Lettres du prince de Metternich à la comtesse de Lieven, 1818-1819
Part 33
Au dehors, les affaires de Belgique, les affaires d'Espagne, l'agitation de l'Allemagne troublaient le vieux diplomate, qui, devenu très sourd, presque aveugle, assistait impuissant au déclin de sa grandeur.
Il sombra définitivement au mois de mars 1848. Les nouvelles de la Révolution accomplie à Paris déterminèrent la catastrophe.
A ce moment, l'impopularité du prince de Metternich était à son comble. Dans la famille impériale même, il n'était pas aimé, et l'empereur François n'était plus là pour le couvrir. Un concurrent redoutable pour lui avait surgi en la personne du comte Kolowrat, qui représentait, aux yeux de tous, un vague libéralisme en opposition avec toutes les idées de l'ancien règne.
Le chancelier pourtant ne semblait pas prévoir le danger imminent dont il était menacé. Le comte de Hübner a fait un curieux tableau de la quiétude qui régnait alors au palais de la Chancellerie: «Ce qui me frappe sans m'étonner, écrit-il le 25 février 1848, c'est l'insouciance, le laisser-aller charmant qui, malgré les gros nuages qui pointent sur l'horizon, règnent dans ce salon (celui de la princesse Mélanie) aux «petits jours», lorsque la maîtresse de la maison réunit les élus: quelques gros bonnets du corps diplomatique, quelques _big swells_ du pays, tandis que la jeunesse se groupe autour du thé de la princesse Herminie de Metternich. Notre société est si habituée au beau temps qui a régné en Autriche depuis 1815, qu'elle a perdu le souvenir des tempêtes du commencement du siècle[608].»
[608] Comte DE HÜBNER, _Une année de ma vie_, 1848-1849, Paris, Hachette, 1891, in-8º, p. 7.
Le 13 mars cependant, les étudiants de Vienne envahirent la salle des États de la Basse-Autriche, et contraignirent ceux-ci à demander le renvoi immédiat de M. de Metternich.
Mme de Lieven tenait de M. de Flahault un récit de la crise. Tous les détails n'en sont peut-être pas scrupuleusement exacts, mais dans ces pages où l'ancienne ambassadrice tient la première place, sa version est celle qu'il est le plus intéressant de citer:
«Quand le peuple s'est soulevé et a demandé des réformes libérales, on a promis qu'une réponse serait donnée dans les deux heures, et ministres et archiducs se sont réunis en conseil. La question posée, Metternich prend la parole et pérore pendant une heure et demie pour ne rien dire, jusqu'à ce que l'archiduc Jean, tirant sa montre, lui fasse cette observation:--«Prince, il nous reste une demi-heure, et nous n'avons pas encore délibéré sur la réponse qu'il convient de faire au peuple.»--«Monseigneur, s'écrie alors Kolowrat, voilà vingt-cinq ans que je siège dans ce conseil avec le prince de Metternich, et je l'ai toujours entendu parler ainsi sans venir au fait.»--«Mais aujourd'hui, il faut y venir et sans tarder, reprend l'archiduc. Savez-vous, prince, que les premiers du peuple demandent votre démission?» Metternich de répondre qu'à son lit de mort l'empereur François lui a fait jurer de ne jamais abandonner son fils, mais que, si la famille impériale désire sa retraite, il se considérera comme relevé de son serment. Les archiducs déclarent qu'ils la désirent, et il consent à s'en aller. Alors l'Empereur intervient pour dire: «C'est moi qui suis le souverain après tout, et c'est à moi de décider. Dites au peuple que je consens à tout!» Ce crétin couronné ayant ainsi réglé la question, le grand ministre qui, pendant quarante ans, avait despotiquement gouverné l'empire dont il était la personnification, s'est aussitôt retiré, et à l'heure présente on ignore encore le lieu où il a cherché un refuge[609].»
[609] GREVILLE, _Les quinze premières années du règne de la reine Victoria_, p. 375.
Ce conseil s'était tenu chez l'archiduc Louis, dans la nuit du 13 au 14 mars.
Son sacrifice accompli, l'ex-chancelier rentra dans son palais. Les épreuves commençaient: «Je ne saurais dire, écrit la princesse Mélanie, tous les témoignages d'ingratitude et de basse méchanceté que j'ai recueillis en ce jour. Je n'ai jamais fait grand cas des hommes, mais j'avoue que je ne me les étais pas figurés aussi vils. De même que les rats abandonnent un navire qui sombre, de même nous avons été fuis par une foule d'amis égarés par la peur.»
