Mémoire sur les avantages qu'il y auroit à changer absolument la nourriture des gens de mer
Part 2
Lorsqu'avant la campagne je lus, pour la première fois, le Mémoire de M. Desperrières, je fus séduit par les apparences plausibles du bien qui devoit en résulter. Cette nourriture me paroissoit plus saine, plus variée, & préférable à tous égards: les premiers dégoûts des Matelots me parurent déplacés; & ce n'est que la pratique & une inspection suivie qui m'ont enfin détrompé & ramené au point, qu'aujourd'hui je regarde cette nouvelle méthode, non-seulement comme n'attaquant point le germe du scorbut, mais même comme mal-saine & dangereuse à pratiquer, à cause des accidens qui accompagnent nécessairement l'embarquement des légumes. Dès les premiers jours de notre traversée, en effet, un grand nombre de Matelots fut attaqué d'aigreurs d'estomac, de cours de ventre, de coliques & de points de côté. Ils l'attribuèrent eux-mêmes au changement subit de manière de se nourrir; & ce ne fut qu'à la diminution de leurs forces, qu'ils commencèrent à se lasser & à s'inquiéter. J'allois souvent sur le gaillard d'avant voir & questionner, & j'eus lieu de me convaincre qu'il étoit vrai, & que la poulaine étoit très-fréquentée, & qu'au bout de quelques jours le dégoût & la crainte avoient déjà fait tant de progrès, que beaucoup ne se nourissoient plus que de leur pain trempé dans du vin, ou mangé avec une gousse d'ail & du sel.
Cette diminution des forces de nos Matelots devint si sensible, que même un séjour de trente-sept jours à Malaga ne les leur rendit point, quoique nous y fussions dans la saison du raisin, que la pêche y fût abondante, & qu'ils se fussent presque tous endettés dans cette relâche, afin de faire un peu trêve au régime végétal. A notre arrivée à Brest, dix-neuf jours après avoir quitté les côtes d'Espagne, leur visage représentoit encore assez bien l'état de quelqu'un qui sort de faire un carême exact & rigoureux. Toujours en manoeuvrant, & surtout vers la fin de la campagne, avions-nous à nous plaindre de la lenteur de l'exécution: nous en cherchions la cause dans le frottement des vergues & des manoeuvres; mais ce frottement ne pouvoit point encore avoir augmenté depuis le départ, & je ne doute point, moi, qu'elle n'existât dans cette diminution de force chez chaque individu; diminution sans doute funeste, si nous avions été dans un climat rude & brumeux. Pour s'en convaincre, au reste, qu'on jette la vue sur l'état des malades dont j'ai ajouté une liste à la suite de ce Mémoire, on sera étonné, sans doute, de voir, pendant une campagne aussi douce & aussi courte, presque tous les gens de l'équipage passer successivement au poste des malades, de les voir tous attaqués d'une même fievre petite, & ne paroissant venir que de lassitude, qui diminuoit & se passoit au bout de quelques jours de cessation de travail: on sera étonné de voir qu'ils y étoient plus sujets, à mesure que la campagne devenoit plus longue. Et ne semble-t-il pas, d'après cet exemple, que l'on seroit menacé de voir tout l'équipage sans force, & réduit à un état d'inanition, s'il se trouvoit quelques jours de suite d'un travail forcé?
Après un procès-verbal fait à bord pour constater la défectuosité d'une de nos soutes à légumes, nous débarquâmes au Port-au-Prince soixante-quatorze quintaux de pois tous échauffés, & occasionnant dans la soute une chaleur extraordinaire & violente que l'on sentoit au-travers de la cloison même. A l'ouverture de la soute, on trouva les pois qu'on y avoit mis, moisis par-dessus & adhérans les uns aux autres, tous dans une fermentation telle que la main n'en pouvoit soutenir la chaleur, & déjà tellement échauffés, que la moitié de ceux qui n'étoient point moisis, étoient ridés & changés de couleur. Ce même événement nous étoit déjà arrivé à des féves dans le port où nous avions séjourné long-tems, & il nous avoit fallu les débarquer. M. de Charitte, Lieutenant de vaisseau, commandant le senant l'_Hirondelle_, armé à Brest dans le même tems que nous, & approvisionné de semblables pois, éprouva comme nous une fermentation dans ses légumes, & lui & nous, nous étions assurés du bon état de nos soutes, & que le mal ne provenoit que des légumes mêmes. Il avoit des salaisons, & le mal n'étoit pas dangereux pour lui: mais nous, si nous n'eussions point été à même de changer nos légumes, si nous eussions été contraints de les consommer, quel effet cela auroit-il produit?
