Livre D Amours Auquel Est Relatee La Grant Amour Et Facon Par L
Chapter 4
Galathee ma gente fille Plust a dieu et la belle dame Que ce beau gracieulx pamphille Fust ton mari et toy sa femme Car je cuide et croy sus mon ame Se bien son estat congnoissoies Et comme chascun le reclame Toy mesmes le desireroyes
Velle meum dixi sed non tamen ille rogavit. Vos simul esse meum judicat arbitrium
J'ay dit que vous fussiez ensemble Mariez beaucop je desire Grant prouffit seroit ce me semble Nompas qu'il le me face dire Je ne te vouldroye pas nuyre Galathee tu le sçais bien Mais plus que a fille de l'empire Je desireroye ton bien
Et genus et probitat et forma decens utriusque Mecum concendunt vos simul esse duos.
Je arbitre que le mariage De vous deux seroit convenable Car la preudommie et lignaige De tous deux est assés semblable Oultre plus la forme honnorable De voz corps gracieulx et gens Monstre ceste chose traictable Autant que fut onc de deux gens
Nostra modo vacuis deducimus ocia verbis. Res tamen interdum grandia parva movet E minima magnus scintilla nascitur ignis Et generat parvum grandia principium
Cela que nous dison icy C'est temps perdu: mais touteffois Mariage ce font ainsi Par peu de chose aulcuneffois Ung grant feu peut faire en ung bois Une bien petite estincelle Commencer convient une fois En toute chose naturelle
Mens mea concepit harum primordia rerum. Atque loqui nostris cepimus inde jocis.
Jamais jour ne me apperceu Que pamphille eu le couraige De soy marier mais conceu J'ay apar moy ce mariage Puis quant j'ay veu ton personnaige Et que la chose vient a lieu J'en ay commencé le langaige Mais tout cela ce n'est que jeu
Sed si rebus in hiis mea mens animus que movetur Si placet an potius desplicet inde loqui.
Touteffois galathee dy moy S'il te desplaist aulcunement De ce que j'ay fait devant toy A cest heure ce parlement Car je te jure mon serment Que tu es du monde la fille Que j'ayme plus parfaictement Mais aussi bien fais je pamphille
Deprecor ut dicas/ quod dixeris ipsa tacebo. Si celare velis sine referre loquar.
Je te pry dy moy s'il te plaist Entre nous deux secretement Quelle ton oppinion est De cecy parle seurement Se tenir le vueil celeement Voulentiers je le celeray Se parler veulx publicquement Pareillement je parleray
Dic michi ne dubita sculeum depone timorem Hic venit a sola ruscicitate timor
Dy moy tout belle je te prie Se pamphille vouloit te avoir Le vouldrois tu point/ ne crains mie A me faire cecy sçavoir Pas ne vien pour te decepvoir Se tu es en difficulté Se te crainte te font mouvoir Folie et rusticité
Comme galathee respont a la vieille et luy dit que les persuasions qu'elle fait ne sont que flateries et pour avoir aulcuns dons
[N]on michi rusticitas stultus mihi nec pudor obstat Sermo sed admiror quo venit iste tuus.
Rusticité n'y a qui viengne Ou follie pareillement Qui aulcunement me retienne De tout dire mon pensement Mais je m'esbahy grandement Qui te meult de venir icy Parler de cest appointement Dequoy tu me parles ainsi
Huc miror si te casus transmisit an ille Pamphilus querit premia sermo tuus.
A ce esté par cas de fortune Ou se pamphille te y envoye Le fais tu pour avoir pecune Ou quoy/ bien je m'en doubteroye Car jamais ouy je n'avoye De pamphille parler ainsi Parquoy fault que esbahie soye Qui te fait parler de cecy
Comme la maquerelle se excuse et dit que elle n'y vient point pour gaing ne pour la decepvoir et dit
Semper iniquorum scelus impedit acta bonorum. Penas sepe luit quas homo non meruit
Tousjours le pechié des maulvais Ainsi qu'on dit notoirement Empesche des justes les faitz Et des bons j'appercy comment Tel aussi pleure tendrement Souvent les peines et folies De qui coulpable aulcunement N'est et ne les a desservies
Quamvis pauper ego non sic tua premia quero Nam michi sufficiens est mea pauperies
Tu cuydes pour ma povreté Que affin que de toy loyer aye Je t'ay ce messaige apporté Mais non fais je ne daigneroye Combien que povre femme soye Ainsi ne requier point ton bien Ne requerir ne le vouldroie Ma povreté me suffist bien
Primitus ut dixi mea mens conceperat istud. Altera non novit conscius omnis habest.
