Manuel complet des fabricans de chapeaux en tous genres

Chapter 19

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En 1819, outre la distinction de 1806, on accorda des décorations et des titres de baron et des récompenses pécuniaires.

Ainsi les récompenses sont ainsi graduées:

_Citation_: c'est la plus inférieure; _Mention honorable_; _Médaille en bronze_; _Médaille en argent_; _Médaille en or_; _Décorations_; _Titres honorifiques_.

On accorde aussi quelquefois des récompenses pécuniaires. Quant aux fabricans dont les progrès se sont soutenus, sans s'être accrus, on leur décerne la même médaille, sous le titre de _Retour de la médaille obtenue_.

Nous allons maintenant faire connaître les fabricans qui ont obtenu des récompenses depuis 1798 jusqu'à nos jours. En jetant un coup d'oeil sur le tableau que nous allons présenter, il sera aisé de juger de l'influence que les expositions ont exercée sur cette branche de l'industrie française.

_Exposans depuis 1798 jusqu'à l'exposition de 1827._

_Exposition de 1798._

Aucun fabricant de chapeaux ne se présenta à cette exposition. 223 _Exposition de 1801._

Il en fut de même à celle-ci.

_Exposition de 1802._

C'est à dater de cette exposition que la chapellerie a commencé de figurer parmi les produits de l'industrie française. Les fabricans qui ont été les premiers à répondre à ce noble appel sont:

MM. Bardinel, de Limoges, pour des chapeaux; Bellegarde (Joseph), de Gaillac, _id._; Brouilland fils, _id._; Viot, de Marseille, _id._; Desaint-Riquier jeune, de Quevavilliers, pour des ganses de chapeaux.

Aucune récompense ne fut décernée à la chapellerie.

_Exposition de 1806_.

Un grand nombre de fabricans suivirent cette année l'impulsion déjà donnée, et cette exposition, si elle n'a pas été pour la chapellerie la plus brillante, a été du moins la plus nombreuse. On y vit figurer:

MM. Bellegarde (Joseph), pour les chapeaux; Bernard aîné, de Moulins, _id._; Berthier (François), d'Issoudun, _id._; Beylard aîné, de Marmande, _id._; Boulanger, de Rennes, _id._; Bourdachon, d'Issoudun, _id._; Dulerys (Pierre), de Bourganeuf, _id._ Florentin, Couyère et Cie, pour les chapeaux de paille; Guiffray et Cie, de Lyon, _id._; Juhel, de Sens, _id._; Lamaique, d'Oleron, _id._; MM. Lamorte, pour les chapeaux; Meissonnier, id._; Monnereau, de Niort, id._; Pascal (Pierre), de Marseille, id._; Patoors, id._; Ribolet, de Lyon, id._; Rouliés, d'Agen, id._; Sade, d'Anduze, id._; Sandrot (veuve), de Grenoble, id._ 224

De tous ces exposans, MM. Guiffray seuls obtinrent une mention honorable. Cet insuccès refroidit tellement le zèle de ces fabricans que deux seuls ont reparu aux expositions suivantes.

_Exposition de 1819._

Cette exposition fut moins nombreuse que la précédente; on n'y vit figurer que:

MM. Allemand, de Paris, pour les chapeaux: Brouilland fils, _id._; Chenard aîné, père et fils, _id._ Couyère, chapeaux en saule; Delouchant, _id._; Dormois et Cie, _id._; Guichardière, de Paris, _id._; Lamorte, _id._; Lauche (Antoine), _id._; Lantier aîné, _id._; Masclet, _id._; Maurisier, _id._; Poujal, _id._ Thibault, pour chapeaux de paille; Vian-de-Mourche, de Marseille, _id._

Ce dernier obtint une mention honorable; il en fut de même de M. Guichardière, qui depuis a publié de fort bons mémoires sur la 225 fabrication des chapeaux. Il est à regretter que des encouragemens plus grands[57] n'aient pas été accordés à la fabrique de madame veuve Reyne, à Valence, département de la Drôme, qui, en 1822, reçut une médaille d'argent de la Société d'encouragemens pour l'industrie nationale. Cette dame se trouvant ruinée fut forcée d'abandonner cette exploitation. Nous avons fait connaître le rapport que fit à ce sujet M. Sylvestre.

