doctrine à fond, soudain il se détourna, fit claquer ses doigts, et dit: «Je me moque de vous.» Or, s'il ne m'estime pas davantage, qui d'entre nous estimera-t-il? ou pourquoi perdrai-je mon temps à le prêcher? Je pense toujours qu'il me regarde comme l'un des plus savans de Wittemberg; et cependant, il me dit au nez: «Je me moque de vous.» Comment, après cela, peut-on croire encore à sa sincérité, lorsqu'il prétend vouloir se laisser instruire?»
Carlostad avait abandonné ses fonctions de professeur et d'archidiacre à Wittemberg (tout en gardant son traitement) pour aller à Orlamünde, sans autorisation ni de l'Électeur ni de l'Université. Ce fut une des causes du mécontentement qui éclata contre lui. L'Université lui ayant écrit pour le rappeler dans son sein, il lui fit répondre par ses partisans d'une manière insolente.
Luther fut envoyé par l'Électeur et l'Université à Orlamünde pour y prêcher contre les doctrines de Carlostad et tout ramener à l'ordre; mais il fut très mal reçu par le peuple.
Carlostad s'habillait à Orlamünde plus simplement que les autres pasteurs. Il ne souffrait pas qu'on l'appelât docteur; il se faisait appeler _frère André_, _voisin André_. Il se soumettait à la juridiction du juge de la petite ville, pour être entièrement comme les autres bourgeois. (Luth. Werke, t. II, p. 18-22.)
[a59] Page 152, ligne 21.—_Luther obtint un ordre pour le faire sortir..._
«Quant au reproche que Carlostad me fait de l'avoir chassé, je ne me chagrinerais pas trop si ce reproche était fondé; mais, Dieu aidant, je crois bien que je puis m'en justifier. Dans tous les cas, je suis fort aise qu'il ne soit plus dans notre pays, et je voudrais bien qu'il ne fût pas non plus chez vous...
»Se fondant sur l'un de ses écrits, il m'aurait presque persuadé de ne pas confondre l'esprit qui l'anime avec l'esprit séditieux et homicide d'Altstet (_résidence de Münzer_); mais lorsque, sur l'ordre de mon prince, je me rendis à Orlamünde, parmi les bons chrétiens de Carlostad, je n'éprouvai que trop bien quelle semence il avait semée. Je remerciai Dieu de ne pas être lapidé ni couvert de boue, car il y en avait qui me disaient, par forme de bénédiction: «Va-t'en, au nom de mille diables, et casse-toi le cou avant que tu ne sois sorti de la ville.» Malgré cela, ils se sont arrangés et parés bien proprement dans le petit livre qu'ils ont publié. Si l'âne avait des cornes, c'est-à-dire si j'étais prince de Saxe, Carlostad ne serait pas chassé, à moins que l'on ne m'en priât bien fort.—Je lui conseillerais de ne pas dédaigner la bonté des princes.» (Lettre aux Strasbourgeois. Luther, Werke, t. II, p. 58.)
Carlostad, au dire de plusieurs témoins, avait à son service un chapelain qui faisait le rôle de l'esprit dans les apparitions et révélations surnaturelles par lesquelles son maître en imposait au peuple. (Luth. Briefe, édit. 1826, II vol. p. 625.)
«Carlostad était fort téméraire; il a osé disputer même à Rome dans le principal collége, _in domo Sapientiæ_. Il est revenu en Allemagne tout magnifique et avec de beaux habits. C'est par pure jalousie qu'il s'est fait ensuite paysan: il allait tête nue et ne voulait pas qu'on l'appelât _docteur_, mais _voisin_...
»Carlostad condamnait les grades et promotions dans les universités. Il dit un jour: «Je sais que je fais mal en élevant ces deux hommes au grade de docteur, seulement à cause des deux florins; mais je jure bien de n'en plus faire d'autre.» Il dit ces paroles dans l'église du château à Wittemberg, et je l'en repris fortement. (Tischreden, p. 416.)
