Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 1

Chapter 33

Chapter 333,124 wordsPublic domain

Bientôt ce fracas était étouffé par un autre: des pétitionnaires, armés de piques, paraissaient à la barre: «Le peuple meurt de faim, disaient-ils; il est temps de prendre des mesures contre les (p. 292) aristocrates et de s'élever _à la hauteur des circonstances_.» Le président assurait ces citoyens de son respect: «On a l'oeil sur les traîtres, répondait-il, et l'Assemblée fera justice:» Là-dessus; nouveau vacarme; les députés de droite s'écriaient qu'on allait à l'anarchie; les députés de gauche répliquaient que le peuple était libre d'exprimer sa volonté, qu'il avait le droit de se plaindre des fauteurs du despotisme, assis jusque dans le sein de la représentation nationale: ils désignaient ainsi leurs collègues à ce peuple souverain, qui les attendait au réverbère.

Les séances du soir l'emportaient en scandales sur les séances du matin: on parle mieux et plus hardiment à la lumière des lustres. La salle du manège était alors une véritable salle de spectacle, où se jouait un des plus grands drames du monde. Les premiers personnages appartenaient encore à l'ancien ordre de choses: leurs terribles remplaçants, cachés derrière eux, parlaient peu ou point. A la fin d'une discussion violente, je vis monter à la tribune un député d'un air commun, d'une figure grise et inanimée, régulièrement coiffé, proprement habillé comme le régisseur d'une bonne maison, ou comme un notaire de village soigneux de sa personne. Il fit un rapport long et ennuyeux; on ne l'écouta pas; je demandai son nom: c'était Robespierre. Les gens à souliers étaient prêts à sortir des salons, et déjà les sabots heurtaient à la porte.

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Lorsque, avant la Révolution, je lisais l'histoire des troubles publics chez divers peuples, je ne concevais pas comment on avait (p. 293) pu vivre en ces temps-là; je m'étonnais que Montaigne écrivît si gaillardement dans un château dont il ne pouvait faire le tour sans courir le risque d'être enlevé par des bandes de ligueurs ou de protestants.

La Révolution m'a fait comprendre cette possibilité d'existence. Les moments de crise produisent un redoublement de vie chez les hommes. Dans une société qui se dissout et se recompose, la lutte des deux génies, le choc du passé et de l'avenir, le mélange des moeurs anciennes et des moeurs nouvelles, forment une combinaison transitoire qui ne laisse pas un moment d'ennui. Les passions et les caractères en liberté se montrent avec une énergie qu'ils n'ont point dans la cité bien réglée. L'infraction des lois, l'affranchissement des devoirs, des usages et des bienséances, les périls même, ajoutent à l'intérêt de ce désordre. Le genre humain en vacances se promène dans la rue, débarrassé de ses pédagogues, rentré pour un moment dans l'état de nature, et ne recommençant à sentir la nécessité du frein social que lorsqu'il porte le joug des nouveaux tyrans enfantés par la licence.

Je ne pourrais mieux peindre la société de 1789 et 1790 qu'en la comparant à l'architecture du temps de Louis XII et de François Ier, lorsque les ordres grecs se vinrent mêler au style gothique, ou plutôt en l'assimilant à la collection des ruines et des tombeaux de tous les siècles, entassés pêle-mêle après la Terreur dans les cloîtres des Petits-Augustins: seulement, les débris dont je parle étaient vivants et variaient sans cesse. Dans tous les coins de Paris, il y avait des réunions littéraires, des sociétés politiques et des spectacles; (p. 294) les renommées futures erraient dans la foule sans être connues, comme les âmes au bord du Léthé, avant d'avoir joui de la lumière. J'ai vu le maréchal Gouvion-Saint-Cyr remplir un rôle, sur le théâtre du Marais[397], dans la _Mère coupable_ de Beaumarchais[398]. On se transportait du club des Feuillants au club des Jacobins, des bals et des maisons de jeu aux groupes du Palais-Royal, de la tribune de l'Assemblée nationale à la tribune en plein vent. Passaient et repassaient dans les rues des députations populaires, des piquets de cavalerie, des patrouilles d'infanterie. Auprès d'un homme en habit français, tête poudrée, épée au côté, chapeau sous le bras, escarpins et bas de soie, marchait un homme, cheveux coupés et sans poudre, (p. 295) portant le frac anglais et la cravate américaine. Aux théâtres, les acteurs publiaient les nouvelles; le parterre entonnait des couplets patriotiques. Des pièces de circonstances attiraient la foule: un abbé paraissait sur la scène; le peuple lui criait: «Calotin! calotin!» et l'abbé répondait; «Messieurs, vive la nation!» On courait entendre chanter Mandini et sa femme, Viganoni et Rovedino à l'_Opera-Buffa_[399], après avoir entendu hurler _Ça ira_, on allait admirer madame Dugazon, madame Saint-Aubin, Carline[400], la petite Olivier[401], (p. 296) mademoiselle Contat, Molé, Fleury, Talma débutant, après avoir vu pendre Favras.

