Part 11
Au printemps, on donne un binage à chaque planche; dès que les fleurs commencent à paraître, il faut couvrir la terre d'un paillis un peu long, ce qui d'une part a l'avantage de conserver l'humidité du sol, et de l'autre empêche les fruits de porter sur la terre. Les arrosements doivent être faits avec les arrosoirs à pomme, au printemps le matin, et le soir en été. L'année suivante, on continue les mêmes soins; mais, comme au bout de quelques années les produits dégénèrent, il ne faut pas conserver les Fraisiers plus de deux ans. Cependant, dans un bon terrain, on peut les conserver trois ou quatre ans, en ayant soin de les rechausser chaque année au printemps avec de la terre neuve.
Les Fraisiers qu'on multiplie de filets doivent être plantés en juillet, et comme ce que nous venons de dire pour les Fraisiers provenant de graines est en tout applicable à ces derniers, nous croyons inutile de traiter ce sujet plus longuement.
_Des Fraisiers forcés._--Les Fraisiers cultivés pour forcer sont: le Fraisier des Quatre-Saisons, Keen's seedling, Princesse royale, Marguerite Lebreton, Victoria Trolopp, Elton.
Dans le courant de janvier ou dans les premiers jours de février, on pose des coffres, puis des panneaux, sur les planches des Fraisiers qu'on veut forcer; on enlève la terre des sentiers qui entourent les coffres jusqu'à environ 0m,45 de profondeur, après quoi on remplit les sentiers de fumier, mais jusqu'au niveau du sol seulement, et dans la première quinzaine de février on achève de les remplir. À partir de cette époque, il faut avoir soin de les entretenir à la hauteur des panneaux: pour cela, on rapporte du fumier au fur et à mesure qu'il en est besoin. On couvre les panneaux pendant la nuit avec des paillassons, et l'on donne de l'air au moment du soleil. Vers la fin d'avril, on commence à donner quelques bassinages, si la température l'exige, ce que l'on continue de faire au besoin. Les Fraisiers étant ainsi traités, les fruits commenceront à mûrir dans le courant d'avril.
Après la récolte, ou enlève les panneaux (qui peuvent encore servir pour mettre sur les Melons), ce qui n'empêchera pas les Fraisiers, ceux des Quatre-Saisons surtout, de fructifier jusqu'aux gelées. Néanmoins, on peut également obtenir une seconde récolte des Keen's seedling et autres variétés à gros fruits. Pour cela, il faut les priver d'eau pendant quelque temps, afin d'en arrêter la végétation; et lorsque les touffes sont presque fanées, on supprime une bonne partie des feuilles, on les bine légèrement, puis on favorise leur végétation par de bons arrosements. Dans les premiers jours d'août, on aura une seconde fructification, tout aussi abondante que la première.
Au lieu de détruire, après la récolte, les Fraisiers cultivés en pots, comme on a l'habitude de le faire, on peut, dans le courant de l'automne, retrancher les vieilles racines et renouveler la terre des pots. Traités après cette opération comme les jeunes plants que l'on renouvelle chaque année, ces Fraisiers donnent des fruits tout aussi beaux et tout aussi abondants que les jeunes plants. Nous avons vu à Tours, chez M. Bellanger, un de nos amis, des Fraisiers soumis à ce traitement depuis quinze ans, dont la vigueur ne laisse véritablement rien à désirer.
