Mémoires de Céleste Mogador, Volume 4

Part 13

Chapter 133,850 wordsPublic domain

M. D... n’a droit de faire ce procès qu’autant qu’il est créancier. Or il ne l’est plus, il a été complétement désintéressé.

M. D... est porteur d’une hypothèque de 45,000 fr. qui frappe, de la manière la plus utile, sur les biens de M. de ***.

Après M. D..., il y a encore une marge considérable. Pure allégation! simple éventualité! s’écrie mon honorable adversaire! Comment? allégation! éventualité! Mais M. D... en est convenu dans l’interrogatoire qu’il a subi à Paris, et dont le texte est sous les yeux du tribunal de Châteauroux. M. D... a été obligé d’avouer qu’il n’a été que le prête-nom de M. B..., qu’il allait être payé, que s’il ne l’était pas encore, c’est que probablement M. B... avait intérêt à ce retard.

Le procès se fait sous son nom, mais il n’y porte aucune préoccupation personnelle, et c’est à peine s’il s’est exactement informé des progrès de la procédure.

Nous avons fait un pas dans la cause. En ôtant le masque dont s’est affublé M. D..., nous trouvons derrière M. B...

M. B..., c’est bien le véritable adversaire de mademoiselle Céleste, c’est celui qu’elle a rencontré partout, dans le prétoire du tribunal comme dans la cour du Poinsonnet.

M. B... est-il créancier?

Il le dit, mais M. de ***, qui depuis douze ans a laissé entre les mains de son bijoutier banquier plus de 130,000 fr. de sa fortune, sous forme de billets et sous forme d’hypothèques, conteste le compte de son créancier, et le tribunal de la Seine est saisi d’une contestation élevée contre la créance de M. B...

Mademoiselle Céleste sait parfaitement qu’une des douleurs de ce procès, c’est de la forcer à révéler les fautes et les entraînements de sa vie. Elle sait qu’elle doit entrer dans le sanctuaire de la justice, comme on entre au tribunal de la pénitence. C’est l’attitude qu’elle n’a cessé de garder... devant ses juges. Mais elle ne se croit pas obligée de courber le front sous les outrages dont cherchent à l’abreuver MM. D... et B... Devant une attaque qui manque de mesure et de générosité, elle se relève sous l’affront, et, se retournant vers ses accusateurs, elle prend la liberté de leur demander qui ils sont pour l’insulter.

Si MM. D... et B... s’étaient toujours renfermés dans le strict exercice de la profession de joailliers, ils n’auraient pas aujourd’hui l’occasion qu’ils croient avoir trouvée de faire du puritanisme sur les débris des fortunes de fils de famille ruinés. Si MM. D... et B... s’étaient bornés à vendre des bijoux pour les corbeilles de mariage, ils ne seraient pas ou ne prétendraient pas être les créanciers de M. de ***. Leurs noms ne retentiraient pas dans des procès où les noms de fraude sont prononcés, et où des notes d’une exagération ridicule sont réduites, par la justice, à des proportions plus raisonnables. MM. D... et B... se souviennent que la défense de mademoiselle Céleste a plaidé qu’à côté des fils de famille qui se ruinaient, les femmes momentanément associées à leur existence pouvaient échapper à la gêne ou à la misère; mais MM. D... et B... ont oublié, sans doute, que la défense de mademoiselle Céleste a retracé un tableau complet du monde où M. de *** a rencontré MM. D... et B... Ils ont oublié que la défense s’est attachée à peindre ces spéculateurs de sang-froid, qui, surveillant la ruine progressive des jeunes gens entraînés par leurs passions, finissent par s’enrichir de leurs dépouilles.

Nous ne demandons pas mieux que d’évoquer de nouveau, devant les magistrats qui jugeront le procès, les images de cette existence parisienne, contre laquelle MM. D... et B... tonnent aujourd’hui avec une si vertueuse indignation. Les juges seront inévitablement frappés de ce contraste. D’un côté, des faiblesses, de l’affection, des fautes. De l’autre, du calcul et de l’égoïsme. Au surplus, sans sortir de la cause, mademoiselle Céleste propose à MM. D... et B... d’accepter un juge entre elle et eux. C’est M. de ***. Il est tombé d’assez haut et dans un abîme assez profond, pour voir clair, aujourd’hui, dans le passé de sa vie. Il expie assez courageusement les fautes de sa jeunesse pour jeter sur les entraînements de son existence un regard ferme et assuré. Que pense-t-il de mademoiselle Céleste? Il lui a conservé une affection sincère et sérieuse, il lui écrit les lettres les plus amicales. Que pense-t-il de MM. D... et B...? Il les considère comme les mauvais génies de sa vie.