[Note 57: Madame Reyne avait demandé au gouvernement une somme de 12,000 fr.; celle de 2,400 fr. lui fut accordée par le ministre de l'intérieur, le 12 avril 1820.]

_Exposition de 1823._

Nous n'avons pu nous procurer des renseignemens exacts sur le nombre des exposans de cette année; nous n'avons pu connaître que ceux qui reçurent quelques récompenses. Ce furent:

Mesdames _Manceaux_, qui obtinrent une médaille d'argent pour des chapeaux en soie, imitant la paille d'Italie; et pour d'autres chapeaux en tresses de coton, imitant la _paille de riz_.

M. Dupré, de Lagnieux, fut mentionné honorablement pour ses chapeaux de paille façon d'Italie.

Madame _Milcent-Scherckenbick_, mention honorable pour des chapeaux, dits imperméables, tressés en soie et en lin de diverses couleurs.

_Exposition de 1827._

La médaille d'argent accordée aux dames Manceaux paraît avoir été un puissant stimulant pour les autres fabricans; aussi l'exposition de 1827 ayant été la plus brillante pour la chapellerie, le jury a-t-il eu un bien plus grand nombre de récompenses à décerner. Nous allons les présenter en commençant par les plus fortes, et descendant graduellement aux plus faibles. 226 _Médailles d'argent._

Mesdames Manceaux qui l'avaient également obtenue en 1823. M. Dupré, pour chapeaux de paille façon d'Italie.

_Médailles de bronze._

MM. Percherand, Dubois et Cie, pour des chapeaux de paille, imitant ceux de Florence.

_Mentions honorables._

La maison centrale de Bicêtre de Paris, pour des chapeaux de paille. M. Gancel (Pierre), pour des chapeaux en laine, et en poil de veau. M. Giroux, de Paris, pour des chapeaux en feutre. M. Lenoir (Épiphane), pour des chapeaux en laine, bien fabriqués et à bas prix. Madame Milcent-Scherckenbick, pour des chapeaux imperméables en soie et en lin.

_Citations._

MM. Davilla et Dabbé, pour des chapeaux imperméables. M. Dulong-Miergue, _id._ M. Wansbroug, _id._ M. Savornin, pour des chapeaux élastiques.

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VOCABULAIRE

DES PRINCIPALES OPÉRATIONS ET INSTRUMENS EMPLOYÉS DANS LA FABRICATION DES CHAPEAUX.

_Acides._

Substances composées qui ont généralement une saveur acide, rougissent la teinture de tournesol et la plupart des couleurs bleues végétales, et forment une classe de corps connus sous le nom de sels, en s'unissant avec les bases salifiables. Ils sont le résultat de l'union de certains corps avec l'oxigène, et alors ils sont appelés _oxacides_, ou bien avec l'hydrogène, et alors ils sont connus sous le nom d'_hydracides_; enfin, ils peuvent être le résultat de la combinaison de certains corps entre eux sans oxigène ni hydrogène, tels que le _chlore_ avec le _bore_; acide _chloro-borique_, etc. Nous allons indiquer les acides qui sont employés dans la chapellerie.

_Acide acétique_. C'est le vinaigre à l'état de pureté.

_Acide citrique_. C'est l'acide des citrons.

_Acide muriatique_ ou _hydro-chlorique_, formé par le chlore et l'hydrogène. Cet acide donne lieu aux sels muriatés ou hydro-chlorates.

_Acide nitrique_ ou _eau forte_. Acide extrait du nitrate de potasse (sel de nitre). Il est composé d'azote et d'oxigène.

_Acide sulfurique_ (huile de vitriol). Obtenu par la combustion du soufre dans de grandes chambres de plomb. Il est composé d'oxigène et de soufre.

_Acide tartrique_. C'est l'acide qui, avec la potasse, constitue le sel qui est connu sous le nom de tartrate acidule de potasse (crème de tartre).