On connoît le climat pluvieux de la Basse-Bretagne, les brumes & les pluies journalières de Brest. N'est-ce point une cause qui seule rende impraticable dans ce port le projet d'une nourriture végétale, & n'est-il point permis de soupçonner que peut-être les légumes portent dans eux un principe d'humidité qui les rend impropres à se conserver long-tems, soit parce qu'ils ont crû dans le sol, soit parce qu'il est nécessaire de les garder sur le lieu dans les magasins? Car il faut, après tout, une cause à ce qui est arrivé aux légumes fournis à la _Belle-Poule_ & à l'_Hirondelle_; & si l'on vouloit suivre cette conjecture, on pourroit s'appuyer de l'exemple des fruits qui, pour l'ordinaire, à Brest, sont sans saveur, n'ont goût que d'eau, & ne se conservent pas long-tems. Si cependant la nourriture végétale étoit approuvée, il faudroit nécessairement tirer des légumes de la province, sur-tout pendant la guerre, & en conserver à Brest même; & qu'on ne croye pas y remédier, en passant ces légumes au four: l'expérience assureroit que de pareils légumes seroient raccornis & incapables d'une parfaite cuisson. Ce qu'on dit ici des féves, des pois & des lentilles, est en partie applicable au riz, qui, en vieillissant d'ailleurs, contracte un mauvais goût & devient mal-sain. Dans l'Asie on en fait, il est vrai, une grande consommation, & c'est une nourriture ordinaire aux Gens de mer; mais il croît sur le lieu, & on le renouvelle quand on veut; mais il n'a point déjà souffert du transport dans un vaisseau; mais enfin c'est la nourriture ordinaire des hommes, tant à terre qu'à la mer, & il ne leur faut point une nouvelle habitude pour s'y accoutumer. Sans disputer donc à M. Desperrières que son régime ne puisse être administré avec beaucoup de succès à terre dans les hôpitaux, dans les prisons de forçats, &, s'il le veut même, dans les casernes, j'avancerai comme chose dont je suis fortement convaincu, qu'il ne peut être mis de même en exécution dans les vaisseaux où il peut y devenir très-dangereux.
Le goût des hommes doit-il enfin être compté pour rien? La répugnance qu'ont eue généralement tous nos Matelots pour le régime végétal, doit-elle être absolument négligée? Cette nourriture leur est si peu familière, & quelque attention que l'on puisse avoir à la chaudière, il est si difficile que du riz & des légumes soient bien assaisonnés, qu'ils ne contractent point l'odeur & le goût de fumée, & qu'ils ne se ressentent point du cuisinier qui les prépare, que leur dégoût ne doit point surprendre. Deux fois, pendant la campagne, malgré toutes les précautions que l'on ne négligeoit point, on fut obligé de faire défendre de manger le riz déjà distribué, parce qu'il se trouva dans la chaudière du verd-de-gris. La seconde fois, à la vérité, la quantité en étoit si petite, que l'on jugea qu'elle ne pouvoit nuire: mais eût-elle été plus forte, elle n'eût pas au reste incommodé beaucoup de monde; plus du tiers de l'équipage n'en mangeoit point du tout, & le reste en mangeoit très-peu. Deux mois avant la fin de la campagne, on trouvoit déjà dans les oignons confits des vers d'une grosseur & d'une forme tout-à-fait dégoûtantes, & qui faisoient fort redouter d'avoir à la distribution le fond de la chaudière. Plusieurs quarts de ces oignons se sont trouvés gâtés en entier; & de tout le régime, l'oseille seule s'est bien conservée, & a fait le meilleur effet. On ne peut pas se flatter cependant que les fournitures seroient faites dans la suite avec le même soin qu'on apporta aux nôtres, qui étoient préparées pour un essai, & par une personne intéressée qui avoit eu à lui tout le tems nécessaire.
