Madame de Chevreuse Nouvelles études sur les femmes illustres et la société du 17e siècle

Part 26

Chapter 263,856 wordsPublic domain

BENTIVOGLIO, DÉPÊCHE DU 30 JANVIER 1619: «Il Rè si risolse, venerdi notte di 25 venendo verso il sabbato, di congiungersi con la regina.... Luines anche egli s'è portato benissimo, perche la notte stessa che il Rè ando à dormire con la regina, stando anche tuttavia quasi in forze ed in gran contrasto frà se medesimo, Luines lo prese a traverso e lo condusse quasi per forza al letto della regina.»--AMBASSADEUR VÉNITIEN, DÉPÊCHE DU 27 JANVIER 1619: «Venerdi, notte passata, 25 del corrente, questo Rè christianissimo hà dormito e consummato il matrimonio con la regina.»--DÉPÊCHE DU 5 FÉVRIER: «Louines havendo accompagnata la Maestà sua che erà spoliata del tutto quella sera al letto della regina, e vedendo egli che il Rè stava pur ancora iresoluto se dovesse o no andar à dormire con lei, levò una certa zimarra che sua Maestà haveva d'intorno, e stesso con le proprie braccia pigliò il Rè e lo getto nel letto, usci poi egli fuori della stanza e serrò la porta.»

Le roi finit par aimer sa femme, et par lui montrer même une vivacité de tendresse dont on ne l'aurait pas cru capable. Il lui sacrifiait jusqu'à la chasse qui avait été jusque-là sa grande passion. Dans une maladie qu'elle fit au commencement de 1620, il lui prodigua les soins les plus dévoués, et il est certain que tant que vécut Luynes, leur union ne connut pas le plus léger nuage. On dit même quelque temps que la reine était grosse.

AMBASSADEUR VÉNITIEN, DÉPÊCHE DU 5 FÉVRIER 1619: «Il Rè non cosi spesso usci alla caccia come faceva,... di cacciatore sollecito è divenuto ubidientissimo marito, mutando la crudeltà contra le fiere in amor verso la moglie.»--LE MÊME, DÉPÊCHE DU 18 FÉVRIER 1620: «Il Rè hà dimostrato sentir incredibil dolore per tal infermità, ne hà dati segni e col' star assistente tre giorni e tre notti continue nel fervor del male al letto della regina con lagrime agli occhi et altre apparenze di vivissimo sentimento e quasi disperazione.»--BENTIVOGLIO, DÉPÊCHE DU 12 FÉVRIER 1820: «Non potrei esprimere il dolor grande che S. M. hà mostrato... e l'hà fatto apparir con pianti et con altri più teneri affetti di vivissimo senso. Non si partiva mai quasi della camera della regina e la serviva, porgendole con sua mano con grand'amore varie cose che ella doveva pigliare, il che hà edificato incredibilmente la corte e tutto questo popolo.»--LE MÊME, DÉPÊCHE DU 4 DÉCEMBRE 1619: «Di parte molto sicura ho inteso che si stà con ferma speranza che la regina sia gravida, il che piaccia a Dio segua per beneficio di questo regno. Nel resto ella se governa bene, ed il Rè l'ama.»

IV.--Nous avons rappelé, p. 31, ces paroles de Mme de Motteville: «La duchesse de Luynes était très-bien avec son mari.» Sans doute sa beauté et son esprit lui faisaient bien des adorateurs, au premier rang desquels était le duc de Chevreuse, mais elle répondit à l'amour de son mari par un attachement fidèle; elle tenait admirablement sa maison; elle était dans le secret de toutes ses affaires, et elle l'y assistait.

L'ambassadeur vénitien, dépêche du 14 juin 1620, l'appelle «bellissima e gentilissima.» Il nous apprend que, lorsque Luynes se décida à tirer de prison le prince de Condé, il envoya sa femme porter cette bonne nouvelle à Madame la Princesse au bois de Vincennes.

DÉPÊCHE DU 17 OCTOBRE 1819: «I passati giorni madama di Louines fù al bosco di Vicena à visitare la Principessa, rallegrandosi del suo felice parto (la naissance d'Anne-Geneviève de Bourbon, la future duchesse de Longueville), e darle pegna di sicura ed indubitata fede che, subito giunto il Rè a Parigi, il Principe sarà liberato.»

