Mélusine Nouvelle édition, conforme à celle de 1478, revue et corrigée

Part 10

Chapter 103,368 wordsPublic domain

Or dist l’istoire que tant demeurèrent les frères à Rodes, que le maistre eut fait son assamblée de six gallées où il avoit moult d’aspres gens d’armes et grant quantité de bons arbalestriers; et vont tant vaugant par la mer qu’ilz approchèrent de l’isle de Coles, et vont appercevoir grant fumière. Adoncques le grant maistre de Rodes, qui fut en la gallée, va dire à Urian: Sire, en bonne foy il seroit bon que on envoiast vers celle isle ung rampin ou deux, assavoir se il y a gens, et s’ilz n’y sont, il n’y a gaires qu’ilz s’en sont allez. Il me plaist bien, dist Urian. Et adoncques ils envoyèrent; et le rampin s’en va senglant à effort de nager, tant qu’ilz vindrent à l’isle; et y descendirent pluiseurs, et y trouvèrent grant foison de feus et de logis, dont à l’expérience qu’ilz virent, il leur sambla qu’il y povoit bien avoir logé quelque .xxx. mille hommes d’armes, et que ilz povoient avoir là sejourné par quatre ou cincq jours; car ilz trouvèrent au dehors des logis grant foison de cornes de bestes mortes. Adoncques se retrairent au vaisseau, et vindrent à l’encontre de nos gens et leur disrent tout ce qu’ilz avoient trouvé. Par foy, dist le maistre, je croy que ce sont Sarrazins qui s’en vont au souldan vers le siége, et que ceulx que vous avez desconfis, dont vous nous avez donné la fuste de leurs vaisseaulx, estoient de leur compaignie, et les attendoient en celle ysle; et pour certain si estoient-ilz. Et à tant en laissèrent le parler, et s’en vont tout senglans par mer tant qu’ilz visrent une abbaie sur la mer, qui estoit sur une montagne, et y aouroit-on monseigneur saint Andrieu. Et dist-on que là est la potence où Dimas le bon larron fut mis en la croix quant nostre seigneur fut mis en la croix pour nostre redemption. Sire, dist le maistre, il seroit bon à entrer en ce petit port, tant que vous et moy eussions envoyé à Lymasson pour en sçavoir des nouvelles, et pour sçavoir moult s’ilz nous vouldroient recepvoir pour mestre nostre navire à saulveté dedens leur clos. Maistre, dist Urian, or en soit fait au nom de Dieu. Lors arrivèrent et entrèrent au port, et mandèrent au port et à l’abbaye que ilz ne se doubtassent pas, car ils estoient leurs amis, et le maistre de Rodes estoit avec; et quant ceulx ouyrent les nouvelles, ilz furent moult joyeulx, et avallèrent du cap monseigneur saint Andrieu, et firent moult grant joye à nos gens, et envoièrent à Lymasson ung de leurs frères anoncier la venue du secours qui venoit pour secourir le roy en son pays. Adoncques quant ung capitaine du lieu, qui estoit chevalier, ouyt la nouvelle, il fut moult joyeulx, et fist tantost arriver une galliote et se mist dedens, et en peu d’eure il vint à nos gens, et demanda le seigneur de ceste armée, et celluy à qui il le demanda le mena là où Urian, Guion son frère, le maistre de Rodes et pluiseurs d’aultres barons estoient en ung riche pavilon qu’ilz avoient fait tendre sur la rue du port, et lui monstra Urian, qui se seoit sur une couche avec luy, son frère et le maistre de Rodes. Et quant le chevalier l’apperceut, il fut moult esbahi de la grandeur et de la fierté de luy, et neantmoins il le va honnourablement saluer, et Urian le receut moult doulcement. Sire, dist le chevalier, vous soiez le tresbien venu en ce pays. Beau sire, dist Urian, moult grans mercis. Sire, dist le chevalier, on m’a donné à entendre que vous estes partis de vostre pays à intention de venir aidier au roy de Chippre. Par foy, dist Urian, il est vray. Donc, sire, dist le chevalier, c’est raison que on vous œuvre par tout là où vous vouldrez par le royaulme de Chippre, par toutes villes et fortresses là où il vous plaira à aller; mais quant est de celle qui est à mon tresredoubté seigneur le roy de Chippre, elle vous sera appareillée et ouverte quant il vous plaira, et aussi le port ouvert pour mettre vos