Comme j'ay dit premierement Ma pensee a cecy conceu Et pour certain ce mouvement D'aultre que moy ne fut onc sceu Homme ne s'en est apperceu Croy moy c'est chose veritable J'en suis seule a par moy coulpable Et croy que dieu me ait advertie De ce cas qui est honnorable Et qui peult estre pouvitable A l'une et a l'aultre partie
Hoc satis esse potest si vos simul esse velitis Hoc et uterque potest absque pudore pati
Cela suffiroit ce me semble S'en quelque lieu secretement Vous deux vouliez estre ensemble En tout honneur non aultrement Et si le peult facillement Souffrir ung chascun de vous deux Sans estre de ce fait honteux Car en ce n'y a point de honte Et me semble que pour le mieulx Faire devés de cueur joyeulx En ce point ce que je le vous conte
Nobilis ille quidem nec nobilis es minus ipsa Est utriusque satis nota propago michi
Quant est de meurs et de couraige Noble est et toy pareillement Je congnois assés le lignaige De tous deux d'anciennement Tous avés vescu noblement Et vivre pourrés en liesse En augmentant vostre noblesse L'ung par l'aultre en amour certaine Croy mon conseil point ne le laisse Galathee toute richesse Te viendra et en seras plaine
Pulchrior hic sociis sociabus pulchrior ipsa es. Cum specie species convenit atque placet.
Combien qu'il soit de biaulx mignons Et gorgias en ceste ville Si est entre ses compaignons Pour le plus beau tenu pamphille. Pour pucelle aussi belle fille Entre toutes aultres pucelles Par haulte beaulté tu precelles Et pourtant chose convenable Est voir beaultés jointes entre elles Et les beaulx avecques les belles Car c'est une chose plaisante
Hoc utriusque probat par copia/ par que juventa Fama que si fieret/ ipsa probaret idem.
Vous estes pareilz et semblables En richesse et en enfance De parens aussi honnorables Pareilz et de noble naissance Cecy appreuve l'abondance De tous deux et aussi feroit Renommee quant elle sçauroit Le cas tel que je le pourchasse Et bien maulvais celluy seroit Qui par sa malice diroit Qu'il n'est pas bon que ainsi se face
Quando pares estis sociari jure potestis. Defficit in vobis nil nisi solus amor
Puis doncques que pareilz vous estes Vous vous pouez acompaignier Par raison en amours honnestes Et par ung accord besongnier Il n'y aura point de dangier Il ne reste que amour parfait Entre vous que ce ne soit fait Pourtant belle doulce et honneste Considere ung petit ce fait Car bien te viendra en effect Se fais ce dont je te amonneste
Comme galathee se excuse et dit que ce est a ses parens a qui on doit parler premierement que a elle
Quod michi nunc dicis dici deberet amicis Assensa quorum conjugis opto thorum
A moy dresser ne se convient De me raporter tel langaige Mais aler faire le messaige A mes amys il apartient S'aulcun pour me demander vient Voise aux amis de mon lignaige A moy dresser ne se convient De me reporter tel languaige Se leur consentement advient Que mise je soye a mesnage Ainsi le lit de mariage Desire vela ou tout tient A moy dresser ne se convient
Hos prius aloquere vel tu vel pamphilus ille
Va se tu veulx Parler a eulx Touchant ce cas Tu ne peulz mieulx Ou l'amoureux Sans advocas La tu sçairas Ce que feras Tu ou pamphille ou vous tous deux Quant a ce les convertiras A leur plaisir tu trouveras La chose plus belle en tous lieux
Res erit ad libitum pulchrior ipsa suum
A leur plaisir plus honnorable Sera la chose et agreable Que s'elle estoit faicte par moy Sans me monstrer si accordable Et a aimer homme traictable Par l'amonition de toy Car je ne doy Promettre foy Ne me acorder Sans demander Congié a ceulx a qui je voy Qui sus moy peuent commander Mes amis me doivent garder Et a mon honneur regarder Selon la naturelle loy
La responce que la vieille fait a galathee quant elle se excuse sus ses parens.