_Alcalis._

_Alcali._ Substances qui verdissent la plupart des couleurs bleues végétales, ont une saveur âcre et urineuse, saturent les acides et forment avec eux des sels.

_Air atmosphérique_. Fluide élastique qui, abstraction faite de toutes les exhalaisons et vapeurs, etc., qu'il contient, enveloppe de toute part le globe terrestre, s'élève à une hauteur inconnue, pénètre dans les abîmes les plus profonds, fait partie de tous les corps, et adhère à leur surface. Il est composé de 0,79 azote et 0,21 oxigène; plus 0,01 d'acide carbonique.

_Acétate de cuivre (sous-)_. Vert-de-gris. Sel composé d'acide acétique avec excès d'oxide de cuivre.

_Acétate de cuivre_. Sel composé d'acide acétique et d'oxide de cuivre dans un état de neutralisation.

_Acétate de fer_. Sel composé d'acide acétique et d'oxide de fer.

_Apprêt de chapeaux._

Introduction d'une colle qui, tout en laissant à l'étoffe sa flexibilité, en agglutine les parties feutrées, la rend plus consistante, plus ferme et plus susceptible de conserver la forme qu'on lui donne.

_Appropriage des chapeaux._

Les chapeaux parvenus au point de fabrication convenable, n'ont ni ce brillant, ni cette douceur qui en constituent la beauté. Ce sont ces qualités qu'on leur donne par l'_appropriage_. Quant aux feutres destinés à la coiffure, on se borne à les passer au fer ou à les mettre en presse afin de les _catir_, comme les tissus de laine.

_Arçon (de l')._

L'arçon est une espèce d'archet d'une grande dimension, qu'on suspend au plancher vers son milieu, afin de pouvoir le placer dans toutes les directions possibles. Cet archet est situé au-dessus d'une table recouverte d'une claie d'osier fin, et assez serrée pour ne laisser passer que les ordures. On place le poil sur cette claie; on fait entrer la corde de l'arçon dans le tas, et, sans qu'elle en sorte, on la met en jeu à l'aide d'une _coche_, sorte de fuseau en bois dur, terminé à chaque extrémité par un bouton en forme de champignon. C'est en accrochant la corde avec ce boulon, et la tirant fortement, qu'elle finit par glisser sur le bouton, et qu'elle entre en vibrations d'autant plus accélérées, que le mouvement de l'arçonneur a été plus brusque. L'ouvrier a soin d'élever ou d'abaisser l'arçon.

_Agnelins._

Laine provenant des agneaux.

_Arrachage ou tirage du poil du lièvre._

Dans cette opération, les découpeuses pincent le duvet entre le pouce et la lame d'un couteau dit tranchet, et le tirant vers elles, le duvet est emporté, et presque tout le jarre reste sur la peau. Cet arrachage complète l'éjarrage.

_Assortiment._

Assortir un chapeau, c'est le placer dans une forme semblable à celle qu'il doit avoir, en ayant soin de prendre une forme un peu plus haute que celle du dressage à la foule, afin que la ficelle n'occupe pas le même point que celui où elle se trouvait à la foule, et d'éviter ainsi les compressions du feutre qui produisent des espèces d'étranglemens. C'est ce qu'en termes de l'art on appelle baisser le lien.

_Avancer à la main._

Synonyme de marcher à la foule; cette dénomination vient de ce que la majeure partie de ce travail se fait avec les mains nues.

_Atteint de foule._

C'est lorsque le feutre a atteint la _taille prescrite_, et qu'il n'est susceptible d'aucun nouveau retrait pour un autre foulage.