Tous les titres, on veut bien le reconnaître, sont en faveur de mademoiselle Céleste. Qu’oppose-t-on à nos preuves?

On ne donne, il est vrai, que deux raisons principales. Réfuter ces deux raisons, c’est réfuter tout le mémoire produit au nom de nos adversaires.

On dit: 1º que les ressources personnelles de mademoiselle Céleste ne lui ont jamais permis de songer à acheter un terrain pour y faire construire le Poinsonnet.

2º Qu’à l’époque où l’acquisition a eu lieu, si M. de *** n’était pas complétement ruiné, il était sur le penchant du désastre financier dans lequel son patrimoine a été englouti.

Nous avons démontré au tribunal que mademoiselle Céleste pouvait parfaitement payer la propriété qui lui appartient. Sa famille n’était pas dénuée de ressources; son grand-père a tenu pendant cinquante-six ans un hôtel garni rue de Bercy. Nous avons justifié qu’à une époque contemporaine de son acquisition dans le Berry elle a vendu à Paris un fonds d’hôtel garni, connu sous le nom d’hôtel Cléry, et qui était sa propriété particulière. Une partie du mobilier de cet hôtel a même servi à compléter celui du Poinsonnet. Nous avons rapporté son engagement et la preuve des appointements qu’elle touche au théâtre des Variétés. Quand on veut l’insulter, d’ailleurs, on lui oppose sa fortune; quand on veut la dépouiller, on lui objecte sa misère. Il faudrait choisir. Elle a montré au tribunal des titres d’acquisitions de rentes, elle a prouvé que des cadeaux considérables lui ont été faits, en dehors de ce que M. de *** a pu dépenser pour elle. Son mobilier de Paris est une petite fortune. La société D...-B... ne peut l’ignorer, puisqu’elle en a également été tentée, et qu’il a fallu un jugement du tribunal pour mettre un terme, à cet égard, à sa convoitise. Ajoutons que toutes les dépenses du Poinsonnet sont loin d’être payées, que mademoiselle Céleste a engagé des valeurs, a contracté des obligations, indépendamment des 6,000 fr. d’hypothèque que le tribunal connaît.

Il n’est pas plus vrai de dire qu’au moment où le Poinsonnet a été construit, M. de *** était sur le point d’être ruiné. N’oublions pas d’abord que l’important, au point de vue de la cause, est précisément de savoir si M. de *** se croyait ou ne se croyait pas ruiné. Le doute à cet égard n’est pas possible. M. de *** espérait, et avec raison, que ses propriétés seraient vendues 800,000 francs. C’est par suite d’une dépréciation, aussi considérable qu’inattendue, qu’en son absence, les immeubles ont été vendus moitié de leur valeur, et que sa déconfiture a été consommée en huit jours. En admettant donc que le Poinsonnet fût une libéralité de M. de ***, elle serait antérieure de deux ans aux poursuites des créanciers, elle n’aurait jamais pu, par conséquent, être faite en fraude de leurs droits. Sous ce point de vue encore, mademoiselle Céleste ne saurait être dépouillée de ce qui lui appartient.

Battus sur ce terrain, MM. D... et B... invoquent des vraisemblances.

Ils épuisent tous les termes de la vénerie, de l’art héraldique; ils accumulent toutes les hypothèses pour montrer que M. de *** aurait pu avoir l’idée d’acheter le Poinsonnet pour lui-même. Eh! messieurs, ne vous donnez pas tant de mal! Nous vous accordons que M. de *** aurait pu avoir cette idée. L’a-t-il eue? Voilà le point à établir.

Il nous est aisé de prouver le contraire, puisque c’est lui précisément qui a donné à mademoiselle Céleste la pensée de replacer son argent de cette façon.

