Madame Sans-Gêne, Tome 3 Le Roi de Rome
Part 23
—Misérable! criait Guidal au capitaine rapporteur Delon s'approchant pour lire la sentence, les trois quarts de ceux que tu as fait condamner sont innocents, tu le sais bien!
—Monsieur le gendarme, disait au garde qui le tenait par le bras Bocchéiampe, j'avais demandé un confesseur.
—Je suis né sous les drapeaux, j'ai toujours été dévoué à l'Empereur, moi... Pourquoi me fusilles-tu? Vive l'Empereur! s'écriait Borderieux.
—Ton Empereur! lui dit Lahorie se tournant vers lui, s'il avait été dans mon cœur, il y a longtemps que je me fusse poignardé!...
—Silence dans les rangs! dit alors Malet d'une voix forte. C'est ici à moi de parler!
Et faisant un pas vers l'officier de gendarmerie:
—Monsieur, en ma qualité de général et comme chef de ceux qui vont mourir ici pour moi, je demande à commander le feu!
L'officier inclina la tête en signe d'assentiment.
Malet jeta un coup d'œil sur les troupes. Le carré était composé de 120 hommes. Le peloton d'exécution comprenait 30 hommes, tous vieux soldats. Le carré était formé de très jeunes soldats.
Les condamnés étaient placés sur un seul rang, adossés à un mur.
Dans l'encoignure du mur étaient quatre charrettes attelées chacune d'un seul cheval, destinées à emporter les corps. Ce lugubre équipage était accompagné d'infirmiers du Val-de-Grâce, vêtus de vestes grises à collets bleus, qui devaient procéder à l'inhumation.
L'officier de gendarmerie fit battre un ban.
Puis Malet, regardant bien en face les soldats immobiles:
—Peloton, attention! commanda-t-il d'une voix sonore. Portez armes!... apprêtez armes!...
Il s'arrêta:
—Cela ne vaut rien, dit-il, nous allons recommencer!... L'arme au bras, tout le monde!
Il y eut un tressaillement parmi les soldats. Puis les armes furent replacées.
Malet reprit:
—Attention, cette fois!... Portez... armes!... apprêtez... armes!... à la bonne heure!... C'est bien!... joue!... feu!...
Trente coups de feu partirent. Les malheureux condamnés tombèrent tous, excepté Malet. Il n'était que blessé. Plusieurs soldats avaient hésité à tirer sur lui.
Il resta debout. Il porta la main à sa poitrine d'où le sang coulait. Puis, reculant jusqu'au mur, il s'adossa:
—Et moi donc, mes amis, cria-t-il, vous m'avez oublié!...
—Moi aussi! dit Borderieux se soulevant tout ruisselant de sang, et il murmura: Vive l'Empereur!...
—Pauvre soldat, fit Malet, ton Empereur a reçu comme toi le coup mortel!...
Puis il reprit:
—A moi le peloton de réserve!
—En avant la réserve! commanda l'officier de gendarmerie.
A cette seconde décharge, Malet, face en avant, tomba.
L'exécution était achevée. Il était quatre heures et demie. Les corps furent emportés à Clamart.
L'abbé Lafon et le moine Camagno seuls avaient échappé. Ils furent en faveur sous la Restauration.
Louis XVIII fit une pension à la veuve de Malet et donna les épaulettes de sous-lieutenant de chasseurs au fils du général, Aristide Malet, en reconnaissance du mal que son père avait voulu faire à Napoléon et du grand service qu'il avait rendu aux Bourbons en prouvant que si l'Empereur mourait ou disparaissait, les pouvoirs publics, l'armée, les citoyens ne semblaient pas se souvenir de l'existence du roi de Rome.
