Part 57
[93] À la répétition, Schuman, sortant de son mutisme habituel, me dit: _Cet offertorium surpasse tout_. Mendelssohn, lui, me fit compliment sur _une entrée de contre-basse_ qui se trouve dans l'accompagnement de ma romance _l'Absence_, que l'on chantait aussi dans ce concert.
[94] _Cher_ aux malades, mais _illustre_ parmi les savants.
[95] Hier, mademoiselle, en proie à un accès de cette philosophie, je me trouvais dans une maison où l'on a la manie des autographes. La reine du salon ne manqua pas de me prier d'écrire quelque chose sur son album. «Mais je vous en prie, ajouta-t-elle, pas de banalités.» Cette recommandation m'irrita, et j'écrivis aussitôt:
«_La peine de mort est une très-mauvaise chose, car, si elle n'existait pas, j'aurais probablement déjà tué beaucoup de gens, et nous n'aurions pas à l'heure qu'il est tant de ces gredins de crétins, fléaux de l'art et des artistes._»
On rit beaucoup de mon aphorisme, croyant que je n'en pensais pas un mot.
[96] Mademoiselle Bertin m'a assuré dernièrement que je la calomniais en comptant Cimarosa parmi ses compositeurs favoris. Je dois donc reconnaître mon erreur, en regrettant de l'avoir commise. En tout cas, ce n'est pas, je le suppose, une calomnie bien grave et l'on peut s'en consoler.
[97] Non, cela ne sera pas permis. J'ai eu tort d'écrire cela. Gluck connaissait aussi bien que Meyerbeer l'effet de deux cordes à l'unisson, et s'il ne l'a pas voulu employer, personne n'a mission de l'introduire dans son oeuvre. Au reste Meyerbeer a ajouté dans _Armide_ d'autres effets, tels que celui des trombones du duo: «_Esprits de haine et de rage!_» qu'on ne peut assez blâmer; ce sont d'incroyables erreurs. Spontini les citait un jour devant moi et me reprochait de ne les avoir pas signalées. Et lui aussi pourtant, il a ajouté des instruments à vent à l'orchestre d'_Iphigénie en Tauride_... Et oubliant qu'il avait eu cette faiblesse, il s'écriait une autre fois: «C'est affreux! on m'instrumentera donc aussi moi, quand je serai mort?...»
[98] Aux deux dernières exécutions du _Requiem_ dans l'église de Saint-Eustache à Paris, ce passage a pourtant enfin été rendu sans faute.
[99] En italien _coglionorie_.
[100] Spohr était maître de chapelle à Cassel.
[101] Il fut tailleur lui-même, m'a-t-on dit.
[102] Joachim est maintenant le premier violoniste de l'Allemagne, peut-être de l'Europe, et un artiste complet.
[103] Malheureux Becher! j'apprends qu'il s'est follement jeté dans la fournaise de la dernière insurrection de Vienne, qu'il a été pris, jugé, condamné et fusillé!...
[104] Ce bâton est en vermeil; il porte le nom des nombreux souscripteurs qui me l'offrirent; une branche de laurier l'entoure et sur ses feuilles sont inscrits les titres de mes partitions. L'Empereur, après avoir assisté à l'un de mes concerts que je donnais dans la salle des Redoutes, m'envoya cent ducats (1,100 francs). En revanche, il chargea quelqu'un de me transmettre ce singulier compliment:
«Dites à Berlioz que je me suis _bien amusé_.»
[105] (6 mars 1861.) Je viens d'envoyer en Hongrie cette partition. Une société de jeunes Hongrois m'a adressé il y a quelques semaines une couronne d'argent d'un travail exquis, portant, sur un écusson aux armes de la ville de Gior (en allemand Raab) ces mots: _À Hector Berlioz la jeunesse de Gior_. Ce présent était accompagné d'une lettre à laquelle j'ai répondu:
«Messieurs,
J'ai reçu votre beau présent et la lettre flatteuse qui l'accompagnait. Ce témoignage de sympathie, venu d'un pays dont j'ai conservé un si cher souvenir, m'a vivement touché. L'effet de mon ouvrage est dû sans doute aux sentiments que réveille votre thème national en vous, qu'il doit conduire _à la vie_ (selon votre poétique expression) en vous de qui l'on peut dire avec Virgile:
. . . . . . . . . . . . . ._Furor iraque mente Præcipitant, pulchrumque mori succurrit in armis._
Mais si vous avez trouvé dans ma musique une étincelle seulement de l'enthousiasme qui brûle les nobles âmes hongroises, je dois m'estimer trop heureux et considérer ce succès comme l'un des plus rares qu'un artiste puisse obtenir.
