Mémoire sur l'origine Japonaise, Arabe et Basque de la civilisation des peuples du plateau de Bogota
Part 2
Si des _Bouddhistes_ ou des chrétiens nestoriens partaient de _Samarcande_, et, guidés par des Tartares, sur leurs traîneaux rapides, se rendaient en Amérique, par le Nord-Est de l'Asie, après une courte traversée, et cela, dès l'an 499 de notre ère; si des Carthaginois, comme le dit _Diodore_ de Sicile, y avaient pénétré par l'Ouest, aussi-bien que des Phéniciens et des Espagnols, des Basques même, dès avant notre ère; alors s'expliquent naturellement ces immenses constructions et ces bas-reliefs si curieux de _Culhuacan_ ou _Palenqué_, dans le _Guatimala_, présentant des offrandes de fruits, des sacrifices d'animaux, et même d'hommes, comme le faisaient les Phéniciens et les Carthaginois; alors s'expliquent aussi les _Croix_ qui ont pu, aussi bien que celles trouvées dans l'Inde, à S. Thomas, être sculptées par eux sur ces curieux monumens.
Mais il suffit ici d'avoir indiqué rapidement le but des recherches de M. de Paravey, et pour en revenir à son travail, sur le mémoire de M. Siébold, on observera encore que ce docte voyageur, comme M. de Humboldt, comme tous les bons esprits, suppose que c'est par la pointe nord-est de l'Asie, que l'Amérique a reçu la masse de sa population sauvage, et évidemment de race _mongole_; on observera en outre qu'il admet de telles communications entre le Japon et ce continent de l'Amérique, qu'il donne, dans son ouvrage récemment imprimé[26], et nonobstant les opinions contraires qu'il n'ignore pas, le _Maïs_, ou _blé de Turquie_, comme existant de tout tems au _Japon_ et en Asie-Orientale, aussi bien qu'en Amérique, ce qui est aussi l'opinion de M. de Paravey; les _Toltéques_ le portant avec eux, comme le dit M. de Humboldt en décrivant leur migration du nord au sud.
Les communications soupçonnées par le savant auteur des _Vues des Cordillères_, entre les Muyscas et les Japonais, se vérifient donc de mille manières: outre les mots _muyscas_, puisés dans le mémoire de M. Klaproth, d'après le P. de Lugo, M. de Paravey a aussi transcrit tous les mots _chib_ ou _chibcha_, que cite M. de Humboldt; ce sont ces mots que l'on va, d'après lui, comparer au japonais, en commençant par la série des dix nombres, ou des dix jours qui se comptent au Japon, en ajoutant _ka_ à chaque nom de nombre, comme le font également les Chinois et certains peuples du Caucase; et en observant que cet augment appelé ici la _numérale des jours_, suffirait déjà seul pour démontrer des rapports et une origine commune.
Avant de donner ces tableaux, d'après M. de Paravey, on croit devoir remarquer que, dans les langues orientales, les voyelles se changent sans cesse les unes dans les autres, et même souvent ne se marquent pas et sont suppléées par le lecteur. On croit devoir aussi citer Thunberg, qui (p. 179, t. II) apprend qu'au Japon le B se change souvent en M et en F, et _vice-versâ_, le K en F et en B (bien que ces lettres ne soient nullement de même organe), le D en T, le R en L parfois, et enfin le H en F.
Et pour prévenir jusqu'aux moindres objections, on croit devoir avertir que, si le _ch_ manque en _japonais_, comme le dit Thunberg (p. 178, t. II), tandis qu'il termine fréquemment les mots muyscas, dit M. de Humboldt (p. 229), les Japonais (dans _Thunberg_, au moins) ont le _j_, aussi-bien que le chinois, et le _dj_, comme dans le mot _djogoun_, et le _sj_, dans lequel le _s_ et le _ch_ se changent facilement.
La lettre L, en général, manquant d'ailleurs également aux deux peuples, est un autre rapport d'organe assez surprenant, et qui exclut une origine chinoise pour les _Muyscas_, puisque chez les Chinois, à l'inverse du Japon, c'est au contraire la lettre R qui n'est pas usitée, du moins dans certaines provinces.