* * * * *
—Ils sont morts en braves! disait le soir de l'exécution La Violette aux gens de Combault... Je ne regrette pas d'avoir contribué à arrêter Malet, car il avait conspiré contre l'Empereur et travaillé ici pour les Cosaques... Mais ces pauvres officiers, ces soldats qui ont cru obéir à des ordres réguliers, à des chefs hiérarchiques, je donnerais la moitié de mes membres pour les voir ici, vivants et graciés!...
Et ce bon La Violette, du revers de sa manche, essuya une larme indiscrète.
Puis, pour changer ses idées sombres, il se leva et considéra avec attendrissement Henriot, joyeux, heureux, qui s'avançait sous les arbres, donnant le bras à Alice qui lui parlait, amoureusement penchée vers lui.
Derrière eux, sa bonne figure éclairée d'une joie maternelle, la maréchale Lefebvre regardait les deux jeunes gens enfin réunis et dont le bonheur était désormais stable et définitif.
Le malentendu s'était promptement dissipé.
Henriot, en arrivant à Combault avec La Violette, s'était confessé à l'excellente madame Sans-Gêne. Il avait avoué son erreur, la nuit, lorsqu'il avait cru surprendre l'Empereur auprès d'Alice, puis sa fuite, ses désirs de vengeance et enfin la révélation de la vérité au Palais-Royal, lors de la rencontre de La Violette et de Samuel Walter, le sosie impérial.
Catherine rit de la méprise et de la façon dont elle avait été reconnue, puis elle dit à Henriot, en lui désignant Alice:
—Allez embrasser votre femme!
Henriot cependant se montrait inquiet. Les projets de Malet que la lettre du nommé Camagno dénonçait en partie lui troublaient sa joie. Que se passait-il à Paris? Malet s'était-il évadé? Pourquoi l'ex-major Marcel, en s'éclipsant brusquement du Palais-Royal, avait-il paru si accablé, si pressé d'avertir quelqu'un de sa cachette et de contremander quelque chose? Henriot, malgré tout son désir de rester auprès d'Alice, voulait se rendre à Paris.
La Violette lui offrit alors de faire le voyage. Il irait à l'État-Major et lui enverrait un exprès, s'il y avait du nouveau.
Le tambour-major, en approchant de l'Hôtel de Ville, fut surpris du mouvement des troupes qui s'exécutait.
Il chercha à s'informer. Parmi la foule il aperçut un inspecteur de police, nommé Pâques, qu'il avait connu au régiment. L'agent lui apprit les nouvelles, la mort de l'Empereur et l'installation du nouveau gouvernement, avec le général Malet pour commandant militaire.
Au nom de Malet, La Violette, mis au courant par Henriot des projets d'évasion du général, comprit aussitôt la fraude. Résolu à couvrir Henriot dont l'absence, à l'État-Major, en un pareil moment, pouvait par la suite être gravement interprétée, il demanda à son camarade de lui prêter sa carte d'inspecteur. Il la lui rapporterait dans la journée, après s'en être servi comme laissez-passer.
N'étant point de service, l'inspecteur consentit. Muni de la carte et sous le nom de Pâques, La Violette pénétra donc dans l'hôtel de l'État-Major et contribua, comme on l'a vu, à l'arrestation de Malet.
Quand, informé de sa participation à cette défense des institutions impériales, l'archichancelier Cambacérès voulut récompenser La Violette, celui-ci ne demanda qu'une chose: de l'avancement et une gratification pour l'inspecteur Pâques dont il avait pris la carte et l'emploi.
Le mariage d'Henriot et d'Alice fut célébré sans éclat dans la chapelle de Combault quelques jours après. La Violette était témoin, et le jour de la cérémonie, rentré en possession de sa croix volée, il remit à Samuel Walter les deux napoléons promis par Henriot, plus deux autres qu'il ajouta. Sam, enchanté, déclara à La Violette qu'entre eux c'était à la vie, la mort, qu'il pourrait peut-être un jour prouver sa reconnaissance,—et avec les quatre napoléons, le faux Empereur courut s'enivrer consciencieusement dans un des bouges du Palais-Royal.
