Livre D Amours Auquel Est Relatee La Grant Amour Et Facon Par L

Chapter 3

Chapter 33,948 wordsPublic domain

Comme pamphille apres le depart de gallathee loue son beau commencement et fait plusieurs considerations pour la perfection de son oeuvre.

Letior in toto me non est nec fuit orbe Figitur in rippis anchora nostra suis

Or doy je bien dieu mercier Et fortune pareillement Je ne me doy point soucyer J'ay fait ung beau commencement Je croy que soubz le firmament N'y ayt plus joyeux que je suys Puys que une fois dire je puys Que j'ay ataché a son port Mon ancre est fichie sus le bort A peine pourroit eschapper Oncques més si grant resconfort En mon cueur ne se vint frapper

Me subito nimium deus et fortuna beavit Nam dives redeo qui miser ante fui

Or me ont bien tost dieu et fortune Fait venir a heure opportune Pour mes requestes obtenir Je croy qu'il n'est personne aucune Dessoubz le siecle de la lune Qui mieulx y eust sceu parvenir Bien en haste suys devenu Riche qui povre suis venu Et m'en retourne maintenant Bieneureux je suys obtenant Mon desir qui en grant tristesse Naguaires estoie en venant Et je m'en revois en liesse

Illius et frustra quod sim memor illa rogavit Quam te mente mea nec labor excuteret

Helas c'estoit bien pour nyant Qu'elle m'a prié que je fusse D'elle memor/ il m'en souvient Plus que dire peu ne luy eusse Car il n'est labeur que je peusse En tout ce monde icy porter Par lequel bonnement je sceusse Hors de mon couraige l'oster

Non mecum sentit nec ut desidero noscit Sum velut ipse sui sit memor illa mei

Mais la povre fille ne sçait Pas la grant amour de nature Dont je l'aime ne ne conçoit Pas le mal que pour elle endure Qui sans termination dure Si prie dieu qu'elle soit de moy Aussi souvenante en droicture Comme je le serai de soy

Pluribus expedior et adhuc me plura cohercent. De quibus ipse meum nescio consilium.

J'ay essayé plusieurs moyens Ains que venir en consequence Si que des plus conveniens J'ay trouvee l'experience Mais il y a grant difference Les ungs des autres sont meilleurs Et pourtant m'en fault il plusieurs Que jamais querir et trouver Pour essayer et esprouver Se a bonne fin je perviendray Mais a la verité prouver Je ne sçay quel train je tiendray.

Si studiosus eam verbis que iocis que frequentes Auferet assuetas garrula fama vias

S'il fault que je soye studieux A faire plaisances et jeux Devant elle on en parlera Et y aura quelque envieux Qui me trouvera sus les lieux Souvent et en murmurera Par ce point la elle pourra Encontre moy se courroucer Et a tout amour renoncer Si suys esbahi que je face Et ne sçay quel chemin penser Pour tousjours maintenir sa grace

Firmet amiciciam si nulla frequentia nostram Non bene firmus adhuc forsan alibit amor

D'autre part s'il fault que je laisse A luy monstrer signe d'amer Je faiz doubte qu'elle ne cesse Sans voulloir le fait confermer Bien aise est a deffermer L'ancre qui ne tient comme point Et comme je puis estimer De noz amours est en ce point

Perpetuo crescit: lignis crescentibus ignis Detrahe ligna foco protinus ignis abest

Tant plus on met au feu de bois Tant plus croist c'est chose congneue Mais ostez le bois une fois Le feu a sa force perdue Amour aussi se continue Par longue frequentation Pareillement se diminue Par absence et dillation.