Depuis l'adoption du chauffage au thermosiphon, on a modifié la culture forcée des Fraisiers. Ainsi, après avoir traité les Fraisiers comme nous l'avons indiqué, vers la fin de septembre ou au commencement d'octobre, on les relève en mottes pour les planter dans des pots de 0m,15. On emploie pour l'empotage une bonne terre douce, passée à la claie, et, aussitôt après la plantation, on place les pots l'un à côté de l'autre dans un coffre, de manière à pouvoir les garantir des grandes pluies et des gelées, en posant dessus des châssis ou des paillassons; puis on les arrose pour en faciliter la reprise, et, comme pour les pieds cultivés en pleine terre, on supprime les filets et les fleurs au fur et à mesure qu'ils paraissent. Dans le courant de janvier, on prépare les coffres à recevoir les Fraisiers; puis on les place sur le sol, tous à côté les uns des autres, ou sur un gradin sous lequel on fait circuler les tuyaux du thermosiphon. Après avoir tout disposé, on bine la terre des pots, on enlève les feuilles mortes, et l'on pose les panneaux, que l'on couvre de paillassons pendant la nuit. Arrivé à ce point, on commence à les chauffer, ce qu'il ne faut faire que modérément et de manière à entretenir sous les panneaux une température de 12 à 15 degrés, et, comme nous l'avons indiqué pour les Fraisiers forcés en pleine terre, on bassine et on donne de l'air toutes les fois que la température est favorable. On peut, par ce moyen, avoir des fruits mûrs dès les premiers jours de mars. Comme ceux de pleine terre, les Fraisiers forcés en pots sont susceptibles de donner une seconde récolte; il suffit de les dépoter, de les planter en pleine terre et de leur donner les soins ci-dessus indiqués.
On divise les Fraisiers en plusieurs sections, qui contiennent chacune un grand nombre de variétés. Nous indiquerons seulement celles qui entrent le plus communément dans la culture.
La durée germinative des graines de Fraisiers est de trois ans.
=Variétés.=--Des Quatre-Saisons, -- Ambroisia, -- Amiral Dundas, -- British Queen, -- Eleonor Myatt, -- Elton, -- Jacunda, -- Keen's sedling, -- Lucas, -- Marguerite Lebreton, -- Napoléon III, -- Princesse royale, -- Sir Harry, -- Victoria Trolopp, -- Vicomtesse Héricart de Thury.
HARICOT (_Phaseolus vulgaris_).--On sème les premiers Haricots en décembre, sur couche et sous panneaux; mais, comme à cette époque, il y a souvent absence complète de soleil, ce qui est très-défavorable à ce genre de culture, il est préférable de ne commencer ce travail que dans le courant de janvier, et à partir de cette époque l'on peut continuer jusqu'à la fin de mars. On sème sur couche et sous panneaux, et aussitôt après le développement des cotylédons, on repique les Haricots en pépinière, toujours sur couche et sous panneaux. Quelques jours après, on prépare une couche d'environ 0m,50 d'épaisseur dont la chaleur soit de 20 à 25 degrés; on pose les coffres, on charge la couche de 0m,12 à 0m,15 de terre légère, et l'on plante les Haricots.
On trace quatre rangs par coffre, et l'on plante à environ 0m,15 sur la ligne; après quoi les soins à donner consistent à refaire les réchauds de temps à autre, afin d'entretenir la chaleur nécessaire dans la couche; à couvrir les panneaux pendant la nuit; à donner de l'air toutes les fois que la température le permet; enfin, à bassiner au besoin, surtout au moment de la floraison, afin d'empêcher les fleurs de couler; et lorsque les Haricots ont environ 0m,25 de hauteur, on les couche vers le haut du coffre, puis on les maintient dans cette position au moyen de petites tringles de bois qu'on pose sur les tiges. Peu de jours après, l'extrémité des tiges se relève (on peut alors enlever les tringles), mais la partie inférieure reste couchée sur le sol. Ainsi traités, on commence ordinairement à cueillir les premiers Haricots six semaines après le semis.
C'est souvent à tort que l'on détruit les Haricots aussitôt après qu'on en a récolté les premiers produits; car en les nettoyant avec soin, opération qui consiste à enlever les feuilles mortes et les fruits que l'on a trouvés trop petits pour être cueillis, ils donneront au bout de quelque temps une seconde récolte aussi abondante que la première.
On peut faire avec avantage l'application du chauffage par le thermosiphon à la culture des Haricots sous panneaux. Il suffit alors de préparer une couche très-mince dans le but seul de garantir les Haricots de l'humidité du sol, puis on fait circuler les tuyaux de l'appareil au-dessus de la couche; on entretient la chaleur de 15 à 20 degrés sous les panneaux; et comme l'on peut régler ce chauffage à volonté, on découvre tous les jours, sans avoir égard à l'état de la température, et l'on donne de l'air aussi souvent qu'il est nécessaire, ce qui contribue puissamment au succès de l'opération.