L'épouse admirable ajoute: «Tout le monde se réjouissait de voir Clément abaissé dans l'opinion publique de l'Europe; mais moi je le regarde comme plus grand que jamais[610].»
[610] _Mémoires du prince de Metternich_, t. VII, p. 545 (Journal de la princesse Mélanie).
Le 14 mars au matin, le prince de Metternich dut quitter la Chancellerie et se réfugier chez ses amis Taaffe. Mais Vienne n'était plus un abri sûr pour lui. Escorté de sa femme et de trois fidèles, Rodolphe de Liechtenstein, Charles Hügel et Rechberg, il se rendit nuitamment au château de Felsberg[611]. Le 21, la municipalité de la petite ville exigea son départ dans les vingt-quatre heures. Celui qui avait eu l'Europe à ses pieds ne savait où aller.
[611] _Ibid._, t. VII, p. 629 (Autobiographie), p. 546 (Journal de la princesse Mélanie).
Sa fille lui suggéra l'idée de chercher un refuge en Angleterre.
Il partit pour Olmütz: le commandant d'armes ne voulut pas engager sa responsabilité en le laissant pénétrer dans cette place. Il repartit en chemin de fer, et débarqua, avec sa femme, à la dernière station avant Prague, tous deux se «dissimulant comme des voleurs[612].» Les fugitifs purent, en payant le triple du tarif, se faire conduire en voiture à Dresde.
[612] _Ibid._, t. VIII, p. 5 (Journal de la princesse Mélanie).
La traversée de l'Allemagne ne présentait guère plus de sécurité pour eux que celle des états autrichiens. De Dresde à Hanovre, ils firent le voyage dans leur berline, que l'on avait placée sur un wagon en leur imposant l'obligation de tenir les stores baissés.
Par Minden, Fürstenau, Oldenzort ils atteignirent la Hollande, et, le 20 avril, ils débarquèrent à Blackwall d'où ils gagnèrent Londres dans la même journée[613].
[613] A son arrivée à Londres, M. de Metternich descendit avec les siens à Brunswick-Hôtel, Hanover Square; mais, quinze jours après son arrivée, il s'installa dans la maison de Lord Denbigh, 44, Eaton-Square.
L'accueil que le prince reçut adoucit ses blessures. Dans son pays, «il ne pouvait plus compter sur personne[614].» Mais le peuple anglais a le culte des souvenirs glorieux. Déchu, le chancelier d'Autriche était encore le représentant d'un passé de force et de puissance. Tout ce qui avait un nom tint à honneur de l'entourer.
[614] _Mémoires du prince de Metternich_, t. VIII, p. 5 (Journal de la princesse Mélanie).
Son orgueil d'ailleurs ne l'avait pas abandonné. Il retrouva, sur le sol de la Grande-Bretagne, un autre grand proscrit, M. Guizot, et ce dernier nous donne, dans ses _Mémoires_, une curieuse preuve de cette vanité persistante. Il rapporte ainsi une conversation qu'il eut avec son ancien collègue: «L'erreur, me dit-il un jour, avec un demi-sourire qui semblait excuser d'avance ses paroles, l'erreur n'a jamais approché de mon esprit.»--«J'ai été plus heureux que vous, mon prince, lui dis-je; je me suis plus d'une fois aperçu que je m'étais trompé[615].»
[615] M. GUIZOT, _Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps_, t. V, p. 21.
M. de Metternich ne comprit peut-être pas cette fine repartie.
Pourtant la terre d'exil était dure pour ce vaincu. Après avoir passé quelques mois à Brighton, à la fin de 1848, le printemps et l'été de 1849 à Richmond, le prince se rendit à Bruxelles[616]: pour l'ancien propriétaire du Johannisberg, de Plass, de Kœnigswart, de tant de terres et de châteaux somptueux, mis sous séquestre, le séjour de l'Angleterre était devenu trop onéreux!
[616] A Richmond, M. et Mme de Metternich habitèrent Old Palace. A Bruxelles, ils louèrent une maison appartenant au violoniste Bériot et située 11, boulevard de l'Observatoire. Ils y demeurèrent du mois d'octobre 1849 au 17 octobre 1850. A cette dernière date, ils s'installèrent au palais d'Arenberg, près du Sablon (_Mémoires du prince de Metternich_, t. VIII, p. 50, 72 et 90).