[C]onvenit ut tua sit concessu teda parentum Si tuus interea mulceret ignis ei
Gallathee pucelle delectable Honnourable Responce tu ne me rens Disant ainsi que sans tes bons parens Vraiz conducteurs et amis apparens De ton voulloir a nul ne es mariable Mais sans fable C'est chose veritable Quelques parens que tu diez avoir Convenable est et facille a sçavoir Qu'il esconvient que ta torche et lumiere En fait d'amours procede la premiere Pour acquerir de eulx le consentement Par quoy tu peulz monstrer aucunement Pamphille de bien aymer couraige En attendant cestuy appointement A celle fin au moins que seullement Signe d'amour son ardeur assouaige
Excercet corda juvenum venus ingeniosa Qnisque per hoc studium colligit ingenium
Venus dame de hault paraige Sus toutes deesses tressaige La fleur de beaulté et l'eslite Ingenieuse en tout ouvraige En enseignant d'amours l'usaige Les cueurs des jeunes excercite Et a bien aimer les incite Tant que chascun s'il n'est trop rude Recueillir peut en son estude Engin et esperit pour conduyre Ses amours qui si veult reduyre Et pourtant plaisante pucelle Cecy je te suys venu dire Car saiches que venus desire Que tu te gouvernes par elle
Incitat hec animos dat largis odit avaros. Letitiam sequitur tristitiam que fugit
Venus incite les couraiges Des amans qui sont gratieux De ses biens elle donne aux larges Et tolz aux avaricieux Elle suyt liesse en tous lieux Et fait son repos de liesse Au contraire elle fait tristesse Car ung amoureux gent et miste S'il ensuyt venus la deesse En tout lieu et en toute adresse Jamais ne sçauroit estre triste.
Narraret nullus quantum valet veneris usus. Hinc nisi pueris rustica semper eris.
A homme seroit impossible Tant eust l'esprit intelligible De dire les biens qui venus/ Sont de la deesse venus Haulte princesse inconfusible Sens humain n'est point susceptible Combien eslevé qu'il puisse estre De tout son usaige congnoistre Qui tant est merveilleux et hault Ne de narrer combien il vault Car c'est liesse souveraine Paradis de nature humaine Et se tu ne viens gallathee A ceste plaisance haultaine Tu en demeureras villaine A tousjours et fille gastee.
Responce de gallathee a l'incitation precedente.
[P]er veneris morem virgo cito perdit honorem Igneus ille furor nescit habere modum
Par la coustume decevable De venus princesse mortelle Pert son honneur une pucelle En haste c'est chose prouvable Port d'ennuy voye diffamable Souvent treuve une jouvencelle Par la coustume decevable De venus princesse mortelle
Son feu ingent non reffrenable Qui tousjours art et estincelle Ne sçait tenir quelque querelle Ne mesure qui soit louable Par la coustume decevable De venus princesse mortelle De plaisant attrait est son hable Mais la demeure n'est pas telle Car depuis que l'en est en elle C'est une douleur importable Une maladie incurable Une attraction par laquelle Pert son honneur une pucelle En haste c'est chose prouvable
Non leve vulnus habent vuiolenta cupidis arma Hiis male subduci queque puella timet
Les fortes armes d'avarice N'engendrent point playe legiere Chascune pucelle novice Craint a tomber soubz leur banniere A y entrer a bien maniere Car quant une pucelle y est Elle ne s'en tire pas arierre A toutes les fois qu'il luy plaist Je considere assez que c'est De tout ce que tu me as promis Et qu'en la fin souvent desplaist D'avoir onc acquiz telz amis
Sepius immeritas incusat fama puellas Omnia nec cessat carpere livor edax
Par les communes renommees Tu congnois que c'est verité Jeunes pucelles sont blasmees Sans l'avoir en rien merité Envieuse locacité Baveresse tousjours se aproche Pour donner a autruy reproche Et prent par tout d'amont d'aval Toutes choses soit bien soit mal Sans avoir cesse de tout prendre Plus viste court que le cheval Renommee en especial Quant elle treuve que reprendre
Quod petis admiterem fame nisi barba timerem Que magis in tali/ crimine lumen habent
Se la commune renommee Qui legier court je ne doubtoie Et par elle estre diffamee A ton plaisir me accorderoie Ce que demandes octroiroie Mais tu sçaiz que commune fame A plus de regart a tel blasme Pour en rapporter choses folles Se ne fust cella sus mon ame A toy je me accordasse d'ame Mais je n'ose pour ses parolles
Comme la vieille respont a ce que gallathee se excusoit sus la commune renommee et sentit alors la vieille qu'elle estoit vaincue
Rebus in hiis major minus est infamia vero. Sed prestat verum rumor et ipse cadet.
