Mélusine Nouvelle édition, conforme à celle de 1478, revue et corrigée
Part 16
Or nous dist l’istoire que les barons qui c’estoient partis aprez le relever de la royne Hermine senglèrent tant par la mer qu’en brief temps ilz perceurent le port de la Rochelle et y arrivèrent, au plaisir de Dieu, à grant joye, et retrairent tout le leur en la ville, et se refreschirent par l’espace de trois jours, et puys s’en partirent et errèrent tant qu’ilz arrivèrent à Lusignen, où ilz trouvèrent Raimondin et Melusine et leurs aultres enfans, qui les receuprent à moult grant joye. Et adonc ilz leur baillèrent les lettres du roy Urian et de Guion leurs deux filz; et quant ilz eurent oy et veu la teneur des lettres, ilz furent grandement joyeulx, et loèrent moult devotement nostre seigneur de la bonne adventure qu’il avoit donné de sa grace à ses enfans, et donnèrent moult de riches dons aux barons qui avoient apportez les nouvelles. Et en ce temps fonda Melusine l’eglize de Nostre-Dame de Lusignen et pluiseurs aultres abbayes en celluy pays en Poetou, et les renta moult richement. Et fut adonc traité le mariage de son filz Odon à la fille du comte de la Marche, et en fut fait la feste moult grande et moult noble dessoubz Lusignen en la prarie. Et la feste durant, arrivèrent à la Rochelle les barons du Poetou qui c’estoient dernièrement partis de Chippre; mais quant ilz sceurent les nouvelles de la feste, ilz montèrent moult joyeusement à chevau, et tant chevauchèrent qu’ilz vindrent à Lusignen trois jours au devant de la departie de la feste, et là firent reverence au père et à la mère moult honnourablement, et presentèrent leurs lettres. Et quant Raimondin et Melusine sceurent certainement de leur filz Guion les nouvelles qu’il estoit roy d’Armanie, et aussi des aultres victoires qu’il avoit eu sur les paiens, ilz en louèrent nostre seigneur Jhesucrist moult devotement, et furent les messagiers receups à moult grant joye de tous costez, et eubrent de beaulx dons et riches; et se refforcha la feste, et dura plus de huict jours entiers pour l’amour de ces nouvelles et nobles.
L’istoire nous dist que Anthoine et Regnauld furent moult joyeux quant ils oyrent les haultes et nobles nouvelles des conquestes et victoires que leurs frères avoient eues sur les mauvais Sarrazins, et de l’onneur que Dieu leur avoit faict en cy peu de temps que d’avoir conquesté deux nobles royaulmes. Et disdrent l’ung à l’aultre: Mon treschier frère, je vous diray que doresmais seroit temps que nous allissions charcher les adventures par le monde, car pour cy demourer ne pourrons-nous conquester ne los ne pris. Adoncques vindrent à leur père et à leur mère en disant moult humblement: Monseigneur et vous madame, se il vous plaisoit, il seroit bien temps que nous alissions par le monde à nous adventures pour acquerir l’ordre de chevalerie, car ce n’est pas de l’intention de nul de nous de la prendre fors que au plus prez que nous pourrons l’avoir, comme Guion et nos frères l’ont eue; combien que nous ne sommes pas dignes de l’avoir si tresnoblement ne en si noble place; mais, se Dieu plaist, c’est notre intention d’en faire bonne diligence. Et lors elle respondist: Beaulx enfans, s’il plaist à monseigneur vostre père, il me plait bien. Par foy, dist Raimondin, dame, faictes-en vostre voulenté; car ce qu’il vous plait me plait. Sire, dist Melusine, il me semble qu’il est bon que desoresmais ilz commencent à voiager pour congnoistre le monde et les estranges marches, et aussi pour estre congneus et congnoistre le bien et le mal; et à l’aide de Dieu je y pourvoieray si bien qu’ilz auront bien de quoy paier leur despence. Adonc les deux enfans se agenoulèrent devant leurs père et mère en les remerciant moult humblement de la haulte bonté et de l’onneur qu’ilz leur promettoient faire. Et cy se taist ung peu l’istoire à plus parler d’eulx, et parle d’aultre matère; mais assez tost je y retourneray.
