Part 13
Je fus au plus haut point content de mes rédaction et orchestration de _Boris Godounov_, que j'ai entendu pour la première fois avec l'accompagnement d'un grand orchestre. Les fougueux admirateurs de Moussorgsky montrèrent quelque peu grise mine, exprimèrent de vagues regrets. Mais en donnant une nouvelle rédaction à Boris, je n'ai pas supprimé la version primitive. Si un jour on trouve que l'original est supérieur à ma rédaction, on n'aura qu'à représenter cette oeuvre dans la partition de Moussorgsky.
CHAPITRE XXI
Agitation parmi les élèves du Conservatoire.--Représentation de _Kastcheï_ à Saint-Pétersbourg.--Mon traité d'instrumentation.--_Pan Voyevode_ à Moscou.--La mort de Arensky.--Reprise de _Snegourotchka_.--Les concerts.--Addition à la partition de _Boris Godounov_.--_Le Mariage_ de Moussorgsky.--L'été de 1906.
(1905-1906)
Les études du Conservatoire avançaient plus ou moins régulièrement jusqu'aux fêtes de Noël. Toutefois, à la veille de ces fêtes, une certaine agitation commença à se manifester parmi les élèves, échos de celles qui avaient eu lieu parmi la jeunesse universitaire. Mais voici que vînt la journée du 9/22 janvier, et l'agitation politique souleva tout Saint-Pétersbourg. Les élèves du Conservatoire y furent entraînés à leur tour. Des réunions bruyantes eurent lieu dans les auditoires. Le directeur Bernhard, poltron et manquant de tact, voulut s'y opposer. La direction de la Société Russe Musicale intervint. Plusieurs réunions du conseil artistique et de la direction de la Société eurent lieu; je fus choisi parmi les membres du comité devant chercher le terrain d'apaisement des élèves. On proposa d'abord plusieurs mesures: exclure les meneurs, faire venir la police, fermer temporairement le Conservatoire. Nous étions quelques-uns qui défendirent les droits des élèves.
Je passais aux yeux de la partie conservatrice des professeurs et de la direction presque comme le chef du mouvement révolutionnaire parmi les étudiants. J'ai publié, dans le journal _Rouss_, une lettre, dans laquelle je reprochais à la direction son manque de perspicacité et démontrais la nécessité d'accorder l'autonomie au Conservatoire. A la réunion du conseil, Bernhard condamna les termes de ma lettre. On lui opposa des raisons contraires; mais il leva la séance sans laisser prendre de résolution.
La plus grande partie des professeurs, dont j'étais, l'invita alors par écrit à se démettre. Tout cela eut pour résultat la fermeture du Conservatoire, l'exclusion de plus d'une centaine d'élèves, la démission de Bernhard et ma révocation comme professeur au Conservatoire, mesure prise par la direction principale de la Société Musicale, à l'insu du conseil artistique.
Ayant reçu l'avis de ma révocation, je l'ai annoncée par une lettre publique, dans la _Rouss_, et j'ai donné en même temps ma démission de membre d'honneur de la section pétersbourgeoise de la Société Musicale. Il se passa alors une chose bien singulière. Des deux capitales, de tous les points de la Russie, affluèrent à mon nom des adresses collectives, des lettres des différentes institutions et d'un grand nombre de personnes, appartenant au monde musical, et où de chaudes sympathies m'étaient exprimées, ainsi que l'indignation contre la direction de la Société Russe Musicale. Des délégations des diverses sociétés et corporations vinrent me voir pour me faire les mêmes déclarations. Les journaux étaient remplis d'articles traitant mon cas. Le comité de direction était fort malmené. Quelques-uns de ses membres, notamment Persiani et Taneïev donnèrent leur démission. Les élèves du Conservatoire organisèrent une représentation de mon _Kastcheï_ et de mes morceaux séparés au théâtre de Mme Kommissarjevsky. _Kastcheï_ fut assez bien répété, sous la direction de Glazounov. A la fin de l'opéra, on m'appela à plusieurs reprises sur la scène, on lut des adresses de toutes sortes de corporations et on prononça des discours très violents. Un bruit indescriptible éclatait après chaque lecture d'adresse ou chaque discours. Finalement, la police ordonna de faire descendre le rideau de fer et la manifestation se termina. La partie concertrale ne put, par suite, avoir lieu.