C'est encore la duchesse de Luynes qui, pendant la campagne de 1620, restée à Paris, donnait des nouvelles aux ambassadeurs et y représentait son mari. Enfin après cette campagne mémorable et les grands succès du duc en Normandie, en Anjou, en Guienne et en Béarn, Bentivoglio, recommandant au Saint-Père de s'appliquer à gagner de plus en plus l'heureux et tout-puissant favori, l'engage à faire quelque cadeau de dévotion à sa femme, parce qu'elle a sur son mari un pouvoir absolu.

DÉPÊCHE DU 18 NOVEMBRE 1620: «Qualche corona per la moglie, _la quale è padrona, si può dire, del marito_.»

V.--L'opinion que nous avons exprimée sur la place que Luynes mérite dans l'histoire par sa rupture avec la politique tout espagnole de Marie de Médicis et du maréchal d'Ancre, par sa ferme résistance aux prétentions des Grands en 1620, par l'entreprise formée par lui et à demi exécutée de mettre un frein aux perpétuelles usurpations des protestants et de les faire rentrer dans les sages limites de l'édit de Nantes, cette opinion n'est point entièrement nouvelle; et sans parler des équitables appréciations du P. Griffet, divers auteurs contemporains, français et étrangers, cités par Moreri et par Pithon-Curt (dans son _Histoire de la noblesse du Comté venaissin_, 4 volumes in-4º 1743), ont en quelque sorte devancé notre jugement sur les services de celui qu'on s'obstine à représenter comme un favori de la force du maréchal d'Ancre. Voici par exemple un éloge de Luynes, conçu en des termes un peu emphatiques, mais qui repose sur des faits incontestables, et qui a pour nous l'avantage de se rapporter à la fois au duc et à la duchesse.

François Raymond, baron de Modène, gentilhomme du Comtat, parent et ami de Luynes, joua sous lui un assez grand rôle, remplit d'importantes missions, et occupa la charge de grand prévôt de France. Son fils aîné, Esprit Raymond, comte de Modène, s'attacha à la fortune du duc de Guise, le suivit dans son aventureuse expédition, de Naples, comme mestre de camp général, déploya, ainsi que son héros et son chef, une rare valeur, fut fait prisonnier avec lui, resta deux ans dans les fers, et à son retour en France écrivit l'histoire de ce brillant et malheureux fait d'armes: _Histoire des révolutions de la ville et du royaume de Naples, composée par le comte de Modène_. Il y en a deux éditions, l'une in-4º, de 1666 à 1667, l'autre in-12, en trois volumes, en 1668. Le comte de Modène était aussi galant que brave. Il fut l'amant de la Béjart et le père de la femme de Molière. Il aimait les lettres, particulièrement la poésie, et il a laissé des sonnets, des odes, et toute sorte de pièces de vers qu'a publiées en 1825 M. de Fortia d'Urban: «_Supplément aux diverses éditions des œuvres de Molière, ou Lettres sur la femme de Molière, et Poésies du comte de Modène son beau-père._» L'_Histoire des révolutions de Naples_ n'est point sans mérite; elle est dédiée à Mme de Chevreuse; et nous allons donner ici les principales parties de cette dédicace, qui n'a pas été assez remarquée.

A MADAME, MADAME LA DUCHESSE DE CHEVREUSE.