Que l'on recueille tout ce que je viens de dire; qu'au lieu de naviguer vers les tropiques & aux côtes d'Espagne, on se transporte dans les brumes du Grand-banc, dans les glaces du Canada, & dans les pluies & les coups de vent de nos climats; que l'on imagine un vaisseau tenant la mer pendant long-tems, & sans relâcher; qu'on se représente sur-tout les fatigues d'une voie d'eau & les alertes continuelles qu'occasionnent, pendant la guerre, les branle-bas, &c. Croit-on alors que le régime végétal substantera suffisamment les Matelots, & peut-on de bonne foi n'appercevoir aucun inconvénient à ne fournir qu'une livre & demie de viande par mois à des gens accoutumés à se nourrir de viande?
J'ajouterai encore un inconvénient résultant de cette nourriture; c'est l'encombrement. Il semble qu'on l'avoit bien senti, car au projet du régime végétal, on ajouta celui de cesser de fournir en nature la demi-ration de supplément que le Roi accorde aux Officiers Mariniers, & il fut résolu qu'on la leur payeroit en argent. Personne sans doute ne croit voir d'inconvénient à ce nouveau moyen; & c'est bien une preuve qu'il faut à tout l'approbation de l'expérience. Qu'on sache donc que la ration est payée par le Roi treize sols quatre deniers à la Compagnie des vivres, & que la demi-ration de supplément ne fut payée à notre équipage que sur le pied de quatre sols trois deniers, quoiqu'il eût été fait des représentations à cet égard, & que l'Intendant de Saint-Domingue, indigné de la prétention de la Compagnie des vivres qui s'étoit déjà déclarée par l'organe de notre Ecrivain, eût commencé par ordonner le paiement de deux mois de demi-ration à neuf livres par mois, ou six sols par jour. Après cela, pourroit-on, sans quelque peine, & à moins de voir un avantage décidé & complet dans la nouvelle nourriture, consentir à laisser soustraire à nos Maîtres une partie du fruit de leurs services & de leur mérite? Et qui pourroit répondre que l'on ne diminuât encore, & que l'on ne vînt peut-être à supprimer tout-à-fait cette prérogative qui leur donne de la considération, & qui seule détermine grand nombre de Matelots à s'attacher au service du Roi, & à s'efforcer d'obtenir le mérite d'Officier Marinier?
Je n'étendrai point davantage ce Mémoire, & je ne chercherai point à prouver ce que j'ai dit plus haut, que la plupart des faits du Mémoire de M. Desperrières étoient exagérés: il me paroîtroit fort étonnant, qu'aussi loin des ports, il eût été plus fidèlement instruit. Excité cependant par l'intérêt particulier que tout Officier de la Marine doit à la conservation & à la santé des Matelots, je demande à l'Académie un examen; & cet examen est aujourd'hui d'autant plus nécessaire, que déjà la Cour envisage de bon oeil & croit avantageux le régime végétal sur les comptes qu'en a rendus notre Chirurgien, sur le silence de l'État-Major, bien convaincu, ainsi que moi, de ses inconvéniens, & sur quelques autres circonstances particulières qu'il est très-temps de combattre.
État des Malades de la Frégate la _Belle-Poule_, commandée par M. DORVES, en 1771, pendant l'essai du Régime végétal.