Solicitus tantis curis tantis que periculis Detrahor in quantis nescio mente modis

Ainsi donc en sollicitant Si grans dangiers et adventures Des passions je seuffre tant Que jamais n'en fut de si dures Je voy cent mille conjectures Opposites aux deux cartiers L'une fois il me semblent seures L'autre je y treuve des dangiers

Hac in re nullam: modo cerno prosperitatem. Non habet et tutum mens mea consilium

Pour ceste cause en ceste chose Plaine de grant difficulté Je ne juge point ne suppose Qu'il y ait de prosperité Et en ceste duplicité Ma pensee ne peut trouver Bon conseil de securité Pour mieulx a son port arriver

Obstat et interdum satis. fortuna virorum Propositum que suo: non scivit esse loco

Aussi fortune la diverse Souventeffois les destinees Des hommes varie et renverse Et ne peuent estre menees Ou les dieux les ont ordonnees Car fortune sans nul repos Par ses malices obstinees Chascun jour change leur propos

Sic multis nocuit multos tamen illa beavit Vivit in hoc mundo taliter omnis homo.

Aussi en divers changemens Elle a aux ungs esté grevable Leur a donné de grans tourmens Aux autres a esté aydable En son fait n'y a rien estable Mais vella en quoy je me fonde Que soubz fortune variable Tout homme est vivant en ce monde

Comme pamphille prie dieu qu'il luy vueille supporter son labeur et dit qu'il n'y a en ce monde confidence que en soy mesme et en dieu.

Providet et tribuit deus et labor omnia nobis. Proficit absque deo nullus in orbe labor

Parfaictement croire devon Que dieu avec labeur nous donne Toute chose que nous avon En ce monde soit malle ou bonne Dieu a son appetit ordonne Et le labeur en aucun lieu Ne peut proffiter a personne Si ce n'est par l'ayde de dieu

Sit deus ergo mei custos/ rector que laboris Omne guberent opus/ propositum que meum

Pourtant je pry dieu humblement Que mon oeuvre vueille tenir En si bon propoz tellement Que a bonne fin puisse venir Vueille moy tousjours subvenir Et estre de mes faiz recteur Les garder conduyre et tenir En bon estat le createur.

Non meus interpres fiunt frater que nepos que Nam nullus leviter invenit unde fidem

En tel cas j'ay ma confidence En dieu seul non pas a mon frere Car souvent y a diffidence De pere a filz de filz a pere Par tant pour fouyr vitupere Il n'y a frere ne nepveu Il n'y a ne pere ne mere Qui de mon estat ayt rien veu

Jura fidem que nepos nescit servare nepoti. Nec frater fratri/ cum furor ille venit

Maintenant n'y a point de foy Entre frere et frere on le voit Maintenant chascun est pour soy Et souvent l'ung l'autre deçoit En plusieurs lieux on l'apperçoit Que ung frere a l'autre dit injure Ou quelque opprobre s'il le sçait Pour une petite murmure.

Causa pusilla nocet: sapiens nocentia vitat. Ergo nos aliam convenit ira viam.

Peu de cause pour ce nuysance Le saige voulentiers evite Choses nuysantes a puissance Qui viennent de cause petite Pourtant esse chose licite De proceder qu'on ne nous voye Secretement car la mauldicte Envie est tousjours par voye.

Comme pamphille propose de aller veoir une vieille de la ville et en faire sa courtiere d'amours.

Hic prope degit avus subtillis et ingeniosa. Artibus et veneris apta ministra satis.

Je sçay bien que assez pres d'icy Est une vieille maleureuse Laquelle vit en grant soucy Et en povreté douloreuse Mais subtille et ingenieuse Fine mauvaise et cautelleuse Pour servir aux ars de luxure C'est le mieulx que je me adventure De luy aller dire mon cas Elle m'y vauldra deux advocas Car elle a ce mestier aprins Tout consideré et comprins Je ne puys mieulx en cest office Commettre sans estre reprins Pour me faire utille service

Postpositis curis ad eam vestigia tandam Et sibi consilium notificabo meum

Toutes cures mises arriere Je la feray d'amours courtiere Et me yray adresser a elle C'est une droicte messaigere Une maistresse langaigere Pour attrapper une pucelle En elle seulle me fieray Mon conseil luy notiffieray En la requerant humblement Que employer son entendement Veille ainsi qu'il appartiendra Pour moy et que de son payement A chose qui soit ne tiendra

Comme pamphille salue la vieille et la persuade de louenges avant que luy dire son cas

Fama tue laudis nullum que tue bonitatis Causaque/ miserunt me tibi consilii

Belle mere je vien a toy Pour les grans louenges de quoy On te loue en ceste cité J'ay aucunes choses en moy Pour qui avoir recours je doy A toy seulle pour la bonté Sagesse foy et loyaulté De qui tout le monde te fame En la cité plus que autre femme C'est ce qui devers toy me amaine Car je sçay que tu es certaine Juste secrete et honnourable Autant ou plus que femme humaine Pourtant soyes moy secourable

Que loquor ascultet pietas et gratia vestra Alter et assensu nescit absque meo.

