Livre D Amours Auquel Est Relatee La Grant Amour Et Facon Par L

Chapter 5

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Comme la vieille voiant que pamphille se tourmentoit de ce que elle luy avoit raporté pour l'embraser plus fort le parsuade subtilement et dit.

Stulte quid insanis cur te dolor urget inanis. Acquirit gemitus premia nulla tuus.

Fol que tu es quelle douleur ou peine Te demaine Si vehementement Tu congnois bien que ta douleur est vaine Toute plaine Desperance incertaine Qui te maine/ a ce regrettement Tu souspire vainement Ton cry et gemissement Pas ne vault ton pleurement Ung festu Quel louyer par ton serment Acquiert ton souspirement Pourquoy donc si folemment Ploures tu

Temperet ergo tuum modus et prudentia fletum. Terge tuas lacrimas prospice quid facias

Tempere donc par mesure et prudence Le pleurement et suspirs par toy faiz Ters tes lermes regard que tu fais Celuy est fol qui a son fait ne pense Avoir ne peulx de cecy recompence Comme je t'ay desja dit une fois Tempere donc par mesure et prudence Le pleurement et souspirs par toy faiz Tu sçays que j'ay fait toute diligence Envers elle et prié plusieurs fois Qu'elle voulsist te aymer et touteffois Riens ne t'y a proffité ma science Tempere donc par mesure et prudence Le pleurement et lermes par tu faiz Ters lermes regarde que tu fais Celluy est fol qui a son fait ne pense

Concipit ingentes animos majus egestas Et facit artificem sepius hec hominem

Vainne povreté douloureuse Les grans couraiges en sa lice Souvent conçoit et est eureuse De mettre l'homme en son service Et souvent le fait artifice Maistre passe besongnant bien Autant que aultre de son office Au mestier dont il ne sçait rien Se tu veulx donc venir au bien Que tu as si fort appeté Qui t'enseignera le moyen Croy et pour asseuré te tien Qu'il fault que ce soit povreté Povreté a trouvé les ars Povreté a fait les sciences Povreté a mille regars Hault et bas et en toutes pars Pour faire mille diligences

Ars hominis magnum superat studiosa periculum Te labor ars que vigil forte juvabit adhuc

L'art de l'homme studieux Supere le grant dangier Nef ne peult a droit nagier Que par art industrieux Art et labeur curieux Te ayderont par adventure Mais il te fault mettre cure De te gouverner par eulx Se tu le faiz je te asseure Se venus ne te est trop dure Que en la fin seras eureux

Comme pamphille se tourmente pour le faulx donner a entendre que la vieille luy baille

Quis labor heu tantum posset superare periculum Spes mea tota perit imminet hora thori

Helas quel labeur seulement Pourra ce dangier superer Car pery est totalement Mon espoir qui n'a peu durer Moult de mal me fault endurer L'heure vient de son mariage J'ay perdu peine a procurer L'amour de son beau personnaige

Nec vivente suo mihi nuberet illa marito Crimen legitimos est violare thoros.

Se une fois elle se marie Jamais el ne m'espouseroit Tant que son mary soit en vie Qui a ce cas s'opposeroit Et oultre plus crisme seroit Et est entre les plus grans crismes Qui violle ou violeroit Les mariages legitimes

Ad nichillum prorsus/ meus est labor inde redactus Et mea cura sue/ perdidit artis opem

A cest heure je apperçoy bien Que tout mon labeur et ma peine Que j'ay prins sont venus a rien Et ma curiosité vaine Ma grande cure souveraine A perdu l'ayde de son art Puis que ung aultre que moi l'emmaine Vela g'y suis venu trop tart

Nulla dies mittem nec vox dabit illa quietem Semper me miserum vexat majus amor

Puis que je suis en ce propoz Jamais jour quel qu'il soit ne voix Ne me donnera doulx repoz Puis que je la pers une fois Tousjours et a chascune fois Me vexe amour vaint et travaille Je pers tout cela que je fais Mon labeur n'est chose qui vaille

Comme la vieille reconforte pamphille et luy declaire que galathee est preste de luy obeir et icy parlent par maniere de dialogue

Sepius exigua dolor ingens labitur hora Junges et parvis imbribus aura cadit

Souvent en une petite heure Chiet grant douleur soudainement Et tantost rit celluy qui pleure Par ung seul petit mouvement Grant vent aussi pareillement Chiet souvent par petites pluyes Ainsi est de toy proprement Tu pleures il fault que tu ries

Est que serena dies post longuos gratior imbres Et post triste malum gratior ipsa salus.