»Dans la dispute de Leipzig, Carlostad insista pour parler avant moi. Il me laissa à combattre les propositions d'Eck sur la primauté du pape et sur Jean Huss... C'est un pauvre disputeur; il a une tête dure et opiniâtre.... Il avait pourtant une très joyeuse Marie.
»Ces troubles scandaleux font bien du tort à l'Évangile. Un espion français me disait expressément que son roi était informé de tout cela, qu'il avait appris que nous ne respections plus ni la religion ni l'autorité politique, pas même le mariage, et qu'il en allait chez nous comme chez les bêtes. (Tischreden, p. 417-422.)
_Mort de Carlostad._—«Je voudrais savoir si Carlostad est mort repentant. Un ami, qui m'écrit de Bâle pour m'annoncer sa mort, ajoute une histoire singulière: il assure qu'un spectre erre autour de son tombeau et dans sa maison même, où il cause un grand trouble en jetant des pierres et des gravois. Mais la loi athénienne défend de _médire des morts_; c'est pourquoi je n'ajouterai rien.» (16 février 1542.)
«Carlostad est mort tué par le diable. On m'écrit que, pendant qu'il prêchait, il lui apparut, à lui et à beaucoup d'autres, un homme d'une haute stature qui entra dans le temple, et se mit à une place vide auprès d'un bourgeois, puis sortit et alla à la maison de Carlostad; que là il prit son fils, qu'il trouva seul, et l'enleva comme pour le briser contre terre, mais le laissa sans lui faire de mal, et lui ordonna de dire à son père qu'il reviendrait dans trois jours pour l'emporter. Carlostad serait mort le troisième jour. On ajoute qu'après le sermon il alla trouver le bourgeois, et lui demanda quel était cet homme? Le bourgeois répondit qu'il n'avait rien vu. Je crois qu'il aura été ainsi saisi de terreurs soudaines, et que nulle autre peste ne l'aura tué que la peur de la mort; car il avait toujours eu pour la mort une horreur misérable.» (7 avril 1542.)
[a60] Page 164, ligne 11.—_Les paysans se soulevèrent d'abord..._
Une circonstance importante de la guerre des paysans, c'est qu'elle éclata pendant que les troupes de l'Empire étaient en Italie. Autrement les soulèvemens eussent été plus vite comprimés. Les paysans du comte Sigismond de Lupffen, en Hégovie (1524), commencèrent la révolte à cause des charges qui pesaient sur eux; ils le déclarèrent à Guillaume de Furstemberg, envoyé pour les réduire; ils ne s'étaient point soulevés pour la cause du luthéranisme. Les premiers à les imiter furent les paysans de Kempten, qui prirent pour prétexte la sévérité de leur abbé; ils pénétrèrent dans les villes et châteaux de l'abbé, brisant toutes les images, tous les ornemens des temples. L'abbé pris par eux fut conduit à Kempten, où il fut contraint à vendre pour trente-deux mille écus d'or tous ses anciens droits. D'autres vinrent se joindre à eux, et ils se trouvèrent, près d'Ulm, au nombre de quatorze mille. Ceux de Leipheim et Guntzberg étaient pour eux, ainsi que les paysans des environs d'Augsbourg. Ces deux petites villes, assiégées par la ligue de Souabe, se rendirent; l'une fut abandonnée pour le pillage aux fantassins, l'autre aux cavaliers. Les paysans vaincus se relevèrent, et cette fois ne dévastèrent plus seulement les monastères, mais les maisons des nobles. Un comte de Montfort s'interposa avec les députés de Ravensberg et d'Uberlingen. Un grand nombre de paysans n'en furent pas moins mis en croix, décapités, etc.
Ce premier soulèvement semblait assoupi, lorsque Münzer fit révolter les paysans de Thuringe.
Le pieux, l'érudit, le pacifique Mélanchton montra combien les demandes des paysans s'accordaient avec la parole de Dieu et la justice; il exhorta les princes à la clémence. Luther frappa sur l'un et l'autre parti. (Voir le texte.)