_Entrées._ _Sorties._
Jos. Chantaielle. 6 Mai. Fievre continue. 31 Mai. V. Toulet, _Canot._ 16 F. occ. par un clou. 23 P. A. Guiner, _Tim._ 16 Abcès au côté. 28 Juillet. Am. Gouarn, _Fus._ 16 Fievre. 19 Mai. Aug. David, _Pass._ 27 Point de côté. 31
L. Orlande, _Capor._ 1 Juin. Blessé aux bourses. 5 Juin. J. Dagorne, _Gab._ 3 Scorbut. 8 d. au C. Olivier Sept-sols. 5 Fievre. 8 Juin. Jac. Redis, _Soldat._ 10 Fievre. 30 Laurent Philippe. 12 Fievre, dissenterie. 14 Jean Madion. 12 Dissenterie. 16 Jos. Barice, _Fusil._ 12 Jaunisse. 18 Joseph Caen. 14 Fievre. 23 H. de Keciper, _Ti._ 15 Mal de tête, éblou. 25 Tangui Simonet. 16 Fievre. 18 Jean-Marie Louet. 18 Fievre. 13 Juillet. L. Orlando, _Capor._ 18 Fiev. point de côt. 25 Juin. F. Couloumant. 20 Fiev. point de côt. 27 G. Trotet, _Tinac._ 20 Fievre & colique. 12 Juillet. Thomas Cherot. 20 Fiev. point de côt. 24 Juin. Leprince, _de la cal._ 23 Fievre. 27 L. Foliart, _Soldat._ 23 Poitrinaire. 26 P. Gojet, _Tonnel._ 24 Fievre 30 Kerbrat, _Mousse._ 25 Fievre. 9 Juillet. J. Olivier, _p. Can._ 26 Fievre. 23 Août. F. Lourdet, _Charp._ 28 Fievre. 4 Juillet. Pinguer, _Timonier._ 28 Fievre. 8 R. Pomel, _Soldat._ 29 Fievre. 8 M. Sonnie, _Chal._ 29 Fievre. 23 Août.
Yves Bodenes. 1 Juillet. Fievre. 8 Juillet. Bernard Canivat. 1 Fievre. 8 Y. Montagne, _Sol._ 2 Fievre 11 Juillet. Y. Duval, _Soldat._ 4 Fievre. 11 L. Mignon, _Mouss._ 4 Fievre. 8 François Corre. 4 Fievre. 9 J. le Recors, _Calf._ 3 Fievre. 8 A. Maljac, _Off. M._ 5 Fievre. 8 J. Ledoux, _Soldat._ 5 Scorbut. 16 Sept. F. Jamin, _Mousse._ 5 Fievre. 11 Juillet. M. Simier, _Mousse._ 5 Fievre. 9 N. Lemille, _Sold._ 6 Fievre. 13 Christop. Lonoré. 6 Fievre. 16 Ch. Legal, _Mousse._ 6 Fievre. 11 Y. Lerumeur, _G. C._ 9 Fievre. 13 Jean Madiou. 10 Cours de ventre. 23 O. Defloch, _G. C._ 10 Fievre. 20 P. Dalcourt, _Sold._ 11 Fievre. 23 F. Corre, _Mousse._ 11 Blessé. 23 Août. Bernard Canivet. 13 Fievre. 13 Sept. Y. Millon, _Mousse._ 15 Fievre. 23 Juillet. Pierre Haon. 16 Fievre. 25 F. Jamin, _Mousse._ 16 Fievre. 27 Jean Lelez, _G. C._ 20 Fievre. 22 Kerjean, _P. Can._ 22 Scorbut & ulcère. 28 N. Bodenes, _Ch._ 23 Fievre. 23 Août. J. R. Alenou. 23 Fievre. 30 Juillet. Al. l'Orphelin. 24 Fievre. 10 Août. J. Briant, _G. de la fosse aux cables._ 28 Scorbut. 24 Y. Bernard, _Chal._ 28 Scorbut. 19 J. B. Moesan. 30 Scorbut. 23 Gil. Gerol, _Timon._ 31 Fievre. 10
