Part 16
Forcé de faire un choix, on supprimera de préférence le bourgeon du milieu des yeux triples, qui, toujours plus vigoureux que les autres, pourrait être plus tard une cause d'embarras. Quant aux autres bourgeons, on ne conservera, dans un cas comme dans l'autre, que le mieux placé des deux.
La raison qui fait supprimer le bourgeon le plus vigoureux des yeux ordinaires fait que l'on doit conserver ce même bourgeon en ébourgeonnant l'oeil terminal de chaque branche; car, destiné à prolonger la branche, ce bourgeon doit toujours dominer les autres.
Plus tard, on supprimera également les faux bourgeons, et l'on pincera au-dessus de la septième ou huitième feuille ceux que l'on croira devoir conserver.
À partir de l'époque ci-dessus indiquée, on continue l'ébourgeonnage successivement jusqu'en juillet, puis on pince avec l'ongle l'extrémité de tous les bourgeons dont il est nécessaire de modérer le développement.
_Palissage._--À mesure que les bourgeons se développeront, on les palissera; mais cette opération nécessite beaucoup de soin, car les bourgeons sont tellement tendres qu'ils cassent net si l'on ne prend beaucoup de précautions pour les amener à la place qu'ils doivent occuper. On leur donnera toujours la position la plus directe possible, afin que la circulation de la séve ne soit ralentie par aucun obstacle, et il faut toujours éviter de croiser les bourgeons l'un sur l'autre.
_Troisième année._--À l'époque de la taille, et avant de dépalisser l'arbre, on examinera la végétation de chaque membre, et l'on jugera s'il ne serait pas nécessaire, en taillant, de rétablir l'équilibre de la séve dans le cas où un membre serait beaucoup plus vigoureux que l'autre.
On coupera les branches mères _b_ (_fig._ 15) à peu près à 0m,40 ou 0m,50 de longueur, suivant leur vigueur, en ayant soin que l'oeil sur lequel on taillera soit placé de manière à les prolonger le plus directement possible, ce qu'il faudra observer à chaque taille et pour chaque branche.
On taillera les branches sous-mères selon leur force, mais toujours un peu plus longues que les branches mères; tous les bourgeons de l'année précédente, qui garnissent les branches à bois, seront taillés à deux ou trois yeux de leur insertion, afin d'avoir l'année suivante autant de branches fruitières que la vigueur de l'arbre permettra d'en laisser; puis on supprimera tous les bourgeons qui seraient mal placés.
Si les bourgeons placés à la base des branches mères sont très-vigoureux, il faudra les tailler court, afin de déterminer le développement des branches à fruits; mais dans le cas contraire, on les taillera à cinq ou six yeux.
On donnera aux branches mères, en les rattachant, environ 25 à 30 degrés d'ouverture, si elles sont de même force; dans le cas contraire, il faudrait donner une position plus verticale à la moins vigoureuse, ce qu'il faudra encore observer chaque année.
_Ébourgeonnage._--On enlèvera les bourgeons et les faux bourgeons qui seraient mal placés, en prenant les mêmes précautions que l'année précédente.
On favorisera le développement des bourgeons placés à la base des branches mères, qui doivent fournir les premières branches sous-mères supérieures; ce qu'il faudra également faire, pour les bourgeons des branches fruitières les plus rapprochés de la branche principale: car ce sont eux qui doivent, à la taille suivante, remplacer les branches fruitières; pour le reste de l'ébourgeonnage, il faudra observer ce qui a déjà été dit.
_Palissage._--Lorsque les bourgeons auront environ de 0m,25 à 0m,30 de longueur, on les palissera, en commençant toujours par les plus vigoureux.
_Quatrième année._--Après avoir, comme chaque année, dépalissé l'arbre, on taillera plus ou moins longues, suivant leur vigueur, l'extrémité des branches mères _b_ (_fig._ 16), au point 3, par exemple.