Ainsi que souvent il advient Apres longues pluyes maulvaises Le jour serain et plaisant vient Et se treuvent les gens bien aises Apres triste mal et mesaises Salut semble plus agreable Que avoir tousjours suyvy ses aises Apres amer doulx amiable

Tum modo respira dolor absit tristis et ira. Sunt quoque tristitie gaudia magna tue.

Adoncques maintenant respire Et soit de toy entierement Absent triste douleur et ire Pren en toy resjouyssement De ton ire presentement Sont les joyes haultes et grandes Puis que tu peulz jouyssement Avoir de ce que tu demandes

Nostrum velle tua/ nobis faciet galathea. Omnino vesris fedat imperiis.

Croy pamphille que galathee Du tout nostre vouloir fera Je l'ay si saigement tentee Que a nostre vouloir complaira A faire ce qu'il te plaira Du tout se donne entierement Ne en rien ne contredira Elle est a ton commandement

Pamphille

Ut pia promissis matrum solercia donis Plorantes pueros admonet ut taceant.

Quant enfants pleurent la sagesse Des meres pour les faire taire Est user de quelque promesse Je cuide que ainsi me veulz faire Dolent suis jusque a la mort traire Tu le vois ainsi que la mere Son enfant qu'elle veult retraire De plourer c'est pareil mistere

Sic me fortassis falso solamine pascis Ut dolor a tristi pectore tristis erit

Plourer me vois et dire helas Je ne sçay se tu me veulz paistre De quelque vain et faulx solas Affin de la douleur hors mettre Qui en ma poitrine peult estre Comme tu voys et apperçois Et est bien facille a congnoistre S'il est ainsi tu me deçois

La vieille

Aucipitris volucris elapsus ab ungue feroci Auceps et cunctis hunc tuum esse locis.

L'oiseau eschappe de la roy De l'oyselleur et de l'autour Beaucoup craint se trouver autour Ou l'oiseleur fait son arroy Je cuyde que ainsi est de toy Comme de l'oyseau eschappé Et que par une faulce loy On te ait aultreffois atrappé

Hic me nulla tibi mentiri causa coegit Omnia que dixi vera sed invenies.

Si ne doit il pas estre ainsi Car il n'y a cause apparante Ne raison pourquoy je te mente Ou vueille mentir de cecy Oste ton cueur hors de soucy A ton plaisir en jouyras De ce que je te dy icy La verité tu trouveras

Pamphille

Si modo vera refers et verum retulit illa Tunc dolor a nostris ossibus omnis abest

Se chose vraye me raporte Et el dit chose veritable Douleur n'ay plus qui soit grevable C'est droit que je me reconforte Tristesse n'y a tant soit forte Qui me puisse estre dommagable Se la nouvelle qu'el m'aporte Est vraie non pas decepvable

Sed sua non semper sequitur primordia finis Inceptum casus sepe retardat opus

Mais la fin ne fuyt pas tousjours L'effect de ses commencemens Aulcuneffois tourne a rebours Et y vient des empeschemens Fortune par ses mouvemens Aulcunefois l'eure retarde Et fait cent mille changemens Qui a son estat ne regarde

La vieille

Rursus fatorum nescit mens ulla virorum Solius est proprium scire futura dei

De rechief aulcune science Ou pensee d'homme ne congnoist Des fortunes la differance Ne laquelle la meilleure est A dieu seul a qui apparest Toute chose est de congnoistre Toutes choses et s'il luy plaist En qualités contraires mettre

Desperare nocet/ votum labor improbus implet Ars que vigil magnas sepe ministrat opes.