vaisseaulx à saulveté. Par foy, dist Urian, sire, vous dictes bien, et tresgrant mercis. Sire chevalier, il en est doncques temps de mouvoir, car mon frère et moi avons grant desir de nous approcher de ses Sarrazins, non pas pour leur prouffit, mais pour leur dommaige, se il plaist à Dieu que nous le puissions faire. Sire, dist le chevalier, il est bon que vous facés traire hors de vos chevaux tant que il vous plaira, et prenez de vos gens, si nous en irons par terre. Par foy, dist Urian vous dictes tresbien. Et ainsi fut fait; et fist Urian armer jusques au nombre de .iiij. cens gentilz hommes des plus haultz barons, chevaliers et escuiers, et luy-mesmes et son frère s’armèrent et montèrent à chevau, et allèrent, bannière desploié, brodée d’argent et d’asur à l’ombre d’ung lyon de gueule, en moult belle ordonnance. Et le maistre de Rodes et les aultres se esquippèrent en la mer, et s’en allèrent vers le port. Adoncques Urian chevaucha tant, luy et sa route, avecques le chevalier qui les guidoit, qu’il vint en la ville, et furent moult bien logez. Et adonc vint la navire ferir au port, et fist-on traire les chevaux hors de la nef, et tout ce qu’il leur pleut, et se logèrent aux champs au hors de la ville en tentes et pavillons; et ceulx qui n’en avoient aulcuns se logèrent et firent leurs logis au mieulx qu’ilz peurent; et fut moult grant beaulté à veoir l’ost quant il fut logé. Les plus haultz barons se logèrent en la ville, et la navire fut traite, et firent bouter au clos; et ilz commirent bonnes gens et bons arbalestriers pour la deffendre et garder le clos se Sarrazins y venissent pour mal faire. Or vous laisseray à parler ung peu de Urian, et vous diray du capitaine de la ville, qui moult bien advisa l’ost et le maintien des gens, et moult le prisa en son cueur; et dist bien que c’estoient gens de fait et de grant entreprise, quant si peu de gens entreprenoient d’avoir victoire contre le fort souldan, qui avoit plus de cent mille Sarrazins. Et à tout rompre, Urian n’avoit mie encores, à compter les gens du maistre de Rodes, plus de quatre mille combatans; si le tient à grant audace de cueur et à grant vaillance. Et quant il considera la grandeur et la fasson de Urian et la fierté de son visaige, et aussi de Guion son frère, il dist à ses gens: Ceulx sont dignes de conquerir tout le monde. Et il dist en soy mesmes que Dieu les avoit envoyé là de sa benigne grace pour secourir le roy et pour exaulcer la foy cristienne, et qu’il le mandera tantost au roy par certain messagier.

L’istoire dist que le chevalier fist faire un brief où il fist mettre tout en escript la matère de Urian et de son frère, et de leurs gens, et de leur venue, et comment les deux frères avoient eu nom, et de quel pays ilz estoient; et aprez il appella ung sien nepveu, et lui dist en ceste manière: Il faut que vous portez ceste lettre à Famagosse, et la baillez au roy, et quoy qu’il adviengne, dont se Dieu plaist ne vous adviendra que bien, force est que vous le facés. Par foy, sire, dist-il, vous mettez et moi et les lettres en tresgrant adventure; car se par aulcun meschief comme il advient souvent, dont Dieu me vueille garder, se j’estoye priz de Sarrazins il n’est riens de ma vie, et vous le sçavez bien; mais pour l’amour de vous, mon oncle, et du roy faire confort et donner cueur et esperance d’estre mis au plaisir de Dieu à delivre du peril mortel où il est, je m’en metteray en l’adventure. Et je prie à Dieu devotement qu’il luy plaise de sa benigne grace de moy mener et ramener à saulveté. Par ainsi doibt-on servir son seigneur, et, se Dieu plaist, il vous sera bien merité. Et adoncques il prinst la lettre et monta sur ung petit courcier de Barbarie, et se met au chemin. Mais vous lairay à present de plus parler de luy tant que temps en sera, et je m’en retourneray où j’ay laissé à parler de Urian, comment il se gouverna cependant que le messagier alla par devers le roy, combien que il ne le sçavoit pas.