[Note 397: Ce théâtre, situé rue Culture-Sainte-Catherine, quartier Saint-Antoine, fut ouvert le 31 août 1791. Beaumarchais en était le principal commanditaire, il y fit jouer, le 6 juin 1792, sa dernière pièce, l'_Autre Tartufe ou la mère coupable_, drame en cinq actes et en prose.]

[Note 398: _Gouvion-Saint-Cyr_ (Laurent, marquis), maréchal de France, né à Toul le 13 avril 1764, mort à Hyères le 17 mars 1830.--Il se consacra d'abord aux beaux-arts et alla pendant deux ans étudier la peinture à Rome. Il parcourut ensuite l'Italie, revint à Paris en 1784, et fréquenta l'atelier du peintre Brenet. «Cherchant, dit la _Biographie universelle_, à se procurer par d'autres moyens les ressources que son art ne pouvait lui offrir, il se lia avec des comédiens, et se croyant quelque vocation pour le théâtre, il commença à jouer dans les sociétés d'amateurs, puis dans la salle Beaumarchais, au Marais, où il fut le confident de Baptiste, lorsque cet artiste y attira la foule par le rôle de _Robert, chef de brigands_. Mais, bien que doué d'un organe sonore et d'une belle stature, ne pouvant surmonter sa timidité en présence du public, et parlant quelquefois avec tant de difficulté qu'il semblait être bègue, Gouvion n'eut aucun succès dans cette carrière; et on l'a entendu plus tard, lorsqu'il fut général, s'applaudir des sifflets qui l'avaient forcé d'y renoncer.»]

[Note 399: Le comte de Provence avait accordé son patronage à une société qui se proposait de naturaliser en France la musique des _Opera-buffa_ d'Italie. En attendant la construction d'une salle nouvelle, la compagnie italienne s'établit aux Tuileries, dans la _salle des Machines_, où elle donna sa première représentation, le 26 janvier 1789. On y remarquait Raffanelli, Rovedino, Mandini, Viganoni; Mmes Baletti, Mandini et Morichelli. Jamais chanteurs plus accomplis ne s'étaient fait entendre à Paris.--Obligés de quitter les Tuileries, par suite de l'installation de la famille royale à Paris, au lendemain des journées d'octobre, les chanteurs italiens donnèrent leur dernière représentation à la salle des Machines le 23 décembre 1789. Du 10 janvier 1790 au 1er janvier 1791, ils jouèrent dans une méchante petite salle, nommée _Théâtre des Variétés_, sise à la foire Saint-Germain. Le 6 janvier 1791, ils prirent possession de la salle construite pour eux rue Feydeau et qui reçut le nom de _Théâtre de Monsieur_, titre bientôt remplacé, le 4 juillet 1791, par celui de _Théâtre de la rue Feydeau_.]

[Note 400: Mme Dugazon, Mme Saint-Aubin et Carline étaient les trois meilleures actrices du _Théâtre-Italien_, rue Favart, qui allait bientôt s'appeler l'_Opéra-Comique National_.--Louise-Rosalie _Lefèvre_, femme de l'acteur Dugazon, de la Comédie-Française, était née à Berlin en 1755; elle mourut à Paris en 1821. Deux emplois ont gardé son nom au théâtre: les _jeunes Dugazon_ et les _mères Dugazon_.--_Saint-Aubin_ (Jeanne-Charlotte _Schroeder_, dame _d'Herbey_, dite Mme), née en 1764, morte en 1850. Depuis ses débuts (29 juin 1786) jusqu'en 1808, époque à laquelle elle prit sa retraite, elle tint le premier rang parmi le personnel féminin de la salle Favart. Elle a laissé son nom à l'emploi des ingénues de l'Opéra-Comique, que l'on appelle encore aujourd'hui l'emploi des _Saint-Aubin_.--_Carline_, la charmante soubrette du Théâtre-Italien, s'appelait de son vrai nom Marie-Gabrielle Malagrida. Elle avait débuté en 1780 et réussissait mieux dans la comédie que dans l'opéra-comique, ayant peu de voix. Femme du danseur Nivelon, de l'Opéra, elle se retira du théâtre en 1801 et mourut en 1818, à 55 ans.]