Une pareille exagération de mes mérites et de mon soi-disant courage civique ne saurait être expliquée que par l'agitation qui s'est emparée de toute la société russe et qui voulait, en s'adressant à moi, exprimer hautement l'indignation accumulée chez elle contre le régime en général. M'en rendant bien compte, je n'en ressentis aucune satisfaction d'amour-propre. J'attendis seulement que cela finisse. Mais cela ne finit pas de sitôt, car cela dura encore deux mois entiers. Ma situation n'était pas tenable. La police donna l'ordre d'empêcher toute exécution de mes oeuvres à Saint-Pétersbourg.
Certains satrapes de province donnèrent les mêmes ordres dans leur ressort. En vertu de cette interdiction, le troisième concert symphonique, dont le programme portait l'ouverture de la _Pskovitaine_, n'eut pas lieu. Vers le commencement de l'été, la force de cette absurde interdiction faiblit peu à peu, et mes oeuvres apparurent en grande quantité sur le programme des orchestres en plein air, précisément à cause de l'attention dont je fus l'objet. Seuls, les zélés gouverneurs de province continuèrent à considérer, pendant quelque temps encore, mes oeuvres comme révolutionnaires.
Les études du Conservatoire ne reprenaient point. Glazounov et Liadov démissionnèrent. Quant à mes autres collègues, après quelques palabres bruyants, ils restèrent tous, sauf Verjbilovitch, celui-ci sans raison explicable. Mme Essipov partit pour l'étranger, et Blumenfeld, qui saisit ce prétexte qu'il cherchait depuis longtemps, quitta à son tour le Conservatoire. Les professeurs, assemblés en des réunions privées chez Sacha Glazounov, élurent celui-ci directeur du Conservatoire autonome. Mais cette élection resta pour l'instant toute platonique.
Les événements du printemps de 1905 qui eurent lieu au Conservatoire et toute l'histoire me concernant sont décrits ici fort brièvement; mais les matériaux s'y rapportant: articles, lettres, avis officiels m'annonçant ma révocation, etc., sont conservés par moi en ordre parfait. Quiconque s'y intéresse pourrait utiliser ces matériaux; quant à moi, je n'ai aucune envie de décrire en détail ce long intermède dans ma vie musicale.
Nous avons passé l'été de 1905 de nouveau à Vetchascha. Mon fils André, souffrant de rhumatismes, partit avec sa mère pour une cure à l'étranger et revint à Vetchascha vers la fin de l'été seulement.
Fort troublé par les événements du Conservatoire, je fus longtemps avant de me remettre au travail. Après divers essais d'une étude contenant l'examen de ma _Snegourotchka_, je me suis mis enfin à la réalisation d'une idée, déjà ancienne, d'écrire un traité d'orchestration, en l'appuyant sur des exemples pris exclusivement dans mes oeuvres. Ce travail dura pendant tout l'été. De plus, j'ai eu à récrire au net et à parachever la partition de _Kitej_ en vue de sa publication. L'édition en fut cette fois assurée par la firme de Belaïev.
A mon retour à Saint-Pétersbourg, tout mon temps fut pris par le choix des exemples pour mon traité d'orchestration et l'élaboration de la forme du traité même. Le Conservatoire demeurait toujours fermé. Les élèves venaient prendre leurs leçons chez moi.
Au début de l'automne, je fus appelé à Moscou pour la représentation de _Pan Voyevode_ au Grand Théâtre Impérial. C'est le talentueux Rakhmaninov qui dirigea l'orchestre. La musique avait été très bien étudiée, mais quelques-uns des chanteurs furent un peu faibles. L'orchestre et le choeur furent excellents.
Je me suis rendu compte avec satisfaction que mes conceptions musicales se réalisaient parfaitement dans la pratique, tant dans la partie vocale que dans la partie orchestrale. La musique, qui donnait déjà une impression satisfaisante sur la scène d'un opéra privé, gagnait énormément dans l'exécution d'un grand orchestre. Les voix résonnaient d'une façon parfaite. Et toute l'orchestration était aussi bonne. Le commencement de l'opéra, le nocturne, la scène d'envoûtement, la mazurka, la cracovienne, la polonaise pianissimo, pendant la scène de Jadviga avec le pan Dzuba, ne laissaient rien à désirer. Le chant sur le cygne mourant, qui a beaucoup plu à Saint-Pétersbourg, parut ici plus pâle, chanté par Polozova, et l'air du Voyevode fut exécuté par Pétrov sans relief.