O belle qu'esse que tu dis Je m'esbahyz que dire l'oses As tu doubte des communs dictz Qui sont si tres petites choses Tu me diz icy et exposes Que par sus autres choses toutes Renommee commune doubtes Dont pourroit venir infamie Considere ma doulce amie Que c'est tout que la verité Il est vray que communité Pour peu de chose son bruyt leve Mais ce n'est que simplicité D'y penser et fatuité Car tel rumeur chiet et est brefve.
Murmura rumoris curas que levabo timoris Vos vestros que rocos calliditate tegam
Pour cella ne dois faire fainte Car de la rumeur les murmures Leveray et toutes les cures Desquelles tu dis avoir crainte Tu voys que je sçay chose mainte Ne te chaille je leveray Bon nom de vous et couvriray Vous et voz jeux par façon telle De cautelle que je feray Que jamais n'en sera nouvelle
Nam veneris mores cognoscimus secundus artes. Et sic tuta modo res erit ingenio
Tu ne te dois point abuser A faire ces vaines doubtances Car je congnois pour excuser Faiz d'amours et jeunes enfances Tu sçaiz que j'ay les congnoissances Et si ont celles de mon aage De venus sçavoir son usaige Ses ars meurs et conditions Pourtant oste suspections Et te confie seullement En nostre engin croy fermement Que ce sera chose cellee Et gouvernee saigement Sans pouoir estre revellee.
Illum cum videam michi consule quid sibi dicam Quod michi tu dices tutus ipsa loquaris
Conseille moy ce que tu veulx Que je dye a ton amoureux Pamphille mais que je le voye Et s'il y a entre vous deux Aucune amour/ car tu luy peuz Donner ou desconfort ou joye Mais que ton oppinion aye Plus seurement je parleray De ce pour quoy je suis envoye Pour tant dy moy que je diray
Comme gallathee dit a la vieille que tant l'a temptee qu'elle fait doubte de luy reveller son couraige et dire comme elle est prinse de l'amour de pamphille
[H]esito velle nostrum tibi secretum que fateri Nam dolus insidias tendit ubique suas
Beaucoup doubte a te confesser Mon voulloir et secret aussi Car le mal je doy prepenser Qui pourroit venir de cecy De ce que avon parlé icy Doubte dire ma voulenté Car trayson et faulseté Vont en tous lieux leur fillez tendre Et ne sçay a la verité Se tu le faiz pour me surprendre A tout comprendre Et bien l'entendre Je suys doubteuse Et puys honteuse De raison rendre
Sed tamen experiar que sit tua lingua fides que Et qua parte tuum me trahat ingenium
Mais touteffois je experimenteray Et prouveray Quelle sera ta foy Pareillement ta langue tempteray Et essayeray Se au vray je trouveray Ce que je auray Ouy dire par toy Pas je ne voy Que veulx faire de moy Mais je essayeray ce que tu en veulx faire Et quelle part ton engin me veult traire
Pamphilus illineum pellitur nuper amorem Nos simul et vera junxit amicicia