[Note 401: Chateaubriand commet à son sujet une petite erreur. Il parle ici des théâtres en 1789 et 1790: Mlle Olivier était morte le 21 septembre 1787, à 23 ans.]

Les promenades au boulevard du Temple et à celui des Italiens, surnommé _Coblentz_, les allées du jardin des Tuileries, étaient inondées de femmes pimpantes: trois jeunes filles de Grétry y brillaient, blanches et roses comme leur parure: elles moururent bientôt toutes trois. «Elle s'endormit pour jamais, dit Grétry en parlant de sa fille aînée, assise sur mes genoux, aussi belle que pendant sa vie.» Une multitude de voitures sillonnaient les carrefours où barbotaient les sans-culottes, et l'on trouvait la belle madame de Buffon[402], assise seule dans un phaéton du duc d'Orléans, stationné à la porte de quelque club.

[Note 402: _Buffon_ (Marguerite-Françoise de Bouvier de Cépoy, comtesse de), née en 1767, morte en 1808. Femme de Georges-Louis-Marie Leclerc, comte de Buffon, fils du grand écrivain, elle fut la maîtresse affichée du duc d'Orléans (Philippe-Égalité), dont elle eut un fils, tué sous l'Empire en Espagne, où il servait comme officier supérieur dans l'armée anglaise. Son mari, le comte de Buffon, fut guillotiné le 10 juillet 1794. Elle se remaria à Rome, en 1798, avec un banquier strasbourgeois, M. Renouard de Bussières. Sur Mme de Buffon et son rôle pendant la Révolution, les _Mémoires_ du conventionnel Choudieu renferment (p. 475) les détails suivants: «Elle était la maîtresse de Philippe-Égalité; elle demeurait chez le marquis de Sillery, mari de Mme de Genlis; il y avait table ouverte dans cette maison pour tous les députés. Cette dame était jeune, aimable et jolie; et malgré tous ces avantages, quoique secondée par l'ex-constituant Voidel, homme très adroit, elle n'a pas fait beaucoup de prosélytes au parti d'Orléans, mais elle a essayé d'en faire.»]

L'élégance et le goût de la société aristocratique se retrouvaient à l'hôtel de La Rochefoucauld, aux soirées de mesdames de Poix, (p. 297) d'Hénin, de Simiane, de Vaudreuil, dans quelques salons de la haute magistrature, restés ouverts. Chez M. Necker, chez M. le comte de Montmorin, chez les divers ministres, se rencontraient (avec madame de Staël[403], la duchesse d'Aiguillon, mesdames de Beaumont[404]--et de Sérilly[405]) toutes les nouvelles illustrations de la (p. 298) France, et toutes les libertés des nouvelles moeurs. Le cordonnier, en uniforme d'officier de la garde nationale, prenait à genoux la mesure de votre pied; le moine, qui le vendredi traînait sa robe noire ou blanche, portait le dimanche le chapeau rond et l'habit bourgeois; le capucin, rasé, lisait le journal à la guinguette, et dans un cercle de femmes folles paraissait une religieuse gravement assise: c'était une tante ou une soeur mise à la porte de son monastère. La foule visitait ces couvents ouverts au monde, comme les voyageurs parcourent à Grenade, les salles abandonnées de l'Alhambra, ou comme ils s'arrêtent à Tibur, sous les colonnes du temple de la Sibylle.

[Note 403: _Staël-Holstein_ (Anne-Louise-Germaine _Necker_, baronne de), née à Paris le 22 avril 1766, morte dans cette ville le 14 juillet 1817.]

[Note 404: _Beaumont_ (Pauline-Marie-Michelle-Frédérique-Ulrique de Montmorin-Saint-Hérem, comtesse de), née à Meussy-l'Évêque en Champagne, le 15 août 1768. Elle avait épousé, le 25 septembre 1786, en Saint-Sulpice de Paris, _Christophe-François_ de Beaumont, fils du marquis _Jacques_ de Beaumont et de Claire-Marguerite Riché de Beaupré,--et non, comme le dit à tort M. Bardoux (_la comtesse Pauline de Beaumont_, p. 27), Christophe-Armand-Paul-Alexandre de Beaumont, marquis d'Auty, fils du marquis Christophe de Beaumont et de Marie-Claude de Baynac. Mme de Beaumont mourut à Rome en 1803, comme on le verra dans la suite des _Mémoires_.]

