Livre d'amours, auquel est relatee la grant amour et façon par laquelle Pamphille peut jouir de Galathee et le moyen qu'en fist la maquerelle

Part 6

Chapter 63,955 wordsPublic domain

Ut tuus existat hoc tantum pamphilus optat Nititur omnis ad hoc cura daborque suus

Pamphille ne desire rien En ce monde tant seullement Fors que de ta grace il soit tien C'est prie honnourablement Tout son labeur entierement A ceste fin tent et sa cure Considere que largement Des douleurs pour toy il endure

Mille modis acres habitus michi prodidit ignes Cum michi flens sepe talia verba refert

Monstré m'a en mille manieres Qu'il t'ayme souvereinement Voire par amours singulieres Qui luy donnent moult de tourment Je l'ay congneu signantement Qu'il soit vray amoureux de toy Car tousjours en parlant a moy Plouroit et faisoit ses regrets En disant tousjours par expres Qu'il ne aymoit au monde autre femme Tu te dois de luy tirer pres Car il te ayme bien sus mon ame

Et galathea meus dolor et medicina doloris Hec dare sola potest vulnus opem que michi

Helas dit il gallathee est Ma douleur et ma medecine Bien me peut guarir s'il luy plaist Par sa bonté doulce et benigne Elle seulle est de guarir digne Ma playe et me donner santé Ma vie est a sa voulenté Ma mort aussi entre ses mains Tous les entendemens humains Ne sçauroient par leur science Rapaiser mes maulx inhumains Si elle mesme ne me pense

Illius ad lachrymas pietas me flere coegit Et tamen in tacito pectore leta fui

A voir les larmes de ses yeulx J'ay eu le cueur trestant piteux Qu'il m'est presque fondu en larmes Car il avoit plus piteux termes Que je vy onc a amoureux De le voir ainsi doloreux J'ay esté de plourer contrainte Combien que fusse fort attainte De joye dedans mon couraige En le voyant aimer sans fainte Autant que fist onc parsonnaige

Omnia cernebam fieri velut ipsa volebam Ardentes sensi vos simul igne pari

Toutes choses je regardoie Faire ainsi comme je vouloye Pleurs souspirs et gemissemens La grant amour consideroie De qui emflambé le veoye En ses grans et cruelz tourmens Cent regretz mille pensemens Tous signes de cueur amoureux Lors jugoye que de vous deux Seroit l'assemblee honnourable Par amour pareille et semblable Ainsi mon cueur s'esjouyssoit Qui de trouver voye louable Moyen utille et convenable

Ledere flamma solet precor ipsi parcite vobis Vos que duos pariter jungere possit amor

De cecy parfaire pensoit Je sçay bien que l'ung l'autre aymés Voire d'une amour souveraine Vous estes tous deux enflammés Et amy l'ung l'autre clamés C'est une chose bien certaine Flamme d'amour blesse et fait peine Et plus croist tant plus on la celle Seullement la moindre estincelle Abraseur le cueur d'amoureux Ayés donc pitié de vous deux Pardonnés vous et que amour vraye Vous puisse joindre pour le mieulx Ensemble ainsi que je vouldroie

Comme gallathee respont que elle ne desire autre chose mais qu'elle n'ose et si ne peut trouver lieu secret pour parler a pamphille.

[Q]uod petis affecto nil est michi carius esset Si meus annueret illud uterque parrens.

Tu demandes cella que je desire Qui le moyen propre trouver sçauroit Rien au monde plus chier ne me seroit Ne que ayme tant cella ose bien dire Quant mes parens ne vouldroient contredire Et que chascun a ce s'accorderoit Tu demendes cella que je desire Qui le moyen propre trouver sçauroit Mille choses il y a pour y nuyre Que une seulle toutes rapaiseroit Quant pamphille le moyen trouveroit D'y accorder ceulx qui m'ont a conduire Tu demandes cella que je desire Qui le moyen propre trouver sçauroit Rien au monde plus chier ne me seroit Ne que ayme tant cella ose bien dire

Istud enim nostris fieri non convenit ausis. Si bene vellemus non locus esset ad huc.

