Livre d'amours, auquel est relatee la grant amour et façon par laquelle Pamphille peut jouir de Galathee et le moyen qu'en fist la maquerelle

Part 1

Chapter 13,942 wordsPublic domain

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Livre d'amours: ouquel est relatee La grant amour: et façon par laquelle Pamphille peut: jouyr de galathee Et le moyen: qu'en fist la maquerelle

Le dieu d'amours qui par amour loial Voulut aymer du monde la plus belle Tant par amours que son palais royal Prendre voulut et eslire avec elle Par sa bonté infinie eternelle Acroisse bruit au puissant roy de france Charles huittiesme pour lequel en substance De pamphille et galathee saige Traicté d'amours j'ay les faitz a plaisance Pour passer temps car sans quelque doubtance Siege d'amours gist en noble couraige

Qui aime bien n'est jamais desloyal Mais doulx bening et gracieux a celle Qu'il veult aimer sans penser a nul mal La vraye amour doit tousjours estre telle Qui veult aymer dame ou damoiselle De pamphille maintienne l'ordonnance Et compasse ses faitz par attrempance Sans se monstrer instabile et vollaige Soit doulx parlant en termes d'ellegance Si trouvera comme en toute naissance Siege d'amours gist en noble couraige

Les haultz princes ont a pié et cheval Servi amours et tenu leur querelle Joustes faisant par tout amont aval Tournes plaisans a la mode nouvelle Mais pamphille par une maquerelle L'assault gaigna: sans frapper a oultrance Sans se tuer et sans rompre la lance Galathee sumist en son servaige Et si monstra que venus par puissance Luy secourut et qu'en telle aliance Siege d'amour gist en noble couraige

Prince puissant mon chief mon asseurance Mon seul escu et ma seulle esperance Prenez a gré ce trespetit ouvraige Cest passe temps une resjouyssance Et si voit on dedans que en ceste dance Siege d'amours gist en noble couraige

Comme pamphille amoureux de galathee commence ses complaintes de tant qu'il ayme et ne l'ose declairer et dit

[V]ulneror et clausum porto sub pectore tellum Crescit et assidue plaga dolorque michi

D'ung glaive agu suis vulneré Et porte dessoubz ma poitrine Le glaive qui m'a vulneré Duquel n'ose monstrer le signe La playe croist et ne decline Point la douleur en moy enclose Tel est batu qui plourer ne ose

Et ferientis adhuc non audeo dicere nomen.

J'ay sus une mon cueur assis Je ne sçay se g'y perviendray Mais se une fois en grace suis Je feray ce que je vouldray C'est hault lieu mais g'y pretendray Si voit on ce que je doy craindre A trop embrasser pou estraindre

Je ne sçay s'elle m'ayme ou non Mais je croy qu'elle m'aimera Et si n'ose dire son nom Par moy point on ne le sçaura Je pense que elle accordera A moy/ mais en tel differance Moult remaint de ce que fol pense

Nec sunt aspectus/ plaga videre suos

Ma plaie croist en toutes pars Et ne veult pas tant seulement Laisser qu'on voye ses regars Pour me donner guarissement Mais encore finablement Se je parvien a mon entente Je n'y pers que la longue attente

Unde futura meis majora pericula dampnis

Pourtant donc que je n'ose dire Ma douleur je suis en doubtance Que l'ung dangier l'aultre ne tire Et que je n'en aye habundance J'ay de mon salut esperance J'espoir reconfort a mon dueil Mais ung mal jamais ne vient seul

Spero salutis opem nec medicina dabit.

