Mémoires de Luther écrits par lui-même, Tome I

Part 15

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En 1520, les adversaires de Luther s'étaient divisés en deux partis, représentés par Eck et Miltitz. Le premier, qui a disputé publiquement contre Luther, croit son honneur et sa réputation de théologien engagés à obtenir une rétractation formelle de Luther ou sa condamnation par le pape comme hérétique. Eck pousse aux mesures violentes. Miltitz, au contraire, qui est l'agent direct du saint-siége, voudrait concilier les choses. Il accorde tout à Luther, parle comme lui, même de la papauté, et ne lui demande que le silence.

Le 20 octobre 1520, il écrit que, si Luther s'en tient à ses promesses, il le délivrera de la bulle, qui ne doit avoir son effet que dans quatre mois. Le même jour il écrit à l'Électeur pour lui demander de l'argent afin qu'il ait de quoi envoyer à Rome pour se faire, près du pape, des patrons pour combattre les malicieuses délations et les honteux mensonges d'Eck contre Luther. Il l'invite à écrire lui-même au pontife, et à envoyer aux jeunes cardinaux, parens du pape, deux ou trois pièces d'or à son effigie et autant en argent afin de se les concilier. Enfin il le supplie de lui continuer sa pension et de lui donner à lui-même quelque chose; car ce qu'il avait reçu, on le lui a volé.

Le 14 octobre, il écrit que Luther consent à se taire si ses adversaires veulent garder le silence. Il promet que les choses n'iront pas comme l'espèrent Eck et sa faction, il engage encore l'Électeur à envoyer quarante ou cinquante florins au cardinal _quatuor Sanctorum_ (Seckendorf, l. I, p. 99.)

Ce Miltitz était un assez bon compagnon. Dans une lettre à l'Électeur, où il réclame le paiement de sa pension, il raconte qu'étant à Stolpa, avec l'évêque de Misnie, ils buvaient joyeusement ensemble lorsque sur le soir on apporta un petit livre de Luther, contre l'official de Stolpa; l'évêque s'indigna, l'official jura; mais lui, il ne fit qu'en rire, comme fit plus tard le duc George qui s'en amusa beaucoup. (1520.) (Seckendorf, l. I, p. 98.)

Le docteur Wolffgang Reissenbach raconte que Luther et Miltitz, l'un avec trente chevaux, l'autre accompagné de quatre seulement, vinrent le 11 octobre, à Lichtenberg; qu'ils y vécurent joyeusement, son économe leur fournissant en abondance tout ce qui était nécessaire. Il ajoute qu'il avait mieux aimé se trouver absent, parce qu'il n'aime pas Miltitz qui lui a fait perdre six cents florins. (Seckendorf, l. I, p. 99.)

Miltitz finit dignement: on dit qu'un jour après de copieuses libations, il tomba dans le Rhin près de Mayence et s'y noya. Il avait alors sur lui cinq cents pièces d'or. (Seckendorf, l. I, p. 117.)

[a17] Page 46, ligne 7.—_Lui avoua qu'il avait enlevé le monde à soi..._

Les livres de Luther avaient en effet déjà une grande vogue. Jean Froben, célèbre imprimeur de Bâle, lui écrivit le 14 février 1519 que ses livres sont lus et approuvé, à Paris même, et jusque dans la Sorbonne; qu'il ne lui reste plus un seul exemplaire de tous ceux qu'il avait réimprimés à Bâle; qu'il sont dispersés en Italie, en Espagne et ailleurs, partout approuvés des docteurs. (Seckendorf, l. I, p. 68.)

[a18] Page 47, ligne 22.—_Non content d'aller se défendre à Leipsig..._

Voyage de Luther à Leipsig: «Il y avait d'abord Carlostad seul sur un chariot, et précédant tous les autres; mais une roue s'étant brisée près de l'église Saint-Paul, il tomba, et cette chute fut considérée comme un mauvais présage pour lui. Puis venait le chariot de Barnim, prince de Poméranie, qui alors étudiait à Wittemberg et portait le titre de recteur honoraire. A ses côtés étaient Luther et Mélanchton; un grand nombre d'étudians de Wittemberg accompagnaient en armes la voiture.» (19 juin 1519.) (Seckendorf, l. I, p. 92.)

