Mémoires de Garibaldi, tome 2/2

Part 13

Chapter 13698 wordsPublic domain

Le colonel Mellara, blessé dans le combat du 9 juin, mourut le 4 juillet, quand les Français étaient déjà entrés dans la ville. Comme il n’était plus permis aux Romains de protester avec les armes, ils se réunirent dans l’église, autour du catafalque du guerrier mort. Mais, pendant que le peuple réuni pleurait dans un pieux silence sur ce cadavre, symbole de l’Italie tombée, un officier de police, à la tête d’une poignée de soldats, entra dans l’église, et arracha du chapeau du mort, posé selon l’habitude sur le cercueil, la cocarde italienne; puis, interrompant la pieuse cérémonie, il ordonna d’éteindre les cierges et de faire évacuer l’église.

Ce qui fut fait.

Le pauvre Mellara n’eut donc même pas cette dernière consolation des morts, les pleurs qui tombent des yeux aimés.

Au reste, les passions politiques se manifestèrent autant dans les réactionnaires romains que dans les réactionnaires français. Les prêtres et les moines surtout furent infâmes pour les pauvres blessés abandonnés à leurs soins. A un M. Giovanni, de Crémone, blessé à la cuisse, ils refusèrent un verre d’eau jusqu’à ce qu’il se fût confessé. Pour comprendre la douleur de cette torture, il faut être médecin et savoir le besoin impérieux de boire qu’éprouve le malade à la suite d’un coup de feu.

Tous les médecins de Rome qui soignèrent des blessés patriotes perdirent leur diplôme.

Qu’on me permette une remarque philosophique ou plutôt morale.

Il y a une grande différence entre la mort du soldat contraint au service par la conscription, et celle du soldat qui sert volontairement son pays.

Le volontaire est plein d’enthousiasme, fier de ses blessures, glorieux de sa mort. Il se soulage de ses souffrances les plus cruelles par son expansion et son amour de la patrie, dans les vœux qu’il fait, dans les prières qu’il adresse à Dieu pour le triomphe de sa cause.

L’autre est muet ou ne prononce que des paroles de vengeance contre celui qui l’a blessé.

Un enfant de Bologne, âgé de dix ans, faisant partie de la légion Garibaldi, et blessé à la main gauche, se laissa couper le poignet sans pousser une plainte, et, pâle et affaibli, voulut assister à la dernière bataille.

Pour créer des hôpitaux à l’improviste, on parcourut les rues de Rome en criant à haute voix:

--Pour les patriotes blessés!

Et alors toutes les fenêtres s’ouvraient, et par les fenêtres on jetait des linceuls, des draps, des matelas, des oreillers.

Les hôpitaux furent créés par la charité spéciale du municipe.

BERTANI.

FIN

TABLE

DU DEUXIÈME VOLUME

I. Tout perdu, fors l’honneur 1 II. On forme les légions 7 III. Le colonel Negra 13 IV. Passage de la Boyada 16 V. La légion italienne refuse les terres qui lui sont offertes 20 VI. Disgrâce de Rivera 25 VII. Intervention anglo-française 31 VIII. Affaire du Salto San-Antonio 40 IX. J’écris au pape 53 X. Je reviens en Europe.--Mort d’Anzani 59 XI. Encore Montevideo 68 XII. Campagne de Lombardie 78 XIII. Suite de la campagne de Lombardie 100 XIV. Rome 111 XV. Expédition contre l’armée napolitaine 144 XVI. Combat de Velletri 162 XVII. 3 juin 177 XVIII. Le siége 198 XIX. La surprise 224 XX. La fin 232 XXI. Qui m’aime me suive 243 { Lucano Manara 245 XXII. LES MORTS. { Emilio Morosini 252 { Goffredo Mameli 261 { Mellara 263

FIN DE LA TABLE

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Corrections.

Page 9: «Echevarrio» remplacé par «Echevarria» (le colonel Echevarria). Page 20: «epérais» remplacé par «espérais» (j’espérais que le hasard conduirait). Page 34 et suivantes: «Paysanda» remplacé par «Paysandu» (Paysandu, forteresse de la plage de l’Uruguay, etc.). Page 66: «Davesio» remplacé par «Daverio» (le sang-froid de Daverio). Page 145: «vivat» remplacé par «vivats» (reçu par un tonnerre de vivats). Page 155: «aide» remplacé par «aile» (A l’aile droite). Page 176: «eu» remplacé par «eut» (quand on m’eut rejoint). Page 206: «Ciceravecchio» remplacé par «Ciceravacchio» (Ciceravacchio et ses deux fils). Page 212: «Veechi» remplacé par «Vecchi» (Vecchi se jeta sur le lit). Page 227: «toscin» remplacé par «tocsin» (le triumvirat, prévenu, fit sonner le tocsin). Page 242: «Assemble» remplacé par «Assemblée» (l’Assemblée rendit le décret suivant). Page 264: «qu'il a» remplacé par «qui l'a» (contre celui qui l’a blessé).

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