L'esperance que j'ay d'avoir Salut me donne aulcun confort Mais si fault il faire debvoir Au residu c'est du plusfort Espoir est mon seul reconfort Touteffois disent les subtilz Qu'esperance paist les chetifz

Les considerations que pamphille fait devant que aler parler a galathee et les moyens qu'il doit tenir et dit

Quam prius ipse viam meliorem carpere possum

Quelle voye doy je donc prendre Pour la meilleure a parvenir A ce lieu ou je vueil pretendre Je ne sçay quel chemin tenir Car bien y vouldroye venir Par bon moyen se je sçavoye Mais dangier est tousjours par voye

Heu michi quid faciam non bene certus eo

Helas doncques que doy je faire Je craing dangier le mal parlant Mon tresgrant ennemy contraire Qu'il ne me rencontre en alant En montant ou en devallant Se je y voys c'est en ceste doubte Mal asseur va qui ne voit goute

Conqueror est que mee justissima causa querelle Cum sit consilii copia nulla michi

Pourtant doncques je me complains A parmoy car en ma querelle J'ay tresjuste cause de plains Quant il n'y a celluy ne celle Qui de conseil une estincelle Me presente/ ou ayt presenté Plainte n'est pas cry de santé

Sed quia multa nocent opus est michi querere multa

Mais pourtant qu'en telle entreprinse Plusieurs choses peuent encourir Qui seroyent cause de reprise Plusieurs moyens doy enquerir Et le plus utille querir Par art secret se ainsi peult estre Souvent ayde l'art a son maistre

Si mea plaga suos denudet in ordine vultus Quis sit et unde venit armaque quis posint

S'il fault que je quiere advocas Pour leur dire par ordonnance Toute ma douleur et mon cas Qui elle est dont vient sa naissance Qui cause aussi ma douleance Je craingz conseillers desloyaulx Tel se dit amy qui est faulx

Perdet et ipsa sue fortassis spem medicine Spes reficit donum fallit et ipsa suum.

Ainsi donc se la congnoissance De ma plaie je determine Perdre je pourray l'esperance Que j'ay d'en avoir medicine Or est esperance si fine Que son seigneur souvent repaist Et le deçoit quant il luy plaist

Si tegat ex toto faciem motusque doloris Et nunquam querat plaga salutis opem.

D'aultre part s'il fault que je cueuvre Du tout ma face et ma couleur Sans que aulcunement je descueuvre Les mouvemens de ma douleur Sans querir moyen de valeur Pour avoir aidance du mire Je fais doubte qu'il ne me empire

Forsitan evenient pejora prioribus istis. Et me continget protinus inde mori

Par trop secret mon cas tenir En grant continuation Il me pourroit: pire venir Que devant en conclusion Tellement par succession De temps que mourir en pourroye Doubter doit qui a double voie

Estimo monstrari melius nam conditus ignis Defficit et subito perditur ipse calor

Toutesfois a la verité Le mieulx comme je puis entendre Est que mon mal manifesté Soit a quelque ung sans plus attendre Car le feu condict en la cendre Par trop estre couvert perit Souvent cueur ploure et bouche rit

Ergo loquar veneri/ venus est mors/ vitaque nostra. Ducunturque suis omnia consiliis

Pourtant parleray je a venus Des amans princesse et amye A qui nous sommes tous tenus C'est nostre mort et nostre vie C'est celle qui tout seigneurie Duyt et conseille toute chose Mon mal fault que je luy expose.

Comme Pamphillus salue la deesse venus et l'incite d'ouyr ses prieres.

[U]nica spes vite nostre venus inclita salve Que facis imperio cuncta subire tuo

Salut a toy venus haulte princesse Nostre salut nostre espoir nostre adresse Qui tous humains peulz regir et conduire Tu peulz par droit comme dame et maistresse Tout gouverner et par ta grant noblesse Toutes choses submettre a ton empire. Le seul espoir tu es de nostre vie Et des plus grans requiers estre servie Comme droit est car tu es souveraine Throsne d'honneur de beaulté la fontaine Medecine des povres langoreux Et pour ce cas chascun jour de sepmaine Salut te doit tout loyal amoureux.