Cependant l'heure de l'oubli vint, l'orage s'apaisa. L'ancien chancelier, auquel ses biens avaient été rendus, put retourner au Johannisberg en juin 1851. Le séjour de Vienne redevenait possible pour lui: la révolution démocratique et constitutionnelle de 1848 avait abouti à une restauration du pouvoir absolu. M. de Metternich rentra dans la capitale de l'Autriche au mois de septembre 1851. Il était désormais à l'abri des tempêtes, mais sa carrière politique était terminée.
Il vécut assez pour voir le début de la guerre d'Italie, avec laquelle commençaient les longs malheurs de sa patrie. Il «s'éteignit doucement et sans agonie[617]» à Vienne le 11 juin 1859 vers midi, sept jours après Magenta, treize jours avant Solférino.
[617] _Mémoires du prince de Metternich_, t. VIII, p. 648. Le baron Alexandre de Hübner au prince Richard de Metternich, Vienne, le 26 mai 1883.
Durant les dernières années de sa vie, les deuils de famille avaient continué à fondre sur lui.
En 1829, quelques mois après sa seconde femme, il avait perdu son fils aîné, le prince Victor. En 1833 et en 1836, il avait eu à pleurer une fille, puis un fils, issus de son troisième mariage, la petite princesse Marie et le jeune prince Clément. Enfin, le 3 mars 1854, il voyait s'éteindre la fidèle compagne des mauvaises heures, l'amie constante et sûre des routes de l'exil, sa troisième femme, la princesse Mélanie. Des quatorze enfants auxquels il avait donné son nom, six seulement lui survivaient[618].
[618] De son second mariage avec Mlle de Leykam, M. de Metternich n'avait eu qu'un fils: le prince Richard, né le 7 janvier 1829, qui mourut le 1er mars 1895. Il avait épousé le 13 juin 1856 sa nièce, la comtesse Pauline Sandor, dont l'esprit et l'entrain firent tant de sensation à la cour des Tuileries sous le Second Empire. Il fut ambassadeur d'Autriche à Paris et son nom, comme celui de sa femme, est associé aux joies ainsi qu'aux détresses de l'entourage de Napoléon III.
Du troisième mariage du prince Clément avec la comtesse Zichy naquirent cinq enfants.
1º Mélanie, née le 27 février 1832, morte le 14 janvier 1897, mariée le 20 novembre 1853 au comte Joseph Zichy.
2º Clément, né le 21 avril 1833, mort le 10 juin de la même année.
3º Paul, né le 14 octobre 1834, mort le 6 février 1906, épouse, le 9 mai 1868, la comtesse Mélanie Zichy-Ferraris.
4º Marie, née le 23 mars 1836, morte le 12 juin 1836.
5º Lothaire, né le 12 septembre 1837, mort le 2 octobre 1904, épousa successivement Caroline Reitter (21 avril 1868) et la comtesse Françoise Mittrowsky (5 juin 1900).
(STROBL VON RAVELSBERG, _Metternich und seine Zeit_, t. I, p. 56.--_Almanach de Gotha._--_Mémoires du prince de Metternich_).
L'ancien chancelier, avant de mourir, avait aussi vu disparaître deux femmes dont les noms devaient éveiller en lui bien des pensées: à Paris, la princesse de Lieven, en janvier 1857, à Vienne la princesse Bagration, le 21 mai de la même année.
Cette dernière était revenue habiter l'Autriche. Elle avait été accueillie avec empressement par son ancien amant. Quand elle succomba, les familiers du prince n'osèrent, pendant trois jours, lui annoncer la nouvelle, tant ils redoutaient la secousse que celle-ci pouvait causer au vieillard. Il fallut pourtant s'y résoudre, lorsque les journaux annoncèrent le décès. Après bien des précautions oratoires, on se risqua à lui dire la vérité. L'ancien chancelier, très tranquillement, eut seulement ces mots pour réponse: «Vraiment, cela m'étonne qu'elle ait vécu si longtemps[619].»
[619] STROBL VON RAVELSBERG, _Metternich und seine Zeit_, t. I, p. 54.
Nous ne savons ce qu'il put dire de la princesse de Lieven. Très probablement, son oraison funèbre ne fut pas plus tendre. Égoïsme et oubli! Celle qu'il avait tant aimée méritait pourtant mieux. A défaut d'un regret à la maîtresse, son cœur aurait été équitable en faisant à l'amour passé la grâce d'un souvenir ému.