On taillera également les branches sous-mères inférieures suivant leur force, et toujours sur l'oeil le plus favorable à leur prolongement; on rabattra les branches fruitières sur celles de remplacement, qui devront toujours être les plus rapprochées possible des branches principales, de manière que ces dernières semblent toujours être rajeunies par des pousses nouvelles; puis on taillera les branches de remplacement, pour porter fruit, à cinq ou six yeux, selon leur force et la vigueur de l'arbre, mais toujours dans le but d'obtenir un bourgeon de remplacement le plus près possible de leur insertion. Quant aux faux bourgeons, il faut, comme toujours, les tailler à deux ou trois yeux....
On rattachera les branches mères, auxquelles on donnera environ 35 à 40 degrés d'ouverture, en ayant toujours soin d'observer ce qui a été dit à ce sujet pour l'année précédente.
_Ébourgeonnage._--Il faudra surveiller les branches à bois qui tendraient à s'établir là où il ne doit jamais y avoir que des branches à fruits; il faut s'attacher surtout à favoriser le développement des bourgeons, qui doivent fournir les secondes branches sous-mères supérieures et les branches de bifurcation, ainsi que les bourgeons destinés à former les branches de remplacement.
On aura soin de pincer les bourgeons à fruits; s'il n'y a pas de fruits, ou qu'ils soient tombés avant la maturité, il faudra rabattre ces bourgeons immédiatement sur le bourgeon de remplacement, à moins cependant que l'un d'eux ne soit trop vigoureux; car alors il serait préférable de ne le rapprocher qu'à la taille.
Pour le reste de cette opération, on peut se reporter à tout ce qui a été dit relativement à l'ébourgeonnement de la seconde année.
Il faut surtout pincer à propos les bourgeons qui, par leur vigueur, menaceraient de devenir ce que l'on nomme des _gourmands_.
_Palissage._--Le palissage sera fait d'après les mêmes principes, et successivement, comme les années précédentes.
Comme l'arbre devra porter des fruits, il faudra, aux approches de la maturité, les découvrir, mais progressivement, précaution qu'on devra toujours avoir.
_Cinquième année._--Le but de la taille de cette année est d'étendre et de fortifier toutes les parties de l'arbre (_fig. 17_).
On raccourcira les rameaux terminaux d'après les mêmes principes que pour les tailles précédentes, et, en taillant les branches fruitières, on y laissera du fruit suivant leur vigueur et la santé de l'arbre; on taillera les faux bourgeons à deux ou trois yeux, comme les années précédentes, et on donnera aux branches mères environ 45 à 50 degrés d'ouverture.
On favorisera le prolongement des branches de bifurcation _e_, _f_, ainsi que celui des bourgeons _g_, dont on pourra faire par la suite de nouvelles branches de bifurcation.
Enfin, par l'ébourgeonnement des jeunes pousses et par celui des faux bourgeons mal placés, par le pincement et le palissage, on maintiendra ou l'on ramènera toutes les parties de l'arbre à un parfait équilibre de végétation.
À mesure que l'arbre avancera en âge, la taille et les autres opérations deviendront plus compliquées, mais les principes seront toujours les mêmes; on établira successivement des branches de bifurcation, pour remplir les intervalles, et il faudra toujours avoir soin de conserver aux branches mères, ainsi qu'à toutes les autres, les proportions relatives à leurs diverses fonctions.
_Pêcher en U._
Les pêchers élevés sous cette forme conviennent tout particulièrement aux personnes qui veulent avoir des murs promptement garnis. Plantés à un mètre les uns des autres, ces pêchers peuvent sans exiger de soins particuliers fructifier abondamment dès la troisième année.
Comme tous les arbres cultivés en espalier, les pêchers en U doivent être rabattus après la plantation à 0m,15 ou 0m,20 au-dessus de la greffe, afin de favoriser le développement des bourgeons destinés à fournir les deux mères branches. Pendant le cours de leur végétation, ces deux bourgeons seront dirigés de manière à figurer un U simple ou double (_fig._ 18), en ayant soin toutefois de laisser les extrémités libres, afin qu'elles ne soient pas gênées dans leur développement. Arrivés à ce point, les pêchers en U sont tout aussi faciles à diriger que les pêchers obliques, sur lesquels ils ont véritablement un avantage marqué.
