Livre D Amours Auquel Est Relatee La Grant Amour Et Facon Par L

Chapter 2

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Le monde a plusieurs povretés De quoy son voysin ne sçait rien Tel a de grans necessités Qui dit qu'il est tout plain de bien Pour ce pamphille garde bien De dire que soies souffreteux Mais dy plus tost que tout est tien Ou tu n'es point vray amoureux.

Crede quod interdum multis mendatia prosunt. Et quandoque nocet omnia vera loqui

Croy pamphille que bien mentir Aucuneffois est treslicite Il ne s'en fault point repentir On voit que a plusieurs il proffite Verité aussi estre dicte A toute heure n'est pas louable En une amoureuse poursuyte Mentir est souvent convenable.

Comme venus admonneste pamphille de estre gratieux et habandonné aux serviteurs de la maison la ou il veult estre amoureux.

Et famulos famulas que dominus sibi sepe loquentes Allice colloquus muneribus que tuis

Aux serviteurs et serviteures De celle que tu aimeras Monstrer te fault a toutes heures Begnin quant a eulx parleras Par les dons que tu leur feras Et beau parler a ta mignonne Cent fois recommandé seras Et diront bien de ta personne.

Ut semper referant de te bona verba vicissim Et pascant dominam laudibus usque tuis.

Je te exorte estre habandonné Aux servans sans les escondire Car si tu leur as rien donné A leur maistresse le yront dire Et ta grant largesse descrire Tes vertus et grans preminence Si qu'en la fin sans contredire Elle aura en toy confidence.

Dum dubio dubias mentes in pectore versat An faciat vel non nesciat velle tuum.

Plusieurs doubtes elle fera Premierement que se accordez Et plusieurs fois reffusera Devant qu'en puisses aborder. Mais se tu sçaiz beau demander En la fin tu en jouyras Pourtant pense de recorder Les beaulx motz que tu luy diras

Tunc illam multo certamine sepe fatiga Ut cicius possis victor amore frui

Pour te cuyder rendre confus De grans raisons alleguera En tenant termes de refus Mais a l'heure que ce sera Reprouve ce qu'elle dira Par belles raisons sophistiques En quoy elle s'abusera Se sagement tu les applicques

Pellitur huc animus hominum vel pellitur illuc Sepe labore brevi dum manet in dubio.

Doubter ne doibz aulcunement Car le vouloir d'homme doutable Change propos incessamment Comme inconstant et variable Mais il te fault estre immuable Ferme constant en ung propos Et pourchasser comme notable Ta proye sans avoir repos

Et placeat nobis interpres semper utriusque Quod caute referat hoc quod uterque cupit

Je ne sçay se tu es constant A tenir nostre enseignement Ainsi que dit est et pourtant Nous qui tenon le jugement Des amans jugeron comment Tu qui es en fleur de jeunesse Auras pourchassé vaillamment Au regart de nostre vieillesse

Des operations aux jeunes Doivent jugier les anciens Car par leurs oeuvres anciennes De droit ilz sont praticiens Et tous les utilles moyens Du train d'amours ilz sçayvent bien Pourtant disent les plus sciens Qu'il n'est trace que de viel chien

Emula nam juvenum dijudicat acta senectus Et simul hos prohibet litigiosa loqui

Quant les jeunes sont en debat Et en parler litigieux Leur ire rappaise et rafait Souvent la doctrine des vieulx Et leur deffent user entre eulx De parolles litigeuses Mais avoir termes gracieux Et en parolles amoureuses

Incipe spe melius dedit et dabit omnia tempus. Non timor ullus erit in quibus esse times.

Pource pamphille hardiement Commence par bonne esperance A ton joyeulx commencement Faire ne doibz quelque doubtance Le temps te donra asseurance Et ou tu craingz qu'elle repugne De vouloir faire a ta plaisance Tu ne trouveras crainte aucune

Non tibi plus dicam vinces studiosus amicam Inceptum que viis mille patebit opus.