_Bassin et du bâtissage (du)._

Cette opération est une des principales de la chapellerie; elle doit se faire dans un local particulier, afin que l'ouvrier ne continue point à être exposé aux exhalaisons produites pendant l'arçonnage. On donne le nom de _bassin_ à un établi en bois dur et bien uni; et celui de _feutrière_, à une forte toile d'Alençon. On mouille alors la feutrière soit avec une brosse, soit avec une poignée de brin d'osier, de bruyère ou bien avec un petit balai de riz; quand elle est suffisamment humide, on y place quelques carrés de papier épais et souple, on les recouvre de la partie pendante, et on roule le tout afin que la moiteur se distribue également. En cet état, l'ouvrier déroule la feutrière, et, après en avoir tiré les papiers, il l'arrange, comme nous l'avons déjà dit, c'est-à-dire une moitié sur le bassin, et l'autre pendante sur le devant. Tout étant ainsi préparé, l'ouvrier étend sur la feutrière les pièces les unes sur les autres, en ayant grand soin de les bien étendre, et surtout qu'il n'y existe ni plis ni ridures, sur chaque pièce, et, après l'avoir légèrement arrosée, il place une feuille du papier précité; enfin la dernière pièce est couverte par la moitié de la feutrière restée pendante.

On travaille les pièces jusqu'à ce qu'on reconnaisse 1° qu'elles sont devenues assez consistantes et assez fermes pour ne point s'ouvrir ou s'étendre; 2° qu'elles sont en même temps assez molles pour que, lorsqu'on les assemble, elles s'unissent et se lient de manière à ne plus former qu'un seul et même feutre. C'est ce qu'on nomme _bâtir un feutre_.

_Bassin de l'apprêt._

Cette opération a pour but de débarrasser la surface des feutres de l'excès d'apprêt qui s'y trouve et qui tient les poils collés entre eux, ce qu'on remarque chez ceux qui n'ont pas été soumis au bassin. Pour cela, on trempe les bords de ces chapeaux dans une faible dissolution de savon dans l'eau bouillante; on l'égoutte ensuite, on l'essuie, on en dégage le poil et on le fait sécher à l'étuve pour le soumettre à l'appropriage.

_Banc de foule._

Banc incliné, placé autour de la chaudière, sur lequel les ouvriers opèrent le foulage des feutres.

_Border la peau._

C'est en retrancher la queue, les pattes, etc.

_Bourser l'étoffe._

C'est lui faire faire des poches quand le bâtissage n'est pas bien conduit.

_Brunissure._

Synonyme de teinture.

_Cartonnage (du)._

Cette opération consiste à coller au fond du chapeau du papier fort, et un autre plus léger autour de la forme.

_Carrelet._

Espèce de petite carde en fer qui sert à développer le duvet des chapeaux.

_Chapeaux mi-poils._

Le mot demi-poil annonce que cette dorure est supérieure à celle des feutres dorés ordinaires et inférieure à celle des oursons. Cette qualité tient donc un juste milieu entre les deux autres. Les deux dorures qu'on applique sur ce feutre se nomment, en termes de l'art, _première_ et _seconde pose_.

_Chapeaux oursons._

Ces chapeaux ont une dorure plus belle et plus longue. Le mot ourson vient de ce que ces chapeaux, pour le velu, sont comparés à la peau de l'ours, quoiqu'il s'en faille de beaucoup que leur poil soit aussi long.

_Chapeaux plumets._

Les chapeaux dits _plumets_, ainsi que les _bordés_, etc., ne diffèrent des oursons qu'en ce qu'on ne les dore comme ceux-ci que d'un côté ou seulement sur les bords, etc.

_Chaude._

La _chaude_ est également connue sous le nom de _plongée_ ou de _feu_; sa durée est de une heure et demie à deux heures.

_Chiquettes,_

Parties retranchées de la peau.

_Citrate de fer._

Sel composé d'acide citrique et d'oxide de fer.

_Colcotar, rouge d'Angleterre, rouge de Prusse (tritoxide de fer)._

Cet oxide est d'un beau rouge, tirant un peu sur le brun, plus fusible que le fer, indécomposable par le calorique non magnétique, se réduisant par le fluide électrique, insoluble dans l'eau. Il est le principe colorant de la sanguine, du brun rouge, etc.

_Colle de poisson (ichtyocolle)._

Ce sont les vésicules aériennes d'un esturgeon (_acipenser huso._ LIN.), qui a ordinairement 24 pieds de longueur sur 12 de largeur. On nettoie ces vésicules, on les roule sur elles-mêmes, et on les fait sécher, en leur donnant la forme d'un coeur ou d'une lyre; ou bien, au lieu de les rouler, on les plie comme une serviette.