Le temps ne fut pas moins troublé à Moscou pendant les représentations de _Pan Voyevode_. Une grève éclata dans les imprimeries quelques jours avant la première représentation; sauf les affiches du théâtre, aucune annonce ne put paraître dans les journaux, et la première soirée, la salle fut loin d'être comble.
L'opéra eut un «succès d'estime»; cependant, la fréquence des grèves, l'agitation politique, et enfin, la révolte de décembre qui eut lieu à Moscou, eurent pour résultat de faire disparaître mon oeuvre du répertoire de l'Opéra, après quelques représentations.
Teliakovsky n'avait assisté qu'à la première représentation. Ayant appris par Rakhmaninov que j'ai achevé ma _Légende sur le Kitej_, il m'exprima le désir de le monter à Pétersbourg durant la saison prochaine. Je lui ai répondu que j'ai pris la résolution de ne plus présenter jamais mes opéras à la direction: qu'elle choisisse elle-même parmi mes oeuvres éditées; mais puisque le directeur s'intéressait à mon _Kitej_, je lui en adresserai un exemplaire dès l'impression de l'opéra, avec une dédicace; quant à le monter ou à ne pas le monter, c'était à lui de décider; s'il le fait, j'en serais très heureux; sinon, je ne lui adresserai aucun reproche.
Après avoir entendu mon _Sadko_ au théâtre Solodovnikov, dans une détestable exécution, je revins à Saint-Pétersbourg.
Pendant cet automne, la mort emporta Arensky. Après la fin de ses études au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, mon ancien élève devint professeur au Conservatoire de Moscou et vécut plusieurs années dans la vieille capitale. D'après tous les témoignages, sa vie s'était écoulée d'une façon désordonnée, dans les buveries et les jeux de cartes, ce qui pourtant n'entrava pas sa fécondité de compositeur. A un moment donné, il eut même une crise de folie qui passa, toutefois, sans laisser de trace. Ayant abandonné le professorat au Conservatoire de Moscou, il alla habiter Saint-Pétersbourg et fut pendant quelque temps le successeur de Balakirev à la tête de la chapelle de la Cour. Dans cette fonction, il continua de même à mener sa vie désordonnée, quoique à un degré moindre. Il quitta également la chapelle de la Cour et prit la direction du choeur du comte Scheremetiev. Dès lors sa situation devint bien plus enviable. Ayant le titre d'un fonctionnaire pour mission spéciale au ministère de la Cour, Arensky recevait 6.000 roubles de traitement, tout en jouissant de loisir pour s'occuper de ses oeuvres. Aussi composait-il beaucoup; mais en même temps, ses orgies et le jeu reprirent de plus belle et minèrent sa santé. Finalement, il contracta la tuberculose. Parti déjà très bas pour Nice, il revint mourir en Finlande.
Depuis qu'il vint habiter Saint-Pétersbourg, Arensky entretenait des relations amicales avec le cercle Belaïev; mais en tant que compositeur, il se tenait à l'écart, rappelant sous ce rapport Tchaïkovsky. Quant à ses tendances musicales, il se rapprochait le plus de celles d'Antoine Rubinstein, sans en avoir au même degré la force créatrice, bien qu'au point de vue instrumental, il le dépassait, parce que enfant de son temps. Dans sa jeunesse, Arensky ne fut pas sans subir mon influence et, plus tard, celle de Tchaïkovsky. Mais son souvenir ne lui survivra pas longtemps.
La grande grève éclata à ce moment. Arriva la journée du 30 octobre, avec les manifestations populaires du lendemain[33]. Pendant quelque temps, une liberté complète de la presse régna; puis elle fut de nouveau abolie et les répressions leur succédèrent. Aussi, n'avais-je point l'état d'esprit nécessaire pour continuer mon travail de rédaction du traité d'orchestration.