Vous criez à l’invraisemblance! attendez; les faits vont vous convaincre.

Le bulletin de la poste aux chevaux, laissé au dossier, prouve qu’à la date par nous indiquée, le mobilier de mademoiselle Céleste a été conduit dans le Berry. Les frais de transport ont coûté 600 fr.; c’est ce mobilier, dont nous avons donné les factures, Vigand et autres, qui n’a jamais cessé d’être la propriété de mademoiselle Céleste, et qui a été depuis transporté chez elle au Poinsonnet.

Trois ans après, la liaison de mademoiselle Céleste avec M. de *** avait changé de caractère; aux illusions commencèrent à succéder des appréciations plus froides et plus raisonnables. La famille de M. de *** voulait le marier. Mademoiselle Céleste n’apportait à ces projets, dont elle comprenait la nécessité, aucun obstacle. Sa correspondance l’atteste. Mais ce lien ne pouvait se rompre en un jour. M. de *** comprenait que la vie commune devenait impossible. Mais il ne pouvait consentir à laisser s’éloigner de lui la femme qui avait été pendant trois ans la compagne de sa vie. C’est alors qu’il eut l’idée de l’engager à acheter un petit domaine, dans le but de se créer ou une retraite pour l’avenir, ou un revenu avantageux. Se séparant de M. de ***, elle devait reprendre son mobilier, qui allait tout naturellement trouver sa place au Poinsonnet. On chercha d’abord un emplacement convenable. Mademoiselle Céleste ne nie pas que M. de *** l’ait dirigée dans cette recherche; mais elle l’accompagnait toujours, et rien n’a été fait sans son assentiment. La position du Poinsonnet, à quelques mètres de la forêt, a paru avantageuse. «Si vous n’habitez pas un jour ou l’autre par vous-même, lui disait M. de ***, vous trouverez facilement à louer votre propriété comme rendez-vous de chasse.» Qu’on ne s’étonne donc pas si le Poinsonnet a reçu une approbation qui rappelle tous les attributs de la chasse; à l’origine, mademoiselle Céleste ne comptait occuper que la maison du garde. Elle a cédé à un entraînement naturel aux personnes qui viennent d’acheter et aux conseils de M. de ***. Elle a fait venir Lamarche le maçon, et Duly le charpentier. Elle leur a tracé à la plume, sur un morceau de papier, le plan du pavillon qu’elle voulait.

Pour mieux marquer l’intention de la rupture projetée entre elle et M. de ***, elle est revenue à Paris et s’est engagée au théâtre des Variétés.

M. de *** n’était point brouillé avec mademoiselle Céleste. Il séparait sa vie de la sienne, mais sans pensée de rupture définitive. Qu’y avait-il d’extraordinaire à ce qu’il s’occupât de la réalisation d’un projet qu’il avait inspiré, et dans lequel se trouvait la trace de son souvenir?

Y a-t-il lieu de s’étonner davantage si M. de *** a fait à ses frais, avec sa voiture et ses chevaux, le transport du mobilier de mademoiselle Céleste, comme nous le reprochent si haut MM. D... et B...?

Des mois s’étaient écoulés, le mariage de M. de *** avait manqué. Alors seulement M. de *** commença à s’apercevoir des embarras d’argent qui allaient le presser de toutes parts. Il mit sa terre en vente, et s’ennuyant tout seul dans le Berry, il prolongea ses séjours au Poinsonnet.

Le tribunal a su, du reste, que si ces messieurs avaient des yeux de lynx pour apercevoir les traces du passage de M. de *** au Poinsonnet, ils étaient complétement frappés de cécité devant les robes, les amazones, les métiers à tapisserie, les ouvrages à la main de mademoiselle Céleste.

Le reste des propriétés de M. de *** avait été vendu en son absence, avec des pouvoirs émanés de lui, mais qu’il n’avait pas donnés pour vendre à si bas prix, ce qui a donné lieu à des réclamations par lui adressées à M. M..., procureur de la République.

Alors seulement M. de *** a connu, pour la première fois, toute l’étendue de sa ruine.