En ceste partie nous dist l’istoire que ès parties d’Alemaigne, entre Loraine et Ardanne, avoit en ce temps moult noble terre qui estoit appelée la conté de Lucembourg, qui ores est appellé duché; et pourtant l’appelleray-je en ceste histoire duché; pour lors, que je dis, y estoit mort ung vaillant prince qui fut moult renommé, et eut nom Asselin, qui fut nommé sire du pays; et n’avoit demouré de luy nul héritier que une fille, laquelle estoit nommé Cristienne, et fut moult belle et bonne. Et avoit en la terre de Lucembourg moult noble et grant foison de chevalerie et escurie, qui tous firent hommaige à la pucelle comme à la droitte héritière. Pour celluy temps en Anssay eut ung puissant roy auquel n’estoit demouré de sa femme que une fille, de laquelle elle trepassa en gessine; et fist le roy nourir celle fille, qui eut nom Melidée, honnourablement. Or advint que il oyt nouvelles que le seigneur de Lucembourg estoit trespassé, et ne lui estoit demouré que une fille qui estoit moult belle. Adoncques le roy d’Anssay la fist demander pour estre sa femme. Mais la pucelle ne se voulsist oncques accorder, dont le roy d’Anssay fut moult doulent, et va jurer Dieu, comment qu’il fut, que se il povoit qu’il l’auroit. Adoncques fist son mandement et deffia la pucelle et tous ses aidans; adoncques quant les barons, les nobles et les communes du pays le sceurent, ilz jurèrent, puisque leur dame ne le vouloit prendre à mary, qu’ilz luy monstreroient qu’il avoit tort vers la pucelle et eulx. Et tantost ilz firent garnir leurs fors et leurs pays, et se trairent la plus grant partie des barons au bourc et au chasteau de Lucembourg avec Cristienne, qui estoit leur propre dame. Que vous feroie-je ores long parlement? ilz n’estoient pas pour lors assez fors pour combatre le roy, car il venoit à moult grant effort, et dommageoit moult le pays, et s’en vint tout ardant planter le siége devant Lucembourg. Et de fait il y eut pluiseurs escarmouches, et y eut moult grant perte d’ung costé et d’aultre. Or advint qu’il luy eut ung homme qui estoit moult terrien et ung des plus grans gentilz hommes du pays, qui avoit esté avec le roy Urian, et à la conqueste de Chippre et aux victoires qu’il avoit eu sur les Sarrazins, lequel s’en estoit revenu avec les premiers Poetevins, qui estoit piecha venu à Lusignen comme vous avez oy dessus; et lui avoient Melusine et Raimondin donné de moult beaulx dons et beaulx joyaulx; et avoit veu Regnault et Anthoine, qui jà estoient moult fors et grans, et de moult forte contenance et fière; et luy sambloit bien que ilz deveroient assez ensievyr la condition et meurs et la manière de leurs frères et leur haulte proesse et entreprise; lequel gentil homme estoit moult vaillant homme d’armes, et estoit dedens Lucembourg, que le roy avoit jà assiegé. Adonc celluy, qui estoit saige du mestier d’armes et de la guerre, trait les nobles du pays à part, et leur dist en ceste manière: Beaulx seigneurs, vous povez bien appercevoir que, au loing aller, nous ne povons resister à la puissance de cestuy roy; pour laquelle chose, se il vous samble bon, mon oppinion seroit de y pourveoir remède plus tost que plus tart; car il fait bon fermer l’estable devant que le chevau soit perdu. Et adoncques ceulx respondirent: C’est vérité; mais nous ne povons, ne ne voions pas qui y peut remedier sans la puissance de Dieu. Non par foy, dist celluy, sans la puissance de Dieu ne peut-on gaires faire de choses; mais avec ce fait-il bon aide qu’il le peut faire. Par Dieu, dient-ilz, c’est une bonne raison et pure verité; se vous sçavez nul bon chief pour nostre pucelle garder et aussi pour nostre prouffit, si le dictes, et vous le ferez bien; car vous y estes tenu pour ce qu’elle est vostre souveraine dame comme à nous. Adoncques prend le gentil homme la parolle et leur va tout compter de chief en chief comment Urian et Guion, son frère, c’estoient