L’istoire dist que Urian appella le maistre de Rodes et le capitaine du lieu, et leur demanda ainsi: Beaulx seigneurs, le souldan est-il gaires jeune homme, ne de grant emprinse? Et ilz respondirent que ouy pour certain. Et comment, dit Urian, fut-il oncques mais au lieu du cap faire guerre que ceste fois? Ils respondirent que non. Et qui doncques, dist Urian, l’a meu de passer la mer maintenant, puys qu’il est homme de prise? Je m’esmerveille qu’il s’en est tant tenu à ce que vous luy estes prez voisins, et aussi qu’il a si grant puissance, ainsi comme on m’a dit. Par foy, sire, dist le capitaine, il est bien vray que nostre roy a une tresbelle fille de l’age de quinze ou de seize ans, laquelle le souldan a voulu avoir par force, et nostre roy ne luy a voulu accorder se il ne se faisoit baptiser. Et vueillez sçavoir que tousjours nous avons eu trèves ensamble, et, par devant ce, les nostres, de si longtemps qu’il n’est memoire du contraire; et quant le souldan a veu que nostre roy ne luy a voulu accorder sa fille, il luy a envoyé la trevoye avecques une deffiance; et estoit jà sur la mer à tout bien cent et .l. mille Sarrazins, et s’en vint bouter au havre, et fist tantost son harnoys traire à terre, et vint mettre le siége soudainement devant Famagosse, où il trouva le roy tout despourveu de sa baronnie, qui ne sçavoit riens de sa venue. Mais depuys ilz sont entrez assez gens malgré luy, et y a eu maintenant belle escarmouche où il y a eu moult grant perte d’ung costé et d’aultre. Et depuys se sont les Sarrazins refrechis par deux fois de gens nouveaulx, tant qu’ilz ont bien maintenant cent mille; mais à ce dernier voiage ilz ont perdus une partie de leurs navires et de leurs gens que ilz ont attendu en l’isle de Coles; car une nostre gallée de la noire montaigne qui les poursuivoit nous a dit que ilz mirent en chasse deux gallées de l’ospital, et sachiés qu’ilz ne sçavent qu’ilz sont depuys devenus, car depuys ilz attendirent bien par l’espace de six jours en l’isle; mais quant ilz virent qu’ilz ne revenoient point, ils s’en partirent et s’en vindrent au siége. Par foy, sire, dist le maistre de Rodes, cecy pourroit estre bien vray; mais voiez cy monseigneur Urian et son frère, qui en sçauroient bien respondre, car ilz ont esté tous mors et desconfis, et nous ont donné leurs fustz et leur navire. En bonne foy, dist le chevalier, ce me plaist moult, et loé en soit Dieu. Monseigneur, dist le capitaine, or vous ai-je compté pour quoy la guerre est mue, et pour quoy le souldan a passé la mer. Au nom de Dieu, dist Urian, amours ont bien tant et plus de puissance que de telle entreprise faire. Et sachiés, puys que le souldan l’entreprist par force d’amours, tant est-il plus à doubter, car il est vray que amours ont tant de puissance qu’ilz font de coups hardis, et de faire tresgrant entreprise, et que au devant il ne l’osast passer; et pourtant dont il est tout certain à ce que le souldan est hardi et entreprenant que tant se fait-il plus à doubter; toutesfois soit faicte la voulenté de nostre Seigneur, car nous partirons d’icy, au plaisir de Dieu, demain au matin aprez le service divin, pour les aller visiter. Adonc a fait crier à la trompette que chascun apprestast son harnois et s’en partist au tiers son de la trompette en bonne ordonnance, chascun dessoubz sa banière, et qu’ilz suivissent la bataille de l’avant-garde, et ilz si firent. Là peussiés ouyr grant martellis à reclaver petites plates gantelles, harnois de jambes, aserrer lances, et chevaux tourner, costes d’acier, et jasserans, et abillier et mettre à point toutes choses necessaires. Et sachiés qu’en celle nuyt commanda Urian moult fort à faire le guet à ung vaillant chevalier de son ost, à cinq cens hommes d’armes et cinq cens arbalestriers. Or vous laisseray ung peu de plus parler de luy, et revendray où j’ay laissé, c’est assavoir du nepveu du capitaine, qui moult fort chevauche et s’en va vers Famagosse; et tant exploita son chemin qu’il vint environ minuyt au cornet du boys sur une petite montaigne et regarda en la vallée; et