_De la culture forcée du Pêcher._--On peut facilement avancer la maturité des Pêchers en espalier, surtout des variétés hâtives; et, pour être plus certain du succès de l'opération, on avancera de préférence ceux qui sont placés à l'est ou à l'ouest.
En janvier, on placera devant les Pêchers une petite serre mobile, couverte par des châssis de 2 mètres de longueur, supportés par des chevrons dont le haut sera scellé dans le mur, et qui porteront en bas sur un soubassement de planches qui aura 0m,85 de hauteur, ce qui produira intérieurement 0m,90, espace suffisant pour donner les soins nécessaires, qui, au reste, sont absolument les mêmes que ceux qui ont été indiqués plus haut.
Après avoir taillé les arbres, on commencera à leur donner une température de 12 degrés; puis, progressivement, on augmentera jusqu'à 18 degrés, mais pas plus; et comme au moment du soleil la chaleur sera beaucoup plus élevée, on donnera de l'air; pendant la nuit on couvrira la serre avec des paillassons, on seringuera les feuilles au besoin; et comme les fruits sont ordinairement plus nombreux qu'en plein air, il est souvent nécessaire d'en supprimer quelques-uns, afin de ne point épuiser les arbres. Après la maturité, qui a lieu en avril, on enlève les châssis.
Ordinairement, on laisse une année ou deux de repos aux Pêchers qui ont été forcés; mais nous dirons que l'on peut sans inconvénient recommencer cette opération l'année suivante.
=Variétés.=--Avant-Pêche blanche, -- Petite Mignonne, -- Grosse Mignonne, -- Malte, -- Madeleine, -- Chevreuse, -- Chevreuse tardive, -- Admirable Belle de Vitry, -- Brugnon musqué, --Madeleine rouge tardive, -- Alberge jaune, -- Galande, -- Vineuse pourpre hâtive, -- Madeleine de Courson, -- Violette hâtive, --Veloutée tardive, -- Téton de Vénus, -- Bourdine, -- Bon ouvrier, --Pourprée tardive, -- Belle de Doué, -- Reine des vergers.
POIRIER (_Pyrus_).--_Plantation._--Les Poiriers greffés sur Coignassier réussissent dans presque tous les terrains, même dans ceux qui ont peu de profondeur, pourvu cependant qu'ils ne soient pas glaiseux ou humides; car alors, malgré tous les soins, ils périraient au bout de quelques années. Toutes les fois que l'on aura à planter dans un terrain profond, il sera préférable de planter des Poiriers greffés sur franc, parce qu'ils sont beaucoup plus robustes.
C'est à tort que l'on dit que ces arbres sont trop lents à se mettre à fruit, parce qu'ils poussent trop vigoureusement; car si, par une taille bien raisonnée et proportionnée à la force des arbres, on établit une égale répartition de séve dans tous les membres, on parviendra souvent à les faire fructifier dès les premières années; une fois que ces arbres sont à fruit, ils en donnent abondamment, et vivent très-vieux. Si l'on plante des Poiriers greffés sur Coignassier, on prendra des arbres de dix-huit ou vingt mois de greffe; mais s'ils sont greffés sur franc, comme ils poussent beaucoup plus vigoureusement, on peut quelquefois les planter greffés de l'année. Nous conseillons, pour planter dans les plates-bandes, de prendre des Poiriers élevés en quenouille; car, dans cette position, c'est réellement la forme la plus avantageuse, en ce qu'elle occupe peu de place et produits beaucoup de fruits. Il faut mettre entre deux pieds un Pommier ou un Poirier nain, que l'on taillera en gobelet. Il faudrait alors les planter à environ 4 ou 5 mètres l'un de l'autre.
1. _Poiriers en quenouille._
_Taille._--La première année, on taillera le rameau terminal à sept ou huit yeux, selon la vigueur de l'arbre, afin d'obtenir trois ou quatre nouveaux membres. On aura soin de tailler sur l'oeil placé le plus favorablement, pour prolonger la tige le plus verticalement possible (_fig._ 20).