Plus ne t'en dy ne te diray Mais se tu es bien studieux Tu vaincras car je t'aideray Mais il te fault estre soingneux Car par nulles voyes et lieux L'oeuvre de ton inception Apparoistra de mieulx en mieulx Pour venir a perfection

Comme pamphille dit que par le conseil de venus il ne luy est point amendé Ains que sa douleur est aussi grande ou plus que devant

[I]ncolumis leviter egro solatia prebet Nec minus infirmus sentit adesse malum

On dit que ung sain legierement Au malade donne soulas Bien est legiere voirement L'ayde que me donne en mon cas Venus: car je me sens plus las Ou autant que devant estoye Je puys bien dire dieux helas Je croy que jamais n'auray joye

Consilio veneris michi non dolor alleviatur Sed meus in tristi pectore versat amor.

Le conseil de dame venus Ne m'a point la douleur ostee De qui mes membres sont tenus Ains croy qu'elle soit augmentee Et pour l'amour de galathee Que j'ay cloz dedens ma poitrine Incessantement tourmentee Du feu d'amour qui point ne fine

Hactenus auxilii mihi spes fuit omnia nulla Spes modo discessit et manet ipse dolor

Maintenant esperance avoye En venus que totallement Par elle conforté seroye Mais je ne apperçoy nullement Que j'aye aulcun allegement Esperance s'est separee De moy/ et m'est entierement Toute la douleur demouree

Non miser evadam me nauta reliquit in undis Et portum quero nec reperire queo.

Point ne esvaderay ce dangier Car le marinier me delaisse Es eaux ou je ne puis nagier C'est venus la haulte deesse Ou je cuydoye avoir adresse En ma douleur et reconfort Mais il fault bien que je congnoisse Que j'ay cherchié sans trouver port

Sed modo quid faciam mea spes modo spectat ad illam Illi me noviter convenit ire loqui

Maintenant que feray je doncques Plus d'esperance n'ay en elle Plus esbahy que ne fuz oncques Je suis: pour neant je l'appelle Aler me fault parler a celle Pour qui ceste douleur me tient Helas la gracieuse et belle Voycy ou vers moy elle vient

Comme pamphille en appercevant galathee qui vient vers luy se esbahit tellement qu'il ne sçait quel propoz tenir vers elle tant se treuve entreprins et dit

Quam formosa deus nudis venit illa capillis Quantus inesset ei nunc locus inde loqui

Qu'elle est belle beau sire dieu Doulce gracieuse et honneste La voycy venir en ce lieu En beaux cheveulx toute nue teste Quel lieu pour faire ma requeste Luy seroit maintenant propice Qui de faire estoit toute preste Je ne sçay ou faire la puisse

Sed subito quanti michi nunc venere timores Nec mea mens mecum nec mea verba manent

Je ne sçay dont ces craintes viennent Qui me ont feru soubdainement Et de luy declairer me tiennent Ce qui gist en mon pensement Plus n'ay sens ne entendement Toutes mes parolles se changent Ma pensee pareillement Et mes espris de moy se estrangent

Nec michi sunt vires tripidantque manus que pedes que Actonio nullus congruus est hatubis

J'ay toute ma force perdue Mes piez tremblent incessemment Tout aussi tost que je l'ay veue A commencé leur tremblement Des mains aussi semblablement Et n'est habitude congrue De luy aler dire comment Elle me a la force tollue

Mentis in affectu sibi dicere plura pavi Sed timor excussit dicere que volui.

Au devant que je la trouvasse Plusieurs choses pensé avoye Qu'il failloit que luy declairasse Et que declairer luy pensoye Mais je ne sçay par quelle voye Crainte m'est venu attraper Tant que de tout ce que vouloye Ung mot ne sçauroit eschapper

Non sum qui fueram vix me cognoscere possum Non bene vox sequitur sed tamen inde loquor

Plus ne suis cil que j'ay esté A peine je me recongnois Puis que mon esperit me est osté Je voys et ne sçay ou je vois Si fault il parler touteffois Mon esperit n'a point de repoz Je le congnois bien a ma voix Qui ne peult suyvre mon propoz

Comme pamphille salue galathee Et est si surprins et esmeu qu'il ne tient comme point de propoz

Ulterius ville mea neptis mille salutes Per me mandavit officium que tibi Hec te cognoscit dictis et nomine tantum Sed te si locus est ipsa videre cupit

Belle gracieuse et plaisante J'ay en ceste ville une tante Qui fort se recommande a toy Et si te mande depar moy Qu'elle est toute tienne servante De te congnoistre elle se vante De dict et de nom seulement Mais de te voir est desirante Se possible est aulcunement

Illic me voluere unde retinere parentes. De quibus electis villa redundat ibi.