Veu ce que tu m'as recité De pamphille il est verité Qu'il desire parfaictement Mon amour et affinité Et sans grande difficulté Je le croy aussi fermement Par ton gratieux parlement Qui disoit des biens largement Lesquelz sont en luy ce me semble Vraye amitié soudainement Pour te le dire clerement Nous a desja conjoings ensemble Vela le point Qui nous conjoinct En ung cueur deux Je n'en mens point Se l'en nous joinct C'est pour le mieulx Jeunes et vieulx Vrais amoureux Dieu grace parfaicte nous doint De bien vivre ensemble en tous lieux Sans que par ses faulx envieux Nostre assemblement soit desjoinct
Sed nimis hoc cella soli sibi posco revela Non tamen incipies hac ratione sequi
Je te desclare mon couraige Et ne sçay se je faiz que saige Mon honneur a toy habandonne Mais je te requier que a personne Tu n'en faces quelque langaige Tant seullement au personnaige Lequel j'ayme tant que c'est raige De cecy congnoissance donne Je te desclare mon couraige Et ne sçay se je fais que saige Mon honneur a toy habandonne Touteffois pour bien le messaige Luy faire de premier passaige Pas a luy ne t'en arraisonne Mais quelque raison ordonne Qui lui soit ung petit sauvaige Je te desclare mon couraige Et ne sçay se je fais que saige Mon honneur a toy habandonne Mais je te requier que a personne Tu n'en faces quelque langaige
Illum sepe prius multo mellumine tempta. Quod dixi decet forsitan ipse tibi
Ne luy dy pas du premier sault Ma responce subtillement Souventeffois tempter le fault Premier par grant efforcement Pour congnoistre et sçavoir comment Il me ayme de bonne nature Car iceluy par adventure Ainsi que je t'ay dit dira Et que de moy il n'aura cure Nonobstant ce que je suis seure Que s'il le dit il mentira
Hinc modo discede fac et prior omnia caute. Et tibi que dicet cra michi cuncta refer
Or te depars d'icy m'amie Et toutes choses que feras Fay les caultement je t'en prie Du tout en toy je me confie Besongne au mieulx que tu pourras Demain icy retourneras Et au vray me raporteras Toutes choses qu'il te dira Par ce que m'en reciteras Pourveu que point ne mentiras Je sçauray bien si me aymera.
Comme la vieille s'en retourne vers pamphille et de commencement fait qu'elle ne a rien fait
[M]ultotiens homines frustrantur spes que labor que Non res ut volumus pamphile nostra venit.
Pamphille vers toy je revien Bien desconfite et esperdue A brief parler je n'ay fait rien De quoy il te vienne aulcun bien Nous n'avons que peine perdue Nostre chose n'est point venue En ce point comme j'esperoye Galathee est trop resolue Pour estre d'amours abatue Convaincre je ne la sçauroye Bien abatre je la cuydoye Par dire choses a plaisance A grant fiance grant faillance Moult souvent sont frustrés les hommes De leur labeur et esperance En la maniere que nous sommes
Tardius ad vestrum nimis advocor ipsa juvamen. Nam prodesse nequit ars que labor que meus.
Je suis appellee trop tart A vous donner ayde et secours Prouffiter ne peult de ma part A vous mon labeur ne mon art Ma cautelle et mes subtilz tours Car de ne aymer point par amours Galathee est determinee Soit en la ville ou aux faubours La chose va tout au rebours Qu'on ne l'avoit ymaginee
Res ut testatur galathee theda paratur Miror enim cultus/ quos parat illa domi.