On taillera aussi le rameau terminal de chaque rameau sur un oeil placé de manière à prolonger le bras horizontalement. Les bras inférieurs étant les plus âgés, ils seront plus allongés que ceux qui sont placés au-dessus, et il faudra à chaque taille avoir soin de leur conserver les mêmes proportions. On enlèvera sur chaque membre les rameaux qui se trouveraient placés dessus et dessous, puis on taillera à environ 0m,03 de longueur ceux qui ne sont pas nécessaires à la forme de l'arbre. Ce sont les jeux inférieurs de ces rameaux qui donneront naissance aux brindilles. S'il se trouvait quelques lambourdes terminées par un bouton à fleur, il ne faudra pas les tailler, car on se priverait de quelques fruits.
Si, à la place où il est indispensable d'établir un membre pour compléter la régularité de l'arbre, il ne se trouvait pas de bourgeon pour le former, on pourra facilement en obtenir un, soit en posant un écusson, soit en cernant l'oeil le plus rapproché de la place où l'on a besoin d'un membre, ce qui doit se faire de la manière suivante. À l'époque de la taille, on fait une incision transversale immédiatement au-dessus, puis une seconde à 0m,02 ou 0m,03 au-dessus de la première, enfin plus ou moins, selon la force qu'on veut donner au bourgeon. Ensuite, partant de la seconde incision, on fait à 0m,02 ou 0m,03 de chaque côté de l'oeil une incision longitudinale, puis on enlève la portion d'écorce qui se trouve entre les deux incisions transversales. Ainsi cerné, l'oeil se développe avec autant de vigueur que si l'on avait supprimé toute la partie qui est au-dessus.
Cette opération peut être pratiquée avec succès non-seulement sur la tige, mais encore sur tous les membres d'un arbre sur lequel il y a des vides à remplir.
_Ébourgeonnage._--Pour favoriser le développement du bourgeon terminal, on pincera très-courtes deux ou trois bourgeons qui en sont les plus rapprochés, à moins que le premier n'ait fourni une pousse trop faible; il faudrait alors le remplacer par le plus vigoureux et le plus rapproché de l'extrémité. On choisira parmi les autres les mieux placés pour en former des membres à la taille suivante, en observant toujours qu'ils ne doivent jamais être placé juste au-dessus de ceux de l'année précédente; car les membres d'une quenouille doivent être disposés de manière que, partant de l'insertion du premier membre, les autres tournent en spirale autour de la tige. On pincera également les deux ou trois bourgeons les plus rapprochés du rameau terminal de chaque bras, et on enlèvera sur chaque membre tous les bourgeons qui naîtront dessus et dessous. On pincera, sur les membres de l'année précédente, les bourgeons qui poussent trop vigoureusement; puis on taillera des brindilles à 0m,16 ou 0m,18 de longueur. La taille des rameaux terminaux sera proportionnée à la vigueur de l'arbre, et l'on taillera toujours sur l'oeil le mieux placé pour les prolonger suivant leur position. Les autres rameaux seront taillés à environ 0m,05, même ceux qui ont été pincés à l'ébourgeonnage; les brindilles qui ont donné du fruit le seront à 0m,12 ou 0m,15, et si celles qui ont été rompues à l'ébourgeonnage avaient poussé, il faudrait les tailler au-dessus de la pousse.
On protégera successivement l'établissement des branches fruitières, et l'on surveillera celles qui pousseraient trop vigoureusement, de manière qu'il ne puisse se former de gourmands sur aucune partie de l'arbre; enfin, on traitera les quenouilles la seconde année comme on les a traitées la première, et ainsi de suite; seulement, à chaque taille, les opérations deviendront plus compliquées.