Desesperance la terrible Furieuse felle et dampnable Est a tous hommes et nuysable Mais labeur bon et honnorable Emple le veu l'art vigillable Souvent ministre grans richesses Pourtant il n'est pas convenable Que de ce labeur tu ne cesses

Pamphille

Noscere nonne potes hec si me diligit an non Vix celare potest intimam cordis amor.

Ne peulx tu point notoirement Congnoistre s'elle m'aime ou point Je ne te requier seulement Fors que me revelle ce point Amours est de tel contrepoint Que difficillement el selle La douleur qui l'homme au cueur point Et qui est procuré par elle

Forte sub ambigua spes et labor omnis habetur. Crescit principio spes tamen ipsa bono

Soubz adventure dubieuse Tout labeur et toute esperance Tire a fin bonne et malheureuse Rien n'est ou il n'y ait doubtance Touteffois l'espoir d'asseurance Doit croistre en bon commencement Et monstrer qu'il y ait puissance En ung jolis entendement

La vieille

Dum loquor ejus adest inde mens animus que loquanti Dulciter omne meum suscipit alloquium

Tu demandes se je congnois S'elle t'aime ou non seurement A elle ay parlé plusieurs fois Mais je congnois certainement Qu'elle te ayme car doulcement Toutes mes parolles escoute De couraige d'entendement Et toute sa pensee y boute

Curvat et ipsa suos circum mea cola/ lacertos A te missa sibi dicere verba rogat

Elle ploye au contre de moy Tant doulcement et si me prie Que parolles venans de toy Par devers elle je luy die Elle te ayme n'en doubte mie Mes ditz ne sont point parabolles Car il semble qu'elle est ravie Quant elle ot de toy des parolles

Dum que tuum nullum rationis nominat ordo. Nominis admonitu/ fit stupefacta tui

Tant seulement quant on te nomme Comme l'ordre de raison vient Tu serois esmerveillié comme Toute esbahye elle devient Et pourtant jugier il convient Qu'il y a de l'amour haultaine Tu jouyras se a toy ne tient Mais il y convient mettre peine

Dum verbis fruimur palet que rubet que frequenter Fessa que si taceo/ me monet illa loqui

Quant ensemble parlon nous deux Elle palit totalement Ainsi que vray cueur amoureux Et puis rougit soubdainement Et quant mesmes par lassement Je me tais elle me admonneste De parler incessantement Tant qu'el m'en ront toute la teste

Hiis aliis que modis cognoscimus ejus amorem Nec negat ipsa michi quin sit amica tibi

L'amour d'elle en telles manieres Et par aultres nous congnoisson Car ce sont choses singulieres Que de regarder sa façon Elle est a toy se bien chasson Car elle mesmes point ne nie Quelque semblant que nous façon Que grandement ne soit t'amye

Pamphille

[N]unc mea spes per te successus sentit adesse Crescit et auxilio gloria nostra tuo.

Maintenant sent mon esperance Son succés advenir par toy Par ton aide et pourveance Toute gloire s'escroist en moy Advis m'est que desja je voy Entre mes deux bras galathee Comme elle sera je le croy Ainsi que je l'ay souhaitee

Improbus interdum dubios labor expedit actus Magna que tollit inhers commodo significes.

Le bon labeur aulcuneffois Expedie actes dubieux Et le meschant souventeffois Les empesche et fait maleureux Or est l'estat des amoureux Tousjours doubteux et qui ne haste Son oeuvre par labeur soigneux Aulcuneffois elle se gaste

Quantumcumque potes ceptum properare laborem Nec mora segnis opus differat ulla tuum.

Pourtant haste je te prie Tant que tu pourras de parfaire Ton oeuvre: qu'elle soit acomplie En ce point qu'il est necessaire Affin qu'il n'y vienne contraire Garde que ancienne demeure Ne te retarde de bien faire Ce que as commencé a ceste heure

Comme la vieille persuade pamphille de luy donner son sallaire

[U]t reor ecce tibi per me tua vota parantur. Sed promissa michi res manet in/ dubio.