Eck raconte son entrevue avec Luther (qu'il appelle _Lötter_, en allemand un vagabond, un pendard). «Luther vint en grande pompe à Leipsig, avec deux cents étudians de Wittemberg, quatre docteurs, trois licenciés, plusieurs maîtres et un grand nombre de ses partisans; le docteur Lang d'Erfurth, Egranus, un prédicateur de Gorlitz, un bourgeois d'Anneberg, des schismatiques de Prague et des picards (hussites), qui vantent Martin comme un grand docteur de vérité, comme l'égal de leur Jean Hussinetz. La dispute fut arrêtée pour le 20 juin; j'accordai que ceux de Leipsig ne seraient pas juges, quoiqu'ils fussent bien disposés pour moi. Par toute la ville il n'était bruit que de ma défaite, et personne n'osait me faire société. Moi, comme un vieux docteur, j'étais là pour faire tête à tous. Cependant le prince m'envoya un bon cerf et donna une biche à Carlostad, contre lequel je devais aussi disputer. La citadelle fut magnifiquement préparée pour nous servir de champ de bataille. Le lieu était gardé par soixante-seize soldats pour nous défendre en cas de besoin, contre les insultes de ceux de Wittemberg et des Bohémiens... Quand Luther entra, je vis bien qu'il ne voulait pas disputer... Il refusa de reconnaître aucune espèce de juges. Je lui proposai les commissaires du prince (le duc George), l'université de Leipsig, ou tout autre université qu'il voudrait choisir en Allemagne, ou si l'Allemagne lui semblait trop petite, en Italie, en France, en Espagne. Il refusa tout. Seulement à la fin il consentit à convenir d'un juge avec moi, et à disputer, pourvu qu'il lui fût permis de publier en allemand les actes de la conférence. Je ne pouvais accorder cela. Je ne sais maintenant quand nous commencerons..... Le sénat qui craint que ceux de Wittemberg n'exécutent leurs menaces, a, la nuit dernière, garni de soldats les maisons voisines.» (Seckendorf, l. I, p. 85-6.)

Mosellanus, professeur de langue grecque à Leipsig et qui fut chargé d'ouvrir les conférences par un discours au nom du prince, rapporte dans une lettre à Pirkheimer, qu'on avait enfin choisi pour juges des docteurs d'Erfurth et de Paris. Mosellanus est favorable à Luther. «Eck, dit-il, par ses cris, sa figure de soldat, ses regards de travers, ses gestes d'histrion, semblait un petit furieux... se vantant sans cesse, affirmant des choses fausses, niant impudemment des choses vraies...» (Seckendorf, l. I, p. 90.)

[a19] Page 47, ligne 25.—_Le prince qui le protégeait..._

Luther ne dut plus douter de la protection de l'Électeur, lorsque Spalatin, le confident de ce prince, traduisit en allemand et publia son livre intitulé: _Consolation à tous les chrétiens_. (février 1520.)

[a20] Page 48, ligne 1.—_Pour qu'ils vinssent disputer avec lui..._

A cette époque, Luther, encore peu arrêté dans ses idées de réforme, cherchait à s'éclairer sur ses doutes par la discussion; il demandait, il sollicitait les conférences publiques. Le 15 janvier 1520, il écrivit à l'Empereur:

«Voici bientôt trois ans que je souffre des colères sans fin, et d'outrageantes injures, que je suis exposé à mille périls et à tout ce que mes adversaires peuvent inventer de mal contre moi. En vain j'ai demandé pardon pour mes paroles, en vain j'ai offert de garder le silence, en vain j'ai proposé des conditions de paix, en vain j'ai prié que l'on voulût bien m'éclairer si j'étais dans l'erreur. L'on n'a rien écouté; l'on n'a fait qu'une chose, préparer ma ruine et celle de l'Évangile. Puisque j'ai vainement tout tenté jusqu'à présent, je veux, à l'exemple de saint Athanase, invoquer la majesté impériale; j'implore donc humblement votre Majesté, Charles, prince des rois de la terre, pour qu'elle ait pitié, non pas de moi, mais de la cause de la vérité, pour laquelle seule il vous a été donné de porter le glaive. Qu'on me laisse prouver ma doctrine; je vaincrai, ou je serai vaincu; et si je suis trouvé impie ou hérétique, je ne veux point de protection ni de miséricorde.» (Opera latina Lutheri. Wittemb., II, 42.)