M. de Humboldt a démontré que la _lunaison_ se divisait en trois décades, en Chine, au Japon et chez les Muyscas, où les intercalations, avaient lieu comme chez les Grecs. Il a prouvé aussi (p. 264), que le cycle de soixante ans des Chinois et des Japonais, divisé en quatre indictions de quinze ans chacune, usitées en Europe au tems de _Constantin_, existait chez les _Muyscas_, et manquait chez les Aztèques. Et cette période de soixante ans, cet artifice de séries périodiques, est encore d'une origine purement chaldéenne ou sabéenne, au Japon, en Chine et à _Bogota_, puisque ce sont ces périodes chaldéennes de soixante heures, soixante jours, soixante ans[27], qui ont donné naissance à la division astronomique en minutes, secondes, tierces, etc., division dite _sexagésimale_.
Mais si, d'après les détails que donne M. de Humboldt, le cycle de dix jours était, chez les _Muyscas_ aussi-bien qu'au Japon, l'élément formateur des mois de trente jours et des cycles de soixante ans, il importait fort, comme le firent M. Siébolt et M. de Paravey, de comparer ce cycle de dix jours des deux côtés. Or, le voici chez ces deux peuples:
EN MUYSCAS, LANGUE _CHIB_. |EN JAPONAIS, LANGUE _SEW A_. Humboldt, p. 230. |Rodriguez, p. 19. =====================================+============================= Le 1er jour Ata |Fifitoi. Le 2e jour Boz-ha |Fouts-ka _ou_ Bouts-ka. Le 3e jour Mi-ca |Mi-ka. Le 4e jour Mhuy-ca |Iok-ka. Le 5e jour His-ca |Its-ka. Le 6e jour Ta |Mouï-ka. Le 7e jour Cuhup-qa |Nanou-ka. Le 8e jour Suhuz-ha[28] |Io-ka _ou_ Tats-ka. Le 9e jour A-ca |Kon-o-ka. Le 10e jour Ubchihi-ca |Too-ka _ou_ To-ka.
Il est remarquable ici, observe M. de Paravey, que la finale _ka_, numérale des jours en japonais, se trouve aussi dans presque tous ces noms en _muyscas_, soit sous la forme _ca_, _qa_, ou sous celle de l'aspirée _ha_.
Il est non moins remarquable que le premier jour, _Ata_ en muyscas, et _Fifitoi_ en japonais, ou même encore _Tsouitats_, variante que donne M. Klaproth[29], soient également des deux côtés privés de cette finale _ca_, ou _ka_, qui termine les autres nombres.
Et quant aux identités, celles des 2e, 3e, 5e, et 9e jours sont trop évidentes pour être discutées; _kon-OKA_, en japonais pour le 9e jour, renfermant _aca_ ou _oka_, qui en est l'abréviation en _muyscas_.
Le 1er jour lui-même, qui a pu se dire _ito_, aussi bien qu'_ata_, en muyscas, n'est qu'une abréviation du _Fif-ITO-i_, japonais, et se trouve également compris dans _Tsou-ITA-ts_, autre nom du 1er jour.
Le 10e jour, _ubchihica_, diffère fort, il est vrai, du _too-ka_, japonais; mais (p. 20) Rodriguez nous apprend ici que dix pièces de monnaie s'expriment par _ippiki_, en japonais, et que ce nom s'emploie comme finale des nombres pour compter de dix en dix. _Ubchihi-ca_, écrit _ipchiki_, pourrait donc en dériver, puisqu'il exprime ici _dix_, ca étant d'ailleurs le nom du jour, ou sa numérale dans _ubchihica_. Cependant, M. de Humboldt traduit ce nom par _lune brillante_, et la lune se dit _tsou-ki_, et a pu se dire _touki_, _tooki_ en _japonais_; il y a donc eu ici traduction de l'idée.
Il en est de même pour le nombre six, qui est ta en _muyscas_, et signifie _récolte_, dit M. de Humboldt; mais en japonais, _mougui_, devenu facilement _mou_, signifie également _blé_, _céréale récoltée_; il y a donc encore eu évidemment traduction ici. M. de Paravey soupçonne que le 4e, le 7e et le 8e jour offrent également des traductions des symboles hiéroglyphiques qui répondaient à ces nombres; mais il manque de dictionnaires japonais, où il puisse chercher le son des idées qui répondent à ces hiéroglyphes chez les Muyscas.
Il existe dans toutes les langues plusieurs mots très-différens pour exprimer la même idée, ou des idées très-voisines, et ici les _Muyscas_ ont conservé les sons japonais, dans les 1ers, 2e, 3e, 5e et 9e jours, tandis qu'ils ont pris pour les autres nombres d'autres mots, mais des mots équivalens des idées complexes qu'ils offraient; idées expliquées par M. de Humboldt, quand il nous apprend que ce cycle servait aussi à compter, outre les trois décades du mois et les _phases de la lune_, les mois eux-mêmes, les époques des _récoltes_, des _labours_ et des autres travaux de l'année.