En avril, on semé encore sur couche, mais on repique en pleine terre et sous cloches. On repique trois Haricots sous chacune; au bout de quelques jours, on commence à donner de l'air, puis on enlève les cloches lorsque les gelées ne sont plus à craindre et que la température est favorable. Il va sans dire qu'on peut indifféremment employer des cloches ou des panneaux.
On sème en pleine terre en mai; en terre légère, on sème dans la première quinzaine du mois; mais en terre forte, dans la seconde seulement, par touffes, ou mieux en rayons, car, par ce moyen, on obtient une végétation beaucoup plus vigoureuse, et par conséquent, des produits plus abondants. On trace des rayons d'environ 0m,05 de profondeur à 0m,40 les uns des autres; après quoi, on sème les Haricots un à un, à 0m,15 ou 0m,20 sur la ligne, puis on les couvre d'environ 0m,02 de terre.
Pour semer par touffes, on fait des trous de 0m,05 à 0m,06 de profondeur, disposés en échiquier, à 0m,40 les uns des autres; on sème cinq ou six Haricots dans chacun, puis on les recouvre de la même quantité de terre que ceux qui sont semés en rayons. Quelque temps après, on donne un binage pour faciliter la levée des graines; mais c'est seulement lorsque les Haricots sont bien levés qu'on finit de remplir les trous ou les rayons. À partir de l'époque ci-dessus indiquée, on peut semer des Haricots en pleine terre, jusqu'à la mi-août, pour manger en vert (les Haricots qu'on cultive particulièrement pour cet usage sont: le Nain de Hollande, le Flageolet et le Bagnolet); mais, quand on veut récolter en sec, il ne faut pas semer après le mois de mai, excepté pour quelques variétés naines hâtives, que l'on peut encore semer dans la première quinzaine de juin. On cultive encore un grand nombre de variétés de Haricots, que l'on divise en deux catégories.
La durée germinative des semences de Haricots est de trois ans.
_Haricots à manger en vert ou écossés._--Nain de Hollande, h. 0m,30,--Noir de Belgique, h. 0m,35,--de Soissons nain, h. 0m,50.--de la Chine, h. 0m,35,--Flageolet, h. 0m,35,--Fl. jaune, h. 0m,40,--Suisse blanc, 0m,45,--S. gris, h, 0m,45--de Chartres, h. 1m,40,--de Soissons, h. 2m,--Sabre, h. 2m,--Riz, h. 0m,60.
_Haricots sans parchemin ou Mange-tout._--Nain blanc, h. 0m,50,--Sabre nain, h. 0m,50,--de Prague marbré nain, h. 0m,45,--Princesse nain, h. 0m,40,--Jaune du Canada, h. 0m,40,--Beurre nain, h. 0m,35,--Predomme, h. 1m,50,--Princesse, h. 2m,--Beurre 2m,50,--B. blanc, h. 2m,--de Prague rouge, h. 2m,50,--de P. marbré, h. 2m,--de P. bicolore, h. 2m,50,--de Villetaneuse, h. 2m.
IGNAME DE LA CHINE (_Dioscorea Batatas_).--Cette plante, dont l'introduction en France date de 1848, a résisté à l'épreuve du temps, sous laquelle ont succombé un grand nombre de plantes nouvelles. Elle justifie de plus en plus les espérances fondées sur les services qu'elle rend dans son pays natal, et l'on peut dire maintenant qu'elle est digne à tous égards de figurer au premier rang sur la liste de nos plantes potagères.
La saveur des racines tuberculeuses de l'Igname de la Chine diffère peu de celle de la Pomme de terre; elles sont aussi riches en fécule, et peuvent, comme la Pomme de terre, recevoir toute sorte d'assaisonnements.
Ces racines sont annuelles; laissées en terre, elles s'atrophient chaque année, mais seulement après avoir donné naissance à de nouvelles racines, qui partent du collet de la plante.