Quam timet alta ducum seruitque potentia regum. Supplicibus votis tu pia parce meis

Tu es celle chastellaine une fois Que sert et craint la puissance des roys Des ducz aussi qui te rendent hommaige Les plus vaillans a tout leurs grans arrois Comme je voy clerement et congnois Par chascun jour viennent a ton seruaige Tu es celle qui sans quelque rigueur Les ostes hors de peine et de langueur Si vien a toy pour faire mon devoir Te suppliant que vueilles recevoir Les simples veux qu'il fault que je te face. Car pour certain je puis veoir et sçavoir Si n'est par toy que je n'auray point grace

Ne sis dura michi precibus que resistere noli

Ne me soyes point de dure maniere Ne resister a ma simple priere Vueilles aussi en ma necessité Esperance j'ay en toy singuliere Fay donc cella qu'il fault que je requiere Pouoir en as et seulle auctorité Tu le me peulz doulcement accorder Pas grans choses ne te vien demander

Sed fac quod posco non ego magna peto Dixi non magna misero michi magna videntur. Sed tamen ista dare non tibi difficile est

Non pas grandes quant au regart de toy Mais tresgrandes quant au regart de moy Qui suis dolent langoureux et debille Pour mon salut a toy recourir doy Car ce donner ne t'est point difficille

Anno dic tantum jam jamque beatus habebor Et sic evenient prospera cuncta michi

Dy seullement pamphille je te octroie Tes demandes et je croy fermement Que plus joyeulx n'y a que je seroye Et bien euré dessoubz le firmament Par ton octroy viendront prospereement Tous mes desirs comme dire te voys Et desclarer du tout mon pensement Plaise toy donc a escouter ma voix

Comme pamphille descript devant venus la beaulté de celle dont il estoit amoureux et les causes qui le retardent de parler a elle.

[E]st mihi vicina vellem non esse puella Si non subveniat gratia vestra michi. Nam solet ammoto plus ledere proximus ignis Sed si vota feret lederet ipsa minus

Dame j'ay une voysine La plus plaisante poupine Qui soit pour une pucelle Ainsi comme je ymagine Se ta grace ne se incline A me mettre en grace d'elle Je vouldroie tant soit belle Que jamais n'en fust nouvelle Car tant plus on se reculle Du feu et moins on se brusle Par quoy quant elle seroit Si loing de moy qu'elle ne auroit Mes regars en façon nulle Sa beaulté ne me nuyroit

Est in vicinis formosior omnibus illa. Aut me fallit amor omnibus aut superest Hec mea trajascit certis precordia tellis Que nunc inde quero vi removere mea

Entre toutes autres pucelles Je croy que la plus belle soit C'est la fleur de toutes les belles Ou je dy que amours me deçoit Si tost que mon oeil apperçoit Son doulx maintien sa belle face Tout a travers de mon cueur passe Ung feu d'amours dont bruslé suys Voulentiers a force l'ostasse Mais par mon ame je ne puys

Vulneris inde nude crescit dolor omnibus horis. Mutaturque color vis que calor que meus. Hoc nulli dixit nec que michi vulnera fecit Nullaque causa fuit dicere que metuit

De jour en jour croist ma douleur Et d'heure en heure multiplie Qui me destruit chaleur couleur Et me trouble la fantasie La peine qui me contrarie A personne n'ay revellee De peur de honte et villennie J'ayme mieulx la tenir cellee

Dicitur et fateor me melioribus orta est. Hinc igitur metuo dicere velle meum

Elle est doulce moriginee Plaisante gratieuse saige Et de plus noble ligne nee Que moy je congnois son lignaige Par quoy descouvrir mon couraige Je doubte car ainsi qu'on dit Ung franc voulloir transist de raige Quant il fault qu'il soit escondit.

Fertur et est verum quod me scit ditior illa Et decus et dotes copia sepe rogat Nec michi sunt dotes decus ingens copia grandis. Sed quo habere queo quero labore meo

On dit et aussi je confesse Qu'elle a plus que moy de richesse C'est une chose veritable Or requiert noblesse noblesse Et avoir avoir ce me blesse Car je ne suys que ung povre diable Qui n'ay richesse ne avoir Et ne sçay moyen d'en avoir Fors du labeur que je puis faire C'est ung des poings qui me fait taire Car honneur et richesse aussi Demandent avoir grant douaire Et je ne puys fournir cecy

Cum vero sit dives cujusdem nata bubulci. Eligit e nulle quemlibet illa virum

Son pere a de beufz si grant somme Qu'il peut pour donner a sa fille Eslire et choisir ung homme Le mieulx a son gré entre mille C'est le plus riche de la ville Conclusion par quoy je doubte Que au long d'elle ne me reboute Par povreté a ce besoing J'ay bien cause de faire doubte De peur d'estre jetté au loing

Concipit ingentes animos fiducia forme In que modum dominum non sunt esse suum.