Tu congnois assez se tu veulx Qu'il n'appartient point de noz deux Par hardiesse follement Traicter cestuy appointement Qui nous pourroit estre honteux Combien que soyons amoureux Tant que plus nous ne pourrions Encore quant le vouldrions Si y a il de l'empeschement Faulte de lieu premierement Qui sus tout y est necessaire Aviser ne puis bonnement Comme cecy se puisse faire

Nam mecum modo custos michi semper habetur Tota que me servat nocte dieque domus

Ma mere a toute heure me garde Ou je vois donc je vien regarde Matin ou soir soit bas soit hault Tousjours suis en sa sauvegarde Et souvent d'aller me retarde Au lieu ou de force aller fault Vella une grande raison Oultre/ de toute la maison Sont nuyt et jour fermés les huys Dy doncques par quelle achoyson A pamphille parler je puis

Comme la vieille monstre a gallathee comme furtivement elle peut parler avecques pamphille et tiennent mode de dyallogue.

[I]ngeniosus amor portas et claustra relaxat Vinxit quicquid obest ingeniosus amor.

Gallathee ne te excuse en ce cas Tu scez que amour subtil ingenieux Oeuvre portes/ huys de hault et de bas Et ne treuve contraires ne debas Quant le vouloir y est intentieux C'est ung deduyt ung passetemps joyeux Ung droit giblier qui le cueur resconforte Quant en amours grandes peines on porte Et qu'on s'en met souvent en grant dangier Voire plus grant qu'on ne sçauroit songier Quant on treuve sa voulenté parfaicte Cella vault plus que boire et que menger Ne que chose qui soit ou monde faicte.

Vanos pone metus pueriles corrige cures Mecum dulcis amor te petit ut venias

Oste ces craintes qui sont vaines Corrige cures puerilles Car ilz ne te sont point utilles Dommaigables sont et villaines Tu voys demonstrances certaines De doulce amour qui devant toy Dit que t'en viennes avec moy Pour congnoistre la grant doulceur Qui est en amours doulce seur Ne redoubte point vitupere Avec moy es aussi asseur Comme avecques ta propre mere

Galathee

[E]s modo facta mee furtive conscia mentis Hujus et es melior pars mihi consilii

Present tu es faicte sodalle De mon furtif entendement Et si es la part principale De mon conseil entierement Tu me donnes si doulcement De belles amonitions Qu'il fault que a tes peticions De obeyr soye ententive Et que ma pensee furtive Condescende a ta voulenté Contrainte de necessité Je suis de ton plaisir parfaire Je ne sçay soubz fainte bonté Se tu tires a me fortraire

Ut michi consilium te deprecor utille dones Hoc te non pudeat consuluisse michi.

Tu scez bien que j'ayme pamphille Plus que toutes aultres personnes Mais je te suply que me donnes En cestuy cas conseil utille Tu vois que je suis jeune fille Et en telle chose paoureuse Ne soyes point doncques honteuse De me conseiller loyaulment Tu es femme d'entendement De mon conseil la plus grant part Gist en toy/ pourtant doulcement Vueilles a moy avoir regart

Est pudor atque nephas seducere fraude puellas Hoc decus et magnum crimen habere potest

C'est honte et peché damnable Par fraudes seduire pucelles C'est ung crime vituperable Et ung deshonneur dommaigable S'il en est aucunes nouvelles Je ne sçay dieu le vueille sçavoir Se tu viens pour me decevoir Je vois a la bonne equité Se j'ayme par honnesteté Si n'esse pas pourtant a dire Que me doyves faire seduire Ne par ta grant subtillité Me vouloir en place conduire Que tu sçaiches qui puisse nuyre Au fait de ma virginité

La vieille

[N]on pudibunda tegam famam capit ante loquentem Hec me facta negas consoluisse tibi

Gallathee je te conseilleray Et te diray Les choses dangereuses Planierement tout te descouvriray Et monstreray En rien ne celleray Ne couvriray Toutes choses honteuses Perilleuses A pucelles paoureuses Merveilleuses Que fouyr tu pourras Facillement quant mon conseil feras Mais tu jureras Que point ne diras Que rien dit je t'aye Ains affermeras Et asseureras Que rien n'en sçavoie