Madame, les bontés que Votre Altesse témoigna à feu mon père pendant la vie de M. le connétable de Luynes, et la vénération que j'ai toujours eue pour tant de merveilleuses qualités que l'Europe admire en la grandeur de vostre âme, m'obligent de vous supplier très-humblement d'agréer que vostre nom éclate à l'entrée de cet ouvrage. J'espère faire connoistre combien me doit estre précieuse la mémoire d'un connétable à qui nostre maison est si redevable. Je veux le témoigner au digne objet de son amour, et en lui dédiant cette histoire apprendre à toute la terre les grands services que cet illustre favori rendit en peu de temps à la France. Quelques louanges que l'on ait données aux ministres qui l'ont suivi, et que le feu roi prit après lui pour la conduite des affaires de son Estat, on peut dire sans flatterie que ce fut M. le duc de Luynes qui aplanit et qui ouvrit la voie glorieuse par laquelle, en marchant sur ses pas, ils trouvèrent heureusement tant de matières de victoires et tant de sujets de conquêtes. En effet, chacun sait que lorsque ce digne favori fut appelé dans les affaires par son adorable maître, la France n'étoit pas en estat de former aucune entreprise advantageuse hors de chez elle, ni d'oser s'éloigner de ses frontières. Elle avoit dans ses entrailles un ennemi aussi puissant et aussi redoutable qu'il estoit artificieux et caché, et qui par conséquent obligeoit le ministre à veiller et à demeurer incessamment sur ses gardes. Chacun sçait en quelle assiette estoit alors cette grande et formidable faction qui, sous couleur de réformer l'Église, avoit divisé l'Estat, et qui, feignant dès sa naissance de ne se vouloir établir que sur les débris des autels, fit voir au sortir du berceau qu'elle ne fondoit son repos que sur les ruines du thrône... Elle l'a bien fait paroistre par ces longues et funestes guerres civiles qui ont affligé le royaume, pendant lesquelles le parti, après avoir en tant de rencontres osé mesurer son épée avec celle de ses souverains, les contraignit non-seulement de lui pardonner ses révoltes et de lui accorder la paix, mais encore de lui donner pour sa plus grande sûreté beaucoup de villes importantes que l'on nomma place d'otage... Il y a beaucoup d'apparence que cette turbulente faction, qui ne couvoit dans son repos que des troubles, eust infailliblement enfanté quelque révolte générale, si ce judicieux connétable n'eust prévenu par sa prudence le coup dont elle menaçoit l'autorité royale et la tranquillité publique. Bien qu'il eust beaucoup de choses à craindre en cette hardie et glorieuse entreprise où il avoit sujet d'appréhender non-seulement un grand parti qui eut autrefois la témérité d'aller attaquer les monarques jusqu'aux portes de leur ville capitale, mais encore une infinité de malcontents qui le pouvoient favoriser ouvertement ou sous-main, aussi bien que les estrangers qui n'estoient pas moins à craindre par l'intérest qu'ils avoient de maintenir la division de ses Estats, il forma néantmoins ce digne projet avec tant de sagesse et l'exécuta avec tant de résolution et de diligence, qu'en faisant connoistre aux esprits pacifiques qu'il n'en vouloit qu'à la rébellion et non à la religion, il divisa prudemment ce grand parti et détruisit la faction avant qu'elle eust eu le moyen et le loisir de se défendre... C'est une merveille que l'on ne sçauroit assez admirer, et qui, rétablissant nos rois dans leur première authorité, rétablit la religion catholique en plusieurs provinces et en plusieurs villes d'où son exercice estoit banni depuis longtemps. C'est, madame, à ce grand connétable que la France est redevable d'un si avantageux bienfait. Ce fut lui dont la piété, secondant celle de son maître, vengea cette mère dont nos rois sont les fils aisnés. Ce fut lui le premier qui, faisant marcher son souverain par tous les lieux où sa présence estoit nécessaire, fit voir combien le visage d'un prince est formidable aux séditieux, et que bien souvent sa personne toute seule fait plus d'effet qu'une grande et puissante armée. Enfin, ce fut lui qui, ayant détruit ce redoutable corps en tranchant cette quantité de bras qu'il avoit dans le Béarn, dans l'Anjou, dans le Poitou, dans la Guyenne et dans tout le reste du royaume, donna le moyen à ce grand cardinal qui vint après lui, non-seulement de prendre La Rochelle, mais encore d'employer avantageusement toutes les forces d'un Estat puissant, réuni et soumis aux volontés de son roi, dans les pays estrangers, pour l'exécution de tant de glorieux desseins qui ont fait révérer la France jusqu'au bout de l'univers. Certes tous les bons François ont sujet de se louer de ce digne favori et de bénir à jamais son admirable et innocente conduite. Je l'appelle admirable, d'autant que sans beaucoup de bruit ni de dépense elle rendit nos rois maistres de leur Estat, et innocente parce que, n'ayant ni d'amour ni de haine que suivant les intérests de son maistre, il ne se servit jamais de son crédit pour satisfaire ses passions. Mais, madame, s'il est véritable qu'il ait mérité des louanges immortelles, il est certain que vostre Altesse en mérite autant et peut-estre encore plus, puisque l'on peut dire que la piété, la valeur et le bonheur de son roi contribuèrent beaucoup à sa gloire, mais que celle que vostre rare et intrépide vertu s'est acquise en luttant sans cesse contre l'envie et contre la fortune est toute à vous sans que personne y puisse prétendre aucune part... Aussi, madame, cette gloire que vostre invincible génie obtint sur ces deux ennemies de l'innocence et du mérite est sans égale, et tous les siècles passés ne sauroient former un exemple tel que celui que vous avez fait voir au vostre. Je m'arresterois volontiers sur cette matière si l'Europe n'avoit connu vos glorieuses infortunes, au sort desquelles le ciel, après avoir fait cesser les vents impétueux qui vous ont tant menacé du naufrage, vous fit enfin revenir au port désiré. Daignez donc agréer, madame, cet ouvrage que je me donne l'honneur de vous présenter. Je serois ravi de pouvoir, par des marques plus efficaces, vous faire paroistre mon zèle, mais la fortune qui me lie depuis tant d'années les bras ne me laisse rien que l'usage d'un cœur dont toutes les pensées et tous les vœux auront toujours pour but la passion de faire voir à tout le monde que je suis et veux estre toute ma vie, madame, de Vostre Altesse le très-humble et très-obéissant serviteur,