Le 4 février, il écrit encore à l'archevêque de Mayence et à l'évêque de Mersebourg des lettres pleines de soumission et de respect, où il les supplie de ne pas croire les calomnies que l'on répand sur son compte; il ne demande qu'à s'instruire, qu'à éclaircir ses doutes. (Luth. opera, II, 44.)

[a21] Page 51, ligne 9.—_Lorsque la bulle..._

Les cicéroniens de la cour pontificale, les Sadolets, etc., avaient déployé toute leur science, toute leur _littérature_ pour écrire la bulle de Léon X. Leur belle invocation à tous les saints contre Luther rappelle évidemment la fameuse péroraison du discours de Cicéron, _De Signis_, dans laquelle il adjure tous les dieux de venir témoigner contre Verrès qui a outragé leurs autels. Par malheur, les secrétaires du pape, plus préoccupés des formes oratoires de l'antiquité que de l'histoire de l'Église, ne s'étaient point aperçus qu'ils évoquaient contre Luther celui même sur lequel s'appuyait Luther: «_Exsurge, tu quoque, quæsumus, Paule, qui Ecclesiam tuâ doctrinâ illustrasti. Surgit novus Porphyrius..._—(Lutheri opera, II, 52.)

Léon X, en condamnant dans cette bulle les livres de Luther, lui offrait de nouveau un sauf-conduit pour se rendre à Rome, et promettait de lui payer ses frais de voyage.

Les universités de Louvain et de Cologne approuvèrent la bulle du pape, et s'attirèrent ainsi les attaques de Luther. Il les accusa d'avoir injustement condamné Occam, Pic de la Mirandole, Laurent Valla, Jean Reuchlin. Pour affaiblir, dit Cochlæus, l'autorité de ces universités, il les attaquait sans cesse dans ses livres, mettant en marge, lorsqu'il rencontrait un barbarisme ou quelque chose de mal dit: _comme à Louvain, comme à Cologne_, lovanialiter, colonialiter, etc. (Cochlæus, p. 22.)

A Cologne, à Mayence, et dans tous les états héréditaires de Charles V, on brûla, dès 1520, les livres de Luther. (Cochlæus, p. 25.)

[a22] Page 52, ligne 26.—_Aucun d'eux plus éloquemment que lui....._

Il écrivait le 29 novembre 1521 aux Augustins de Wittemberg: «Je sens chaque jour combien il est difficile de déposer les scrupules que l'on a conservés long-temps. Oh! qu'il m'en a coûté de peine, quoique j'eusse l'Écriture de mon côté, pour me justifier par-devant moi-même de ce que seul j'osai m'élever contre le pape et le tenir pour l'Antichrist! Quelles n'ont pas été les tribulations de mon cœur! que de fois ne me suis-je pas opposé avec amertume à cet argument des papistes: «Es-tu seul sage? Tous les autres se tromperaient-ils, se seraient-ils trompés depuis si long-temps? que sera-ce si tu te trompes et que tu entraînes dans ton erreur tant d'âmes qui seront éternellement damnées? Ainsi je me débattais avec moi-même, jusqu'à ce que Jésus-Christ, par sa propre et infaillible parole, me fortifiât et dressât mon cœur contre cet argument, comme un rivage de rochers, dressé contre les flots, se rit de toutes leurs fureurs...» (Luth. Briefe, t. II, p. 107.)

[a23] Page 56, ligne 28.—_Il se fondait alors sur saint Jean..._

«Il faut procéder dans l'Évangile de saint Jean, d'après un tout autre point de vue que dans les autres évangélistes. L'idée de cet évangile, c'est que l'homme ne peut rien, n'a rien de soi-même, qu'il ne tient rien que de la miséricorde divine... Je le répète, et le répéterai: Celui qui veut s'élever à une pensée, à une spéculation salutaire sur Dieu, doit tout subordonner à l'humanité du Christ. Qu'il se la représente sans cesse dans son action ou dans sa passion, jusqu'à ce que son cœur s'amollisse. Alors qu'il ne s'arrête pas là, qu'il pénètre et pousse plus loin la pensée: ce n'est pas par sa volonté, mais par celle de Dieu le Père, que Jésus fait ceci et cela. C'est là qu'il commencera à goûter la douceur infinie de la volonté du père, révélée dans l'humanité du Christ.»