Nunc quicunque meus volet huic contrarius esse Proferat hiis rebus si quid obesse potest

Maintenant tout ce qu'il vouldra Il te dira n'en doubte point Mais estre il te conviendra Contraire a luy et parle a point En lui donnant de point en point En belles parolles eslites Toutes les choses opposites De ce qu'en avant il mettra Par ce moyen il congnoistra Que tu n'as point lasche couraige Et sans faulte te promettra Soudain la foy de mariaige

Comme gallathee prenant le conseil de la vieille se repute ferme et vaillante de resister a la voulenté de pamphille

[V]iribus hic totis veniat contendere mecum Aut victus taceat aut modo victor eat

Vienne maintenant hardiement Pamphille avec moy contendre Et y emploier seurement Ses vertus generallement J'ay la façon de me deffendre Icy suis preste de l'attendre Viengne pour vaincre mon escu Ou se taise et se vienne rendre En confessant estre vaincu

Nam cicius mecum ratio compescerit illud Cum ratione nichil diceret ille michi.

Aussi tost qu'il arrivera Avec moy en quelque blason Voulentiers escouté sera S'il parle en termes de raison Mais s'il veult trouver achoison De me bouter en quelque voye Pour me decepvoir par trayson Jamais je ne l'escouteroye

La vieille

Vir bonus et pulcher genus altum copia grandis Dulcis amor vestri pars erit auxilii

Il est tant bon homme et tant beau Et des biens qu'il a a monceau Est la quantité si tresgrande Que je ne croy pas qu'il demande Rien de villain/ le jouvenceau Pour ung petit mot de nouveau En joyeuseté ne m'en chault Il est de lignaige tres hault Il est bon/ beau/ riche/ honnorable Dont je croy que amour veritable Sera part de vostre conseil Et sera la chose traictable Par appointement nompareil

Fama loquax taceat modo taceat murmur iniquum. Absque pudore vias res habet ista suas

Pourtant que chascun de vous face Que la renommee loquace Se taise et soit la chose breve Que le grant murmure s'efface Puis que temps avés et espace Sans honte le marchié se acheve Regardés bien a vostre compte Ceste chose voyez sans honte Nul ne le sçait tu le scez bien Si non moy qui n'en diray rien Car je t'aime d'amour parfonde Et vouldroye trouver moien De te pourchasser de grant bien Autant que a fille de ce monde

Les doubtes que a fait galathee de se acorder tant esprise que plus ne peult

O deus in quantis animus versatur amantis Quam timor hac illac pellit amor que gravis

O sire dieu tu scez tout bien En combien de choses/ combien Tourne couraige d'amoureux De repoz en luy n'y a rien Mais incessamment sans moyen Tourne en ung propoz ou en deux Deça dela crainte le maine Amour d'aultre part le demaine Grevement en divers propoz Tant qu'il n'y a point de repoz L'une fois il treuve bon port L'aultre dangereux pas de mort Couraige amoureux en effet Souvent est transmué si fort Qu'il ne sçait qu'il dit ne qu'il fait

Hii duo discordes/ me nocte dieque fatigant Esse quod optat amor hoc netat esse timor

Crainte et amour deux discordans Et mortelz ennemis aussi Qui jamais ne sont acordans Mais tous divers champs recordans Se treuvent tousjours a cecy Ainsi sont amans en soucy Tant que a pou que le cueur ne sent Ce que ung ayme l'aultre deffent Ce que amour desire et appete Crainte deffent et le regette Jamais en leur fait variable N'y a conclusion parfaicte Mais litigue interminable

Quid faciat nescit semper per devia currens. Errat et errando vulnus amoris alit.