La me ont bien voulu retenir Les parens d'une belle et gente Mais il m'en a faillu venir Car j'avoye ailleurs mon entente Ilz me ont offert douaire et rente Avecques la doulce pucelle Des aultres choses plus de trente Qu'il n'est ja mestier qu'on revelle

Hii michi cum umma spondebant dote puellam. Pluraque: que non est cura referre modo.

Toute leur offre entierement Refusee ay par ordonnance Sans y donner consentement Car en toy seule ay prins plaisance Et n'y a au monde chevance Argent contant ne or en masse Que pour avoir la jouyssance De ton amour ne refusasse

Omnia postposui tu mihi sola placuisti Respuere pro te quicquid in orbe manet

Belle ne te vueille desplaire Je ne parle qu'en m'esbatant J'aymeroye mieulx a moy taire Que de toy desplaire et pourtant Soit ton bon plaisir consentant A me ouyr parler en ce lieu Ainsi que amoureux combatant Mais ce que je dy n'est que jeu

Ludendo loquimur loquitur sic sepe juventus Verbula ficta jocis jurgia nulla movent.

Jeunesse parle voulentiers D'amours il est bon a sçavoir Entre les saiges et entiers Jeu honneste est a recepvoir Et si ne doivent point mouvoir Parolles de jeu nul debat Quant on peult bien appercevoir Qu'on ne les dit que par esbat

Sed modo dicamus cordis secreta vicissim Dicta que preter nos nesciat alter homo

Mais pourtant belle qu'il me semble Que voycy lieu assez decent Que nous pouons parler ensemble Se vostre plaisir se y consent Car le monde est de nous absent Oultre je ne desire point Rien dire qui soit indecent Et qui blasme touche ung seul point

Demus et inde fidem fieri sic postea dicam Primitus incepi/ primitus inde loquar

Nos modo concordes debemus vera fateri Gratior in mundo te michi nulla manet Mais devant que nous nous metton A rien dire plus amplement L'ung a l'aultre foy prometton De tout garder secretement Touteffois au commencement Je parleray c'est la rayson Car j'ay parlé premierement Et ay commencé le blason

Comme pamphille dit a galathee qu'il l'aime et l'espace du temps qu'il l'a aymee sans luy dire

[N]os modo concordes debemus vera fateri Gratior in mundo te michi nulla manet

Maintenant nous sommes d'accord Il ne reste que recorder Chascun son faict/ c'est du plus fort Pour voir se pourrons acorder Gallathee sans me bourder Saches que ta doulce faconde Plus m'est plaisante a regarder Que toutes les choses du monde

Ut te dilexi jam te pertransiit annus Nostra nec ausus eram vota referre tibi.

Il y a ja ung an passé Que je t'aime d'amour certaine Et ay couru et tracassé Pour te voir par mainte sepmaine Mais craignant reproche vilaine Jamais dire la cruaulté Ne osay ne la douleur et peine Que j'avoye pour ta beaulté

Tempore non longuo loquitur sapientia surdo Nos que diu frustra non decet inde loqui

Je te dy mon vouloir en court Il n'y fault point de long languaige Tenir long procés a ung sourt N'est point maniere d'homme saige Je te desclaire mon couraige Mais se tu veulx faire la sourde Je pers mon temps et mon ouvrage Qui me seroit chose bien lourde

Te constanter amo modo plus tibi dicere nolo. Donec tu dices quid placet inde tibi

Je te aime tres constantement Maintenant plus ne t'en vueil dire Tant que tu diras plainement Pamphille que veulx tu beau sire Je ne te vueil point escondire Adoncques je me enhardiray Et la grant douleur et martire Que j'ay chascun jour te diray

Comme galathee respont a pamphile et luy dit que plusieurs pucelles ont esté deceues par le doulx parler des amoureux

[S]ic multi multas multo temptamine fallunt.