Cependant, au milieu de ce trouble, un règlement temporaire fut promulgué, par lequel une certaine autonomie était accordée au Conservatoire. Le Conseil artistique acquérait le droit de nommer les professeurs en dehors de la compétence de la direction, et choisir dans son sein le directeur du Conservatoire pour un temps défini. En vertu de ces nouveaux principes, le Conseil m'invita, ainsi que les autres professeurs qui ont quitté le Conservatoire à cause de moi, à reprendre nos fonctions. Le Conseil reconstitué, élut, dès sa première séance, Glazounov comme directeur du Conservatoire. Les élèves exclus furent réadmis. Mais il fut impossible de recommencer les études, car la réunion des élèves décida de ne pas les reprendre tant que ne seront pas reprises les études dans les autres établissements de l'enseignement supérieur. Il fut donc décidé de procéder seulement aux examens au mois de mai.
Je continuais à enseigner à mes élèves chez moi. Pendant ce temps, les réunions du Conseil artistique étaient orageuses à l'extrême. Certains de ses membres préconisaient la continuation des cours, dénigrant les élèves de toutes les façons et se querellant avec Glazounov, qui tenait à respecter la décision des élèves; d'autres membres, d'abord partisans du nouveau directeur, lui tournèrent le dos, sous l'influence de la réaction qui s'était produite dans une partie de la société russe. La situation de Glazounov, adoré par les élèves, était difficile. La partie conservatrice du Conseil lui faisait une opposition acharnée à toutes les séances. Pendant l'une d'elles, je perdis patience et quittai la salle, déclarant que je ne saurais plus rester au Conservatoire. On courut après moi et on essaya de me calmer. J'écrivis au Conseil une lettre d'explication où j'avouai que je n'aurais pas dû m'emporter, mais je donnai le motif de mon indignation.
J'ai décidé de rester encore au Conservatoire jusqu'à l'été et de l'abandonner à l'automne, parce que la direction pétersbourgeoise de la Société Musicale, qui s'était d'abord effacée, reprit de l'assurance et entrava toutes les initiatives de Glazounov au point de vue pécunier. Je dis à Glazounov mon intention de m'en aller et cherchai à le persuader de faire de même. Il fut au désespoir et vit dans mon abandon du Conservatoire le prélude d'une nouvelle difficulté, mais refusa de démissionner lui-même, espérant être encore utile à l'établissement.
Vint le mois de mai et l'époque des examens. Glazounov les conduisit avec énergie. Les esprits des étudiants se calmèrent pendant les examens, et l'année scolaire se termina sans incidents. Par affection pour mon cher Sacha et aussi pour nombre de mes élèves, je résolus de ne pas démissionner pour l'instant, car les intentions de Glazounov étaient les meilleures, et il m'était pénible de déranger ses projets.
Pendant la deuxième moitié de la saison, _Snegourotchka_ fut reprise au théâtre Marie, et donnée onze fois, sous la direction de Blumenfeld. Malgré le temps de trouble, les recettes furent très bonnes. _La Fiancée du Tzar_, donnée au commencement de l'automne, ne fut pas reprise, et au printemps recommencèrent les répétitions de la _Légende sur la cité invisible de Kitej_, sur la propre initiative de Teliakovsky, qui avait reçu de moi un exemplaire de la partition.
Au printemps, j'ai repris mon travail de rédaction des oeuvres de Moussorgsky. Les reproches que j'ai entendus me faire à maintes reprises pour avoir supprimé quelques pages de _Boris Godounov_, finirent par m'inciter de revenir à cette oeuvre et de procéder à la rédaction et à l'orchestration de ces pages supprimées et de les publier sous forme de supplément à la partition. J'ai orchestré ainsi le récit de Pimen concernant les tzars Ivan et Féodor, le récit sur le pope, l'horloge au coucou, la scène de l'Imposteur avec Rangoni à la fontaine, et le monologue de l'Imposteur, après la polonaise.