Déjà (p. 238), en supposant que _ata_ doit signifier _eau_, et remarquant que son hiéroglyphe est une _grenouille_, suivant les _Muyscas_ eux-mêmes, M. de Humboldt observe que la grenouille, ou le _tétard_, type de l'_homme naissant_, suivant les Egyptiens et les Chinois, de l'_enfant_[30], du _commencement_, du _nombre un_ par conséquent, répond, comme il est très-vrai, au premier caractère _Tse_ de l'un des cycles chinois usités au Japon, celui des heures, lequel sert aussi bien à compter que celui des jours.
En effet, ce nom _ata_ ou _ada_ est encore celui de la grenouille chez les _Abazes_ du Caucase, et s'est même conservé chez nous dans le nom de _têtard_, qui a des rapports éloignés, mais certains avec le _Thoth_, nom du premier mois égyptien.
Dans le nom _tsouïtats_, du premier jour des Japonais, entrent les deux mots, _Souï_, eau et _tats_, dragon, ou _têtard_, animal des eaux et à quatre pattes.
Mais _fifitoi_, autre nom du premier jour japonais, offre _fitoi_ ou _Fito_, homme, et la particule _Fi_, privative, suivant Rodriguez, de sorte que ce nom exprime alors _pas encore homme_, _non homme_, _enfant naissant_, _enfant_, dont le type naturel est le têtard de grenouille en hiéroglyphe, symbole mal compris par _Diodore de Sicile_, lorsqu'il fait dire aux sages égyptiens que, dans les tems anciens, les hommes étaient sortis du limon de leur _fleuve sacré_, le _Nil_; or cet _enfant naissant_ est, avec le caractère figuratif des _eaux célestes_ d'où il semble descendre, l'hiéroglyphe _Tse_, du _nombre un_, dans le cycle chinois et japonais des heures et des jours.
Il y a donc eu ici encore traduction de ce symbole à double sens. Aussi tous ceux qui ont quelque notion de l'écriture toute symbolique des Chinois, savent que le caractère _yng_, _femme enceinte_, où se voit la femme et son ventre proéminent, s'écrit indifféremment avec la clef _tse_ des _enfans_, ou la clef _mong_[31] des grenouilles ou têtards.
Déjà dans son _Essai, publié en_ 1826, M. de Paravey avait montré ces frappantes analogies entre les cycles chinois et japonais, et celui des _Muyscas_: déjà il avait observé, notamment, que l'hiéroglyphe du cinquième jour, _Hisca_, qui offre _le soleil et la lune en conjonction_, suivant les _Muyscas_, était également celui de la cinquième heure, _chin_, en chinois, heure signifiant aussi _conjonction du soleil et de la lune_.
De telles analogies sont démonstratives, ce semble, puisqu'elles forment une série suivie, et supposent des idées astronomiques et symboliques fort compliquées, que le hasard seul ne peut produire chez des peuples distincts. On peut consulter M. de Humboldt à ce sujet.
Mais ces analogies numériques sont bien loin d'être les seules entre les _Japonais_ et les _Muyscas_.
Si l'on examine les noms qui expriment les dignités civiles et sacrées, on retrouve d'abord des deux côtés un _pontife suprême_ et un _chef militaire_, comme aussi une division en _quatre familles principales_, et en _familles nobles_, et _familles du peuple_.
Ici, M. de Paravey s'occupe de ces noms de dignités, et de ces quatre familles, et trouve de nouveaux rapports assez sensibles entre ces deux peuples.
Les trois dignités principales étaient celles de _Zaque_, de _Zippa_, de _Tithua_, chez les _Muyscas_.
Celle de _ZAQUE_ était la première, c'était le titre du souverain de _Hunca_, capitale fondée par _Hunca-Hua_, et portant évidemment son nom, _Hunca_, qui rappelle celui des _Incas du Pérou_, et le nom _King_ qui, en chinois comme en anglais, signifie _roi_; _Cun-din-Amarca_ était le nom de cet empire, dont il fut, dit M. de Humboldt, le premier _zaque_, ou _souverain_, tandis que _Bochica_, à _Iraca_, se trouvait être, lui, le pontife suprême, et ce qu'est au Japon le _Dairi_.