[Note 405: _Sérilly_ (Anne-Louise _Thomas_, dame de), cousine de Mme de Beaumont. Elle avait épousé Antoine-Jean-François de _Megret de Sérilly_, trésorier de l'extraordinaire des guerres. Le 21 floréal an II (10 mai 1794), le jour même où Mme Élisabeth porta sa tête sur l'échafaud, elle fut condamnée à mort, ainsi que son mari et M. Megret d'Etigny, son beau-frère. Le _Moniteur_ du 23 floréal (12 mai) l'indique comme ayant été guillotinée. Elle échappa cependant. Comme elle était enceinte, il fut sursis à son exécution. Son extrait mortuaire n'en fut pas moins dressé, et ce fut, cet extrait mortuaire à la main, qu'elle comparut, le 29 germinal an III (18 avril 1795), dans le procès de Fouquier-Tinville: «J'ai vu là mon mari, dit-elle; j'y vois aujourd'hui ses assassins et ses bourreaux. Voici mon extrait mortuaire, il est du 21 floréal, jour de notre jugement à mort; il m'a été délivré par la police municipale de Paris.» Dans le courant de l'année 1795, elle épousa, en secondes noces, François de Pange, l'ami d'André Chénier, qui la laissa veuve, pour la seconde fois, dans les premiers jours de septembre 1796. (Voir, en tête des _OEuvres de François de Pange_, la notice de M. L. Becq de Fouquières.)]

Du reste, force duels et amours, liaisons de prison et fraternité de politique, rendez-vous mystérieux parmi des ruines, sous un ciel serein, au milieu de la paix et de la poésie de la nature; promenades écartées, silencieuses, solitaires, mêlées de serments éternels et de tendresses indéfinissables, au sourd fracas d'un monde qui fuyait, au bruit lointain d'une société croulante qui menaçait de sa chute ces félicités placées au pied des événements. Quand on s'était perdu de vue vingt-quatre heures, on n'était pas sûr de se retrouver jamais. Les uns s'engageaient dans les routes révolutionnaires, les autres méditaient la guerre civile; les autres partaient pour l'Ohio, (p. 299) où ils se faisaient précéder de plans de châteaux à bâtir chez les sauvages; les autres allaient rejoindre les princes: tout cela allègrement, sans avoir souvent un sou dans sa poche: les royalistes affirmant que la chose finirait un de ces matins par un arrêt du parlement, les patriotes, tout aussi légers dans leurs espérances, annonçant le règne de la paix et du bonheur avec celui de la liberté. On chantait:

La sainte chandelle d'Arras, Le flambeau de la Provence, S'ils ne nous éclairent pas, Mettent le feu dans la France; On ne peut pas les toucher, Mais on espère les moucher.

Et voilà comme on jugeait Robespierre et Mirabeau! «Il est aussi peu en la puissance de toute faculté terrienne, dit l'Estoile, d'engarder le peuple françois de parler, que d'enfouir le soleil en terre ou l'enfermer dedans un trou.»

Le palais des Tuileries, grande geôle remplie de condamnés, s'élevait au milieu de ces fêtes de la destruction. Les sentenciés jouaient aussi en attendant la _charrette_, la _tonte_, la _chemise rouge_ qu'on avait mise à sécher, et l'on voyait à travers les fenêtres les éblouissantes illuminations du cercle de la reine.

Des milliers de brochures et de journaux pullulaient; les satires et les poèmes, les chansons des _Actes des Apôtres_[406], répondaient à l'_Ami du peuple_ ou au _Modérateur_ du club monarchien, rédigé (p. 300) par Fontanes[407]; Mallet du Pan[408], dans la partie politique du _Mercure_, était en opposition avec la Harpe et Chamfort dans la partie littéraire du même journal. Champcenetz, le marquis de Bonnay, Rivarol, Mirabeau le cadet (le Holbein d'épée, qui leva sur le Rhin la légion des hussards de la Mort), Honoré Mirabeau l'aîné, s'amusaient à faire, en dînant, des caricatures et le _Petit Almanach des grands hommes_[409]: Honoré allait ensuite proposer la loi martiale ou la saisie des biens du clergé. Il passait la nuit chez madame Le Jay[410] après avoir déclaré qu'il ne sortirait de l'Assemblée nationale que par la puissance des baïonnettes. _Égalité_ consultait le diable (p. 301) dans les carrières de Montrouge, et revenait au jardin de Monceau présider les orgies dont Laclos[411] était l'ordonnateur. Le futur régicide ne dégénérait point de sa race: double prostitué, la débauche le livrait épuisé à l'ambition. Lauzun[412], déjà fané, soupait dans sa petite maison à la barrière du Maine avec des danseuses de l'Opéra, entre-caressées de MM. de Noailles, de Dillon, de Choiseul, de Narbonne, de Talleyrand, et de quelques autres élégances du jour dont il nous reste deux ou trois momies.