Il est retourné au Poinsonnet, a vendu ses chiens à M. M..., ainsi qu’à deux ou trois autres personnes dont le nom nous échappe, a envoyé une partie de sa sellerie en payement à Johns, son sellier, a vendu une voiture et un cheval à M. S..., a donné à son piqueur, qu’il avait depuis six ans, les chiens trop jeunes pour être vendus, et le petit sanglier, dont il a été tant question dans ce procès. Il n’a laissé que ses effets exclusivement personnels, a mis en ordre tous les papiers et tous les reçus des travaux dont il avait surveillé l’exécution au Poinsonnet.

Les adversaires triomphent de ce qu’une grande partie de ces reçus est au nom de M. de ***. Qu’y a-t-il de surprenant? M. de *** était sur les lieux, mademoiselle Céleste était momentanément absente, les ouvriers et les entrepreneurs lui apportaient des factures ainsi conçues, il ne prenait pas la peine de les faire rectifier; mais les entrepreneurs qui avaient été appelés à l’origine des travaux savaient très-bien qu’ils travaillaient pour le compte de mademoiselle Céleste.

Mademoiselle Céleste, d’ailleurs, ne fait pas difficulté d’en convenir. La fausseté de sa position, dans le Berry, par suite de ses relations avec M. de ***, était pour tous les fournisseurs une cause d’embarras. Elle avait toujours eu la discrétion de ne pas se faire appeler madame de ***, et craignant de la désobliger en l’appelant _mademoiselle_, les fournisseurs lui adressaient jusqu’à ses gants au nom de M. de ***. S’il y avait eu la moindre pensée de fraude, soit de la part de M. de ***, soit de la part de mademoiselle Céleste, on se serait bien gardé de prendre les reçus au nom de M. de ***, et l’absence même de toutes précautions à cet égard est la preuve de la sincérité des actes faits deux ans auparavant.

Une autre preuve non moins forte de la sincérité de ces actes se trouve dans la correspondance de M. de ***. Nous avons produit dix lettres de M. de *** qui ne sont pas évidemment écrites pour les besoins de la cause, et où il reconnaît à chaque ligne ce droit de propriété de mademoiselle Céleste.

Le tribunal n’oubliera pas d’ailleurs la visite que mademoiselle Céleste a faite au Poinsonnet, et qui lui a été si amèrement reprochée. Elle a vu et rangé tous les papiers, tous les reçus dont on se fait une arme contre elle.--Rien ne lui était plus facile que de les emporter ou de les détruire. Elle les a scrupuleusement laissés à leur place, de sorte qu’aujourd’hui nous sommes fondés à dire à nos adversaires: Toutes ces pièces dont vous faites un si grand étalage sont sans intérêt, puisque mademoiselle Céleste les a laissées à votre disposition, ou si elles sont susceptibles de discussion, vous êtes obligés de vous incliner devant la parole d’un adversaire, qui vous a donné un tel exemple de loyauté!

Nous devons, au surplus, le rappeler, MM. D... et B... n’ont pas éprouvé la moindre émulation de générosité.

En dehors même du procès, ils n’ont rien épargné à mademoiselle Céleste: injures, mauvais procédés, ils ont tout accumulé. Ils ont fouillé ses papiers, scruté ses correspondances, envahi son domicile en son absence.

Contre tant d’attaques aussi violentes qu’injustes, mademoiselle Céleste n’a qu’une force, son bon droit, elle n’a qu’une espérance et qu’un appui, c’est la protection qu’elle attend avec confiance de la justice.

Chronique de l’Indre.

23 août 1852.

Une foule immense se pressait mardi dernier, dans la salle d’audience du tribunal civil de Châteauroux. Deux avocats célèbres, appartenant l’un et l’autre au barreau de Paris, avaient été annoncés.

Il s’agissait d’un procès suivi par un créancier de M. le comte de ***, contre mademoiselle C...

On ne saurait exprimer la verve, l’entraînement avec lesquels l’illustre avocat de mademoiselle C... a abordé successivement les aspects divers de la cause.

Tout l’auditoire était sous le coup d’une vive émotion.

Mᵉ M..., avec cette parole toujours grave d’un maître du barreau, s’est constamment attaché à resserrer son procès sur le terrain du droit, pour mieux le dégager de l’impression produite par la brillante plaidoirie que l’on venait d’entendre.