Dans tous ces noms entrent, comme on voit, _Hun_ ou _Cun_; or, il est très-remarquable qu'en japonais, encore actuellement, _goun_, ou _coun_, signifie _seigneur_, chef; et _kouni_, _royaume_, _seigneurie_, qui n'est qu'une modification du _koue_ chinois, qui signifie _royaume_, pays du _roi_, _king_.
Le nom de _djo-goun_, usité au Japon, dès l'an 87 avant J.-C., signifiait le _chef suprême_, le premier des _seigneurs_; _djo_, ayant le sens de _premier_, _supérieur_.
On peut donc supposer que dans _Hunca_, ou la _ville royale_, _Hun_, aspiré, s'est écrit _Gun_ ou _Cun_; et on le peut d'autant mieux que l'empire se nommait en son entier _Cun-din-Amarca_, ou le royaume _Cun_ (_Kouni_ en japonais) d'_Amarca_, nom carthaginois et basque, on l'a déjà dit, nom illustré par la célèbre famille des _Annibal_, famille des _Barca_ où _Marca_, et qui, outre tous les lieux en _Amarca_ déjà cités, se retrouve encore dans le nom _Mayoc-Marca_ de la tour de l'inca à Cuzco dans le Pérou et dans celui de _Cat-Amarca_ du pays de Rio-de-la-Plata[32].
Quant au titre particulier de _ZAQUE_, M. de Paravey cite Rodriguez (p. 116), donnant le titre de _seike_, comme celui _des gouverneurs_ des trois états principaux du Japon: les autres gouverneurs se nommant _kami_ ou _grands_, nom, qui en _Muyscas_, se rend également par _khouma_, d'après M. Klaproth lui-même.
_Soukouy_, en japonais, signifie d'ailleurs _s'asseoir sur le trône_; _sakkara_ est le nom du _trésor royal_; _Fisaki_ est le nom de l'_impératrice_, ou de la femme du _zaque_; et enfin, toujours en japonais, _sougo_[33] est le titre de _commandant militaire_ des provinces.
Le nom de _ZAQUE_, pour celui de souverain, de gouverneur suprême, n'était donc pas inconnu au Japon, et il y existe encore dans les titres de _Seike_, et de _Fi-SAKI_, impératrice, aussi-bien qu'en Amérique dans le nom des _Ca-ciques_.
La seconde dignité des _Muyscas_ était celle des _ZIPPA_, _chefs des provinces_. Or, en chinois, _pa_ est le titre de vice-roi; _pe_ est le titre de _prince_, prononcé _pac_ au Japon, et c'est de là que viennent, on le sait, les titres turcs de _pacha_, et de _beg_ ou _bey_.
Enfin, on l'a déjà indiqué, _sobe_ désigne _un homme en charge_, _un chef_ en japonais, et est très-voisin de _zippa_, étant formé de _so_ ou _sa_, homme, en japonais, et de _pe_ ou _pac_, chef, prince.
La troisième et dernière dignité était, à _Bogota_, celle des _TI-THUA_, chefs des bourgs et tribus; or, en japonais comme en chinois, on sait que _tay_ signifie _grand_ et _chef_, et que _tayou_, est un des titres d'honneur du _djogoun_, titre appliqué encore aux _chefs des tribus_ du nord-est extrême de l'Asie, et du nord-ouest de l'Amérique.
On a d'ailleurs en japonais, _gilo_, pour le titre de chefs des bourgs et de ceux qui font payer le tribut comme le faisaient les _tithuas_ à _Bogota_: _gito_ a pu très-facilement se transformer en _tito_, _titua_[34].
Enfin il existait au _Japon_ comme à _Bogota_, quatre familles principales et les plus distinguées parmi les quatre-vingts familles primitives, dont les noms sont conservés, et forment la noblesse japonaise.
M. de Paravey fait observer ici que cette tradition de quatre-vingts familles primitives, est purement arabe; car d'Herbelot affirme qu'au lieu de supposer huit personnes dans l'arche qui s'arrêta sur le mont _Djioudi_, _en Mésopotamie_, les Arabes et le _Coran_ en font sortir _quatre-vingts_, qui repeuplèrent en premier lieu cet antique centre de toute civilisation, la _Chaldée_, la _Babylonie_ et l'_Assyrie_[35].