Le tour vint également du fameux _Mariage_[34]. D'un commun accord avec Stassov, qui cachait jusqu'alors, à la Bibliothèque Impériale, le manuscrit de l'opéra à tous les regards indiscrets, cette oeuvre fut exécutée un soir chez moi par Sigismond Blumenfeld, ma fille Sonia, le ténor Sandoulenko et le jeune Stravinsky. Ma femme accompagnait. Mise ainsi au jour, cette oeuvre frappa tout le monde par son esprit autant que par son manque de musicalité préconçue. Après réflexion, je me suis décidé, au grand plaisir de Stassov, de faire éditer cet opéra par Bessel, en le révisant et en le corrigeant préalablement, avec la pensée de l'orchestrer un jour pour sa représentation sur la scène[35].
J'ai déjà fait allusion à la nécessité pour mon fils André d'aller compléter sa cure à l'étranger. Il partit au début de mai avec sa mère. Mon fils Volodia devint libre aussi après les derniers examens de l'Université, où il terminait ses études cette année. Il fut donc convenu que nous passerions tous l'été à l'étranger.
Je suis parti avec Volodia et ma fille Nadia, au début de juin, en passant par Vienne, pour me rendre à Riva, sur le lac de Garde. Ma femme et André devaient venir nous rejoindre. Nous passâmes dans la charmante Riva près de cinq semaines. Je m'occupais de l'orchestration de mes romances: le _Songe d'une nuit d'été_ et _Antchar_. J'ai orchestré également trois romances de Moussorgsky, développé ma trop courte _Doubinouschka_[36] et _Kastcheï_, qui ne me satisfaisait point, en y ajoutant un choeur dans les coulisses.
En revanche, le mystère _Terre et Ciel_ avançait difficilement, de même que _Stegnka Razine_. Aussi, la pensée d'arrêter ma carrière de compositeur, qui me poursuivait depuis l'achèvement de _Kitej_, continua-t-elle à me poursuivre ici encore.
Les nouvelles de Russie me maintenaient dans un état d'inquiétude, mais je résolus de ne pas abandonner le Conservatoire, si les circonstances ne me l'imposaient point, d'autant plus que les lettres de Glazounov, qui s'était mis à la partition de sa huitième symphonie, m'apportaient quelque consolation. J'ai résolu de ne pas l'abandonner; quant à mes compositions, l'avenir en décidera. En tout cas, je tâcherai d'éviter de me mettre dans la situation d'un chanteur qui a perdu sa voix. On verra bien...
Après avoir passé cinq semaines tranquilles à Riva, nous avons accompli un voyage à travers l'Italie et sommes revenus à Riva pour quinze jours encore. Demain nous quittons ce charmant endroit et partons, par Munich et Vienne, pour la Russie.
Le récit de ma vie musicale est conduit jusqu'à sa fin. Il est désordonné, il n'est pas également détaillé partout, il est écrit en mauvais style, il est souvent assez sec; en revanche, il ne contient _que la vérité_, et c'est là son intérêt.
A mon arrivée à Saint-Pétersbourg, se réalisera peut-être ma très ancienne idée d'écrire un journal intime. Mais qui sait si j'aurai longtemps à l'écrire?...
Riva sul lago di Garda, 22 août (vieux style) 1906.
TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION DE E. HALPÉRINE-KAMINSKY
CHAPITRE I.--Balakirev et son groupe.--César Cui, Moussorgsky, Borodine.--Mon entrée dans ce groupe I
CHAPITRE II.--Borodine et Moussorgsky.--Exécution de ma première oeuvre 25
CHAPITRE III.--L'amitié de Moussorgsky.--_Sadko._--Tchaïkovsky 33
CHAPITRE IV.--Berlioz à Saint-Pétersbourg.--Ses concerts et l'indifférence qu'il montra pour la musique russe.--_Boris Godounov._--Le _Lohengrin_ de Wagner 36
CHAPITRE V.--Ma nomination comme professeur au Conservatoire 41