[a24] Page 60, ligne 5.—_On s'arrachait ses pamphlets..._

Le célèbre peintre Lucas Cranach faisait des gravures pour les opuscules de Luther. (Seckendorf, p. 148.)

[a25] Page 61, ligne 2.—_Si quelque imprimeur apportait du soin aux ouvrages des papistes, on le tourmentait..._

De même à Augsbourg. La confession d'Augsbourg fut imprimée et répandue dans toute l'Allemagne avant la fin même de la diète; la réfutation des catholiques dont l'Empereur avait ordonné l'impression, fut remise aux imprimeurs, mais ne parut pas. Aussi Luther, reprochant aux catholiques de ne pas oser la publier, appelle cette réfutation, un oiseau de nuit, _un hibou_, _une chauve-souris_ (_noctua_ et _vespertilio_). (Cochlæus, 202.)

[a26] Page 61, ligne 7.—_Luther avait fait appel à la noblesse._

«A sa Majesté impériale et à la noblesse chrétienne de la nation allemande, le docteur Martin Luther. (1520.)

»Grâce et force de notre Seigneur Jésus... Les Romanistes ont habilement élevé autour d'eux trois murs, au moyen desquels ils se sont jusqu'ici protégés contre toute réforme, au grand préjudice de toute la chrétienté. D'abord ils prétendent que le pouvoir spirituel est au-dessus du pouvoir temporel; ensuite, qu'au pape seul il appartient d'interpréter la Bible; troisièmement, que le pape seul a droit de convoquer un concile.

»Sur ce, puisse Dieu nous être en aide et nous donner une de ces trompettes qui renversèrent jadis les murs de Jéricho, pour souffler bas ces murs de paille et de papier, mettre en lumière les ruses et les mensonges du diable, et recouvrer par pénitence et amendement la grâce de Dieu. Commençons par le premier mur.

»_Premier mur..._ Tous les chrétiens sont de condition spirituelle, et il n'est entre eux d'autre différence que celle qui résulte de la différence de leurs fonctions, selon la parole de l'apôtre (I. Cor. XII), qui dit «que nous sommes tous un même corps, mais que chaque membre a un office particulier, par lequel il est utile aux autres.»

»Nous avons tous le même baptême, le même Évangile, la même foi, et nous sommes tous égaux comme chrétiens..... Il devrait en être du curé comme du bailli; que pendant ses fonctions il soit au-dessus des autres; déposé, qu'il redevienne ce qu'il a été, simple bourgeois. Les _caractères indélébiles_ ne sont qu'une chimère... Le pouvoir séculier étant institué de Dieu, afin de punir les méchans et de protéger les bons, son ministère devrait s'étendre sur toute la chrétienté, sans considération de personne, pape, évêque, moine, religieuse ou autre, n'importe... Un prêtre a-t-il été tué: tout le pays est frappé d'interdit. Pourquoi n'en est-il pas de même après le meurtre d'un paysan? D'où vient une telle différence entre des chrétiens que Jésus-Christ appelle égaux? Uniquement des lois et des inventions humaines...

»_Deuxième mur..._ Nous sommes tous prêtres. L'apôtre ne dit-il pas (I. Cor. II): «Un homme _spirituel_ juge toutes choses et n'est jugé par personne?» Nous avons tous un même esprit dans la foi, dit encore l'Évangile, pourquoi ne sentirions-nous pas, aussi bien que les papes qui sont souvent des mécréans, ce qui est conforme ou contraire à la foi?

»_Troisième mur..._ Les premiers conciles ne furent pas convoqués par les papes. Celui de Nicée lui-même fut convoqué par l'empereur Constantin..... Si les ennemis surprenaient une ville, l'honneur serait à celui qui, le premier, crierait aux armes, qu'il fût bourgmestre ou non. Pourquoi n'en serait-il pas de même de celui qui ferait sentinelle contre nos ennemis de l'enfer, et, les voyant s'avancer, rassemblerait le premier les chrétiens contre eux? Faut-il pour cela qu'il soit pape...»