Comme souvent il arrive que les membres d'une quenouille tendent à s'élever verticalement, ce qui est non-seulement contraire aux principes, mais encore préjudiciable au développement ultérieur de l'arbre (car alors ces membres poussent avec une telle vigueur qu'ils absorbent une forte partie de la séve nécessaire à la végétation des autres membres), il faut, dans cette circonstance, chercher le moyen de remédier à un pareil état de choses. Souvent on a recours à de petits arcs-boutants; mais comme ce moyen présente beaucoup de difficultés et de graves inconvénients, nous allons faire connaître un procédé communiqué à la Société centrale d'horticulture par M. Chevalier Gérolme: «J'ai placé quatre piquets au pied de chaque pyramide, avec une encoche de 0m,028 à la tête de chacun; j'y ai attaché un cercle avec de fil du fer à 0m,081 d'élévation du sol, afin de pouvoir biner et nettoyer. Avec ce simple appareil, que j'appelle _treillage horizontal_, et qui m'offre les ressources d'un mur à la Montreuil, je deviens maître de mon arbre. Muni d'une grande quantité de loques en cuir percées aux deux bouts et d'une botte d'osier, je prends la branche à incliner, petite ou grosse, courte ou longue, n'importe; à l'endroit convenable je la cerne de ma loque, que je ferme avec l'un des bouts d'un brin d'osier, dont je viens arrêter l'autre sur le cercle à la place que réclame l'inflexion de la branche ou le vide de l'arbre. Avec ce procédé, j'ai pu rectifier mille irrégularités indépendantes de la taille, comme proportionner les espaces, détruire la confusion qui existe toujours dans les pyramides, faciliter la circulation de l'air, le mouvement de la lumière; en un mot, satisfaire à toutes les conditions de développement et d'équilibre qui jusqu'alors n'avaient point été remplies.»
2. _Poiriers en espalier._
Pour former un espalier de Poiriers on prendra des arbres nains, jeunes et vigoureux, et on les plantera de préférence à l'est ou à l'ouest. On peut les élever sous plusieurs formes, mais nous considérons celles en éventail (_fig._ 21) et en palmette (_fig._ 22 et _fig._ 23) comme les plus faciles à diriger et les plus avantageuses. Les Poiriers que l'on veut former en éventail seront plantés à 5m,33, 6m,66 ou 8 mètres l'un de l'autre, selon la nature du terrain et la hauteur des murs, et l'on donnera la préférence aux arbres greffés de l'année. On les rabattra de manière à obtenir cinq bourgeons de chaque côté pour former la charpente de l'arbre.
Si la première année, l'on n'obtenait pas le nombre de bourgeons nécessaire pour former l'arbre, il faudrait diriger verticalement le bourgeon terminal pour prolonger la tige, et l'année suivante on le rabattra de manière à obtenir les membres _a_, _b_, _c_, _d_, _e_. À mesure que les bourgeons se développeront, on les palissera, en les plaçant aussi parallèlement que possible et à égale distance l'un de l'autre. On pincera l'extrémité de ceux qui pousseraient plus vigoureusement que les autres, de telle sorte que chaque membre ait une végétation à peu près égale. On pincera aussi très-court les bourgeons placés devant et derrière les branches, pour les démonter par suite de la taille.
Par l'ébourgeonnage, on favorisera le prolongement du bourgeon terminal de chaque membre, et l'on pincera très-court tous ceux qui sont mal placés. Aux tailles suivantes, on établira sur chaque membre successivement, et selon le besoin, des branches de bifurcation, _f_, _g_, _h_, _i_ (_fig._ 21), pour remplir les intervalles.
Pour compléter la régularité des Poiriers cultivés en espalier, on peut, indépendamment de ce que nous avons indiqué pour ceux qui sont élevés en quenouille, avoir recours à la greffe par approche, ce qui doit se faire de la manière suivante. À l'époque où les bourgeons sont encore il l'état herbacé, on choisit le plus rapproché de la place où l'on a besoin d'établir un membre, on l'abaisse avec précaution afin de ne pas le rompre, et, après avoir fait une plaie longitudinale sur chaque partie, on les applique l'une sur l'autre, puis on les maintient dans cette position au moyen d'une ligature que l'on desserre aussitôt après la reprise de la greffe; lorsque le bourgeon est arrivé à l'état ligneux, on fait une entaille à mi-bois, juste au-dessous de la greffe, mais on ne sèvre complétement celle-ci qu'à l'époque de la taille. On peut sans inconvénient placer sur le même arbre autant de greffes qu'il est nécessaire; ce que nous avons été à même d'observer sur un espalier de Poiriers confié aux soins de M. Fourquet, habile horticulteur, qui, à l'aide de la greffe par approche, est parvenu en très-peu de temps à donner une forme régulière à des Poiriers dont les membres étaient dans un désordre complet.