Pamphille tu me diz aymer Mais ce ne sont que parabolles Beau parler jurer affermer En amours ne sont que frivolles Plusieurs par leurs doulces parolles Et temptation mise en voye Ont deceu plusieurs jeunes folles Comme moy se je te creoye

Sic multas fallit ingeniosus amor

Je sçay bien que tous amoureux Sont subtilz en temptation Puis amour est ingenieux De sa propre condition Parquoy en la deception D'amours sont souvent attrappés Ceulx qui par adulation De beau language sont frappés

Infamare tuo sermone vel arte putasti. Quam falli nostro non dece ingenio

Je sçay bien et me tiens asseur Que tu croys mon entendement Changier par art et par doulceur De ton amoureux parlement Mais pamphille croy fermement Que par l'art que tu peulz sçavoir Il ne apartient aulcunement Que je me laisse decepvoir

Quere tuis alias in cestis moribus aptas. Quas tua falsa fides et dolus infatuet

Va pourchasser aultre que moy A tes folles meurs convenables Car je ne vueil ouyr de toy Quelques regretz ou fainctes fables Tes juremens sont decepvables En tel cas ta foy n'y vault rien Pourtant va querir tes semblables Aultres que moy tu feras bien

La responce de pamphille contre ce que galathee a cy devant dit et argue que les bons ne doivent point estre pugnis pour les maulvais et dit

Et sic impediunt justos peccata malorum Hic nocet alterius non mea culpa michi.

Ha ha galathee je regarde Que tu prens excusation Et aux oeuvres des mauvais garde/ Pour me donner objection Bien voy que l'operation Et la coulpe d'aultruy me nuyt Les maulvais sont occasion De tollir aux justes leur fruyt

Sed tamen ascultet me gratia vestra benigne Et liceat domine dicere pauca mee.

Mais galathee nonobstant Je vous prie que prenez espace De reposer en me escoutant Ung peu de vostre bonne grace Sans que je die ne que face Chose en quoy soit trouvé blasme Si non qu'on me donne l'audace De parler ung peu a ma dame

Inde deum celi testorum quoque numina terre Non loquor ista tibi fraude vel ingenio

Galathee donne moy lieu De te dire ma voulenté Du ciel je tesmoigne le dieu Et de terre la deité Que par quelque infidelité Mal engin ou abusement Ne sera par moy recité Quelque petit mot seulement

Nec manet in mundo modo te michi gratior ulla. Carnis et nullum mens animusque videt

J'ay dit qu'il n'y a celle au monde Qui tant me plaise que tu fais Je le dy pour la fois seconde Ainsi que j'ay dy une fois Tant chierement je voy tes fais Que cueur voulenté et couraige Et tous mes espris sont refais Quant je voy ton biau personnaige

Sed loquor inde casum tua mens puerilis et etas. Quid nocet aut prodest noscere nescit adhuc

Mais je parle a toy vainement Car trop es encor jeune et tendre Pour congnoistre si promptement Le bien a quoy je vueil pretendre Ton aage ne peult pas comprendre Tant est encor jeune et petite Si ce que je te donne entendre Porte dommaige ou s'il profite

Junior antiqua quamvis sit acutior etas Nam cum multa senes plura vident

Touteffois jeunesse est habille Pour plus ung cas tost concepvoir Que vieillesse qui est debille Combien qu'elle ait plus de sçavoir On peult souvent apparcevoir Que les jeunes ingenieulx Peuent la congnoissance avoir De plus de choses que les vieulx

Et quamuis juvenis fac ut cognoscere possis Quis sim que mea res quisve meus sit amor.