partis de Lusignen, et toute l’adventure de leur voiage et de leur noble conqueste, l’estat de leur père et mère, le maintieng de Anthoine et Regnauld, et qu’il sçavoit de certain que qui iroit requerre le secours aux deux frères, qu’ilz luy viendroit à grant puissance, qui leur compteroit le fait. Par foy, disdrent les nobles, vous dictes moult bien. Adoncques mandèrent Cristienne et luy comptèrent mot à mot cest affaire. Et elle leur dist: Leaulx seigneurs, je vous recommande ma terre et la vostre, et en faictes comme il vous samble pour le mieulx en l’onneur de moy et de vous; car sachiés de certain, pour mourir ne estre desheritée, je n’auray jà le roy d’Anssay à mary; non mie qu’il ne vaille mieulx que pour moy, mais pourtant qu’il me veut avoir par force. Et ilz luy respondirent: Ne vous en doubtez jà, madame, car, se Dieu plait, il n’aura jà tant de puissance tant que nous nous aiderons du corps. Seigneurs, dist la pucelle, moult grans mercis. Et lors se departist de là. Adoncques ung des barons reprint la parolle en disant au gentil homme en ceste manière: Vous qui nous avez mis en ceste querelle, dictes-en tout ce qu’il est bon de faire. Par foy, dist-il, je le feray voulentiers; et se il vous samble bon vous me baillerez deux de vous aultres, et irons veoir à Lusignen sçavoir se nous pourrons trouver chose qui nous soit prouffitable. Par foy, dient-ilz, nous le ferons voulentiers. Adoncques choisirent entre eulx, c’est assavoir deux des plus notables pour aler avecques luy, et s’en partirent environ le premier somme, montez sus chevaux d’avantaige, et saillirent par une poterne, et passèrent à l’ung des costez de l’ost, que oncques ne furent veus; et se exploitèrent tant qu’ils vindrent environ soleil levant à huit grosses lieues de là, et se pennèrent moult fort de chevaucher tant comme ilz peurent. Et cy se tait l’istoire ung peu de parler d’eulx, et parle de Melusine et de ses enfants, assavoir de Regnault et Anthoine.
L’istoire nous dist que la feste fut moult grande dessoubz Lusignen en la prarie, et y jousta-on moult bien vaillamment; mais sur tous les jeunes damoiseaulx qui là estoient, Anthoine et Regnauld joustèrent le mieulx, au dit des dames qui là furent, et aussi des chevaliers; et y eut donné moult beau pris et riches dons et joyaulx. Mais endementiers Melusine pensoit à l’estat de ses deux filz, et leur fist faire de moult et de riches et grans habis, et se pourveoit de nobles hommes et saiges pour eulx gouverner honnourablement par tout là où ilz iroient. Et pendant ce temps vindrent les embassadeurs de Lucembourg, qui firent moult honnourablement la reverence à Raimondin et à Melusine, et aussi à toute la compaignie, et ilz furent moult liement receups, et fut tantost congneu le chevalier qui avoit esté à la conqueste de Chippre en la presence de pluiseurs qui là estoient, et fut moult grandement festoyé. Et luy demanda Anthoine, pour le bien qu’il avoit oy dire de luy, se il luy plairoit de aller avec luy et avecques Regnauld son frère en voiage où il avoit intention d’aller, à l’aide de Dieu, qu’il seroit moult bien guerdonné. Et il lui demanda: Monseigneur, où avez-vous intention de aller? Et Anthoine luy respondist: A l’adventure que nostre Seigneur nous vouldroit donner pour trouver et avoir honneur de chevalerie. Par ma foy, dist le chevalier, et je vous enseigneray la plus belle adventure et la plus honnourable que jamais gentilz hommes eussent en eulx adventurant, et la plus honnourable entreprise. Et quant les damoiseaulx l’entendirent, ilz le vindrent acoler en lui disant en ceste manière: Noble homme, vueillez nous dire que c’est. Par foy, messeigneurs, voulentiers, tant pour ce que je seroie bien joyeulx de vostre advancement et de raison soustenir, et de manifier le bien faire, et de admonester tous ceulx qui vueillent avoir honneur de ensievyr le chemin et la voye de bien et honneur avoir.