Ung vray amant ne sçayt qu'il face Mais va tousjours de place en place Sans chemin ne sente tenir Quant il doit arrester il passe Courant tousjours passe et rapasse Sans ung propoz entretenir Tousjours erre et en errant Sans trouver secours ne garant D'amours n'auroit la grefve playe Qui luy abolit tout joye Quant il ne peult trouver adresse En cheminant l'oblique voye Qui totalement le desvoye Tant qu'il n'y a point de liesse

Me sibi subdit amor illi licet usque rebellem Me que repugnantem fortius urit amor

Je preuve la chose telle En moy simple jouvencelle Qui esprinse d'amour suis Amour m'a subjecte a elle Ja soit que je me rebelle Contre elle tant que je puis Je repugne assez: et puis Amour tant plus je reculle Et plus ardamment me brusle Plus fuy plus me vient querir Medecine ne sçay nulle Qui m'y puisse secourir

Sic afflicta diu casso quoque fessa labore Mesta loquar quam venire malo mori

Ainsi en ceste affliction De double ymagination De labeur cas vaine et lassee De parler j'ay intention Et dire mon opinion Toute dolente et courroucee En disant ma triste pensee Et estre de soucy delivre Mieulx ayme mourir que ainsi vivre Car amour par sa fellonnye Tant de cruelz assaulx me livre Que j'ayme mieulx mort que la vie

Comme la vieille resconforte gallathee de ce qu'elle dit que amour luy fait si grant guerre et dit.

[U]t graviora suo surgunt incendia motu Lis que repugnando major et ira furit

Les chaleurs et abrasemens Se croissent par leurs mouvemens Pires que du commencement Par les divers repugnemens Moyse prent ses escroissemens Et sourt ire plus grandement Le fer par son debatement S'eschauffe vehementement Petite noise aussi dement Horrible merveilleusement Et croist innumerablement Quant son contraire la soustient

Sic venus ipsa suis/ ipsi sibi noxia vellis Surgit et opposita vulnera lite favet

Ainsi venus haulte deesse D'amours souveraine princesse Aux siens donne choses nuisibles Par ardeur d'amoureuse presse Et ses ardeurs haulse ou rabesse Par operations terribles Par lice opposite et contraire Elle nourrit et faire atraire Ses plaies pour les abraser Par souvent le feu atiser Il brusle incessemment tousjours Par ainsi doit on rapaiser Qui est saige le feu d'amours

Non potis ergo tuas vellis extinguere flammas Sed cum pasce tuis mitior ignis erit

Je sçay bien que tu ne sçaurois Reffraindre ainsi que tu vouldroyes Les ires diverses et fortes Qu'il fault que soustiennes et portes Et bonnement ne le pourroyes Mais il fault que saige tu soyes Et que rapaises doulcement Ton grant labeur et que tu voyes Ta douleur prendre amandement

Imperium veneris fac dum sua miles haberis Ne tibi sit dampno lisque labor que tuus

Fay de venus la singuliere Voulenté en ceste maniere Et luy obeys totalement Tant que tu es sa chevaliere Militante soubz sa baniere Faire fault son commendement Obeys luy tout doulcement Affin que peine et labouraige Ne te retourne a dommaige Car venus a ceste puissance De donner tristesse ou plaisance A ceulx qui sont soubz la cordelle Tu luy dois monstrer obeissance Pour acquerir la grace d'elle

Incipiens temere male perdis gaudia vite Te que tuos que dies noxius error habet

Se tu commences tes amours follement Commencement Dangereux trouveras Car les joyes perdras entierement Soudainement De ton entendement Et ne sera point ton estat eureux Tes jours en tous lieux Erreur envieux En soucy tiendra Sans recouvrer mieulx Tes jours jeunes vieulx Desplaisir prendra

Tantum mente vides vultus absentis amici Nocte die que tuos non minus ipse videt.

De ton amy en son absence Tu voys seullement l'insollence Et la playe qu'il a pour toy Pareillement fait il de toy Il n'en a pas moins d'aparence Se tu penses a luy il pense A toy par comparable essence Selon des amoureux la loy De ton amy en son absence Tu voys seulement l'insolence Et la playe qu'il a pour toy Se tu seuffre douleur immence Qui te tourmente sans clemence Il y a bien cause pourquoy Tu sens douleur et puis je voy Que oultre ta dure pestilence De ton amy en son absence Tu voys seulement l'insolence Et la playe qu'il a pour toy Pareillement fait il de toy Il n'en a pas moins d'aparance

Alter in alterius fert tantum lumina vultus. Res dabit ambolus ista morando necem.