Recevez, messieurs, avec l'expression de ma gratitude, mes cordiales salutations.
Votre tout dévoué, HECTOR BERLIOZ.»
14 février 1861
[106] M. Duplantys.
[107] M. le vicomte Sosthène de Larochefoucault.
[108] M. Buloz.
[109] M. de Custine.
[110] _Beatrix Cenci._
[111] Je ne connais pas encore l'organisation intérieure du Conservatoire de Bruxelles, habilement dirigé par M. Fétis; je sais seulement qu'il est un des plus considérables.
[112] Habeneck, en dirigeant les concerts du Conservatoire, se servait d'une simple partie de premier violon; et, en cela ses successeurs n'ont pas manqué de l'imiter.
[113] Homme d'affaires de Liszt.
[114] Celui de Marlow par exemple, et l'opéra de Spohr, qui ni l'un ni l'autre, ne ressemblent au _Faust_ de Goethe.
[115] Je n'y ai pas tenu; après avoir écrit _l'Enfance du Christ_, je n'ai pas su résister à la tentation de faire entendre à Paris cet ouvrage, dont le succès a été spontané, très-grand et même calomnieux pour mes compositions antérieures. J'ai ainsi donné, dans la salle de Herz, plusieurs concerts qui, au lieu de me ruiner, comme firent les exécutions de _Faust_ m'ont rapporté quelques milliers de francs (1858).
[116] En 1854 un critique de Dresde _a protesté solennellement_ contre cette chanson, assurant que les étudiants allemands étaient des jeunes gens de bonnes moeurs, incapables de courir les grisettes au clair de lune. Ce même homme naïf, dans le même article, ne m'accusait-il pas de _calomnier Méphistophélès_, en le faisant tromper Faust. «Le Méphistophélès allemand, disait-il, est honnête et il remplit les clauses du traité qu'il a fait signer à Faust; tandis que dans l'ouvrage de M. Berlioz, il conduit Faust à l'abîme en lui faisant croire qu'il le mène à la prison de Marguerite. C'est une indignité!...» N'est-ce pas, que c'est indigne... de ma part?... ainsi me voilà convaincu d'avoir calomnié l'esprit du mal et du mensonge, d'être pire qu'un démon, de ne pas valoir le diable.
Cette charmante critique a fait la joie de la ville de Dresde pendant longtemps, et je crois qu'on en rit encore à l'heure qu'il est.
[117] Expression d'_Othello_ en parlant d'Iago.
[118] Elle l'a été avec un quart de succès. Quant au poëme, achevé enfin par Scribe et Germain Delavigne, il a paru si platement monotone, que je dois m'estimer heureux de ne l'avoir pas conservé.
[119] Tout cela est détruit aujourd'hui, à l'exception des deux airs.
[120] Non pas deux nièces, je me trompe, mais deux petites-filles.
[121] Sa petite-fille.
[122] _Amour dédaigné._ Expression de Shakespeare dans _Hamlet_.
[123] Je n'y suis jamais allé. J'ai su seulement, il y a cinq ans, que madame F****** habitait Lyon. Vit-elle encore?... je n'ose m'en informer. (Février 1854.)
Elle vit toujours, je le sais. (Août 1854.)
[124] Allusion de J. Janin au choeur du convoi funèbre dans ma symphonie de _Roméo et Juliette_, où ces mots sont en effet constamment psalmodiés.
[125] Tis the last rose of summer left blooming alone. (Thomas Moore.)