Combien doncques que jeune soyes Montre toy antique en prudance Et que tu congnoisses et voyes La fin ou parvenir je pense Et que par certaine science Me congnoisse et qui je suis L'amour aussi grande et immense Dont je te ayme tant que je puis

Cunctarum rerum prudentia ducitur usu. Usus et ars docuit quod sapit omnis amor

De toutes choses par usaige Peult on la verité congnoistre Pourtant le proverbe du saige Nous dit que l'usaige rent maistre Tout ce qui en amour peult estre Est sceu par usaige et par art Pourtant la belle tu dois mettre A me congnoistre ton regart

Ire venire loqui nec non dare verba vicissim Esse simul tantum deprecor vt liceat.

Aler venir secretement Parler ensemble honnestement N'est point cause de vilennie Et pourtant belle je te prie Que ce permettes seulement Estre pouons licitement Ensemble amoureurement Sans estre reprins car m'amie Aler venir secretement Parler ensemble honnestement N'est point cause de vilennie

Non nisi colloquio cognoscimus intima cordis. Ipsa referre potes quid placet inde tibi

Du dedans du cueur clerement La congnoissance proprement Premier par parolle est baillie Pource dy moy je te supplie Qu'il t'en plaist/ car certainement Aler venir secretement Parler ensemble honnestement N'est point cause de vilennie Et pourtant belle je te prie Que ce permettes seulement

Comme galathee acorde a pamphile escouter ce que il vouldra dire qui est la premiere cause de sa deception

[I]re venire loqui tibi nec cuiquam prohibebo. Quisquis ubique vias ire viator habet

Aller et parler ne pourroye A toy ne a aultres deffendre Car chascun viateur peult prendre Ainsi que bon luy semble voye Tu ditz que trop rude seroye Se ton parler ne vueil entendre Aler et parler ne pourroye A toy ne a aultre deffendre

Quant mille fois j'escouteroye La fin a quoy tu veulx pretendre Si ne me ferois tu pas rendre A ton plaisir mais chose vraye Aler et parler ne pourroye A toy ne a aultre deffendre Car chascun viateur peut prendre Ainsi que bon luy semble voye

Convenit est et honor ut det responsa patenti. Et quoscunque videt queque puella nocet

Chose convenable et decente Est a toute jeune pucelle Sans que a mal faire se consente De parler quant on parle a elle De respondre quant on l'appelle Voulentiers: chascun saluer Sans se monstrer fiere et rebelle On ne la peult redarguer

Hoc concedo satis tibi tu vel quilibet alter Ut veniat salvo semper honore meo

Pource pamphille je concede Que toy ou aultre parle a moy Fors que le parler ne procede Que en honneur: car d'aultre ou de toy Le parler escouter ne doy Se je apperçoy que en deshonneur Vueille touchier je ne sçay quoy Mais assés en termes de honneur

A stultare licet et reddere verba puellis Convenit ista tamen ut moderanter agant

Chose licite est escouter Et rendre responce aux pucelles Touteffois ilz doyvent doubter Qu'on ne touche point l'honneur d'elles Par moyen en parolles belles Respondre a ce qu'on parlera Car porteurs de faulces nouvelles Sont prestz d'ouyr ce que on dira

Verbula si dederis ludendo verbula reddam Sed si forte nocent hec tibi non patiar.

Pource pamphille en t'esbatant Se tu ditz parolles plaisantes Je rendray autant pour autant Toutes parolles esbatantes Mais se tu dictz choses nuysantes Jamais ne te le permettroye Se ce sont parolles cuisantes Pour rien ne les escouteroye

Nos simul esse petis solos simul esse recuso Quere locum publicum non tibi sola loquar

Que soyons seul a seul ensemble Tu demandes: certainement Ce n'est pas honneur ce me semble Mieulx vault parler publiquement Qu'il ne fait solitairement Dont il peult venir villennie Se faire le veulx aultrement Point ne te presteray l'ouye

Nam loca sola nocent infamia nascitur inde

Par ce pamphille se tu veulx Que devant tous en general Ensemble nous parlon nous deux Je l'offre de cueur liberal Car le monde est si desloial S'il voit gens ensemble parler Que plustost y pense le mal Que le bien pour le flajoller

Tutius inde loqaar plebe videntur tibi

Et pource quant les gens seront Presens qui de joyeuseté Ensemble parler nous verront Je parleray plus a seurté Car je sçay qu'en communité Tousjours y a quelque envieux Et a grande difficulté On se peult garder de tant de yeulx

Comme pamphille remercye galathee de ce qu'elle lui permet parler a elle puys en fin lui demande ung baiser faignant n'oser ce faire.