Voici en résumé les réformes que propose Luther: Que le pape diminue le luxe dont il est entouré, et qu'il se rapproche de la pauvreté de Jésus-Christ. Sa cour absorbe des sommes immenses. On a calculé que plus de trois cent mille florins allaient tous les ans d'Allemagne à Rome. Douze cardinaux suffiraient et ce serait au pape à les nourrir. Pourquoi les Allemands se laisseraient-ils dépouiller par les cardinaux qui envahissent toutes les riches fondations, et qui en dépensent les revenus à Rome? Les Français ne le souffrent pas.—Que l'on ne donne plus rien au pape pour être employé contre les Turcs; ce n'est qu'un leurre, un misérable prétexte, pour tirer de nous de l'argent.—Qu'on cesse de lui reconnaître le droit d'investiture. Rome attire tout à soi par les pratiques les plus impudentes. Il est en cette ville un simple courtisan qui possède vingt-deux cures, sept prieurés et quarante-quatre prébendes, etc.

Que l'autorité séculière n'envoie plus à Rome d'_annates_, comme on fait depuis cent ans.—Qu'il suffise, pour l'installation des évêques, qu'ils soient confirmés par les deux évêques les plus voisins, ou par leur archevêque, conformément au concile de Nicée.—«Je veux seulement, en écrivant ceci, faire réfléchir ceux qui sont disposés à aider la nation allemande à redevenir chrétienne et libre après le déplorable gouvernement du pape, ce gouvernement anti-chrétien.»

Moins de pélerinages en Italie.—Laissons s'éteindre les ordres mendians. Ils ont dégénéré et ne remplissent pas le but de leurs fondateurs.—Permettre le mariage des prêtres.—Supprimer un grand nombre de fêtes, ou les faire coïncider avec les dimanches. Abolir les fêtes de patronage, si préjudiciables aux bonnes mœurs.—Supprimer des jeûnes. «Beaucoup de choses qui ont été bonnes autrefois ne le sont plus à présent.»—Éteindre la mendicité. Que chaque commune soit tenue d'avoir soin de ses pauvres.—Défendre de fonder des messes privées.—Examiner la doctrine des Bohèmes mieux qu'on n'a fait, et se joindre à eux pour résister à la cour de Rome.—Abolir les décrétales.—Supprimer les maisons de prostitution.

«Je sais encore une autre chanson sur Rome et les Romanistes; si l'oreille leur démange, je la leur chanterai aussi, et je monterai jusqu'aux derniers octaves. Me comprends-tu, Rome?» (Luth. Werke, VI, 544-568.)

[a27] Page 62, ligne 25.—_Je ne voudrais pas qu'on fît servir à la cause de l'Évangile la violence et le meurtre..._

Il voulait que l'Allemagne se séparât paisiblement du saint-siége: c'est en ce sens qu'il écrivit en 1520 à Charles-Quint et aux nobles allemands pour les engager à renoncer à l'obédience de Rome. «L'Empereur, disait-il, a égal pouvoir sur les clercs et sur les laïques; la différence entre ces deux états n'est qu'une fiction, puisque, par le baptême, nous devenons tous prêtres.» (Lutheri opera, II, p. 20.)

Cependant, si l'on en croit l'autorité assez suspecte, il est vrai, de Cochlæus, il aurait, dès cette époque même, prêché la guerre contre Rome.—«Que l'Empereur, les rois, les princes ceignent le glaive et frappent cette peste du monde. Il faut en finir par l'épée; il n'y a point d'autre remède. Que veulent dire ces hommes perdus, privés de sens commun: que c'est là ce que doit faire l'Antichrist. Si nous avons des potences pour les voleurs, des haches pour les brigands, des bûchers pour les hérétiques, pourquoi n'aurions-nous pas des armes pour ces maîtres de perdition, ces cardinaux, ces papes, toute cette tourbe de la Sodome romaine qui corrompt l'Église de Dieu? pourquoi ne laverions-nous pas nos mains dans leur sang?» Je ne sais de quel ouvrage de Luther Cochlæus a tiré ces paroles. (page 22.)