[Note 406: Ce pamphlet périodique, qui renfermait en effet des satires, des poèmes et des chansons, a paru de novembre 1789 à octobre 1791. Ses principaux rédacteurs étaient Peltier, Rivarol, Champcenetz, Mirabeau le jeune, le marquis de Bonnay, François Suleau, Montlosier, Bergasse, etc. La collection des _Actes des Apôtres_ comprend 311 numéros, réunis en onze volumes in-8°, dont chacun est appelé _version_ et contient 30 numéros, une introduction et une planche gravée. Il en existe une édition contrefaite en vingt volumes in-12.]

[Note 407: _Le Journal de la Ville et des Provinces ou le_ MODÉRATEUR, par M. de Fontanes, avait commencé de paraître le 1er octobre 1789.]

[Note 408: Jacques _Mallet du Pan_ (1749-1800), rédacteur politique du _Mercure de France_. Sainte-Beuve a dit de lui: «Comme journaliste et comme publiciste, dans cette rude fonction de saisir, d'embrasser au passage des événements orageux et compliqués qui se déroulent et se précipitent, nul n'a eu plus souvent raison, plume en main, que lui.» (_Causeries du lundi_, tome IV, p. 361-394).]

[Note 409: Le vrai titre de ce spirituel pamphlet, paru en 1791, est celui-ci: _Petit dictionnaire des grands hommes et des grandes choses qui ont rapport à la Révolution_, composé par une société d'aristocrates.]

[Note 410: Femme du libraire Le Jay, l'éditeur de Mirabeau. Sur les relations du grand orateur avec Mme Le Jay, voir les tomes III et IV des _Mirabeau_ par Louis de Loménie.]

[Note 411: _Laclos_ Pierre-Ambroise-François _Choderlos_ de, l'auteur des _Liaisons dangereuses_, né en 1741 à Amiens. Rédacteur du _Journal des Amis de la Constitution_ (du 1er novembre 1790 au 20 septembre 1791), maréchal de camp en 1792, il servait à l'armée de Naples comme inspecteur général d'artillerie, lorsqu'il mourut à Tarente le 5 novembre 1803.]

[Note 412: Le duc de _Lauzun_ (Armand-Louis de Gontaut-Biron) devint duc de Biron en 1788. Élu député de la noblesse aux États-Généraux par la sénéchaussée du Quercy, il embrassa avec ardeur les idées nouvelles et fut successivement promu maréchal de camp (13 janvier 1792), général en chef de l'armée du Rhin (9 juillet 1792), commandant de l'armée des Côtes de la Rochelle (15 mai 1793).--Guillotiné le 31 décembre 1793.]

La plupart des courtisans, célèbres par leur immoralité, à la fin du règne de Louis XV et pendant le règne de Louis XVI, étaient enrôlés sous le drapeau tricolore: presque tous avaient fait la guerre d'Amérique et barbouillé leurs cordons des couleurs républicaines. La Révolution les employa tant qu'elle se tint à une médiocre hauteur; ils devinrent même les premiers généraux de ses armées. Le duc de Lauzun, le romanesque amoureux de la princesse Czartoriska, le coureur de femmes sur les grands chemins, le Lovelace qui _avait_ celle-ci et puis qui _avait_ celle-là, selon le noble et chaste jargon de la (p. 302) cour, le duc de Lauzun, devenu duc de Biron, commandant pour la Convention dans la Vendée: quelle pitié! Le baron de Besenval[413], révélateur menteur et cynique des corruptions de la haute société, mouche du coche des puérilités de la vieille monarchie expirante, ce lourd baron compromis dans l'affaire de la Bastille, sauvé par M. Necker et par Mirabeau, uniquement parce qu'il était Suisse: quelle misère! Qu'avaient à faire de pareils hommes avec de pareils événements? Quand la Révolution eut grandi, elle abandonna avec dédain les frivoles apostats du trône: elle avait eu besoin de leurs vices, elle eut besoin de leurs têtes: elle ne méprisait aucun sang, pas même celui de la du Barry.