Si te prie par amitié Que escoutes ce que vueil dire Et ayes de moy pitié Car la douleur et martire Que nuyt et jour mon cueur tire Est si grant que dire n'ose Si fault il que te l'expose Mais je te prie humblement Qu'on n'en saiche aucune chose Tenon l'ay secretement

Diligo vicinam tibi/ quam noscis galatheam Ipsa suis dictis me nisi fallor amat

J'ay une voisine prochaine Que j'aime d'amour souveraine Gallathee tu la congnois Je suys chascun jour de sepmaine Pour elle en douleur et en peine Tu le peulz entendre a ma voix Elle m'aime bien touteffois Veu cella que j'ay apperceu Ou par ses dictz je suys deceu Tu la congnois et peuz sçavoir Se femme est pour me decevoir Si te pry dy m'en verité Et vrayement je feray devoir De payer a ta voulenté

Non loquor ut vellem nam mille pericula vtto. Quicquid in orbe nocet solicitus timeo

Plus emplement Mon pensement Te diroye Et mon tourment Totallement Monstreroye Se je osoye Mais par voye Sont les dangiers incessamment Je crains ce que ja ne vouldroie Voir et aussi que je ne voie Ce que je crains totallement

Ex minimo crescit sed non cito fama quiescit. Quamvis mentitur crescit eundo tamen.

Il ne fault que ung peu de fumee Pour acroistre la renommee De la personne ou luy tollir Or est gallathee famee De tout le monde et renommee Je crains a vers elle faillir Car je luy pourroye abollir Plus tost son bon nom que hausser Car ceulx qui veullent mal penser Donnent plus tost le mal entendre Pour la renommee abaisser D'autruy que la voulloir deffendre.

Parva nocent miseris miseros mala multa secuntur Res que laborque michi spe manet in dubia

Petites choses sont nuysables Aux miserables. Le vireton aux maleureux Mille maulx et choses grevables Sont doubtables Et suyvantes les douloureux Donc pour eulx Suys paoureux Et peine qui m'est angoisseuse Tient mes besongnes en tous lieux En esperance dubieuse

Tu mala nostra vides tua vox erit inter utrunque Deprecor ut nostrum crimen eundo tegas

Bonne mere tu vois noz maulx Je ne t'en vueil plus exposer Tu sçaiz que c'est de telz travaux Que nous souffrons sans reposer Plaise toy donc interposer Ta voix entre moy et la belle Tant que puisses tourner vers elle Ma voye et mon appointement Mais je te pry rien n'en revelle Tien nostre cas secretement.

Comme la faulse vieille respont a pamphille que plus grant que luy aime gallathee qui ne la peut avoir et que si n'est par le moyen d'elle a peine on l'aura et ce fait pour avoir des dons

Alter amat quod amas: et quod petis hoc petit alter Sed tamen assensum non habet inde meum.

Pamphille tu es amoureux De celle que autre ayme que toy Vous demandez avoir tous deux Ce que ung seul n'aura que par moy Tu es fort feru je le voy De gallathee la joyeuse Je ne sçay s'elle est amoureuse De toy mais je suys fort en doubte Que non car a peine se boute En amour d'aucun parsonnaige Et si ne croy point somme toute Qu'elle ayt en homme son couraige

Est nimis ille probus et honesta conjuge dignus Sed michi displicuit quod dare disposuit

Ung autre que toy l'aime bien Qui me pria que son moyen Envers elle je pourchassasse Mais en effait il n'y fist rien Car il n'est pas homme de bien Assez pour avoir ceste grace Cent foys me pria que j'allasse Voir se la trouveroye a point Mais il me desplaisoit d'ung point C'estoit de faire grant promesse De donner tresors et richesse A elle assez mais de ma part Qui devoye faire l'adresse Il n'avoit que ung peu de regart

Promisit veteres cum pellicio michi pelles Sit sibi velle meum munus ademit opus.