A. Janne, _Can. S._ 1 Août[2] Fievre. 8 G. Lemoine, _id._ 3 Fievre. 14 P. Belcourt, _Sold._ 5 Fievre. 14 Jos. Egaud, _Tim._ 9 Fievre. 16 S. Laurent, _Domes._ 9 Fievre. 17 J. B. Forbin, _Tim._ 16 Fievre. 31 F. Barbier, _Soldat._ 17 Fievre. 26 L. Folliand, _Sold._ 21 Août. Fievre. M. Piou, _Boulang._ 20 Fievre. Jean Sbirk, _Sold._ 21 Fievre. 28 Août. J. Legal, _Mousse._ 26 F. & point de côté. 31 Franç. le Glatin. 28 Fievre. 2 Sept. S. Georges, _Dom._ 28 Fievre. 4 J. le Rouge, _Sold._ 20 Fievre. 7
Henri Audigou. 4 Sept. Fievre. 13 J. le Roi, _Pilotin._ 4 Fievre. 8 N. le Roux, _Sold._ 4 Fievre. 16 Tangui Simonet. 6 Cours de ventre. 16 F. Blancart, _Sold._ 6 Fievre. 14 J. Sbire, _Soldat._ 6 Fievre. 16 Jac. Vadis, _Sold._ 7 Fievre. 16 Jean-Bap. Briscat. 9 Fievre. 16 F. Lefebvre, _Tam._ 9 Fievre. 14 H. de Rosselet, _Sol._ 9 Fievre. 16 L. Bevierre, _Sold._ 17 Fievre. 25 Vincent le Roi. 17 Fievre. 24 Yves le Rumeur. 17 Fievre. 24 Jean Madre. 17 Fievre. 23 R. Piric, _Pil. Cot._ 20 Fievre. 23 H. du Rosselet, _Sol._ 21 Fievre. 28 L. Flamand, _Pilot._ 21 Fievre. 24 Arm. Gouaran, S. 22 Fievre. 24 Pier. Jul. Torrés. 21 Fievre. 30 Jacques Rollin. 23 Fievre. 28 Pier. Boubin, _Cap._ 23 Fievre. 28 Y. Tangui, _Chal._ 23 Fievre. Th. Perrot, _Sold._ 23 Fievre. F. Bourbier, _Sold._ 23 Fievre. 25 J. Foucault, _Sold._ 23 Fievre. 25 J. le Roux, _Sold._ 23 Fievre. 24 Y. Grosset, _Mousse._ 23 Fievre. 28 P. Turpin, _Servant._ 24 Fievre. 2 Octob. F. Malejat, _Off. M._ 25 Fievre. 30 Sept. Deshayes, _Off. M._ 25 Fievre. 30 G. le Borgne, _Tim._ 26 Fievre. 5 Octob. Yves le Rumeur. 26 Fievre. Julien Riou. 26 Fievre. 30 Sept. Nicolas le Roux. 26 Fievre. 5 Octob. Yves Daniel, _Cap._ 26 Fievre. 2 Octob. Philip. Gar, _Cap._ 26 Fievre. F. Gallon, _Off. M._ 26 Fievre. Le Valois, _Timon._ 27 Fievre. L. Philippe, _G. C._ 27 Fievre. 30 Sept. Paul Legueneur. 27 Fievre. 30 F. Lasiou, _Off. M._ 27 Fievre. 29 F. Tartre, _Off. M._ 27 Fievre. J. Moezan, _Gabier._ 28 Fievre. 9 Octob. Vincent le Fur. 28 Fievre. 2 Nicolas Castros. 28 Fievre. Lebreton, _2. Chir._ 28 Fievre. Hervé, _Chirurgien._ 28 Fievre. J. B. Pie, _Soldat._ 29 Fievre. Yves Dorvalin. 29 Fievre. 2 J. Castres, _Chal._ 30 Fievre. F. Colomas, _G. C._ 30 Fievre. 9 L. Behir, _G. Can._ 30 Fievre.