Mes chiers seigneurs, il est verité que tous ceulx qui veullent et aiment verité et honneur et chevalerie, ilz doibvent aidier à soustenir en leurs drois les vefves, dames et orphelins, et orphelines. Et pourtant, mes treschiers seigneurs, il est ainsi que en la marche de Lorraine et d’Ardanne a une moult riche contrée et noble, que on appelle la duché de Lucembourg, laquelle duché a par long temps gouverné comme son propre heritaige et demaine ung tresnoble et vaillant homme. Or advint que depuys ung peu de temps en cha, celluy noble homme est allé de vie à trespassement, et n’est demouré nul heritier fors que une tresnoble et belle pucelle, à laquelle tout le pays et bonnes villes ont fait hommaige. Et, mes treschiers seigneurs, plaise vous sçavoir que le roy d’Anssay la demande à femme; mais elle pour riens qu’il soit ne s’i est voulu consentir, pour ce qu’il a esté autresfois marié; lequel roy d’Anssay en a tel despit qu’il a deffié la pucelle et tout son pays, et y est entré à banière desploiée, faisant guerre de feu et de sang, et tout ce fait par son oultrage, sans cause et sans raison, et a assiegé la pucelle et ses gens en sa ville de Lucembourg, et a juré qu’il n’en partira jamais jusques à ce qu’il l’aura prise, et dict que comment qu’il soit, il l’aura par force ou par amour. Donc, messeigneurs, il me samble qu’il n’y a au monde plus honnourable voiage, ne plus raisonnable que cestuy; car tous ceulx qui aiment honneur et gentilesse doibvent celle part tirer. En bonne foy, dit Anthoine, vous dictes verité, et sachiés que je parleray à madame, assavoir moult l’aide que monseigneur mon père et elle nous vouldront faire; et comment qu’il soit, à l’aide de Dieu, nous irons secourir la pucelle que le roy d’Anssay veult avoir par force, dont il me samble qu’il est mal conseillé; car quant on les a euz par leur bon gré accordez à la loy de mariage, si y a il aulcune fois entr’eulx grant riote et grant discorde. Par foy, monseigneur, dit lors l’escuier, c’est pure verité; mais s’il vous plaist aprendre le voiage, moy et mes compaignons, deux gentilz chevaliers qui cy sont venus avec moy, vous y conduirons et vous aiderons de tout nostre povoir. Et adonc les frères luy respondirent: Grans mercis, et sachiés que là nous irons au plaisir de Dieu. Et atant ilz s’en vont vers leur mère, et l’escuier s’en retourna vers ses compaignons, et leur dist comment il avoit exploité en ses parolles, et que sans leur requeste auroit le secours des deux frères, et seront encores prié de les y conduire, et leur disoit toute la manière comment il avoit compté le fait aux deux frères en demonstrant que c’estoit aulmosne bien grande de aidier à la noble et bonne pucelle, sans ce que les frères sceussent qu’ilz feussent de riens tenus à elle. Or vraiement, dirent les deux barons, c’est tressaigement besoingné; or en soit Dieu loué.