Si l'on plantait des arbres ayant déjà le nombre de branches nécessaire pour les former, il faudrait tailler toutes les branches bien placées à environ 0m,04 et sur un oeil disposé de manière à prolonger le membre dans la direction voulue d'après la forme de l'arbre. On démontera les autres, en ayant toujours soin de conserver les lambourdes et les brindilles.
On plantera, à 5 ou 6 mètres l'un de l'autre, ceux que l'on destine à être élevés en _palmette_; on rabattra la tige de manière à obtenir à droite et à gauche quelques bourgeons, dont on formera les premiers membres a (_fig._ 22), en les établissant à environ 0m,30 à 0m,35 les uns au-dessus des autres. Ceux de droite doivent alterner, autant que possible, avec ceux de gauche; en les palissant, il faut les incliner plus ou moins, suivant que l'on voudra favoriser le développement de l'un ou restreindre celui de l'autre. Les années suivantes, on les abaissera davantage, mais en observant qu'ils ne doivent jamais être placés horizontalement. On guidera verticalement le bourgeon qui sert à prolonger la tige, et l'on pincera les bourgeons mal placés; puis, les années suivantes, on taillera le rameau vertical de manière à obtenir chaque année deux branches latérales, jusqu'à ce que l'arbre soit arrivé à garnir le mur dans toute sa hauteur. On taillera les bras à environ 0m,15 à 0m,18 de longueur, suivant leur force et leur position, mais toujours sur un oeil placé de manière à les prolonger le plus directement possible. S'il arrivait qu'un bourgeon de prolongement fût beaucoup plus vigoureux que l'autre, il faudrait, au palissage, l'incliner plus que les autres, de manière à rétablir l'équilibre.
L'éducation des Poiriers élevés sous la forme de palmette à double tige (_fig._ 23) doit avoir lieu d'après les principes suivis pour la palmette à tige simple.
Cette forme est adoptée maintenant par le plus grand nombre de cultivateurs de Poiriers, qui la préfèrent à toutes les autres.
Les Poiriers à tiges seront plantés à 5 ou 6 mètres l'un de l'autre, et, pendant les premières années, ils devront être taillés de manière que les branches qui doivent former la charpente de l'arbre soient également espacées. On surveillera leur développement pour favoriser celles qui seraient les moins vigoureuses, jusqu'à l'époque où les arbres pourront être abandonnés à eux-mêmes, c'est-à-dire environ deux ans après.
Lorsque les Poiriers sont très-vieux ou épuisés au point de ne plus produire de fruits, on peut encore en tirer un bon parti en les rabattant et en les greffant en couronne. (Voir l'article _Greffe_, p. 67.) On pose plus ou moins de greffes, suivant la force de l'arbre; puis, lorsqu'elles sont bien reprises, on choisit les plus vigoureuses pour en former la nouvelle charpente.
_Liste des meilleures variétés de poires admises par le Congrès pomologique._
ADÈLE DE SAINT-DENIS (Adèle de Saint-Céras, baronne de Mello). Fertile; moyen; bon; octobre[12].
[Note 12: Le nom en PETITES CAPITALES indique le _nom définitif_; les noms _entre parenthèses_ indiquent les _synonymes détruits_; le mot _fertile_ s'applique à la fertilité de l'_arbre_; le mot _moyen_, à la grosseur du _fruit_; le mot _bon_, à la qualité de la _chair_; enfin, l'énonciation du mois de l'année fait connaître l'époque de la _maturité_.]