[a28] Page 63, ligne 19.—_Hutten... pour former une ligue entre les villes et les nobles du Rhin..._

Dès l'ouverture de la diète, il s'était enquis auprès de Spalatin de la conduite que l'Électeur tiendrait en cas de guerre. On avait lieu de croire qu'il soutiendrait son théologien, la gloire de son université. «Qui ignore, lui écrit Luther, que le prince Frédéric est devenu, pour la propagation de la littérature, l'exemple de tous les princes? Votre Wittemberg hébraïse et hellénise avec bonheur. Les préceptes de Minerve y gouvernent les arts mieux que jamais, la vraie théologie du Christ y triomphe.» Il écrit à Spalatin (3 octobre 1520:) «Plusieurs ont pensé que je devais demander à notre bon prince de m'obtenir un édit de l'Empereur, pour que personne ne pût me condamner sans que j'eusse été convaincu d'erreur par l'Écriture. Examine si cela est à propos.» On voit par ce qui suit que Luther croyait aussi pouvoir compter sur la sympathie des peuples de l'Italie. «Au lieu de livres, j'aimerais mieux qu'on pût multiplier les livres vivans, c'est-à-dire les prédicateurs. Je t'envoie ce qu'on m'a écrit d'Italie sur ce sujet. Si notre prince le voulait, je ne crois pas qu'il pût entreprendre d'œuvre plus digne de lui. Le petit peuple d'Italie y prenant part, notre cause en recevrait une grande force. Qui sait, Dieu peut-être les suscitera. Il nous garde notre prince, afin de faire agir la parole divine par son intermédiaire. Vois donc ce que tu pourras faire de ce côté pour la cause du Christ.»

Luther n'avait pas négligé de s'attirer l'affection des villes: nous le voyons à la fin de l'an 1520 solliciter de l'Électeur une diminution d'impôts pour celle de Kemberg. «Ce peuple, écrit-il, est misérablement épuisé par cette détestable usure..... Ce sont les prêtrises, les offices du culte, et même quelques confréries, qu'on nourrit de ces impôts sacriléges et de ces rapines impies.»

[a29] Page 64, ligne 12.—_Buntschuh._—Soulier d'alliance...

Le sabot servait déjà de signe distinctif au douzième siècle. _Sabatati_ était un nom des Vaudois. (Voy. Dufresne, Glossar. au mot _Sabatati_.)

[a30] Page 64, ligne 24.—_Pour le décider à prendre les armes..._

«L'audace des romanistes augmente, écrit-il à Hutten; car, comme ils disent, tu aboies, mais tu ne mords point.» (Opera Hutten, IV, 306.)

Un autre littérateur, Helius Eobanus Hessus, le presse de s'armer pour Luther. «Franz y sera pour nous soutenir, et tous deux, je le prédis, vous serez la foudre qui écrasera le monstre de Rome.» (Hutten op. IV, 309.)

[a31] Page 65, ligne 13.—_Sauf-conduit..._

«Charles, par la grâce de Dieu, etc. Révérend, cher et pieux docteur! Nous et les États du Saint-Empire, ici rassemblés, ayant résolu de nous informer de ta doctrine et des livres que tu as publiés depuis un certain temps, nous t'avons donné et t'envoyons ci-joints la garantie et le sauf-conduit de l'Empire pour venir ici et retourner ensuite en lieu de sûreté; c'est notre volonté très précise que tu te rendes auprès de nous dans les vingt et un jours que porte ledit sauf-conduit, sans craindre violence ni dommage aucun... Donné en notre ville libre de Worms, le sixième jour du mois de mars 1521, dans la seconde année de notre règne. _Signé de la main de l'archichancelier._» (Luth. Werke, IX, p. 106.)

[a32] Page 68, ligne 14.—_J'avais tiré un grand éclat de tout cela..._

Spalatin raconte dans ses annales (p. 50) que le second jour où Luther avait comparu, l'électeur de Saxe, revenant de la maison de la ville, fit appeler Spalatin dans sa chambre et lui exprima dans quelle surprise il était: «Le docteur Martin a bien parlé devant l'Empereur et les princes et états de l'Empire, seulement il a été trop hardi.» (Marheinecke, histoire de la Réforme, I, 264.)