Le barreau de Châteauroux a pris sa belle part dans cette lutte oratoire; Mᵉ Moreau, son bâtonnier, plaidant pour un intérêt analogue à celui de mademoiselle C..., a résolûment abordé les principes et les a exposés avec la science et la force de logique qui le distinguent.

C’était une fortune que la rencontre de ces trois hommes de talent, et la population en conservera longtemps le souvenir.

Si notre réserve nous interdit de rien préjuger d’une cause mise en délibéré, nous devons constater que le public nombreux qui assistait aux débats confirmait, en sortant du palais, ce fait avancé par Mᵉ D..., qu’au lieu d’exciter les prodigalités de M. le comte de ***, sa cliente s’est toujours efforcée de les combattre.

COUR IMPÉRIALE DE BOURGES.

Note pour mademoiselle C..., contre M. D... saisissant; B..., intervenant.

§ Ier.

_Question à juger._

MM. D... et B... reconnaissent que mademoiselle Céleste a en sa faveur le titre et la possession.

Mais ils prétendent que ce titre et cette possession ne sont qu’une apparence mensongère.

MM. D... et B... sont demandeurs, ils doivent détruire l’efficacité du titre et de la possession de mademoiselle Céleste, et puisqu’ils allèguent la fraude, c’est à eux de la prouver.

Remplissent-ils cette double condition?

Mademoiselle Céleste, dont les papiers ont été fouillés par ses adversaires, avant comme après, et malgré les arrêts de la justice, n’est-elle pas en droit d’exiger au moins que cette preuve, pour être admise, ne laisse rien à désirer?

§ II.

_Les fins de non-recevoir._

Avant d’aborder la discussion, MM. D... et B... (page 2 de leur second mémoire) insinuent que M. Pierre, intervenant, aurait renoncé à la fin de non-recevoir tirée des articles 2209 et 2210 du code Napoléon.

M. Pierre a si peu renoncé à ce moyen, que Mᵉ Guillot, plaidant pour lui, a formellement rappelé le principe plus sévère encore, que l’action révocatoire n’était ouverte qu’au créancier qui ne trouvait pas dans les autres biens de son débiteur un gage suffisant pour sa créance. Donc nécessité de discussion préalable des biens que le débiteur a hypothéqués spécialement ou dont la propriété dans ses mains n’est contestée par personne.

Ce moyen eût-il été abandonné par M. Pierre, mademoiselle Céleste aurait le droit de le reprendre et de le soutenir devant la cour, puisqu’elle a déclaré en première instance qu’elle se rendait commune la défense de M. Pierre à cet égard.

Dans ce système, n’a-t-elle pas plaidé à Bourges que M. D... était payé totalement par sa collation dans l’ordre de la Châtre?

Quant à M. B..., le chiffre de sa créance est encore douteux, puisqu’il y a appel du jugement rendu par le tribunal de la Seine.

Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il reçoit 10,000 francs dans les ordres, et qu’au moyen de l’opposition qu’il vient de pratiquer entre les mains de M. de la Châ..., débiteur de M. de ***, par suite du transport que M. B... lui a fait de sa créance, M. B... se trouve avoir deux garanties pour une.

N’oublions pas d’ailleurs quel est le caractère du procès. C’est une action en fraude qui est dirigée contre nous.

Cette action n’appartient ni à M. D..., ni à B...

En effet, deux choses constituent la fraude, _l’intention et le préjudice_.

D..., payé sur les immeubles dont le prix est distribué à la Châtre, ne subit aucun _préjudice_ par suite des actes qu’il attaque.

B..., créancier postérieur au 13 août 1850, ne peut imputer à M. de *** _l’intention_ de nuire à ses droits.

B..., embarrassé par la date de son titre, qui est de juillet 1851, prétend en vain que les causes de cette seconde obligation sont antérieures, au moins pour partie, à l’acquisition du Poinsonnet. Cela ne pourrait être vrai que pour une portion extrêmement minime, par deux raisons: la première, c’est que cette obligation comprend le prix du transport de 39,000 fr. sur M. de la Châ..., transport qui n’a eu lieu qu’en juin 1851. La seconde, c’est que la première obligation D... et B... étant du 10 mai 1850, les fournitures faites dans l’intervalle sont nécessairement très-importantes.