Gaubion, _M. Chir._ 2 Octob. Fievre. 5 L. Orlandino, _Cap._ 2 Fievre. Dan. Colin, _Can._ 4 Fievre. F. Duchesne, _Can._ 4 Fievre. M. Simier, _Mousse._ 4 Fievre. M. Dumas, _Sold._ 5 Fievre. F. le Fevre, _Tamb._ 5 Fievre. L. Minion, _A. C._ 6 Fievre. Blandin, _sec. Pilote._ 6 Fievre. Y. Tangui, _M. V._ 6 Fiev. & vomissem. J. Laporte, _sec. V._ 6 Fiev. & vomissem.
[2] _Le mois d'Août fut passé dans les rades de Cadix & de Malaga._
MÉMOIRE
_EN RÉPONSE_
A M. DE LA COUDRAYE,
ENSEIGNE DE VAISSEAU, _Sur le Régime Végétal_, Par M. POISSONNIER DESPERRIÈRES.
M. de la Coudraye, Enseigne sur la frégate la _Belle-Poule_, commandée par M. Dorves, nous a adressé un Mémoire qu'il a lu à l'Académie de Brest, dans lequel il lui communique ses observations sur le régime végétal suivi dans cette frégate faisant voile pour l'Amérique.
Nous croyons devoir répondre à ce Mémoire, moins par amour propre d'auteur, que par zèle pour l'intérêt public.
M. de la Coudraye, qui assure avoir suivi avec beaucoup d'attention les effets du régime végétal sur les individus qui y étoient assujettis, n'hésite pas de prononcer que ce régime est pernicieux, & que l'on doit mettre sur son compte le grand nombre de maladies qui ont régné dans l'équipage de la frégate. Il assure que ses observations sont impartiales, qu'il étoit même partisan du régime végétal, & que le bien seul de l'humanité est le motif qui lui fait élever la voix contre une nouveauté qu'il croit très-dangereuse.
«Le Ministère persuadé, dit-il, d'après le Mémoire de M. Desperrières sur l'excellence du régime végétal, & d'après les faits que ce Médecin cite, que rien n'étoit plus avantageux pour les Gens de mer, que de leur indiquer ce régime, a ordonné en conséquence l'approvisionnement de la _Belle-Poule_, en légumes & en végétaux choisis. Le Chirurgien de cette frégate, partisan décidé de ce nouveau régime, a eu l'inspection de ces provisions; elles ont été de son choix, & à cet égard il a été très-rigoriste; l'on en a embarqué la quantité requise: il y a plus, nulle précaution n'a été oubliée pour les placer de façon qu'on n'eût pas à craindre leur altération; tout l'équipage étoit frais & sain; les Matelots se prêtoient sans répugnance à ce régime; tous les Officiers, dont je fais nombre, marquoient tout le zèle possible, afin d'écarter le dégoût que les Matelots pouvoient prendre pour une nourriture qui ne leur étoit pas ordinaire, &c. &c.[3] Malgré ces précautions prises pour un essai, & sur lesquelles il ne faudroit plus compter dans d'autres tems, je trouve, par la note que j'ai tenue, qu'il y a eu, pendant une campagne de sept mois, la plus douce qu'on puisse avoir, 125 malades sur deux cens quarante-cinq hommes, y compris l'État-Major, qui composoient l'équipage de cette frégate: parmi les malades, il y a même eu quatre ou cinq scorbutiques, quoique le régime végétal soit annoncé par M. Desperrières comme propre à préserver de cette maladie, & même à la guérir. Donc, conclut M. de la Coudraye, le régime végétal ne combat pas plus efficacement le scorbut, que le régime animal; & il ajoute à cette première conclusion, que le mauvais effet du régime végétal est évidemment prouvé par le grand nombre de malades qu'il y a eu sur la frégate la _Belle-Poule_.«
[3] Qu'on est bien éloigné d'avoir pris de pareilles précautions! On a manqué à ce qu'il y avoit de plus essentiel. Pour croire ce que dit à cet égard M. de la Coudraye, il faudroit ignorer ce que peuvent & ce que font toujours les détracteurs des nouveautés utiles.