lors commença à veoir l’ost des Sarrazins, où il y avoit moult grant clarté de feuz qui se font par les logis, et apperçoit la cité si environnée de Sarrazins que il ne sceut de quelle part traire pour entrer en la ville; et là fut long temps en celle pensée. Or advint que environ le point du jour .iiii. vingz bassines d’estrangiers de pluiseurs nations saillirent hors par une poeterne de la cité, et s’en vindrent tout commouvoir l’ost pour manière de bataille, et à celle heure le guet se partoit et avoit jà retourné le plus au logis. Et ceulx entrèrent en l’ost avec aulcuns de ceulx du guet qui oncques ne s’en donnèrent garde, et cuidoient qu’ilz fussent de leurs gens, et vindrent prez jusques à la tente du souldan. Et adonc commencèrent moult fort et moult asprement à ferir des lances et des espées sus, tant qu’ilz rencontroient des Sarrazins, et couppèrent cordes de pavillons à desroy et de tref et de tentes, et font moult horrible occision de payens selon la quantité qu’ilz estoient de cristiens. Adoncques s’effrea l’ost et commencèrent à crier à l’arme; là se commença l’ost à armer; et quant ceulx veoyent la force, ils commencèrent à aller le petit pas vers la cité, occisans et jettans par terre tout ce qu’ilz rencontroient en leur chemin. Et quant le messagier vist si grant effroy et bruit, il vient en adventure et fiert le chevau des esporons, et vint passer au dehors des logis, et passa tout l’ost des Sarrazins, et il n’eut pas longuement allé qu’il ne se trouvast entre la ville et ceulx qui avoient esmeu l’ost. Adonc il congneut bien assez tost que c’estoient de ceulx de la garnison de la cité; si leur escria: Ha, beaulx seigneurs, pensez de bien faire, car je vous apporte bonnes nouvelles; car la fleur de la noble chevalerie de cristieneté vous vient secourir, c’est assavoir les deux damoiseaulx de Lusignen qui ont jà desconfi une grant partie des gens du souldan sur mer, et amainent en leur compaignie bien quatre mille combatans. Et adoncques quand ilz l’entendirent, ilz lui firent moult grant joie, et entrèrent en la ville sans aulcune perte, de quoy le souldan fut moult couroucé et moult doulent. Et adonc il vint commencer l’escarmouche devant les barrières, et en y eut moult de mors et de navrez; lors firent les Chippriens reculer les Sarrazins par force, et en y eut moult de mors et de navrez, et fist le souldan sonner la trompette pour retraire quant il vit qu’il n’y pourroit faire aultre chose. Et adoncques le messagier vint au roy, et luy fist la reverance de par son oncle, et lui presenta la lettre; et le roy le bienveigna moult, et rompist la cire, et voit le noble secours que le capitaine luy escript qui luy vient; et tent ses mains vers le ciel en disant ainsi: Ha, ha, vray glorieux père Jhesu-Christ, je te regracie et mercie treshumblement et devotement de ce que tu ne m’as pas oublié, qui suys ta povre creature et ton povre servant, qui ay long temps vescu icy dedens en grant doubte et en grant misère de ma povre vie, et moy et les miens. Adoncques il fist anoncer par toutes les eglizes que on sonnast les sains, et que on fist procession à croix de cristiens à banières et à torches ardens, en louant et regraciant le createur des creatures, et en le depriant moult humblement qu’il les vueille de sa benigne grace preserver des mains et dangiers des mescreans Sarrazins. Adoncques commença moult fort la sonnerie, et fut la joye moult grande quant la venue fut espandue par la ville. Et quant les Sarrazins ouyrent et entendirent la joye et le glay que on faisoit par la cité, ilz furent moult esbahis pour quoy ilz faisoient si grant feste. Par foy, dist le souldan, ilz ont ouy quelques nouvelles que nous ne sçavons pas, ou ilz le font pour donner à congnoistre qu’ilz ont de gens assez et assez de vivres pour eulx deffendre et garder de nous. A tant se taist l’istoire à parler du souldan, et commence à parler de Hermine, la fille du roy, qui ouyt en sa chambre les nouvelles du secours que les enfans de Lusignen emmenaient; la pucelle eut grant desir d’en savoir la pure verité.