Bien appert que villain estoit Quant pour faire ceste façon Tant seullement me promettoit Je ne sçay quel vieil pelliçon J'entendy bien ceste leçon Autant que femme de la ville Et qu'il me reputtoit bien ville De villain don me presenter En effait oncques si abille Il ne fut d'en sçavoir gouster.

Si datur ad tempus dat et affert commoda munus Jus leges que suo destruit imperio.

Je suis assés saige et entens Que quant on donne a la personne Cella qu'on donne c'est a temps Car c'est raison qu'on le guerdonne Le don que aucuneffois on donne Peut porter proffit ou dommaige Et n'est loy ne droit ne usaige Sus quoy le don par son empire Ne ayt preference et avantaige Et qu'il ne les puisse destruire

Quam petis ut credo per me nisi nullus habebit. Nam nimis imperio subjacet illa meo.

J'ay des necessités bien grandes Chascun le voit visiblement Mais la celle que tu demandes Homme n'aura aucunement Si non par mon consentement Car plus que a femme de ce monde Elle est a mon commandement C'est la raison ou je me fonde

Insuper ipsa sui sum dux et conscia facti Et facit illa meis viam consiliis

En oultre plus je suis compaigne Et conducteure de son fait Tout cella que je luy enseigne Sans contredit elle le fait Et si ne fait rien en effait Que par mon conseil et doctrine Et si me ayme de cueur parfait Plus qu'elle ne fait autre voysine

Non loquar ipsa diu tibi/ nam me previt altera cura. Carpat quisque vias et sibi querat opem.

A toy je ne parleray plus Longuement j'ay ailleurs affaire Et face chascun au surplus Cella qu'il voirra bon de faire Ainsi qu'il luy est necessaire Chascun sçait sa necessité A dieu ne te vueille desplaire Pamphille dieu te doint santé.

Comme pamphille apperçoit bien que la vielle ne luy veult point faire son moyen s'il ne marchande a elle et veult sçavoir combien

Hoc mihi perstat opus nec me previt altera cura. Hanc michi si dederis omnia prestiteris

Tu dis avoir a besoingnier Ailleurs que icy et aultre part Mais s'il te plaisoit de soignier A mon fait et avoir regart La ou je pense tost et tart Sans aultre cure ne soucy Tu me donroyes par ton art Tous les biens de ce monde icy

Convenit externos mercari sepe labores Emptus et ut capiat premia digna labor.

Toute peine requiert salaire Je le congnois c'est verité Point ne vueil aler au contraire Et pourtant de necessité Et mieulx tenir fidelité De marchander et convenir Marchié fait en bonne equité Sans difference doit tenir

Nulla partem tuum frustabor crede laborem. Nunc quibus indigeo si michi provideas.

De ce dont je suis indigent S'il fault que par toy pourveu soye J'ay des biens de l'or de l'argent N'espargne ne or ne monnoye Ne doubte que je ne te paye Sans te frustrer car c'est raison Et que je ne mette en ta voye Tout ce qui est en ma maison

Deprecor hoc unum me credis dic inde nullum Et quodcunque mihi dixeris ipse dabo.

Mais je te pry dy moy combien De moy tu demandes avoir Pour me vouloir faire ce bien S'il te plaist je le vueil sçavoir Ce que vouldras de mon avoir Dy moy je le te donneray Voulentiers sans te decepvoir Mais dy moy ce que je payeray

Comme la vieille dit qu'elle ne veult point de attente en ce marchié Mais avant que commencer ouvraige voir de quoy sans promesse

[P]lura volunt et plura petunt quibus instat egestas.