L'ung seulement l'autre regarde En regretz et en desconfort Je m'esbahy qui vous retarde Qu'en vous ne prenés reconfort Se ne prenés en vous confort Croyez que sans difficulté Ce mal vous donnera la mort A tous deux je dy verité J'en ay gousté Yver esté Du mal d'amours Je n'ay esté En ma beaulté Par plusieurs jours J'ay fay des tours Abiles lours Maintenant en ma povreté Je me retire comme lours Qui doubte du temps le decours Quant il est en sa grant bonté

Sed puto quam flammas leviter depellere credis. Hujus desiderii mors fera finis erit

Je cuyde en pensant plusieurs choses Que a tout par toy tu presuposes Destaindre et soudain rappeller Les flammes d'amours que ne exposes A nully et aussi tu n'oses Mais tousjours te laisses brusler Par les celler Sans reveller De ce desir Au paraller Tost ravaller Fauldra plaisir En desplaisir La mort saisir Te viendra sans plus reculler Lors n'auras plus temps ne loysir Partir te fauldra sans choysir Et si n'en pourras appeller

Parce juventuti complectere gaudia vite Leta decet letis pascere corda jocis

Monstre toy bonne A ta personne Donne liesse Honte habandonne Et si pardonne A ta jeunesse Toute tristesse chasse et delaisse Embrasse joye Ayme noblesse De gentillesse Tu es en voye C'est chose vraye Que dieu envoye Toute liesse aux cueurs joyeulx Tous vrais amans qui que les voye Qui quierent d'amours la mont joye Se doivent repaistre des ieux

Et modo sola veni paulisper ludere mecum Et tibi nostra domus poma nuces que dabit

Maintenant ma jeune fillette Qui icy tu es toute seullette Vien me voir a nostre maison La auras tu quelque noisette Quelque pomme quelque chosette Qui y est selon la saison Ne crains point d'aultruy le blason Car il n'y a point d'achoison La chose ne sera que honneste Que l'une avec l'aultre voison Et puis tu entens la raison Que la chose sera secrette

Vix est iste meus ortus sine frugibus nunquam De quibus ecce frui quolibet ipsa potes

J'ay ung vergier Le plus gorrier Qu'on puisse entendre La sans dangier Pourras mengier Tout fruyt et prendre Pour tout comprendre Sans te reprendre Soit de pommier ou de poirier Prendre pourras monter descendre Rompre taillier couper et fendre Ainsi que tu verras mestier

Sed modo nescio quis mea fortiter hostia movit. Vir fuit aut ventus sed reor esse virum

Mais je ne sçay qui maintenant A osté les portes en somme De ce beau jardin contenant Maint arbre portant poire et pomme S'a esté le vent ou ung homme Mais ainsi comme je suppose Veu que la porte estoit bien close C'est ung homme qui a ce fait Le vent ne l'auroit point desclose Ce a esté ung homme en effet

Est homo per quodam nos respicit ecce foramen Pamphilus est vultus si bene nosco suos.

Or regarde j'avoye bien dit Que ung homme avoit ouvert cest huis Regarde la comme il s'en fuit De peur de nous par ce pertuys C'est pamphille se je ne suys Deceue a voir son regart Il se tapit comme ung regnart Cuydant que ne le voyon point Mains il est deceu de ce point Poursuivon l'ay tout bellement S'il ne se tourne bien a point Il ne nous verra nullement

Comme la vieille faint de estre courroussee que pamphille soit la venu et comme toute marrie va tenser a luy et le increper de estre venu rompre son jardin

Arte seram retro paulatin vir que reducit Ad nos ingreditur quid modo cesso loqui.