* * * * *
Les désastres cependant avaient succédé aux désastres pour la Grande Armée.
Le 14 septembre 1812, à deux heures de l'après-midi, Napoléon était parvenu en vue de Moscou.
A cheval sur une butte dominant Moscou, comme Montmartre Paris,—Moscou, avec sa Moskowa dont le cours sinueux ressemble à la Seine, a une figuration analogue à Paris,—il contemple la ville aux coupoles dorées. Ses clochetons, ses dômes, ses coupoles, ses maisons où le rose, le jaune, le vert, mettaient leurs bariolages, son Kremlin, ville dans la ville, ses bazars, ses palais, étincelait dans une gloire. C'était Venise et Byzance enveloppées d'une buée d'or. Le rêve du conquérant s'accomplissait. Il avait atteint son but, saisi son rêve. Devant lui s'ouvrait l'Asie. Un éblouissement d'orgueil le saisit devant la magnificence du spectacle, et pendant que l'armée, partageant l'émotion de ce sublime tableau, levait les armes, agitait les drapeaux, portait les bonnets à poils au bout des baïonnettes, secouait la crinière des casques, et criait d'une seule voix, comme les pèlerins tombant à genoux en acclamant Jérusalem: Moscou! Moscou!...
Quel sinistre coucher, dans une rougeur effrayante, sur cette belle ville radieuse, ce soleil automnal d'un après-midi de triomphe devait avoir!
Ce ne fut point l'entrée superbe des capitales jadis prises ou rendues. Napoléon ne put croire tout d'abord aux rapports de ses officiers lui affirmant que Moscou était déserte. Pas un factionnaire ne vint pourtant au-devant de lui, le saluer et le précéder dans la cité conquise. Il réclama avec colère les «boyards». Où sont les boyards? Qu'on aille me chercher les boyards! criait-il. Aucune réponse. L'ordre ne pouvait être exécuté. Les boyards fuyaient avec Rostopchine, et des hommes sinistres, en guise d'illuminations, des torches à la main, déjà parcouraient les rues et les maisons, propageant l'incendie.
Napoléon avait poussé un soupir de soulagement en voyant à ses pieds la capitale des czars: «La voilà donc enfin, cette fameuse ville, dit-il à Beillac. Il était temps!»
L'incendie de la ville détruisit le prestigieux effet de la vision féerique.
Moscou allait se briser, s'effriter entre ses doigts. Il ne tiendrait bientôt plus qu'un tison éteint, et sur ses cendres il ferait avancer son cheval.
Le plan de Rostopchine s'accomplit. Bientôt les flammes de tous côtés surgirent, disputant aux Français le sol sacré.
Rostopchine, par la suite, a repoussé l'honneur de cet acte d'héroïsme sauvage qui servit la Russie et perdit Napoléon.
Les preuves surabondent cependant pour démontrer que l'incendie fut non pas accidentel, ni mis par les Français, mais volontaire et exécuté comme une manœuvre stratégique: d'abord l'entassement des matières inflammables, pétards enfouis dans l'hôtel de Rostopchine; son explication de pièces d'artifice emmagasinées pour des fêtes prochaines n'est pas sérieuse. L'époque ne convenait guère aux réjouissances pyrotechniques. Son palais épargné presque seul dans la conflagration générale, ce qui fit que, par la suite, pour effacer cette exception accusatrice, il mit le feu de ses mains à sa maison de campagne; l'ordre d'évacuation signifié aux habitants; l'enlèvement des pompes à incendie, au nombre de cent treize,—une armée en retraite n'avait guère besoin de pompes et de pompiers; enfin l'incendie porté auparavant et par ordre, non seulement dans Smolensk, au moment de sa prise d'assaut, mais dans tous les villages que les Français occupaient, établissent surabondamment la sauvagerie et la gloire de Rostopchine. La Russie envahie se défendait, selon la tactique conseillée par Neipperg, d'Armsfeld et Rostopchine, par le feu en attendant le froid.