Or nous dist l’istoire que Anthoine et Regnauld vindrent à leur père et mère, et leur denoncèrent ces nouvelles, en leur requerant que ilz leur voulsissent aidier à faire ceste entreprise. Par foy, dame, dist Raimondin, en ceste raison cy a moult bel commencement d’armes faire. Et pourtant je vous prie treschièrement que vous leur faictes leur arroy tel et si honnourable que y ayons honneur et prouffit. Par foy, dit Melusine, et pour vostre voulenté acomplir je m’en efforceray aprez la departie de ceste feste, et acompliray vostre commandement tellement, se Dieu plaist, que vous en serez content. Adoncques fist crier à la trompette que tous gentilz hommes du pays et aultres quelconques, que ilz sceussent, qui vouldroient aller aux gaiges de Anthoine et de Regnauld de Lusignen, que ilz se trouvassent dedens ung jour, à Lusignen, qui seroit nommé; et que là seroient paiez de leurs gaiges tout entierement pour ung an. Et aussi le fist crier par tout le pays de Poetou, et par toutes marches d’environ; et ne demoura que la feste se departist tantost dont je vous avoie parlé, et se departit moult honnorablement et amiablement, et se retrahit chascun en son pays. Et si me tairay de la feste, et vous diray comment Melusine fist l’appareil de ses deux enfans pour eulx en aller au secours de la pucelle.
En ceste partie nous dist l’istoire que dedens le jour que Melusine eut fait annoncier et crier les gaiges, se assemblèrent en la prarie de Lusignen moult grant foison de gentilz hommes, tant de Poetou comme des marches voisines d’entour, lesquelz furent nombrez à quatre mille bassines et cincq cens que archiers, que arbalestriers. Et sachiés qu’il n’y avoit nulz paiges, fors gros varlés d’armes armez de gros jaques et capellines; et furent logez en tentes et pavillons, et si bien ordonnez que chascun s’en louat. Et leur fist Melusine delivrer et paier leurs gaiges tout entierement pour ung an. Et tandis qu’elle faisoit leur appareil, les deux frères tenoient l’escuier en parolles, et les deux barons aussi, en leur demandant de l’estat de la pucelle et de son pays; et ceulx leur en dirent la pure verité, et estoient moult joyeulx en cuer de l’apparence du noble secours que ilz veoient si prestement appareiller; car ilz eussent bien pris en gré à demy an tel appareil. Adoncques commencèrent moult devotement à louer nostre Seigneur Jhesucrist et la vierge Marie, sa benoiste et doulce mère. Et quant ilz congneurent toutes ces choses, ilz envoièrent puntement ung message aux barons de Lucembourg, et pour leur anoncier et faire assavoir le noble secours que Dieu leur envoioit, dont ilz furent moult esjouys. Et aprez, les barons vont dire les nouvelles à la damoiselle, qui moult s’en reconforta, et commença moult devotement à loer Dieu son createur. Et adoncques quant la damoiselle oy la nouvelle et fut espandue par la ville, ilz eurent chascun si grant joye que ilz ne povoient plus, et firent adoncques sonner les trompettes et les menestriers; et firent moult grant feuz par les carefours de la ville, disant à haulte voix ces parolles: Joye et victoire à nostre pucelle. Et quant ceulx de dehors les oyrent, ils s’en donnèrent si grant merveille, et le allèrent noncer au roy, qui adoncques fut trespensif. Et lors lui vint certaine personne qui lui dist: Sire roy, soiez sur vostre garde, car ceux de la ville si se actendent d’avoir secours bien brief. Par mon chief, dist le roy, je ne sçay, ne ne puis sçavoir en nulle manière adviser dont secours leur peut advenir; je ne me doubte pas que je ne les ayes ou par force ou par famine. Et ainsi se asseura le roy d’Anssay; mais depuys il s’en trouva bien deceup. Or vous lairay au present de plus parler de luy et commenceray à parler de Melusine, et comment elle eut tout accomply ce qu’il failloit à ses deux enfants; elle les fist faire chevaliers à leur père et y eut bel behordis en la prarie de Lusignen; et en y eut trois aultres chevaliers en celle journée pour l’amour des deux frères; et eurent chascun robes, chevaux et harnois, de la finance largement, et fut tout prest comme pour mouvoir.