Pamphille c'est fait se tu veulx Car par moy sans aucune doubte Sont appareillez tous tes veux Et est la chose faicte toute Mais la chose de quoy je doubte C'est la celle que m'as promise Que son vouloir ne se reboute Et qu'il n'y ait de la faintise.

Est mens nostra suis contraria sepe loquelis Nec factis loquimur omnia que loquimur

Nostre pensee aucuneffois A ses parolles est contraire Et si dison souventeffois Cella que ne voulons pas faire Pamphille tu sçaiz mon affaire Et si comme tu peulz congnoistre Toute peine requiert sallaire Il ne suffist pas de promettre

Irrita venales falunt promissa labores Cum fueris felix nil michi forte dabis.

Faulses promesses decevables Souvent par leur abusion Deçoiuent les labeurs vendables Et n'y a que deception Peut estre en la conclusion Que a plaisir te voirras requier De moy ne sera mension Et ne me vouldras rien donner

Pamphille

Est scelus immensum si dives fallat egenum Te quoque si fallam gloria nulla michi est

C'est le plus grant peché qui soit Quant par mauvaitie et cautelle Le riche le povre deçoit C'est contre bonté naturelle Et quant la chose seroit telle Que decevoir je te vouldroie Pour peu de chose telle quelle Gloire ne honneur n'y auroie.

Nec te nec quemquam/ nostra fraus perdidit unquam Fama que si queras crimen nostra vacat.

De fraude je ne fis jamais A toy ne autre de prouesse Qui soit ainsi je me submetz A toutes gens de ma noblesse Celuy n'y a qui me congnoisse Qui ne sçaiche de verité Que je tien foy de gentillesse Et ne use point de faulseté.

Est que fides animi constans fiducia nostri Que tibi tuta facit omnia que metuit

Nostre foy n'est point decevable Mais constante en noble couraige Nostre fiance est veritable Il n'y a point de fatroullaige Noblesse se monstre a l'ouvraige Pourtant doncques asseure toy Que tu auras ton vasselaige Puis que je te ay promis ma foy

La vieille

[P]lebs timet ingenio superari parva potentum. Jure cadit causa pauperis exigua.

Tousjours doubte petite gent Des riches le superement La cause du povre indigent Souvent se pert en jugement Les puissans ont l'entendement Pour faire tout ce qu'il leur plaist Mais on voit manifestement Que tousjours ung povre desplaist

Est et ubique fides prisco spoliata calore. Que tegitur sceleris actibus immineris

Oultre foy n'est plus en valeur S'on la voit regner c'est a tart Perdu a sa belle couleur Et a prins habit de regnart Le monde n'a plus de regart Que a faire quelque tricherie Qui de tromper ne congnoist l'art Ce n'est que toute misserie

Nulla tamen fortuna obliviscere fatis Dat mare sepe motus nulla pericula tamen

Mais touteffois nulle fortune Ne peult les destinees changier Bien souvent la mer se desrune Qu'el ne porte point de dangier Ceulx qui dessus mer vont nagier Y voyent plusieurs mouvemens Souvent changier et rechangier Et si n'y a point de tourmens

Que promisisti fortune munera mande Sed que promisi dona tamen capies.

Au plaisir de fortune mis Soit ce dont m'as promesse faicte Quant de ce que je t'ay promis C'est une chose pure et nette Qui sans faulte sera parfaicte Vienne fortune ou infortune Par quelque peine que g'y mette Mais faulte n'y aura pas une

Convenit ut vadam nunc exorare puellam Si placet ut veniat huc tibi sola loqui

Affin que la chose soit telle Convenable est que je m'en voise Prier celle doulce pucelle Et la requerir qu'il luy plaise Que sans faire ne bruit ne noise Seule vienne avec toy parler Affin que puisses a ton aise La baiser bien et acoller

Si vos nostra simul solertia collocat ambos Et locus affuerit te precor esse virum

S'el vient ainsi comme il me semble Qu'elle viendra et que une fois Par mon art soiés mis ensemble Et lieu soit propre touteffois Monstre luy ce que tu congnois Tout realement et de fait Monstre luy en dictz et en faiz Que tu es ung homme parfait

Mens animusque manet inconstans semper amantum Parva que forte dabit quod petis hora tibi.