Ainsi que la chose tesmoigne Galathee a son mariage Apresté j'ay veu la besoingne C'est grant cas comme elle besoingne Et de ce qu'el fait au mesnage C'est ung estat de hault parage De ce que a l'hostel appareille Et du train come elle mesnage Tant et si tresbien que c'est rage En effet je m'en esmerveille Se les biens sont grans a merveille La maison riche et honnorable C'est une chose non pareille Du train qu'elle y tient admirable
Sunt centum cause quibus est suspicor esse Sed suus istam tamen celat uterque parens
De marier elle est prochaine Il y a cent causes pourquoy Je men doubte chose certaine Veu le train que a l'hostel on maine Elle en est preste par ma foy C'est pour ung aultre que pour toy Combien que les parens d'icelle L'ung et l'autre lesquelz veuz ay Ne m'en ont dit je ne sçay quoy Mais je suis seure qu'on le celle Et bref la chose sera telle Et de bien brief je le sçay bien Car en parlant avec la belle Je l'ay assés entendu d'elle Mais ses parens n'en disent rien
Hec tibi que dico/ sapientius accipe posco Mitte quod esse nequit quere quod esse potest
Ce que present je te raporte Pren a gré sapientement Puis que le cas va en tel sorte Voyse a dieu ne t'en desconforte En rien/ passé l'ay doulcement Je te requier tres humblement Laisse cela qui ne peul estre Demande cela seulement Avoir en ton gouvernement De quoy tu peulx estre le maistre Et te garde de te enttremettre De cella ou tu ne peulz rien Ton honneur n'y sçauroit acroistre Et si peulz sçavoir et congnoistre Qu'il ne t'en sçauroit venir bien
Comme pamphille commence a se tourmenter apres ce qu'il a ouy le raport de la faulse vieille qui au loing de sa pensee parloit et le fais soit affin de luy mettre plus fort le feu en la teste qu'il ne avoit.
Heu michi quo fugiunt vires et corporis usus. Mens mea non servit nec mea lingua michi.
Helas helas voicy piteux rapors Ou s'en fuyent les forces de mon corps Et l'usaige ilz en sont jectez hors Ma pensee plus ne sert de rien Ne ma langue qui n'a plus de soustien Car tous les espriz de mon corps sont tous mors
Heu miser in nostris est nulla potentia membris. Horum quodque suum denegat officium
O miserable que je suys Que seray je quant je ne puys Prendre avec celle ma plaisance Pour qui je seuffre tant d'ennuys Tous les jours et toutes les nuyz Et n'en puys avoir allegence Or sont tous mes membres destruiz Et de leurs office seduyz Chascun deneye sa puissance Il ne reste pour tous les fruyz De mon labeur que mort a l'huys Qui me donne le coup de lance
Spes mea me lesit per spem Venus ossibus hesit. Spes procul abscessit nec tamen ignis abest.
Mon esperance m'a blessé Venus a hers par esperance A mes os par ainsi blessé Ma esperance delaissé Et est allé mener la dance Au loing de moy/ nonobstant ce Le feu dont venus m'a bruslé Et fait vivre en son asserance Dure tousjours en abrasance Et n'est point de moy recullé
Nulla per te suos mea cernunt carbasa portus Nec sentire potest anchora nostra solum
Les voilles de mon corps/ regart Ne ont point aucun pour aviser port L'ancre ne sçait en quelle part Sentir terre pour avoir port Mon cueur vague cent foys plus fort Que nef en mer sans gouvernail En lieu de repoz j'ay travail En lieu d'espoir j'ay diffidence En lieu de seurté pestillence En lieu de plaisir desconfort En lieu de paix impatience En lieu de soustien decadence Il ne reste plus que la mort
Nescit nostra suam quo querat cura salutem Fert galathea mei sola doloris opem.
Nostre curiosité Pour sa grant necessité Ne sçait ou salut querir Mais galathee guarir Peult nostre debilité Seule par auctorité Galathee en dignité Peult donner allegement A la douleur et tourment Dont je suis debilité
Causa mee mortis hec est et cura salutis Qua si non ponar tunc placet ut moriar
Cause de ma mort Est se reconfort Ne me veult donner Sans elle regner Ne puis: je suis mort Mort au cueur me mort Galathee a tort Me fait demener Cause de ma mort Est se reconfort Ne me veult donner S'elle fust d'acort De m'aimer au fort Sans mot en sonner Bien: mais se obstiner De me mettre a bort Cause de ma mort Est se reconfort Ne me veult donner Sans elle regner Ne puis: je suis mort