La comtesse Lydia Rostopchine, publiant les œuvres de son père, objet de son pieux respect, a expliqué le secret du problème contesté: «Mon père, dit-elle, ne donna jamais d'ordre direct à personne de mettre le feu à Moscou, mais il prit d'avance les mesures pour que cela arrivât.»
La distinction est subtile. L'œuvre n'en est pas moins constatée dans cette précaution si longtemps niée par Rostopchine. La comtesse Lydia ajoute que son frère accompagnait Rostopchine au moment où le gouverneur de Moscou sortit à cheval par la porte de Riazan, tandis que les cavaliers de Murat entraient à l'autre extrémité. Le gouverneur ôta son chapeau et, s'étant retourné, dit à son fils Serge:
—Salue Moscou pour la dernière fois, mon fils, dans une demi-heure elle sera en flammes!
Pourquoi Rostopchine a-t-il repoussé la gloire du patriote qui se résout, pour sauver son pays, à accomplir une action barbare et sublime? Pourquoi s'est-il lavé comme d'une souillure d'une réputation qui ne pouvait, même aux yeux des Français vaincus, que lui mériter admiration et respect? La comtesse Lydia a modifié cette dénégation: les Moscovites, dans les premiers temps, applaudirent à la destruction de leurs maisons, mais, rentrés dans leur capitale, ils commencèrent des plaintes contre l'auteur de ce désastre. Rostopchine, irrité, désillusionné, nia le fait qui eût dû lui valoir la reconnaissance et l'amour de ses compatriotes sauvés. Il écrivit alors: «Puisque les Moscovites se plaignent de cette auréole de gloire dont j'ai ceint leurs têtes, eh bien, je la leur ôterai!» L'histoire la leur a rendue.
Pendant trente-cinq jours, Napoléon demeura au Kremlin, environné des décombres et des débris fumants de la ville mal éteinte. On lui a reproché son inaction. Il était nécessaire cependant de laisser son armée, épuisée, affamée, se refaire et se ravitailler. Il se proposait tout d'abord d'élever un grand camp retranché, d'y passer l'hiver, de faire saler les chevaux qu'on ne pourrait nourrir, d'attendre le printemps et avec la belle saison des renforts qui permettraient d'achever la conquête.
Mais la préoccupation de l'opinion en France lui faisait écarter ce projet. «Que dirait Paris? s'écria-t-il soucieux. On ne saurait s'accoutumer à mon absence. On a besoin de me revoir!»
Le 18 octobre, il décide la retraite. Le 23 octobre, à une heure et demie du matin, à l'heure où le général Malet, sorti de la maison de santé, donnait ses premiers ordres et se préparait à entraîner les hommes de la 10e cohorte, une explosion formidable ébranla Moscou, en même temps que l'avant-garde franchissait la porte du sud-ouest. C'était le maréchal Mortier, qui, selon les ordres de Napoléon, faisait sauter le Kremlin évacué.
La retraite lamentable était commencée. Deux routes étaient ouvertes. Celle du sud-ouest ou de Kelunga était nouvelle, et pouvait offrir des ressources. Après s'y être engagé, Napoléon, trouvant devant lui et sur ses côtés l'armée russe, donna l'ordre de reprendre l'ancienne route de Smolensk; autant il avait désiré, en avançant, entendre le canon russe et rencontrer l'ennemi, autant il voulait l'éviter dans la retraite et recherchait les plaines silencieuses.
La route déjà parcourue pouvait aussi tromper l'opinion et faire croire à une retraite toute volontaire et organisée.
L'heure fut tragique et douloureuse. Au général Incendie, vint s'adjoindre le général Gelée (Morosow). Le thermomètre descendit le 6 novembre à 18 degrés au-dessous de zéro. La neige, comme un drap mortuaire, couvrait les régiments endormis. Beaucoup ne se réveillaient pas. Trente mille chevaux périrent dans une seule nuit. On fut obligé d'abandonner cinq cents bouches à feu.