Le comte de MODENE.

NOTES DU CHAPITRE II

Dans ce chapitre, les deux points importants sont: 1º les intrigues de Buckingham en Angleterre, où Mme de Chevreuse a été mêlée par Holland; 2º la conspiration de 1626, à laquelle Mme de Chevreuse a pris une si grande part, et qui porte très-improprement le nom de conspiration de Chalais, quoique celui-ci n'y ait joué qu'un rôle secondaire, mais parce qu'il y a laissé sa tête. Rassemblons sur ces deux points les pièces nouvelles sur lesquelles est fondé notre récit.

I

INTRIGUES D'ANGLETERRE.

Établissons bien d'abord les rôles officiels de tous les personnages. L'ambassadeur ordinaire d'Angleterre en France sous Jacques Ier et sous Charles Ier était Goring, qui fut fait baron en 1625, à l'occasion du mariage. Henri Rich, lord Kensington, avait été envoyé en France dès 1624 par le roi Jacques, comme ambassadeur extraordinaire, pour traiter l'affaire du mariage, et on lui avait adjoint pour cette même affaire, et sur sa demande, le comte de Carlisle. Tous deux avaient aussi reçu leur récompense: milord Rich avait été nommé comte de Holland, et le comte de Carlisle avait eu la Jarretière. L'ambassadeur français en Angleterre était d'abord le comte de Tillières, qui n'avait pas fort bien réussi; on l'avait remplacé ou soutenu par le comte d'Effiat, depuis maréchal et surintendant des finances, le père de Cinq-Mars, qui lui-même, plus tard, en 1626, avait été remplacé par le comte de Blainville. Outre l'ambassadeur ordinaire, le duc de Chevreuse, grand chambellan de France, accompagnait la nouvelle reine d'Angleterre, au nom du roi son frère, avec le titre d'ambassadeur extraordinaire; et il avait avec lui sa femme, alors encore surintendante de la maison de la reine, qui avait été autorisée à suivre son mari et à escorter Madame, au moins jusqu'à la frontière de France; il paraît qu'elle avait pris sur elle et obtenu à grand'peine de M. de Chevreuse d'aller jusqu'à Londres. Le duc, par sa naissance et sa magnificence, était fort propre à la grande représentation, mais les affaires étaient en d'autres mains. La nouvelle reine eut d'abord pour confesseur le père de Berulle, fondateur et supérieur de l'Oratoire, l'homme de la reine mère et encore celui de Richelieu; il avait été remplacé de bonne heure par un autre père de l'Oratoire, le père de Sanci, de la maison de Harlay. Le chef de la maison ecclésiastique de la reine était l'évêque de Mende, un peu parent de Richelieu, qui avait toute sa confiance, et correspondait avec lui. L'ambassadeur ordinaire avait ordre de s'entendre avec l'évêque, et ils devaient agir de concert. La grande affaire était l'établissement de la jeune reine, selon les conventions et stipulations de son contrat de mariage. Enfin Charles Ier, comme son père Jacques, s'efforçait d'intéresser la France au sort du prince Palatin du Rhin, son beau-frère, qui pour avoir prétendu à la couronne de Bohème avait fini par perdre ses États, que Charles Ier travaillait à lui faire rendre par la diplomatie ou par la guerre.