Toutesfois sont de ardeur esprins Mes membres pour sa grant beaulté Mais tout regarde et comprins Dire n'ose ma voulenté Fiance de formosité Souvent conçoit les grans couraiges Et voit on a la verité En estre atrappez les plus saiges

Has de corde meo tamptem demere curas Sepius obstanti tunc magis arsit amor

Toutes ces curiositez J'ay essayé hors mon cueur mettre Par prendre autres felicités Mais amour ne l'a peu permettre Ains tant que possible peut estre La ou je me ay voulu contraindre Le feu d'amours a fait acroistre Et jamais ne l'ay peu estaindre.

Comme pamphille en maniere de epillogue reitere ses prieres et se plaint de venus qui ne luy respont point.

En mala nostra vides et nostra pericula nosti Unde precor precibus mitis adesto meis

Ainsi venus tu vois les sommes De noz maulx et perilz mortelz En quoy a toute heure nous sommes Se par toy n'en sommes ostés Par quoy je requiers tes bontés Que tu soyes doulce et benigne Aux veux qui te sont presentés Par moy qui devant toy me incline.

Non michi respondes non dictis porrigis aures Non tua clara meum/ lumina lumen habent

Venus tu ne me respons point Ne prestes l'oreille a mes ditz Je ne sçay se tu me escondis Ce me viendroit trop mal apoint D'autre part je regarde ung point C'est que tes loyaulx yeulx seullement Sus moy qui suis si mal en point Tourner ne veux aucunement.

Aut tu tolle tuas nostre de corde sagittas. Aut tu sceva tuis/ vulnera pasce modis.

Au moins se noz greves douleurs Rapaiser ne veulx et guarir Oste tes saiettes de noz cueurs Sans si asprement nous ferir Ou par moyen nous secourir Sans faire plaies si cruelles Car assez seroit pour mourir Se tu ne metz mesure en elles

Quis posset tanti curam tollerare laboris Que domino flenti premia nulla daret.

Qui esse qui pourra porter De si tresgrant labeur la cure Se tu ne le veulx supporter Et conforter en sa laidure Bien est la cure forte et dure Qui son seigneur par desconfort Seuffre souspirer et endure Sans luy donner aucun confort.

Justo precando tibi mihi nam dolor anxius instat Assiduas que preces concipit ipse dolor

Justes choses je te supplie Tu ne me dois point escondire Et si fault que je multiplie Mes prieres et te les dire Par plusieurs foys/ car le martire Que j'ay nuyt et jour me contraint Faisant doubte qu'il ne me empire Car tant plus gelle plus estraint.

Quant pamphille eut parlé Devant venus en lamentant En demandant grace et mercy Des douleurs dont il avoit tant. Venus en le resconfortant Parla et dist ce qui ensuyt Que pamphille fust escoutant Doulcement sans faire grant bruit.

Comme venus deesse d'amours parle a pamphille et luy enseigne les moyens pour jouyr de ses amours

[N]unc venus hec inquit labor improbus omnia vincit. Quolibet et poteris ipse labore frui.

O pamphille j'ay ouy tes clamours Ce dist venus la deesse d'amours Tes complaintes et lamentations Et diz que a moy seulle tu as recours Pour te donner allegence et secours En tes grandes et dures passions Tu dis avoir pené et labeuré Et des douleurs grandement enduré Mais il te fault encor en endurer Et cent fois plus que jamais labeurer Car par labeur sans aucune doubtance Vaincre pourras et de toy procurer Toutes choses ou tu as esperance

Et monstrare tuos animos nulli verearis. Vix erit mille que neget una tibi

Ne doubte/ soit a femme ou fille Dire et monstrer ta fantasie Car a grant peine une entre mille Tu trouveras qui te denie Que voulentiers ne soit ta mye Et pour tant sans estre paoureux Ta voulenté ne celle mie A celle dont es amoureux

Quamque precando petes prius aspera forte negabit Venales sensus improbus emptor habet.