_Colle-forte, colle de Flandre._

C'est ainsi qu'on nomme la gélatine qu'on retire des oreilles et pieds de boeufs, chevaux, moutons, veaux, ainsi que des parties blanches de ces divers animaux. Cette colle est coulée en tablettes sèches, cassantes, brunes, jaunâtres, rougeâtres, transparentes ou demi-transparentes, suivant leur degré de pureté et le soin qu'on a pris de la préparation.

Cristaux de Vénus. _Voyez_ acétate de cuivre.

_Couperose bleue, cuivre vitriolé, vitriol bleu, vitriol de cuivre, vitriol de Chypre, etc. (sulfate de deutoxide de cuivre)._

Ce sel est inodore, d'une saveur âcre et très styptique, en cristaux bleus transparens, irréguliers, et quelquefois en octaèdres et décaèdres, jouissant de la double réfraction, légèrement efflorescens, et offrant alors une matière pulvérulente d'un blanc verdâtre; soluble dans quatre parties d'eau froide, et subissant la fusion aqueuse. L'alcali volatil en précipite l'oxide qui reste suspendu dans la liqueur et lui donne une belle couleur bleue. On désigne cette préparation par le nom d'_eau céleste_. Il est composé d'acide sulfurique et d'oxide de cuivre.

_Couperose, couperose verte, vitriol vert, vitriol martial, mars vitriolé, etc. (Sulfate de fer)._

Récemment cristallisé, ce sel est en prismes rhomboïdaux, d'un beau vert d'émeraude, transparent, et s'effleurissant à l'air en absorbant son oxigène; il se convertit alors en sulfate de tritoxide de fer, qui est en taches jaunes sur les cristaux précités. Le sulfate de fer est inodore, stytique, et si soluble dans l'eau, que neuf parties de ce liquide bouillant en dissolvent douze de ce sel. Il est composé d'acide sulfurique et de fer.

_Croisée à la foule_

Est l'ensemble de tous les mouvemens qu'on est obligé de faire pour rouler le feutre successivement sur tous les côtés que présente sa figure et le fouler sur chacun de ces _roulemens_.

_Décatir._

C'est débrouiller le poil au moyen d'une carde.

_Dégalage._

Le poil des peaux est souvent rempli de poussière et de corps étrangers dont il importe de le débarrasser: c'est ce qu'on nomme en termes de l'art, _dégaler_. On pratique cette opération au moyen d'une espèce de petite carde, connue sous le nom de _carrelet_. L'ouvrier promène doucement cet outil sur le poil, et bat ensuite la peau avec une baguette du côté opposé; il continue ces deux opérations jusqu'à ce qu'en agitant fortement les peaux, il n'en sorte plus de poussière.

_Dorure._

C'est le poil le plus beau qu'on applique sur la surface des feutres.

_Dressage._

C'est mettre les chapeaux sur la forme, afin de leur donner la forme convenable.

_Ébarbage ou éjarrage._

Les poils de castor, de lapin, de lièvre, etc., sont composés de duvet et de jarre. Les fabricans ont employé divers moyens pour séparer ce jarre du duvet.

Les mots ébarbage et éjarrage semblent à peu près synonymes; cependant il existe entre eux une petite différence. Nous avons déjà dit que dans les peaux de castor et de lapin, le jarre adhère moins à la peau que le duvet; c'est en raison de cette propriété et vu la plus grande longueur du jarre qu'on s'attache à l'arracher; c'est ce qu'on nomme _éjarrage_, tandis que l'_ébarbage_ s'y applique aussi, mais plus communément aux peaux de lièvre dont le jarre est plus adhérent au cuir que le duvet.