Les paysans de la Thuringe, du Palatinat, des diocèses de Mayence, d'Halberstadt, et ceux de l'Odenwald, se réunirent dans la Forêt-Noire, sous la conduite de l'aubergiste Metzler, de Ballenberg. Ils s'emparèrent de Mergentheim, et forcèrent plusieurs comtes, barons et chevaliers, de se réunir à eux. Les sujets des comtes de Hohenlohe, déjà révoltés, vinrent les joindre. Les comtes de Hohenlohe ayant reçu des paysans des lettres de sûreté, scellées avec une pièce d'argent à l'effigie du comte Palatin, une conférence eut lieu, et les comtes promirent pour cent et un an d'observer _les douze articles_. En signe de joie les paysans tirèrent deux mille coups de fusils. Plusieurs nobles se joignirent volontairement aux paysans; d'autres y furent contraints par la force. La ville de Landau entra dans leur ligue. En même temps les paysans des environs d'Heilbronn se soulevèrent, et après quelques courses, se joignirent à la première troupe. Plusieurs villes les appelèrent et leur ouvrirent les portes.
Le traité fait par les paysans avec le vicaire de l'électeur de Mayence, fut signé de Goetz de Berlichingen et de George Metzler, de Ballenberg. Les paysans envoyèrent huit de leurs chefs prendre le serment de tous les habitans du diocèse de Mayence. Le clergé de ce diocèse dut leur payer en quatorze jours quinze mille florins d'or. Les paysans du Rhingaw, opprimés par l'abbé d'Erbach, se soulevèrent vers la même époque. Le vicaire de l'électeur de Mayence ayant souscrit à leurs demandes, ce tumulte s'apaisa.
Voici en substance les demandes des paysans du Rhingaw.—Les ministres seront élus. Ils vivront de la trentième partie du vin et du blé que la communauté lèvera sur chacun; s'il en reste quelque chose, on le gardera pour les pauvres et pour les dépenses de la communauté.—Égalité des charges pour tous, à moins que l'on ne prouve, par des actes authentiques, les priviléges et exemptions auxquels on prétend.—Point d'impôt pour celui qui vendra le vin de sa vigne; le revendeur seul paiera.—Point d'excommunication dans les causes séculières.—La servitude sera abolie.—On refusera logement aux juifs à cause de leurs indignes usures; le juge ne fera aucune exécution à raison d'usures, mais recherchera quel était le capital.
Que le commerce de bois de construction soit libre comme il l'a toujours été, et que ceux de Mayence n'y mettent point obstacle.—Personne ne sera plus reçu dans les monastères; tous auront permission d'en sortir.—Le seigneur ne pourra plus intervenir, même indirectement, dans les procès.—Le magistrat du lieu veillera sur tous les besoins des veuves, des orphelins et des pupilles.—Les pâturages, les rivières seront libres, ainsi que la chasse, en respectant toutefois les priviléges du magistrat et du prince.—Le juge sera soumis aux mêmes charges que les autres citoyens nobles ou non nobles.—On ne jugera point selon le droit canonique dans les causes séculières, mais selon la coutume du lieu.—Que personne ne revendique la propriété des forêts.—Si la Communauté du Rhingaw arrête quelques autres articles, ils devront être acceptés de ceux d'Erbach. (Gnodalius, apud Schardt, rerum germanic. script. vol. II, p. 142-3.)
L'insurrection avait fait de grands progrès en Alsace; le duc Antoine de Lorraine, défenseur ardent de l'Église, rassembla un corps de troupes, formé principalement des débris de la bataille de Pavie, et tomba sur les paysans le 18 mai 1525, près de Lupfenstein. Il les défit, brûla le bourg de Lupfenstein avec tous ses habitans, prit Saverne, où un grand nombre de paysans s'étaient retirés, et battit, quelques jours après, un troisième corps d'insurgés près de Scherweiler. Plusieurs historiens portent au-delà de trente mille le nombre des paysans qui périrent en ces trois rencontres. Trois cents prisonniers furent décapités. (D. Calmet, histoire de la Lorraine, I, p. 495 et suiv.; Rottinger, hist. de la Suisse, p. 28, II; Sleidan, p. 115.)