On multiplie l'Igname de la Chine en plantant, en mars ou avril, sans plus de soins que n'en exige la culture bien comprise de la Pomme de terre, soit les bulbilles qui naissent dans les aisselles des feuilles, soit les jeunes racines que produisent les bulbilles, soit enfin le collet des racines destinées à la consommation. On plante les Ignames de la Chine en lignes, à 0m,20 ou 0m,25 les unes des autres, en tous sens. Dans les terrains siliceux, qui conviennent mieux que tous les autres à la culture de cette plante, la récolte des Ignames de la Chine peut être faite l'année même de la plantation. Les frais d'arrachage ne dépassent pas sensiblement alors ce que coûte ordinairement la récolte des Carottes longues, par exemple. Néanmoins, pour obtenir de cette plante tout ce qu'elle peut produire, il faut laisser les racines en terre pendant deux ans. D'après ce que nous avons été à même de constater dans nos propres cultures, le rendement en racines de l'Igname de la Chine dépasse toujours de beaucoup la seconde année ce que la même étendue de terrain aurait pu produire de Pommes de terre. Il en résulte que, malgré les deux années de culture et les frais d'arrachage, cette opération offre encore des avantages certains.
Bien que les tiges de l'Igname de la Chine soient grimpantes, elles n'ont pas besoin d'être ramées, et l'on peut les laisser ramper sur le sol. S'il arrivait même qu'elles prissent un trop grand développement la seconde année, on pourrait sans inconvénient en donner une partie aux bestiaux, qui les mangent avec plaisir comme fourrage frais. L'Igname de la Chine est peu sensible au froid; sous le climat de Paris, elle passe très-bien en pleine terre les hivers ordinaires. Cependant, il est prudent d'arracher les Ignames de la Chine dès que les tiges sont complétement sèches.
Placée dans les mêmes conditions que la Pomme de terre, l'Igname de la Chine peut se conserver facilement cinq et six mois hors de terre.
LAITUE (_Lactuca sativa_).--On en cultive deux races principales: les Laitues pommées (_Lactuca capitata_) et les Laitues romaines (_Lactuca romana_).
_Laitues._--On les divise en Laitues pommées, de printemps, d'été, d'hiver, et à couper.
_Laitues de printemps._--Dans la première quinzaine d'octobre, on sème la variété dite petite noire, sur un ados exposé au midi; lorsque les cotylédons sont bien développés et que les premières petites feuilles commencent à paraître, on place trois rangs de cloches sur l'ados, et l'on repique sous chacune une trentaine de plants; puis on élève ces Laitues sans jamais leur donner d'air. Mais il n'en est pas de même pour les autres variétés, qu'on sème dans la seconde quinzaine du mois: car lorsque le plant est bien repris, ce qui se voit quand il commence à végéter, on donne un peu d'air en soulevant les cloches d'environ 0m,03 du côté opposé au vent. Au bout de quelques jours, on augmente progressivement, selon l'état de la température, et afin de fortifier le plant. Il ne faut rabattre les cloches que lorsqu'il gèle à 2 ou 3 degrés. Lorsque la gelée devient plus forte, on garnit les cloches avec du fumier bien sec, qu'on augmente en raison de l'intensité du froid.
On découvre les cloches au moment du soleil; mais on doit s'assurer avant si le plant ne souffre pas de la gelée; car il faudrait alors, au lieu de découvrir, augmenter la couverture et le laisser dégeler graduellement.
Dans la première quinzaine de novembre, on plante sur couche (sous panneaux ou sous cloches), et à partir de cette époque, on continue successivement jusqu'à la fin de février. En mars, on plante en pleine terre, à bonne exposition, toujours avec des plants pris sur le même ados.
Vers la fin de février ou au commencement de mars, on sème sur couche et sous panneau; et lorsque le plan est assez fort, on le repique en planches que l'on aura eu soin de pailler avant la plantation.
=Variétés.=--Crêpe ou petite noire, -- Gotte, -- Georges, -- À bord rouge. -- Bigotte.
On sème aussi ces variétés en août et en septembre; on les plante sur des vieilles couches, qu'on recharge de terreau, de manière qu'elles se trouvent près du verre; mais c'est seulement quand il gèle qu'on les recouvre de panneaux, et en ayant soin de leur donner autant d'air qu'il est possible. On en conserve souvent jusqu'en décembre.