CHAPITRE VI.--La _Pskovitaine_ et la Censure.--La première représentation de la _Pskovitaine_ 47
CHAPITRE VII.--Moussorgsky.--La chute de ses facultés.--Analyse de ses oeuvres 56
CHAPITRE VIII.--Rédaction des partitions de Glinka.--Deuxième version de la _Pskovitaine_.--Comparaison des deux versions 62
CHAPITRE IX.--Borodine: chimiste, professeur et musicien.--La _Nuit de Mai_.--Analyse musicale.--Sa tendance païenne.--Le _Prince Igor_ de Borodine 70
CHAPITRE X.--La représentation de la _Nuit de Mai_.--Les concerts de l'École musicale Gratuite.--Moussorgsky pianiste.--_Snegourotchka._--Glazounov 85
CHAPITRE XI.--La composition de _Snegourotchka_.--La fin du _Conte_.--L'analyse de _Snegourotchka_ 102
CHAPITRE XII.--La mort de Moussorgsky.--J'abandonne la direction de l'École musicale Gratuite.--Les représentations de _Snegourotchka_.--L'accueil que lui fait la critique.--Balakirev reprend la direction de l'École Gratuite.--La première oeuvre de Glazounov.--Mon arrangement de _Khovanstchina_ et des autres oeuvres de Moussorgsky 119
CHAPITRE XIII.--«Les Concerts Russes Symphoniques.»--La mort de Borodine.--Le cercle de Balakirev et le cercle de Belaïev.-- L'orchestration du _Prince Igor_.--Le _Capriccio Espagnol_.--_Shéhérazade_ et l'_Ouverture dominicale_ 137
CHAPITRE XIV.--La représentation de l'_Anneau des Nibelungen_.--Voyage à Paris.--Mon opéra-ballet _Mlada_.--Voyage à Bruxelles.--Le 25e anniversaire de ma vie musicale.--La représentation du _Prince Igor_ 155
CHAPITRE XV.--Occupations esthétiques et philosophiques.--Représentation de _Mlada_ 170
CHAPITRE XVI.--La mort de Tchaïkovsky.--La mort de Rubinstein.--La censure et la _Nuit de Noël_.--_Sadko_ 178
CHAPITRE XVII.--La représentation de la _Nuit de Noël_.--Rédaction de _Boris Godounov_.--Glazounov.--Comparaison entre mes opéras _Mlada_, la _Nuit de Noël_ et _Sadko_.--Composition de romances 191
CHAPITRE XVIII.--_Sadko_ au théâtre Mamontov de Moscou.--_Vera Scheloga_ et la _Fiancée du tsar_.--_Snegourotchka_ à l'Opéra Impérial de Saint-Pétersbourg.--Les nouveaux compositeurs moscovites.--_Le tsar Saltan_ 206
CHAPITRE XIX.--_Servilie._--La _Nuit de Mai_ à Francfort.--_Sadko_ à l'Opéra Impérial.--La représentation du _Tsar Sultan_ à Moscou.--Divers projets d'opéras 222
CHAPITRE XX.--Composition de la cantate-prélude _D'après Homère_ et de _Kastcheï l'Immortel_.--_Vera Scheloga_ et la _Pskovitaine_ au Grand Théâtre Impérial de Moscou.--Composition du _Pan Voyevode_.--Nouvelle orchestration de la _Statue du Commandeur_.--_Servilie_ au Théâtre Impérial Marie.--_Kastcheï l'Immortel_ à l'Opéra privé de Moscou.--Composition de la _Légende sur la Cité invisible de Kitej_.--_Scheloga_ et la _Pskovitaine_ au Théâtre Impérial Marie.--La mort de Belaïev et son testament.--_Boris Godounov_ au Théâtre Impérial Marie 232
CHAPITRE XXI.--Agitation parmi les élèves du Conservatoire.--Représentation de _Kastcheï_ à Saint-Pétersbourg.--Mon traité d'instrumentation.--_Pan Voyevode_ à Moscou.--La mort de Arensky.--Reprise de _Snegourotchka_.--Les concerts.--Additions à la partition de _Boris Godounov_.--_Le Mariage_ de Moussorgsky.--L'été de 1906 243
ÉVREUX, IMPRIMERIE CH. HÉRISSEY
NOTES:
[1] Lettre citée par le critique musical V. Baskine dans son étude sur Rimsky-Korsakov (Supplément littéraire de la _Niva_, juin 1909).
[2] Maître de piano de Rimsky-Korsakov et qui l'avait mis en contact avec Balakirev (_Note du trad._).
[3] Célèbre critique d'art qui, avec César Cui, s'était fait, dans la presse, le puissant défenseur de la «Nouvelle École». (_Note du trad._).
[4] _Rousslan et Ludmila_, opéra de Glinka. (_Note du traducteur._)