Plusieurs choses avoir vouldroyent Ceulx qui sont en mandicité Que voulentiers demanderoyent S'ilz sçavoient sans faulceté Qu'on ne feist point difficulté D'oubtemperer a leur demande Mais te dire ma povreté Je n'ose car elle est trop grande

Quantis indigeo tanta referre pudet.

De dire honteuse seroye Toutes mes miserabletés Car au vray parler ne pourroye Dire toutes mes povretés Car j'ay tant de necessités Qu'il n'y a se croy creature Es quattre prochaines cités Qui tant que je fais en endure

Divitias multas habui dum floruit etas Commoda nulla facit ars que labor que meus.

Tant que j'ay fleury en jeunesse J'ay eu des biens par habondance Chascun prenoit en moy plaisance Et me venoit toute richesse Present me tourne a grant tristesse De estre povre car sans doubtance Tant que j'ay fleury en jeunesse J'ay eu des biens par habondance Mon art maintenant en vieillesse Ne me donne point de substance Mon labeur me laisse en souffrance Et touteffois comme princesse Tant que j'ay fleury en jeunesse J'ay eu des biens par habondance Chascun prenoit en moy plaisance Et me venoit toute richesse

Si modo nostra tibi prodesse juvamina sentis. Deprecor ut pateat hinc michi nostra manus

Pource pamphille se tu sens Que te puisse estre profitable Et ayder comme je consens Monstre toy large et honnorable Monstre dequoy soyes veritable Je te prie baille content Car ung tien/ est si agreable Qu'il n'y a rien au monde tant

Comme pamphille luy donne de premier une quantité d'argent sans regarder combien a celle fin qu'elle voise faire son pont vers galathee.

Hinc tibi nostra manus et cetera nostra patebunt. Sic que sub imperio copia nostra tuo.

Tien vela de commencement A celle fin que il te apparesse Et que congnoisse clerement Que ung vray amant aime largesse Mais aussi monstre toy maistresse De faire cest appointement Tous noz biens et nostre richesse Seront a ton commendement

Multum grata michi modo nos concordia junxit. Pactaque sollicitet inter utrumque fides

Moult m'est ce concord agreable Et que je te puis contenter Aussi monstre toy serviable Et va mon cas soliciter Se tu peulz une fois traicter L'appointement d'elle et de moy Je pourrai dire sans doubter Que tu seras femme de foy

Hinc precor vigilet solercia nostra labor que Et ratione sua rem bene provideant

Pourtant je te pry que tu veilles Si convenablement que en vain Et pour neant ne te travailles Et que ton labeur ne soit vain Tu sçais que pour faire bon pain Le bon fournier ou la fourniere Regarde a faire bon levain Faire dois en ceste maniere

Principium finem que simul prudentia spectet Rerum finis habet crimen et omne decus.

Tu sçais que prudence regarde La fin et le commencement Et pourtant je te pry pren garde A besongnier prudentement Car la fin et consonnement De toutes choses par honneur Se bien viennent pareillement Se mal viennent le deshonneur

Verbi principium fidem quoque respice verbi. Ut melius possis premeditata loqui

La fin de ce que vouldras dire Et le commencement aussi Regarde pour le mieulx eslire Avant que tu partes d'icy Tu le dois faire par ainsi De parvenir a ton attente Tu n'auraz que ung peu de soucy Car tu portes parler sans crainte

Comme la vieille voit galathee assise a la porte de son pere et faignant la vieille de ne la veoir point se va mettre au pres d'elle et apar soy parler et dire des biens de pamphille Si que la fille le peult ouyr

Hac manet in villa nimium formosa juventus. Crescit et in cunctis moribus ipsa bonis.

Dieu qu'il demeure en ceste ville Ung filz plain de belle jeunesse Gracieulx doulx honneste habille C'est des jouvenceaux la noblesse Heure n'est au jour qu'il ne croisse En vertus et en bonnes meurs C'est une parfaicte liesse De le voir entre les greigneurs

Non fuit in nostro melior nec dulcior evo Suscipit ipse meam tam bene pauperiam.