_Enficelage (l')._

Après avoir fait entrer en partie les chapeaux sur les formes convenables et les avoir arrêtés avec une ficelle, on les plonge dans un bain d'eau bouillante pure pour les dégorger et extraire la crème de tartre que le poil peut contenir; après les avoir tenus quelques instans dans la chaudière couverte, on les relire et on les pose sur des plateaux semblables à ceux de la foule, et ayant à leur extrémité inférieure un rebord qui porte l'eau qui s'écoule des feutres hors de la chaumière. C'est alors qu'on tire le feutre sur la forme, jusqu'à ce qu'il y soit bien appliqué et qu'il n'offre aucun pli. On fait alors deux tours de ficelle vers le milieu de la forme au moyen d'un noeud coulant qu'on serre médiocrement.

_Éjarrage._

Cette opération est également connue sous le nom d'arrachage.

_Feutres._

Matières employées pour la fabrication des chapeaux qui ont été converties par le bâtissage en une sorte d'étoffe qu'on nomme feutre.

_Feutres dits poils flamands._

Cette dénomination leur vient de ce que primitivement ce mode de préparation a été importé des fabriques de Flandre. Ce feutre est le plus souvent fait avec du poil de lièvre pur et est brossé avec le _frottoir_, pendant la _foule_, ce qui en dégage un poil très long et uni, qui en constitue la qualité et en fait la principale beauté.

_Feutres dorés._

On donne le nom de _feutres dorés_ à ceux d'une qualité ordinaire ou inférieure, dont l'on recouvre la surface externe d'une couche mince de matière ou poils plus fins.

_Feutres grigneux._

Nous avons déjà fait connaître ce qu'on doit entendre par grigne; nous ajouterons ici qu'on nomme feutres grigneux ceux qui, après avoir été écoulés et pressés entre les doigts, en les faisant glisser horizontalement l'un sur l'autre, offrent encore ces aspérités et ce grain qui constituent la grigne. Ce défaut reconnaît pour cause: 1° un bâtissage trop court donné au feutre par l'ouvrier, afin de le faire arriver plus promptement à la dimension désirée; 2° un vice du mélange qui a produit une étoffe trop tendre pour être bâtie plus grand.

_Feutres écaillés._

Ces feutres, après leur confection, et pressés entre les doigts comme ci-dessus, offrent des points où l'étoffe a si peu de consistance qu'elle est sur le point de se _défeutrer_ ou, si l'on veut, de voir cesser l'adhérence et l'entrecroisement du duvet qui est le résultat du bâtissage et du foulage. Suivant M. Morel, ce défaut provient de ce que le feutre ayant été bâti trop grand, et se trouvant atteint de foule avant que d'être réduit aux dimensions demandées, l'ouvrier a continué de les fouler dans l'espoir de l'y réduire; ou bien, lorsqu'ayant été bâti dans de justes proportions, l'étoffe trop veule s'est écartée au bassin et écaillée vers la fin du travail de la foule. Quand ce vice, ajoute l'auteur, est porté à l'excès, il occasionne des gerçures et des trous. On dit alors que l'étoffe a lâché.

_Feutre à plume._

Les feutres dits _à plume_ sont une dorure plus riche pour laquelle on fait usage du plus beau poil de lièvre et de celui de castor. En général, on n'applique cette dorure que lorsque le feutre a été foulé, avec cette différence du procédé des feutres dorés, que pour ceux à plume on applique plusieurs couches de poil ou dorure.

_Foule (de la)._

Le feutre, après l'opération du bâtissage, est bien loin d'avoir la consistance, la force et la solidité convenables pour lui assurer quelque durée; on lui donne ces qualités au moyen de la _foule_, qui fait rentrer en tous sens les poils sur eux-mêmes et resserre ainsi le tissu en le rendant plus consistant, beaucoup plus fort, ou, en termes de l'art, plus étoffé. Les poils, en prenant ce nouvel arrangement, occupent un espace moindre qu'auparavant; aussi l'étoffe se rétrécit-elle en tous sens; aussi le feutre, en sortant du bâtissage, doit avoir un tiers ou double de l'étendue qu'il aura après la foule. Ce nouveau feutrage s'opère toujours à chaud au moyen de quelques agens qui augmentent la qualité feutrante des matières sans qu'on ait encore déterminé chimiquement ce nouveau mode d'action.

_Flambage._