Cela posé, on s'oriente aisément dans une précieuse correspondance de Richelieu avec d'Effiat, Blainville, le père de Sanci et l'évêque de Mende, dont on trouve des extraits aux archives des affaires étrangères, dans le fond si souvent cité par nous, FRANCE, en un volume relié en vert, séparé du reste de la série, sans numéro d'ordre, mais portant ce titre: de 1624 à 1627; à ce volume séparé, il faut joindre, dans la série FRANCE, les t. XXXVII, XXXVIII, XXXIX et XL, qui se rapportent aux années 1625 et 1626.

Henri Rich, comte de Holland, était insinuant, flatteur, courtisan et diplomate habile. Il avait fort réussi en France et avait d'abord été assez bien avec Richelieu. Mais il était par-dessus tout dévoué à Buckingham. Dans le volume précité on rencontre divers billets polis de Holland au cardinal, sans aucune importance; nous en possédons un qui n'est point aux archives des affaires étrangères, et qui, comme nous l'avons dit, p. 51, montre avec quel soin Holland relevait auprès de Richelieu les mérites et les services de Mme de Chevreuse. Le billet est autographe, en français, fort incorrect, comme on le pense bien; il n'est pas daté, mais il est évidemment de 1625; le cachet est intact ainsi que les soies vertes.

A MONSEIGNEUR, MONSEIGNEUR LE CARDINAL DE RICHELIEU.

«Monseigneur, le retour de monsieur de Montegue (_sic_ pour Montaigu) a été délayé (différé) et embarrassé, comme déjà vous avés sçu; mais asteure (à cette heure) il part avecque les résolutions du roi qui, nous espérons, vous seront agréables, come ont esté à Sa Majesté et à la reine les nouvelles de votre générosité envers leur cousine, Mme de Chevreuse, une action si noble qu'elle ajoute à votre gloire et sert à vos serviteurs; car toute cette court qui a esté honorée de la présence et cognoissance de cette dame la juge aussi bonne que belle, allant en perfection et égualité ensemble (_sic_). Pour moi, monseigneur, j'ai receu par M. de Montegue tels témoignagnes de votre faveur et estime qu'ils m'obligent d'être tous les jours de ma vie, monseigneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

«HOLLANDE[365].»

[365] Ainsi Holland lui-même donnait un air français à son nom, et tout le monde favorisait cette habitude de dénaturer les noms étrangers, les modernes comme les anciens.

Mais Richelieu n'était pas dupe de Holland et de Mme de Chevreuse, et, malgré tous ces beaux semblants, ses fidèles agents l'avertissaient de toutes les intrigues qui se formaient en Angleterre, et contre la jeune reine et contre la France.

Année 1624. FRANCE, 1624-1627.

LETTRE DE D'EFFIAT, DE JUILLET. Rich avoit demandé à la cour son ami, le comte de Carlile, pour achever l'œuvre commencée; maintenant ils sont divisés.--LE MÊME, 28 AOUT. Rich a écrit en Angleterre qu'il a vu le cardinal, lequel lui avoit demandé s'il aimoit mieux que le comte de Tillières retournât ou que d'Effiat demeurât. Rich a rendu ici un compte fidèle des honneurs que le roi, la reine mère et le cardinal lui ont faits.--LE COMTE DE HOLLAND A RICHELIEU, 25 OCTOBRE. Il se plaint qu'on ne veut pas s'engager sur l'affaire du Palatinat que le prince de Galles a fort à cœur.--D'EFFIAT, 24 NOVEMBRE. Le roi d'Angleterre dit qu'ayant fait Rich comte de Holland et donné la Jarretière au comte de Carlisle en considération du mariage, le roi de France ne peut pas ne pas donner le cordon à d'Effiat, son ambassadeur.

Année 1625. FRANCE, t. XXXVII.