[126] Il y a dans cette presse comme dans celle de Paris, des hommes à idées fixes qui, à l'aspect seul de mon nom sur une affiche ou sur un journal, entrent en fureur, comme les taureaux quand on leur présente un drapeau rouge, m'attribuent un petit monde d'absurdités éclos dans leur petit cerveau, croient entendre dans mes ouvrages ce qui n'y est pas, et n'entendent pas ce qui s'y trouve, combattent avec une noble ardeur des moulins à vent, et qui, si on leur demandait leur avis sur l'accord parfait de _ré majeur_ en les prévenant qu'il est écrit par moi, s'écrieraient avec indignation: «Cet accord est détestable!» Ces pauvres diables sont des maniaques, il y en a, il y en eut partout et en tout temps de pareils.
[127] Hélas! non je n'ai pas résisté. Je viens d'achever la poëme et la musique des _Troyens_, opéra en cinq actes. Que deviendra cet immense ouvrage?... (1858.)
[128] J'avais pourtant, il y a quelques années, consenti à écrire une oeuvre de ce genre. Carvalho le directeur du Théâtre-Lyrique et qui est aujourd'hui fort de mes amis s'était engagé par écrit à me donner, à une époque désignée, un libretto que je devais mettre en musique pour son théâtre. Un dédit de dix mille francs était stipulé dans le traité. Quand le moment fut venu, Carvalho ne se souvenait déjà plus de cet engagement, en conséquence LA PROMESSE NE FUT PAS MIEUX TENUE QUE TANT D'AUTRES ET, A PARTIR DE CE JOUR, ETC, ETC.
[129] Je crois l'avoir dit ailleurs, et je le répète: Meyerbeer a non-seulement le bonheur d'avoir du talent, mais, au plus haut degré, le talent d'avoir du bonheur.
[130] La plus ridicule bamboche théâtrale est répétée au moins pendant un mois presque chaque jour, et j'ai dû produire en public ma symphonie de _Roméo et Juliette_ après quatre répétitions, et tant d'autres ouvrages après deux répétitions seulement.
[131] Depuis que ces lignes furent écrites, M. Bénazet, le directeur des jeux, m'a engagé plusieurs fois à venir organiser et diriger le festival annuel de Bade, en mettant à ma disposition pour exécuter mes oeuvres, tout ce que je pouvais demander. Sa générosité en pareil cas, a dépassé de beaucoup ce qu'ont jamais fait pour moi les souverains de l'Europe dont j'ai le plus à me louer. «Je vous donne carte blanche, m'a-t-il dit encore cette année, faites venir d'où vous voudrez les artistes dont vous avez besoin, offrez-leur des appointements qui puissent les satisfaire, j'approuve tout d'avance.»
[132] Le roi de Hanovre est aveugle.
[133] Je n'ai jamais vu Henriette dans ce rôle qui fut une des plus sublimes manifestations de son talent; mais elle m'en a récité quelquefois des scènes (!!!!). D'ailleurs, je l'avais devinée.
[134] Faux amis d'Hamlet.
[135] Freluquet de cour, dans _Hamlet_.
[136] Adieu, mes... amis!
[137] Il s'est bien gardé d'en profiter; son livre est rempli de contes absurdes et d'extravagantes appréciations.
[138] Elles sont revenues maintenant, et l'opposition est plus acharnée que jamais. (1864.)
[139] C'était M. le baron de Donop, chambellan du prince de Lippe-Dettmold.
[140] Le poëme lyrique des _Troyens_ n'était pas encore alors divisé en deux opéras, il n'en formait qu'un dont la durée était de cinq heures.
[141] Alphonse Royer.
[142] Deuxième partie du poëme lyrique des _Troyens_, à laquelle j'ajoutai une introduction instrumentale (_le Lamento_) et un prologue.
[143] Aspasie avait trop d'esprit.
[144] Directeur des jeux de Bade.
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CALMANN-LÉVY, ÉDITEURS
OUVRAGES DE HECTOR BERLIOZ
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À TRAVERS CHANTS 1 vol.
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10963. 12-03.--Imprimerie de Poissy. Lejay fils et Lemoro.
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