Ajoutons que dans tous les cas cette portion est déjà couverte par les 10,000 francs que M. B... touche dans les ordres.

Pour échapper à des moyens aussi décisifs, l’adversaire a été obligé de se retrancher derrière la théorie de la simulation absolue, qui a le double inconvénient de venir tard dans la cause et d’être en désaccord avec tous les faits, tous les actes et toutes les circonstances du procès.

Au point de vue moral, il serait par trop fort que M. B... pût attaquer des droits acquis et des actes authentiques, pour la sauvegarde de créances dont l’origine est si peu digne d’intérêt et qui seraient encore moins excusables si M. de *** était à cette époque ruiné, comme le prétendent MM. D... et B...

§ III.

_Objet du procès._

Le procès a un double objet: le mobilier du Poinsonnet, le pavillon du Poinsonnet.

§ IV.

_Mobilier._

Mademoiselle Céleste adresse aux adversaires les questions suivantes:

Est-il constaté qu’elle ait fait transporter en Berry son mobilier de la place de la Madeleine?

Est-il constaté qu’elle ait déboursé les frais de ce transport?

Oui, car elle rapporte au dossier la quittance de la poste aux chevaux: le fait n’a même pas été contesté.

Ne produit-elle pas des factures s’appliquant à ce mobilier?--Oui, incontestablement. Il y en a même qu’elle a fait enregistrer dès le lendemain de la saisie, aux droits de 200 francs environ, pour mettre sa demande à l’abri de toutes fins de non-recevoir, en énonçant régulièrement, au moins pour partie, les preuves de sa propriété. On comprend du reste, par l’énormité de cette dépense, qu’elle n’ait pas pu faire enregistrer toutes les factures.

Il est facile de reconnaître l’application de ces factures, qui remontent aux années 1844, 1845, 1846, 1847, toutes années antérieures aux relations de M. de *** avec mademoiselle Céleste; elle ne doit donc pas ce mobilier aux libéralités de M. de ***.

B... a pris communication de ces factures. Il est allé chez les marchands, comme le prouvent plusieurs lettres que nous avons représentées, et il n’a rien articulé à l’encontre des pièces produites.

Cependant il veut faire vendre le tout!

Bien différente a été la conduite de mademoiselle Céleste. N’est-il pas constaté que, par ses conclusions signifiées en première instance, elle a reconnu et distingué, parmi les objets mobiliers qui lui appartiennent, ceux qui avaient été déposés chez elle par M. de ***, et qu’elle a demandé acte de sa reconnaissance à cet égard.

Oui, tel était le but du voyage, voyage nécessaire, qu’elle a fait au Poinsonnet, parce qu’en tout elle voulait agir avec loyauté. C’est par ce motif qu’elle a marqué de numéros les objets qui ne lui appartenaient pas.

En résumé, M. B..., qui devait prouver contre mademoiselle Céleste, ne rapporte aucune justification.

Mademoiselle Céleste, qui n’avait aucunes preuves à faire, les rapporte toutes.

§ V.

_Acquisition et construction du Poinsonnet._

Mademoiselle Céleste procédera de même que pour le mobilier.

N’est-il pas constant que le prix de l’hôtel Cléry est en rapport avec le prix de l’acquisition de la location du Poinsonnet?

N’est-il pas constant que mademoiselle Céleste a envoyé de Paris divers objets qui sont entrés dans la construction du Poinsonnet, tels que les cheminées de marbre, poêle, treillis en fer qui sont dans le parterre, corbeille en fil de fer, volière, etc.?

Toutes les factures à son nom sont au dossier.

La correspondance ne justifie-t-elle pas qu’à diverses reprises et pendant la durée des travaux, mademoiselle Céleste a envoyé de l’argent à Châteauroux?

Ne représentons-nous pas les quittances des ouvriers, payés par suite de l’emprunt Pierre, pour lequel mademoiselle Céleste a donné une procuration datée de Paris, où elle était retenue par son service au théâtre, cette procuration enregistrée, légalisée avant toutes poursuites?