Le général Famine, comme Neipperg et les deux autres conseillers d'Alexandre l'avaient prédit, acheva la déroute. Ces fiers soldats, tremblant pour la première fois, disputaient aux oiseaux de proie les débris de chevaux morts déjà dépecés qu'on retrouvait sur la route parcourue.
Les Cosaques, tourbillonnant autour de ces débris grelottants, faillirent surprendre et enlever Napoléon. Il dut mettre l'épée à la main.
La catastrophe de la Bérésina acheva de réduire à une poignée de fuyards délabrés ce qui avait été la Grande Armée.
Napoléon marchait, à pied, un bâton à la main, sombre et pourtant ne désespérant pas.
Une estafette le trouva à Dorogobourg et lui apporta la nouvelle surprenante de la conspiration de Malet. Le même courrier annonçait l'exécution de douze condamnés.
Napoléon fut accablé par ces nouvelles qui lui montraient la précarité de son pouvoir, l'instabilité de sa dynastie. Il ne pouvait croire à cette facilité avec laquelle tous ces fonctionnaires avaient oublié son fils et leurs serments.
—Eh! quoi! dit-il à Lariboisière, le consultant sur Lahorie qui avait servi sous ses ordres, on ne songeait donc point à mon fils, à ma femme, aux institutions de l'Empire!
Et, se promenant à grands pas dans la cabane où lui parvenaient ces affligeantes dépêches, il murmurait:
—Triste reste de nos révolutions! Au premier mot de ma mort, sur l'ordre d'un inconnu, des officiers mènent leur régiment forcer les prisons, se saisir des premières autorités! Un concierge enferme les ministres sous ses guichets! Le préfet de la capitale, à la voix de quelques soldats, se prête à faire arranger la grande salle d'apparat pour je ne sais quelle assemblée de factieux! Tandis que l'Impératrice est là, le roi de Rome, les princes, les ministres et tous les grands pouvoirs de l'État! Un homme est-il donc tout ici? les Institutions, les serments, rien?
Puis, désapprouvant les exécutions rapides, mécontent de la précipitation apportée à ce supplice:
—Ces imbéciles de ministres! grogna-t-il, après s'être laissé prendre, ils cherchent à se rattraper auprès de moi en faisant fusiller les gens par douzaines!...
Napoléon blâma sévèrement à son retour l'archichancelier Cambacérès d'avoir si rapidement et sans l'avoir attendu fait exécuter l'arrêt qu'il eût voulu examiner.
La conspiration Malet, bien que terminée dans la plaine de Grenelle, décida Napoléon à rentrer précipitamment en France. Il ne voulait pas laisser son trône à la merci d'un nouveau coup de main. Le 5 décembre, à la nuit, il réunit Murat, le vice-roi Eugène, Berthier, Lefebvre, Davout et quelques autres compagnons d'armes, et leur fit part de sa résolution de retourner en France.
Personne ne le désapprouva. Alors il les embrassa tous les uns après les autres, comme si jamais plus il ne dût les revoir,—la lance d'un Cosaque ne pouvait-elle l'arrêter à la première verste?—et il monta en traîneau accompagné de Duroc, avec le mameluck Roustan pour seule garde. Le comte Wosorwich, placé sur le devant du traîneau, lui servait d'interprète.
Dans un autre traîneau Caulaincourt, le comte Lobau, le général Lefebvre-Desnouettes le suivaient.
Le thermomètre marquait 30 degrés Réaumur, c'est-à-dire 35 degrés centigrades au-dessous de zéro.
Après avoir échappé au froid, aux Cosaques, à tous les dangers qu'offrait cette course à travers l'Europe, Napoléon arriva le 18 décembre, dans la nuit, aux Tuileries.
L'Impératrice était couchée. Elle n'était pas prévenue.