Je suis vieille mais en mon aage Je n'oy parler du semblable Doulx courtois gracieux et saige Compacient et amiable Que je l'ay trouvé pitoyable De l'heure que a luy suis venue Et de vouloir tant honnorable Il a ma povreté receue

Precellit cunctos omni bonitate coevos. Pamphilus et socios laudibus exuperat

Il precelle en toute bonté Ceulx de son aage et en beaulté Pamphille porte l'excellence De doulceur et de loyaulté Sans aulcune desloiaulté Il a sus tous la preference C'est l'honneur de ses compaignons C'est la fleur des gentilz mignons C'est des humains le plus humain C'est des aultres le souverain Ses vertus sont inestimables En son fait n'y a rien villain Mais toutes choses honnorables

Est stulto stultus est miti mitis ut agnus Stultitie sapiens jure resistit homo.

Il fait le fol avec les folz Et le saige avecques les saiges Il fait le doulx avec les doulx Plus que ung aigneau en tous ouvrages En luy n'y a que doulx languaiges Jamais ne partit de sa bouche Parolle d'aultres personnaiges Qui tant soit peu deshonneur touche

Non manet ac tante pubes probitatis in urbe Quas acquirit opes non vorat ingluvies

En ceste cité pour ceste heure A bien pamphille regarder Je ne sache point qu'il demeure Si digne enfant de collauder Prudent a saigement garder Ses biens qu'il acquiert largement Sans les despendre a gourmender Ou les dissiper folement

Est nimis ille probus bona nam fuit ejus origo Arbore de dulci dulcia poma cadunt.

Il est de fort bonne nature Et aussi naturellement Il est de bonne geniture Qui est ung beau commencement D'ung arbre doulx communement Chayent pommes doulces et bonnes Le bon enfant semblablement Engendre de justes personnes

Premonstrat signis prolem natura frequenter. Sepe solet similis filius esse patri

On congnoist coustumierement Par les oeuvres que ung enfant fait Quel fut de luy l'engendrement Et s'il y eut aulcun forfait Car souvent en dit ou en fait Le filz est semblable a son pere Mais pamphille monstre en effait Que engendré fut sans vitupere

Comme apres ce que la vieille a dictes toutes ces louenges de pamphille elle se tourne vers galathee en faisant une admiration et faindre ne l'avoir point veue

En juxta portam video stantem galatheam Queque locuta fui forsitan audierit.

Comment dieux voicy galathee Aupres de ceste porte assise D'elle j'ay esté escoutee A ceste heure je m'en advise Au fort en ce que je devise De pamphille le triumphant Avoir ne puis quelque reprise Car c'est ung gracieulx enfant

Hic non esse modo galatheam certe putabam. sed tamen ipsa nimis/ vera locuta fui

Galathee certainement Pas icy je ne te cuydoye Si pres de moy presentement Que de pamphille je parloye Touteffois ce que j'en disoye Aussi vray est que l'evangille Et bref dire je ne sçauroye Toutes les vertus de pamphille

Pamphilus ac certe cunctos precellit in urbe Egregie vitam providet ille suas

En toutes vertus et bonté Il precelle certainement Tous les ceulx de ceste cité Tant est de beau gouvernement Il se pourvoie noblement Sans faire aulcune vilennie Bref c'est ung resjouissement Que contempler sa belle vie

Illi semper honor et laus et gloria crescit Et merito nullus invidet inde sibi

Tousjours luy croist honneur et gloire Non sans cause c'est bien raison Toute la cite fait memoire Du grant honneur de sa maison Qui de richesses a foison Est plantureusement fournie Et ne donne quelque achoison Qu'on doive avoir sur luy envie

Est nimium locuplex et non tamen inde superbit Illius et nullum copia crimen habet.

Il a richesses a planté Et n'en est point plus orgueilleux Mais tousjours en humilité Se monstre doulx et gracieulx Son fait n'est en rien vicieux Mais a tout le monde agreable Je ne croy pas que soubz les cieulx Peult estre trouvé le semblable

Esset vt ipse tuus vellem galatea maritus Hanc eandem velles rem bene si saperes.