L’istoire nous dist ainsi que quant la damoiselle oyt la nouvelle du secours, que tantost elle manda querir celluy qui les avoit apportées, et il vint à elle en sa chambre, et luy fist la reverence. Amy, dist Hermine, vous soyez le bien venu, mais or me dictes de vos nouvelles. Et il luy dist tout ce qu’il en estoit. Amy, dist la pucelle, avez-vous veu celles gens qui nous viennent secourir? Par ma foy oy, damoiselle, dist le messagier; ce sont les plus appertes gens d’armes et les plus beaux hommes qui oncques entrassent en ce pays, et les mieulx habillez. Or nous dictes, dist la damoiselle, de quel pays ilz sont, et qui est le chief d’eulx. Par ma foy, damoiselle, ilz sont poetevins, et les mainent deux jeunes enfans damoiseaulx qui se nomment de Lusignen, dont l’aisné a nom Urian, et l’autre Guion, et n’ont barbe ne grenom. Amy, dist la demoiselle, sont-ilz si beaulx damoiseaux comme vous dictes? Par ma foy, dist le messagier, l’aisné est moult grant, et droit, et fort, et advenant à mesure; mais il a le visaige court et large en travers, et ung oeul rouge et l’aultre pers, et les oreilles grandes à merveilles; et sachiés que de membres et de corps, c’est un des beaulx chevaliers que je vis oncques; et sachiés que le maisné n’est mie si grand, mais il est moult bel de membres et de visaige, à droit de vis, excepté qu’il a ung oeil ung peu plus hault que l’aultre, mais pourtant il ne luy meschiet pas trop; et dist chascun qui les voit qu’ilz sont dignes de conquester tout le monde. Amy, dist Hermine, irez-vous avecques eulx gaires tost? Et il respondit: Madamoiselle, si tost que je pourray avoir lieu et temps propice pour saillir de la cité, et que je voye que je puisse bonnement eschapper des Sarrazins. Amy, dist la damoiselle, vous me salurez les damoiseaulx, et donnerez à l’aisné cest fermail, et luy dictes qu’il le porte pour l’amour de moy; et cest aneau d’or et cest dyamant le donnerez au mainsné, et le salurez beaucoup de foys. Et celluy respond: Ma damoiselle, je le feray tresvoulentiers. Et à tant se depart d’elle, et vint au roy, qui eut fait escripre la responce, et lors il fist armer grand foison de gens d’armes, et les fist saillir hors de la ville tout couvertement, et se ferirent en l’ost; et ainçoys que l’ost fut armé, ilz firent grand dommaige. A tant issirent Sarrazins de leurs tentes à desroy, qui les rechassèrent jusques aux barrières, et là eut grant escarmouche et fière, et maint homme mort et navré d’ung costé et d’autre; tout l’ost arrivoit où l’escarmouche estoit. Adoncques fut mis hors le messagier par une autre porte par devers l’ost, au trait d’ung arc, que oncques ne fut apperceu; et adoncques chevaucha grant alaine vers son oncle, car moult luy tardoit que là il peut estre arrivé pour lui dire toutes ces nouvelles. Et ne dura gaires l’escarmouche, car le souldan la fist cesser pour ce qu’il vit qu’il pouvoit plus perdre que gaignier. Or cy laisseray de plus parler de ce pour le present, et retourneray à parler de Urian et de son frère, et comment ilz se gouvernèrent.