Entendant du bruit, elle se leva, fort inquiète...
Peut-être n'était-elle pas seule?
L'Empereur, non sans difficulté, se fit ouvrir.
Il serra dans ses bras Marie-Louise, qui lui rendit fort paisiblement ses caresses.
Brusquement, se séparant de l'Impératrice, il courut à la chambre où reposait le roi de Rome.
L'enfant dormait. Au bruit il s'éveilla.
Reconnaissant son père, il tendit ses petits bras en criant joyeusement: Papa! papa!...
Napoléon enleva l'enfant hors de son lit; il le serra, l'étreignit sur sa poitrine.
Le petit roi disait en son parler enfantin:
—Papa! Papa!... As-tu battu les vilains Cosaques?
L'Empereur ne répondit rien. Il embrassait avec une joie silencieuse et farouche son fils. Alors, pressentant l'avenir tragique, entrevoyant peut-être la défaite continue succédant à la victoire perpétuelle, l'exil, les outrages, la haine et la vengeance des rois donnant pour tombeau, au père Sainte-Hélène, à l'enfant le palais de Schœnbrunn, et tombeau pire, à Marie-Louise, devenue femme Neipperg, l'alcôve du palais de Parme, c'était lui, Napoléon, qui pleurait.
FIN
TABLE DES MATIÈRES
CINQUIÈME PARTIE
LE ROI DE ROME
I. Le 20 mars 1 II. L'agent des princes 22 III. Napoléon au Chêne-Royal 41 IV. Maman Quiou 64 V. Le mariage d'Henriot 85 VI. L'Empereur amoureux 102 VII. Sans-Gêne embrasse Napoléon 129 VIII. Le retour d'Henriot 142 IX. L'amour et la haine 153 X. En route vers l'abîme 187 XI. La maison de santé 223 XII. Compiègne-conspiration 245 XIII. Marche! marche! 261 XIV. L'Empereur est mort 298 XV. Le portrait 316 XVI. La féerie d'une conspiration 344 XVII. Le café du mont Saint-Bernard 376 XVIII. La plaine de Grenelle 413
ÉMILE COLIN—IMPRIMERIE DE LAGNY
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Modifications:
Page 6: «avevenir» remplacé par «avenir» (la garantie de l'avenir). Page 7: «l'Impétrice» par «l'Impératrice» (la délivrance de l'Impératrice). «différent» par «différents» (trois personnages différents par l'âge et par les allures). Page 80: «conscient» par «consciente» (avec l'aide consciente ou non de Marie de Médicis). Page 136: «vous» par «vos» (des feuilles que vos ennemis se prêtent). Page 141: «la» par «le» (nous monterons tranquillement dans le carrosse). Page 154: «god» par «God» (_By God!_). Page 190: «Pfulh» par «Pfuhl» (le général allemand Pfuhl). Page 200: «Pfulh» par «Pfuhl» (l'Allemand Pfuhl). Page 216: «s'enlizera» par «s'enlisera» (Bonaparte s'enlisera de plus en plus). Page 231: «affirmativememt» par «affirmativement» (Tous répondirent affirmativement.) Page 248: «Tayllerand» par «Talleyrand» (Fouché, Talleyrand se disaient). Page 259: «visisiteur» par «visiteur» (voyant son mari avec un visiteur). Page 270: «Wetsphalie» par «Westphalie» (Le roi de Westphalie ne voulut pas supporter). Page 337: «bataile» par «bataille» (le gain de la bataille de Borodino). Page 369: «inquétés» par «inquiétés» (furent par la suite inquiétés). Page 378: «'Empereur» par «l'Empereur» (rien entreprendre contre l'Empereur). Page 408: «peut être» par «peut-être» (défroque inutile et peut-être dangereuse). Page 420: Lefebvre par Lefèvre (Lefèvre, sous-lieutenant).
End of Project Gutenberg's Madame Sans-Gêne, Tome III, by Edmond Lepelletier