RICHELIEU A D'EFFIAT, DU 10 MAI: «Carlile et Holland connaissent mal la France.»--LE MÊME, 20 JUILLET, L'ÉVÊQUE DE MENDE, quand Mme de Chevreuse était encore en Angleterre: «On sçait ses mauvais déportemens, sa coquetterie, et les faiblesses de son mari.»--AOUT, BILLET EN CHIFFRE DE L'ÉVÊQUE DE MENDE: «Mme de Chevreuse doit faire ses couches en Angleterre, et pendant qu'elle dit qu'elle veut s'en aller, elle fait sous main que le roi d'Angleterre lui défend de partir.»--AUTRE LETTRE A L'ÉVÊQUE DE MENDE, du même mois, sur le même sujet: «Elle est logée chez lord Holland. La faiblesse du mari est si grande qu'on en a honte. Elle pleura beaucoup à Boulogne lorsque son mari dit qu'elle ne passeroit pas. Elle est cinq ou six jours avec Buckingham, et ne voit pas la reine un quart d'heure. Chaque jour elle et la maréchale de Thémines mangent de la chair publiquement.»--LE MÊME, en chiffre et du commencement d'août: «On n'a pas de plus grand ennemi que Buckingham. Il tâche de mettre mal la reine dans l'esprit du roi. La reine, d'un autre côté, ne fait pas ce qu'elle peut pour gagner le roi qui est amoureux d'elle. Elle ne le voit point ou ne le voit que malgré elle. Buckingham veut placer sa sœur auprès de la reine. C'est un esprit dangereux; elle est aux gages des ministres, et elle pourra gâter l'esprit de la reine. Effiat part demain avec les vaisseaux (vaisseaux français que les Rochellois avaient pris et conduits en Angleterre, chap. II, p. 56). Chevreuse sur la fin s'est porté avec courage.»--RICHELIEU A M. DE BLAINVILLE qui succédait à d'Effiat, 10 ET 11 NOVEMBRE: «Les Anglois semblent n'avoir de chaleur que quand il faut prendre un parti préjudiciable à la France... La France pourroit bien s'accommoder avec l'Espagne plutôt que de souffrir les hauteurs de Buckingham. M. de Chevreuse lui en a écrit. Enfin, on peut faire connoître à Buckingham que, s'il veut aller en France, il faut qu'il fasse exécuter les articles du mariage, qu'autrement il n'y sera pas le bien venu. Tel est encore le naturel des Anglois, que si on parle bas avec eux il parlent haut, et si on parle haut ils parlent bas.»--13 DÉCEMBRE. Lettre commune de Blainville et de l'évêque de Mende. Ils justifient leur conduite énergique et accusent celle de d'Effiat et de M. de Chevreuse: «Avec les Anglois, il faut agir avec vigueur.»

Année 1626. FRANCE, 1624-1827.

LETTRE DE BLAINVILLE, 26 JANVIER 1626: «Buckingham offrit hier à la reine d'Angleterre de la faire entrer au conseil et de lui donner part aux affaires. La reine d'Angleterre s'en excusa, par l'avis de Blainville, sur son âge et parce qu'elle n'entend point la langue; elle pria Buckingham de lui conserver cette bonne volonté pour d'autres occasions et de lui laisser la disposition de sa maison et qu'on ménageât un peu plus les catholiques. Blainville croit que Buckingham tendoit plus d'un piége à la reine, qu'il vouloit la rendre odieuse et avoir aussi le moyen de la voir plus souvent. Buckingham est inquiet à cause de la tenue du parlement. Les Anglois voient avec peine les préparatifs que fait le marquis de Spinola, déclaré amiral de ces mers sous le roi d'Espagne. L'ambassadeur de Savoie dit que son maître engagera si bien les affaires dans le Milanais, que le roi sera obligé de faire la paix avec les Huguenots. Les armements que la France fait ne sont pas inutiles. Le traité fait par le feu roi d'Angleterre et celui de France, par lequel il n'est pas permis à un des deux rois d'assister les rebelles de l'autre, va finir. Il envoie la proclamation publiée le jour précédent contre les catholiques; il l'appelle leur extrême-onction et croit qu'il la faut faire voir au comte d'Holland.»