D'amans le couraige et pensee Tousjours inconstante demeure Et de lieu en lieu reversee Sans repoz ne quelque demoure Et ne fault que une petite heure Pour te donner ce que demendes Mais il est force qu'on labeure En telles choses qui sont grandes

Comme la vieille vient a gallathee pour la tempter la seconde fois et fait son introite par admirations.

[O]ccultare nequit sua lumina maximus ignis Occultare potest/ nec sua vota venus

Gallathee je te vien anoncer Sans riens laisser De ton amy nouvelles Le tres grant feu qui brusle sans cesser Ne peut mucer Ne du tout absconser Ou rabaisser Ses ardans estincelles Venus aussi la plus belle des belles Damoiselles Ne peut par quelque voye Celler si fort son fait qu'on ne le voye

Omnis vestrarum venus rerum michi panditur ordo Quarum mente memor vix teneo lachrymas.

Toute l'ordre de voz faiz Je congnois cest une fois Et ce que par plusieurs fois J'ay veu retien en memoire Et m'en souvient touteffois Quant a par moy je congnois De voz amours les effaiz A peine que je ne ploure

Nam cognosco satis quod non sapienter amatis. Res et ipsa sue nuncia stulticie

De souspirer Et de plourer Suis toute plaine De veoir la peine Que a tous deux je vous voy tirer L'ung desirer L'autre admirer Son entreprinse souveraine Vous aimez c'est chose certaine De jour en jour amour vous lie Mais vous n'aimez que par follie Je voy et congnois clerement Auz faiz plains de melencollie Ou sagesse est toute abollie Que vous n'aymez point saigement

Pallida furtivum facies manifestat amorem Atque dolore gravi rabida facta cutis

Face palle est monstrative Note magnifestative Qu'il y a entre vous deux Quelque peu d'amour furtive La face est figurative Du couraige aux amoureux Apres palleur transitive Vient une rougeur hastive Ainsi que a homme paoureux Une cuyrie motive Qui contre la chair estrive Et fait le cueur douloreux.

Pamphilus ille miser nimis est/ miser omnibus horis Quam male duriciam comperit usque tuam

Pamphille le povre meschant Est bien meschant a toutes heures Qui cuide que pour luy tu pleures A l'heure que leves ton chant Autant en levant qu'en couchant Il vit pour toy en maleureté Quant il regarde la durté Que contre luy tu veulx tenir Las il ne sçait que devenir Amours le point de toutes pars De ses cruelz et mortelz dars Et tu ne luy veulz subvenir

Nocte die que satis pueriliter ille laborat Nam sibi nulla refert semina durus ager

Je voy que le povre pamphille A toute heure soit jour soit nuyt Travaille en labeur puerille Car il n'en raporte nul fruit Puis que ta grace de luy fuit A laquelle du tout il pense Et que le champ nulle semence De fertilité ne raporte Bien est meschant que tant il porte De peine de travail aussi Puis qu'il n'y a qui le conforte Et le vueille prendre a mercy

Quis nisi mentis inops sua semina mandat harene Cum mercede labor gratior esse solet

Le laboureur qui va semer En la gravelle de la mer Feves pois blé orge ou aveine Se doibt il point bien fol nommer Celuy aussi qui veult aimer Sans estre aimé et pert sa peine Or est ce une chose certaine Que pamphille fait en ce point Qui aime s'on ne l'aime point Helas labeur semble si doulx Quant on le salarie a point Selon l'oppinion de tous

Hunc tua forma prius et postea lingua fefellit Hiisque duobus eum vulnerat acer amor.

Ta grant beaulté premierement Et puis ta langue doulcement Parlante/ le navrent a mort Par ces deux poins la seulement Cruel amour hastivement Le navre sans quelque support Tousjours de plus fort en plus fort Croist sa douleur et desconfort Dont tu causes la griefve playe Se ne luy veulx donner confort Autant lui vauldroit estre mort Car jamais au cueur n'aura joye

Ut promisisti sibi non medicina fuisti Sepe sibi gravior affuit ipse dolor.