Quoi qu'il en puisse être sur ces _quatre-vingts_ familles, voici, d'après M. de Humboldt et le P. Rodriguez, les noms des quatre premières chez les _Muyscas_, où elles élisaient le grand pontife d'_Iraca_, ou le _Dairi de Bogota_; et chez les Japonais, où elles possédaient les principales charges.
+------------------ MUYSCAS. | JAPONAIS. Humboldt, | tome II, p. 225.|Rodriguez, p. 111. ----------------+------------------ 1º Gameza |1º Ghen _ou_ Ghem. 2º Pesca |2º Fei _ou_ Pei. 3º Toca |3º To. 4º Busbanca |4º Kit.
Or l'on voit encore dans ces noms propres, sauf le dernier, une analogie assez remarquable, ce semble.
Quant aux noms de _lieux_, il est évident que _Sogamozo_, autre nom du _séjour_ du grand pontife de _Bogota_, fondateur d'_Iraca_, se trouve presque en entier dans _Sagami_, une des soixante-six provinces actuelles du Japon[36], tandis que le nom _Iraca_, est encore usité au Japon, aussi-bien qu'en Chaldée, dans les noms de rois et de familles nobles, _gos-IRACA-wan-yn_, 77e roi, régnant en 1160[37] et _f-IRAKOU-gho_, famille noble.
Il est évident aussi que _Yamana_, nom de famille[38], a de grands rapports avec _Yemen_, _Yeman_, nom de l'_Arabie-Heureuse_ (ou pays de la _Main droite_).
Il est clair que le nom de famille _Masakado_ (R. p. 110) a quelque analogie avec celui des _moscas_ de Bogota, comme aussi les noms de pays japonais, _Moutsou_ et _Mousasi_ (p. 124), et les noms de famille, _Masou_, _Masa_, _Motsi_ (p. 110), en ont avec le nom de la tribu des _Mozos_, du plateau de Bogota, que cite M. de Humboldt (p. 222).
On pourrait multiplier ces analogies; citer encore au Japon le pays _TsiKOUYEN_, et à Bogota la tribu des _Guanes_; et enfin la contrée japonaise (p. 125), nommée _Nagato_, nom évidemment très-voisin de celui de _Bogota_.
Ces analogies de noms de pays et de familles, ont aussi certainement leur importance, et on a cru devoir les indiquer. M. de Humboldt cite également la rivière _FUNzhe_, qui formait dans les premiers tems un lac immense du plateau de Bogota, et en japonais _Fun_ ou _Foun_ est un des noms de famille, et _foung_ ou _foun_ signifie _boue_ ou _lac boueux_[39].
Mais il faut encore examiner d'autres noms non moins importans, ceux qui tiennent _au culte_, et que voici:
Les prêtres des _Muyscas_, ayant souvent des masques d'animaux symboliques, comme ceux que portaient les prêtres égyptiens, se nommaient _Xéques_, suivant M. de Humboldt; et M. de Paravey, d'après le père Rodriguez, cite (p. 125) une secte religieuse du Japon, nommée _Soke_; il observe que (p. 106) _saghéo_, _saighio_ est en japonais le nom des livres contenant les _vies des religieux_ ou des _prêtres_; que _gikai_ veut dire[40] _observance de la règle_, de sorte que _Xéque_ ici voudrait dire: _régulier_, _homme soumis aux règles_, c'est-à-dire, _religieux_ ou _prêtre_.
Il observe même que l'un des noms de l'homme barbu, civilisateur des _Muyscas_, le nom de _Bochica_, a de singuliers rapports avec les noms _Fo_ et _Che-kia_, du fondateur célèbre du _bouddhisme_, religion très-anciennement portée à la Chine, puis au Japon, et qui y subsiste conjointement avec le culte des _astres_; suivant M. Titsingh, un des résidens hollandais en ce pays[41].
Or, en ce dernier pays, le nom de _Fo_, se prononce _Bou_ et _Bo_ et même _Bouppo_, et son nom de famille _Che-kia_, où il serait possible de voir le titre _Scheik_ des Arabes avec une finale _ia_, se prononce _chaka_; le nom de _Bochica_ des _Muyscas_ serait donc formé de la réunion des deux noms du célèbre _Fo_, _Bochaka_ ou _Bochica_, et la classe des _xéques_ serait celle des sectatateurs de _Che-kia_, ou du _scheik_ arabe qui a dû fonder cette secte antique, dans l'_Inde_ et dans le _Fou-sang_ des livres chinois, c'est-à-dire, en Amérique.