_Laitues d'été._--On commence à en semer dès les premiers jours d'avril, puis jusqu'en juillet, successivement tous les quinze jours, afin d'en avoir qui se succèdent pendant toute la saison. Les soins sont les mêmes que ceux que nous avons indiqués précédemment; seulement, en raison de l'époque, les arrosements doivent être beaucoup plus fréquents.
=Variétés.=--Blonde de Versailles, -- Bl. d'été, -- Bl. de Berlin, -- Batavia blonde, -- Bl. brune, -- de Malte, -- Turque, -- Impériale, -- verte de Gênes, -- grosse brune paresseuse, -- Palatine, -- rouge chartreuse, -- rousse à graine jaune, -- sanguine ou flagellée.
_Laitues d'hiver._--On commence à les semer en août, et l'on peut continuer jusque vers le milieu de septembre. En octobre on les plante dans une plate-bande, à bonne exposition, et on les garantit des fortes gelées et de la neige en les couvrant avec de la litière, qu'on enlève toutes les fois que le temps le permet.
=Variétés.=--De la passion, -- Morine -- Brune d'hiver.
_Laitues à couper._--On peut facilement en avoir presque toute l'année, et en commençant à semer sur couche en janvier et en février, puis en pleine terre dès le mois de mars successivement jusqu'en novembre.
=Variétés.=--À pincer, -- Chicorée, -- Épinard.
_Laitues romaines._--On en cultive plusieurs variétés que l'on peut classer, comme les Laitues pommées, en Romaines de printemps, d'été et d'hiver.
_Romaines de printemps._--Dans la première quinzaine d'octobre, on sème la Romaine verte hâtive, et dans la seconde, les Romaines blonde et grise maraîchère; on traite le plant comme celui des Laitues pommées cultivées à cette époque; seulement, dans le courant de novembre, on relève le plant des Romaines vertes pour le replanter immédiatement; mais alors on n'en place plus que douze ou quinze par cloche.
Vers la fin de décembre ou le commencement de janvier, on commence à planter sous panneaux ou sous cloches, et à partir de cette époque on continue successivement jusqu'à la fin de février; en mars, on plante en pleine terre, à bonne exposition.
_Romaines d'été._--On les cultive absolument comme les Laitues d'été, à la seule différence que pour les faire blanchir, on lie avec un ou deux liens de paille les variétés qui ne se coiffent pas elles-mêmes. Cette opération ne doit avoir lieu que par un temps sec, et dès lors il faut s'abstenir de mouiller les feuilles en arrosant.
=Variétés.=--Alphange, -- Blonde de Brunoy, -- Monstrueuse, -- Panachée, -- Dorée, -- À feuille de chêne.
_Romaines d'hiver._--On les traite comme les Laitues d'hiver; et pour semer à cette époque, on donne généralement la préférence à la Romaine rouge d'hiver, variété très-rustique et supportant le mieux les gelées.
Les graines de Laitues et de Romaines mûrissent en août, et elles se conservent bonnes pendant cinq ans.
LENTILLES (_Ervum lens_).--Cette plante est plus cultivée en plein champ que dans les jardins; on la sème en rayons en mars et avril. Dans un terrain sec et sablonneux ses produits sont beaucoup plus abondants que dans un terrain gras et humide; car alors elle végète beaucoup, mais ne donne que très-peu de graines. La variété à laquelle on donne généralement la préférence est celle de _Gallardon_.
La durée germinative des semences de Lentille est de trois ans.
MÂCHE DE HOLLANDE (_Valerianella olitoria_).--Elle aime une terre douce et bien fumée. On commence à en semer en août et jusqu'à la fin d'octobre. On la sème à la volée; et après avoir hersé à la fourche, on la recouvre légèrement avec le râteau, et l'on arrose si le temps est sec. Celle qu'on a semée en octobre sera bonne au printemps.
Il existe une nouvelle variété de Mâche à feuilles panachées, qui peut être cultivée exactement de la même manière.
_Mâche d'Italie ou régence._--C'est une espèce à feuilles plus larges, mais plus tardive; on en sème souvent parmi celle de Hollande, de manière à prolonger la durée du semis.