Peut estre de commencement Que ung peu aspre se monstrera Mais prie tousjours doulcement Car en la fin se moderera Et ton parler escoutera Se tu es doulcement preschant Finablement tienne sera Rien n'eschappe a ung bon marchant

Non mare transsisset pavidus si nauta fuisset Turgida cum primum restitit unda rati

Se tu es loyal amoureux Ne crains point a demander grace Ung marinier qui est paoureux A bien grant peine la mer passe Quant il voit le vent qui dechasse Les vagues en mer rudement Et l'eaue qui l'une fois est basse L'autre grande soudainement.

Ergo tuis primum si non favet illa loquelis Arte vel officio fac tamen ut faveat.

Et pour tant si de prime face Elle ne obeist a ton dit Ne cuyde pas qu'elle te chasse Et ne te tien point escondit Mais par art saige et bien conduit Par obedience et service Que lui feras ainsi qu'il duyt Pourchasse tant qu'elle obeisse.

Comme venus monstre a pamphille que toutes choses se font par art ou service agreable.

Ars animos frangit et firmas dirruit urbes Arte cadunt turres arte levatur onus

Art froisse les fermes couraiges Art abat les fermes cités Par art chaient les fors ouvraiges Tours chasteaux en hault lieu boutez Par art aussi sont haulz montez Les grans fais et pesans fardeaux Enfin art fait toutes bontés Art aussi fait faire tous maulx

Et piscis liquidis deprenditur arte sub undis Et pedibus siccis per mare transit homo

Par art dedans caves courans Est prins le poisson a la rayz Par art sont dessus l'eaue courans Les hommes a pié sec par quoy Pamphille considere en toy Que devant que avoir gallathee Et la convertir a ta loy Il fault que par art soit temptee

Rebus et in multis ars adjuvat officiumque. Pauper sepe suo pascitur officio

Tu vois ung povre loricart Par artifficiel office Devenir ung riche pinarc Et acquerir grant benefice Il n'est rien que avoir on ne puisse Par art ou service agreable En effait rien n'est plus propice En amours que estre serviable.

Et quamvis juxta sedatur principis ira. Servat et illesum/ corpus opesque reus

On voit souvent que le coulpable Rabat l'ire de son seigneur Combien qu'elle soit equitable Par avoir blessé son honneur Et si garde de deshonneur Ses richesses et de dommaige Son corps qui est le point greigneur Par art subtil et façon saige

Et gaudet locuplex qui flere solebat egenus Et modo vaditur eques qui solet ire pedes

On voit le riche en grant liesse Mener joye et felicité Qui par deffaulte de richesse Soulloit plourer en povreté Cellui aussi qui a esté Mille fois a pié par les champs Par art estre a cheval monté Art a fait mille bons marchans

Quod donare sibi minime potuere parentes hoc excersenti jam dabit officium

Se serviable tu te rens Envers elle/ elle te aymera Et ce que donner tes parens Ne pourroient/ te donnera Quant continuer te voirra A service lui presenter Trop fort orgueilleuse sera Se tu ne la faiz contenter

Officium que tuum primum si forte recuses Tu servire tamen este paratus ei

Se ton service elle reffuse Depremier que a elle viendras Ne te chaille ce n'est que ruse Point a desdaing ne le prendras Par ce point tu l'entretendras En amour tant qu'en fin finalle A ton entente parviendras Et te aymera d'amour loyalle

Hiis poteris superare minas causantis amice Fiet amica tibi que prius hostis erat

Par les moyens que je t'ay dis Toutes les rigueurs de t'amye Se saigement tu te conduys Suppereras n'en doubtes mye Et sera je te certiffie Enfin de toy fort amoureuse Celle qui te estoit ennemie Au devant se fort rigoreuse.