Mais ce mystérieux _Bochica_, type et fils du soleil, se nomme aussi _Sua_ ou _Zuhé_, nom du _soleil_ chez les _Muyscas_; tandis que sa femme, non moins célèbre, se nomme _Chia_, du nom de la _lune_, où elle est censée exister, et aussi _Huythaca_ ou _Huethaca_, _Guethaca_, suivant M. de Humboldt.
Or, précisément la _lune_ se nomme _gouat_ ou _guet_, _guets_ dans Rodriguez et Thunberg (_Vocabulaire_ japonais), c'est-à-dire, qu'elle a le même nom que chez les _Muyscas_, à la finale près, _GUET-haca_, _Huet-haca_.
Le nom du soleil, _Sua_, nom qui, écrit _Sué_, signifie blanc, se retrouve évidemment prononcé _joua_, _joue_, dans les mots japonais _JOUAki_, _il fait jour_, et _JOUki_, neige, c'est-à-dire, blanc; adouci en _Sou_, il a aussi en japonais, comme dans une foule d'autres langues, le sens de _Seigneur_, de _Dieu_, et se retrouve évidemment dans le sanscrit _Souria_, soleil, mot très-voisin du japonais _siroï_ ou _suroï_, blanc.
Le dimanche ou jour du soleil, se nomme à la vérité _nitie-yo_, en japonais, mais le lundi s'y appelle _gouet-yo_, où apparaît encore le nom muyscas _GUET_ ou _huethaca_, et il est à remarquer que les jours de cette semaine des Japonais, comme de celle des Indiens, répondent précisément aux mêmes planètes que les nôtres.
On voit donc qu'à quelques nuances près, les noms muyscas et japonais sont encore les mêmes pour le soleil et la lune.
Si l'année, ou période de vingt lunes, se nomme _zocam_ en muyscas, ce qui rappelle les _yogam_ ou périodes de tems des Indous, _toka_, facilement dit _tsoka_, est le nom du _tems_ en japonais; l'année de douze mois en particulier s'y nommant _tosi_, et _tsouka_ étant d'ailleurs, en japonais, le nom du mois ou de la _lunaison_, autre période du tems, fermant le _zocam_ muyscas.
Les lunaisons mêmes se nommaient _suna_ ou _souna_, chez les Muyscas, dit M. de Humboldt, et il en donne une étymologie douteuse et éloignée; tandis que ces peuples intercalant des _lunes_, par un artifice qu'il explique, on peut tirer ce nom du nom primitif de la lune intercalaire, en chinois _joun_ et _soun_ en japonais; lune que M. de Humboldt cite lui-même, sans penser à l'analogie frappante de ce nom avec le _suna_ des Muyscas. Si la _nuit_, en muyscas, se nomme _sa_ ou _za_, on peut y voir l'abrégé du nom japonais _joSAri_, mot complexe, puisque _jo_, ou _yo_, ou _ia_ seul est la numérale et le nom des nuits en japonais[42], de sorte que l'autre nom de la lune, _chia_, en _muyscas_, a dû signifier quelque sens analogue à celui de _dame de la nuit_, ou _reine des ténèbres_.
Toutes les moindres nuances se retrouvent donc ici dans les noms astronomiques des deux peuples; et il n'est pas jusqu'à ce pauvre prisonnier, cet enfant nommé le _guesa_, qui était saisi dans quelque course guerrière, et élevé dans le temple du soleil, ou le _chun-sua_ d'_Iraca_, pour être immolé à l'âge de quinze ans, dans la _pleine lune_ de chaque _indiction_, qui ne trouve l'étymologie de son nom en japonais; car, en cette langue[43], _man-gueso_ est le nom de la _pleine lune_; c'était donc le _gueso_, ou _guesa_, l'_enfant_, la victime _de la pleine lune_, _man-gueso_; et c'est à tort que le chanoine Duquesne traduit ce nom par _errant_, ou _sans-maison_ (_gué_ en muyscas étant le nom de la maison).
Cet enfant, en effet, avait pour maison le _temple du soleil_; et l'idolâtrie stupide qui l'y faisait élever avec soin, pour l'y immoler, afin de se partager son sang après son décès et d'offrir son coeur au mystérieux _Bochica_, rappelle évidemment le culte presque aussi barbare des Égyptiens, qui, dans leurs temples magnifiques, par un autre calcul astronomique, immolaient tous les vingt-cinq ans leur boeuf _Apis_, après lui avoir rendu des honneurs absurdes et l'avoir élevé avec le plus grand soin.