Tien galathee m'amye chiere Comme il est venu reculler Par art la serrure en arriere Il l'a bien faillu esbransler Qui me fait tenir de parler Quant vers nous je le voy venir Qui esse qui me peult tenir Que je ne luy voys dire injure De m'avoir rompu ma serrure Ha de fait je ne m'en puis taire Et bref il en viendra murmure Par le dieu ou je croy j'en jure Ou il la me fera refaire

Cur furiose fores confringis pamphile nostras Emptas namque meo/ destruis ere tuo

Vien sa pamphille parle a moy Et me dy la raison pourquoy Rompu as furieusement Les serrures comme je voy De ce jardin est il a toy Qui t'a donné ce hardement Ne sçayt on pas certainement Que les serrures que as gastees J'ay de mon argent achatees Pour quoy me les viens tu gaster Pense d'aultres en rachater Et que tost on me les reface Ou j'en iray admonnester Le juge que justice en face

Quid vis vel cujus venisti nuncius ad nos Dicere si quid habes dic celer atque redi

Pourquoy viens tu en mon vergier Ou quelle cause a nous te amaine Ou de qui es tu messagier Veulx tu faire du capitaine Y viens tu pour nous faire peine Et travail parle a moy beau sire Se tu as quelque chose a dire Dy le nous tost plus ne sejourne Nous te orrons sans te contredire Et incontinent t'en retourne

Comme pamphille dresse sa parolle a galathee en luy demandant qu'elle le baise

O galathea mee super omnia causa salutis Da michi per longuas basia mile moras

Galathee ma doulce seur ma mye Du bon du cueur/ humblement je te prie Comme cause de mon salut entier Puis que tu es en ce plaisant vergier Que me monstres ta doulce courtoysie Mille baisiers par doulce compaignie Me pourroyent guairir ma maladie Qui de mire a besoing et mestier Galathee ma doulce seur ma mye Du bon du cueur humblement je te prie Comme cause de mon salut entier Acolle moy doulce seur il m'ennuye Puis qu'il convient que mon plaisir te die Je suis pour toy en ung mortel dangier Tant que ne puis ne boire ne mengier Mon ame en toy de tous poins est ravie Galathee ma doulce seur m'amie Du bon du cueur humblement je te prie Comme cause de mon salut entier Puis que tu es en ce plaisant vergier Que me monstres ta doulce courtoysie

Nec tamen hiis sumptis scitiens meus ardor abibit. Sed crescit placidis acrior ipse jocis

Encore quant des baisiers mille A mon plaisir me donneras Saichiez doulce et plaisante fille Que pas encor n'estencheras Tout mon ardeur mais le feras Augmenter car feu amoureux Se allume par les plaisans jeux Nonostant belle baise moy Tout mon bien peult venir de toy Tout mon salut/ toute ma joye Sans toy vivre je ne pourroie Plaise toy de mon secourir Si n'est par toy je suis en voie En en grant dangier de mourir

En ego tota meis mea gaudia claudo lacertis En amplector hominis dulce puerque michi

Maintenant voy Auprés de moy En ceste place Celle parquoy Je pers esmoy Quant je l'embrasse Sa doulce face Mes maulx efface A ceste heure icy je apperçoy Que tout mal que j'ay eu se passe Quant il luy a pleu de sa grace Me monstrer que servir la doy

Comme galathee s'en veult fouyr et faint que une voisine l'appelle

[M]e vicina vocat illi loquar atque revertar Nam nimis hoc vereor huc modo ne veniat

J'oy ma voisine qui m'appelle Pamphille laisse moy je iray Aler me fault parler a elle Mais tantost je retourneray S'elle vient honteuse seray Tu peulz considerer ce point Laisse moy ne me touche point Car s'elle venoit d'aventure Et elle nous veist en ce point Ce seroit pour me dire injure

Pamphille luy respont quant elle fait semblant de crier et s'en est la vieille allee qui les a la laissez ensemble

Quid clamas propero veniens hec hostia claudo Nullus enim remanet hic nisi sola domus

Pourquoy cries tu/ tant que je puis En haste vien presentement De clorre et de fermer les huys On ne nous peult voir nullement Il n'y a icy seulement Que nous deux presens pour ceste heure Et la maison seulle demeure Asseure toy et point ne tremble Tu es a seurté ce me semble Et avec ton amy parfaict Nous pouons bien parler ensemble Et deviser de nostre fait

Gallathee

Me mea cura tenet nunc dic cito dicere quid vis Me tecum longuas non licet ire vias