Les graines de Mâche sont bonnes à récolter en juin, et elles se conservent pendant quatre ou cinq ans.
MAÏS (_Zea maïs_).--Dans les jardins, on cultive particulièrement le Maïs pour ses jeunes épis, que l'on fait confire au vinaigre comme les cornichons ou pour manger cuits à l'eau comme les pommes de terre. On le sème en mai en pleine terre, ou en avril sur couche, pour le repiquer ensuite à 0m,60 de distance. Quand les plantes prennent de la force, on les butte, et on retranche les bourgeons qui viennent au pied.
La durée germinative des semences du Maïs est de deux ans.
=Variétés.=--Blanc hâtif, -- Quarantain, -- à poulets, -- sucré.
MELONS (_Cucumis Melo_).--La culture des Melons, sur laquelle il a déjà paru beaucoup de traités, rarement écrits par des praticiens, est on ne peut plus facile; cependant, dans nos pays elle exige des soins assidus et intelligents, surtout pour ceux de première saison: car alors on a à lutter contre les chances défavorables de la température; et la bonne culture a une telle influence sur la qualité des fruits, que, quoique placés dans des conditions bien moins favorables, nos Melons cantaloups sont ordinairement supérieurs en qualité à ceux des contrées méridionales, où ils sont semés en plein champ et abandonnés à eux-mêmes.
Cette culture peut se faire de trois manières: sous panneaux, sous cloches et en pleine terre.
_Melons sous panneaux._--On ne cultive sous panneaux que le Cantaloup Prescott fond blanc et ses variétés.
Dans la culture de haute primeur on sème les premiers Melons dès les premiers jours de janvier; mais, dans les cultures ordinaires, on sème seulement dans les premiers jours de février.
On prépare une couche d'environ 0m,75 d'épaisseur, composée de moitié fumier neuf, moitié fumier recuit.
On la charge de 0m,10 de terreau, de manière que le semis se trouve peu éloigné du verre. On entoure le coffre d'un bon réchaud de fumier, et lorsque la chaleur de la couche est favorable (25 à 30 degrés), on trace des rayons, on sème des graines, que l'on recouvre légèrement; on tient les panneaux couverts de paillassons pendant deux ou trois jours, jusqu'à ce que ces graines aient levé; après quoi on découvre tous les jours, en ayant soin de recouvrir avant la nuit. Quelques jours après la levée des graines, on commence à donner un peu d'air par le haut des panneaux chaque fois que le temps le permet, afin de fortifier le plant. Lorsque les cotylédons sont bien développés, on prépare une autre couche, de même épaisseur que la précédente, mais dont la longueur doit être proportionnée à la quantité de plants que l'on veut repiquer; puis on la charge de terreau. On place les coffres, on étend le terreau également, et lorsque la chaleur de la couche est favorable, on choisit le plant le plus vigoureux, et on le repique avec le doigt, comme on le ferait avec un plantoir. On fait ordinairement dix rangs par coffre, et l'on repique ses Melons à 0m,12 de distance sur la ligne, ayant soin de les enfoncer jusqu'aux cotylédons; ou bien on enfonce des pots de 0m,08 de diamètre sur la couche; on les emplit de bonne terre douce mêlée de terreau, on la foule légèrement, et lorsque la chaleur est favorable, on repique un pied de Melon dans chaque pot[7]; et, dans ce cas comme dans l'autre, on tient les panneaux couverts de paillassons pendant trois ou quatre jours, pour faciliter la reprise du plant; après quoi on découvre tous les jours, et l'on donne un peu d'air au moment du soleil.
[Note 7: Ces deux modes de repiquage sont encore pratiqués dans la culture maraîchère. Cependant bon nombre de maraîchers ont abandonné le repiquage en pot; car l'expérience prouve qu'un Melon dont les racines sont contournées (ce qui arrive nécessairement aux pieds repiqués en pot, si la plantation se trouve retardée de quelques jours), doit végéter avec moins de vigueur que celui, qui est repiqué sur couche, et dont les racines n'ont pas été gênées dans leur développement.]