[N]on michi parva modo sed munera magna dedisti. Nempe michi tantum sufficit alloquium

Gallathee ma doulce amye Humblement je te remercye De ce que m'as habandonné Tu ne m'as pas icy donné Peu de chose par courtoisie Seullement me prester l'ouye En quoy soit ma parolle ouye Je suys haultement gardonné Gallathee ma doulce amye Humblement je te remercie De ce que m'as habandonné

Du demeurant ne me soucye Puis que parler en compaignie Je puys dieu me y a amené Jamais ne fuz mieulx assigné Pour faire mon oeuvre acomplye Gallathee ma doulce amye Humblement je te remercie De ce que m'as habandonné Tu ne m'as pas icy donné Peu de chose par courtoisie

Hiis meritis dignas nequeo tibi reddere grates. Equari meritis non valet hoc meritum.

Je ne puis graces assés dignes Te rendre a si grant merite Trop grandement a moy te inclines Louenge n'est assez licite Qui devant toy puisse estre dicte Pour ce merite equaliser Ma bouche seroit trop petite Pour suffisamment le priser

Sed fortassis adhuc venient tempus que dies que Quo se monstrabit si quis amicus erit.

Mais par adventure le temps Et les jours viendront qu'on voirra S'il vient ainsi comme je entens Qui est vray amy et sera Qui est amy se monstrera Ung jour qui vient ce ay je esperance Et que chascun dire pourra J'ay prins amours a ma plaisance.

Nec tibi displiceat non audeo dicere plura Quamvis te peterem pauca libenter adhuc.

Jamais ne fuz si a mon aise Que je le suys c'est chose vraye Gallathee ne te desplaise J'ay cella que je demandoie Plus rien demander n'oseroie Combien qu'il y ait quelque chose Que voulentiers demanderoie Elle est petite mais je n'ose

Nos alternatim complexus basia tactus Ut dare possimus cum locus affuerit

Si me le fault il exposer C'est s'il te plaisoit de ta grace Que l'ung l'autre peussions baiser Quant temps nous viendroit et espace Car de baiser ta doulce face Et accoller ton beau corps gent Me seroit trop plus grande grace Que avoir l'or du monde et l'argent

Comme gallathee accorde que pamphille la baise et accolle seullement et pour couvrir son cas luy deffent que autre chose ne luy demande

Quamvis illicitum complexus nutrit amorem Et fallunt dominam basia sepe suam.

Combien que le baiser nourrisse Amour illicite et infame Et qu'il soit fontaine de vice Et de vitupere a sa dame Touteffois sans penser a blasme Pamphille se lieu vient apoint Je cuyde bien que je suis femme De ne vous escondire point

Hoc patiar solum sed tu nichil amplius addas Nam cuiquam sine te talia non paterer.

Pour ung baiser tant seullement Contente suys de l'accorder Fors que ce soit secretement Qu'on ne nous puisse regarder Mais garde de plus demander Car jamais ne me accorderoie Que autre me venist aborder Pour baiser je ne daigneroie

Sed modo de templo venient uterque parentes. Est michi ne causer convenit ire domum

A dieu te dy car je contemple Que tantost mon pere et ma mere Sont prestz de revenir du temple Je m'en voys je crains vitupere Car s'il advenoit que mon pere Fust arrivé a la maison Il me batroit c'est chose clere Je m'en vois il en est saison.

Tempora sat veniant pariter quibus ambo loquimur Et memor alterius quisque sit interea

Icy trop longuement je attens Je m'en voys il m'en fault aller Mais il viendra assés de temps Que pourrons ensemble parler Entrebaiser et accoller Comme dit est mais nonobstant Vueille soy tousjours recoller Chascun l'ung de l'autre entretant.