Comme venus enseigne pamphille faire jeux et dire plaisantes parolles devant gallathee et frequenter les lieux ou elle frequente.

In quibus esse solet loca sepius ipsa frequenta Sine potes pulchris pascere pasce jocis

Il te fault aussi mettre entente A souvent les lieux frequenter Ou voulentiers elle frequente Et ou elle hante hanter Devant elle rire chanter Et la repaistre de beaux jeux Dire beaux motz doulx caqueter Et tenir termes gratieux

Gaudia semper amat et ludi verba juventus Et juvenum mentes hec in amore movent

Tousjours joyes ayme jeunesse Et parolles de jeu aussi Amours ne veullent que liesse Point n'y fault parler de soucy Mais de tout jeu car par cecy Et tenir termes beaux et gentz Souvent se mettent a mercy Les pensees des jeunes gens

Nec non semper ei letis te ultibus offer Est cum letitia pulchrior omnis homo

D'abiz te convient acoustrer Le plus mignot que tu pourras Et devant elle te monstrer Joyeux ou tu la trouveras Car plus beau tu luy sembleras De luy monstrer joyeuse face Jamais beaulté en toy n'auras S'il fault que tristesse te chasse

Nec nimium taceas nec verba superflua dicas Despicit et nimio sepe puella virum

De tenir trop grant gravité En langaige te dois garder Aussi en superfluyté De parolles trop habonder Car la pucelle a regarder L'homme trop pensant et songart De l'aimer se peut retarder Et ne l'appelle que busart.

Exitat et nutrit/ facundia dulcis amorem. Multotiens animos mitigat illa feros

La chose qui plus en ce monde Excite et nourrist amours C'est doulce et plaisante faconde Sans avoir langaige a rebours Tousjours beau parler est en cours Et si voit on les haultz couraiges Estre moderez tous les jours Et convaincus par beaux langaiges

Si locus est illi jocundis vocibus insta Quod vix sperasti jam dabit illa tibi

Apres agreable service Receu pour le commencement Se elle se treuve en lieu propice Dy luy quelque mot hardiement En amours tout secretement Car par adventure que adoncques Auras d'elle courtoisement Cella que avoir tu ne peuz oncques.

Non scivit interdum pudor illi promere votum. Sed quod habere cupit hoc magis illa vocat

Il te fault entendre que honte Ne seuffre pas aucuneffois Une pucelle tenir conte De ce qu'elle ayme touteffois Se elle trouvoit bien a son choys Lieu propice elle accorderoit La chose que souventeffois Au paravant neyee auroit.

Pulchrius esse putat vi perdere virginitatem. Quam dicat de me fac modo velle tuum.

A parler a la verité Pucelle croit chose plus belle Perdre a force virginité Et se tenir ung peu rebelle Que de dire a l'homme que de elle Il face a sa voulenté Jamais on ne a une pucelle Sans aucune difficulté.

Hoc nimium caveas ne sit tibi circa supellex. Nesciat esse tuum pauperiam que tuam.

Sus toutes choses garde bien D'avoir mauvais habillement Se tu es povre n'en dy rien A elle principallement Et si garde totallement De luy dire ta residence Ou elle puisse aucunement Savoir se tu as indigence

Exiguo pulchram ducit solertia vitam Jocundo que suas ore tegit lachrimas

Le saige maine vie honneste De si petit qu'il peut avoir Sans que son estat magnifeste Qu'il n'est ja mestier de sçavoir Se tu veulx faire ton devoir Garde toy de dire nulle heure Que tu as souffrance d'avoir Souvent bouche ryt que cueur pleure

Quod non esses simulare potes dictis habitu que. Maxima sors parvo contigit ingenio

A celle fin de mieulx attaindre Et venir a fin de ton fait Aucuneffois tu peulz bien faindre Estre tel que n'es pas de fait Le dit et l'abit en effect Aucuneffois aydent a l'homme Et apparaist estre parfait Tel qu'il ne vault pas qu'on le nomme

Plurima mundus habet sua que vicinia nescit. De quibus apta sibi plura referre potest.