Une fois promis luy avoies Que sa medecine seroies Et touteffois tu n'en faiz rien Par moy mesmes tu luy mandoies Que tresparfaictement le aymoyes Et que ton cueur estoit le sien La belle tu ne faiz pas bien Ton couraige n'est pas le mien Car se ung si beau filz que pamphille Estoit a moy comme il est tien Pour son doulx et plaisant maintien Je le choisiroie entre mille.

Nunc ope plagam caret dolor ejus semper abundat Et licet ipsa taces te quoque flamma gravat

Sa playe a faulte de mire Qui autre chose ne desire C'est que tu luy donnes secours Pour destaindre le feu d'amours Autrement tu le veulx destruire Tu l'aymes je l'ose bien dire Mais crainte te fait escondire Ce nonobstant en ce decours Sa playe a faulte de mire Qui autre chose ne desire C'est que tu luy donnes secours De jour en jour son mal empire Et va tousjours de mal en pire Et si te regrette tousjours Il a fait pour toy mille tours Ne vueilles donc plus contredire Sa playe a faulte de mire Qui autre chose ne desire C'est que tu luy donnes secours Pour destaindre le feu d'amours Autrement tu le veulx destruire

Plaga malum sepe parit inconcessa necem que. Nos quoque tectus amor sepe gravare solet

Tu te tais et amours te point Mais playe qu'on ne monstre point Souvent engendre mal et mort Entens tu bien note ce point Amours sont de ce contrepoint Quant on les veult celler trop fort Descoeuvre ton cueur hardiement Et si me dy tout plainement Se tu aymes pamphille ou non Lequel t'ayme parfaictement Helas tu vois certainement Que c'est ung si gent compaignon

Ergo quid inde velis celeri circonspice mente Et michi sint animi nuncia verba tui

Regarde que tu me diras Et me desclaire ta pensee Se tu ne es folle ou insensee Ton vouloir me descouvriras Par moy nul deshonneur n'auras Pour chose qui soit confessee Regarde que tu me diras Et me desclare ta pensee Pense que quant tu l'aymeras Tu seras par tout avancee Tu vois la chose commencee Que se tu veulx tu parferas Regarde que tu me diras Et me desclare ta pensee Se tu n'es folle ou incensee Ton vouloir me descouvriras

Comme gallathee respont a la vieille indifferentement disant que amours d'une part la contraint d'aymer pamphille et que honte de l'autre la retarde.

Me premit igniferis venus improba sepius armis Hunc michi vim faciens semper amare jubet

Venus par armes tresardantes Igniferes et abrasantes Souvent me foulle et admonneste De me mettre au renc des amantes Et me dit en chansons plaisantes Qu'il n'y aura que chose honneste Le tourment que j'ay en la teste Par sa grande et cruelle force Tousjours me contraint et efforce D'aymer celuy qui me demande Et reallement me commande Par son commandement royal Que je l'ayme puis qu'il me mande Qu'il m'ayme tant de cueur loyal.

Me jubet pudor/ et metus esse pudicam Hiis que econtra meum nescio consilium.

D'autre part je ne l'ose faire Honte me commande au contraire Et de l'accorder me retarde Je ne sçay auquel doy complaire Je ne sçay conseil ne affaire En ces choses quant g'y regarde Amour me meut/ honte me garde L'ung me appelle l'autre me tient Et ne sçay auquel appartient Que obeissance doyve rendre L'ung dit que je doy entreprendre En amours ceste hardiesse L'autre apres me le vient deffendre Et commande que je le laisse

Comment la vieille respont a gallathee et lui dit que elle ne doit point avoir crainte.

Sit timor ipse procul hic non est causa timoris Hiis rebus nunquam proditor ullus erit

Rejette ceste crainte au loing Pour cella ne te fault point faindre En ce cas il n'y a besoing Ne quelque matiere de craindre Se venus t'a voulu attaindre De son feu doulx et gratieux Pour quoy le vouldrois tu destaindre Par la crainte des envieux Oultre plus le cas de vous deux Sera secret celuy ne celle Ne sera et eust il mil yeulx Qui en saiche aucune nouvelle