De cet amour, ses lettres, seules, ont survécu. Elles lui attireront peut-être, après quatre-vingt-dix ans, quelques sympathies nouvelles. On retrouvera en elles un peu de l'âme de ce grand charmeur, dont tant de ses contemporaines ont subi la fascination.
Sans doute, les pages écrites à l'amie du moment témoignent de beaucoup d'infatuation, de beaucoup de légèreté, de beaucoup de pédantisme philosophique. Mais elles ne seraient pas de M. de Metternich, s'il en était autrement.
V
Pour ne pas interrompre le rapide exposé des aventures de nos deux personnages, nous avons réservé pour ces pages le récit de leurs dernières rencontres.
Au reste, ce n'était pas tant l'histoire de leur vie que celle de leur commune passion qu'il s'agissait de conter, et les rencontres dont nous allons parler, après l'amour, après la haine, marquent l'oubli, cette seconde mort de toute liaison.
On nous pardonnera de revenir en arrière pour faire assister le lecteur à la mélancolique conclusion de ce roman mi-parti politique, mi-parti sentimental.
Après leur rupture, le prince de Metternich et la princesse de Lieven étaient restés plus de vingt années sans se revoir.
Le temps, ce grand pacificateur, avait fait son œuvre quand, en 1848, ils se retrouvèrent à Brighton.
Le destin avait été cruel pour l'un comme pour l'autre.
Le chancelier, proscrit, chassé de son pays par la révolution, cherchait avec angoisse la place où il pourrait «poser sa tête pour mourir[620].» Infirme, dépouillé de ses biens, abandonné de tous, il ne lui restait, de sa puissance perdue, que le spectacle des ingratitudes dont il était abreuvé. Dans ce désastre, seule, sa confiance en lui-même survivait.
[620] _Mémoires du prince de Metternich_, t. VIII, p. 43.
Celle qui avait été l'ambassadrice fêtée du tsar, vieillie, malade, brisée dans ses plus pures affections, se trouvait sur la même terre hospitalière, après avoir fui, elle aussi, devant l'émeute populaire.
Cependant, une consolation leur avait été réservée: aux côtés de M. de Metternich, le zèle d'une femme très dévouée s'efforçait de panser les blessures du vieil homme d'État; à ceux de Mme de Lieven, se trouvait l'ami sûr au sort duquel elle avait, avec tendresse, définitivement lié le sien. Mais ce n'était ni à la princesse Mélanie ni à M. Guizot que Clément et Dorothée pensaient quand, jadis, à Aix, ils s'étaient réjouis de ne plus être seuls, chacun de leur côté, dans la vie...
Au mois de novembre 1848, l'un et l'autre étaient venus chercher un peu de calme et de repos au bord de la mer, à Brighton. Ils se virent fréquemment, et leurs relations renouées se continuèrent à Richmond et à Londres, suivant les étapes de l'exil.
La troisième princesse de Metternich parle de ces rencontres dans les termes les plus simples: «La princesse de Lieven est arrivée. J'ai eu avec elle un entretien de deux heures... Je suis allée avec Clément faire une visite à la princesse de Lieven. Nous y avons trouvé M. Guizot... Nous voyons beaucoup la princesse de Lieven. Elle nous tient au courant de tout ce qui se passe à Paris... La comtesse Chreptovitch, fille du comte de Nesselrode, est venue nous voir avec la princesse de Lieven...[621]»
[621] _Mémoires du prince de Metternich_, t. VIII, p. 36, 37, 42, 85 (Journal de la princesse Mélanie).
Nous connaissons d'autre part, par une lettre de Mme de Lieven à M. de Barante, l'impression de celle-ci: l'ami d'autrefois n'avait pas retrouvé son auréole.
«Je vois M. et Mme de Metternich tous les jours, écrit-elle. Elle, grosse, vulgaire, naturelle, bonne et d'un usage facile. Lui, plein de sérénité, de satisfaction intérieure, d'interminable bavardage, bien long, bien lent, bien lourd, très métaphysique, ennuyeux quand il parle de lui-même et de son infaillibilité, charmant quand il raconte le passé et surtout l'empereur Napoléon[622].»
[622] _Souvenirs du baron de Barante_, t. VII, p. 421. La princesse de Lieven à M. de Barante, Brighton, 19 janvier 1849.
En août 1850, l'ancien chancelier et l'ex-ambassadrice se retrouvèrent encore à Bruxelles. Le prince s'apprêtait à prendre le chemin du retour vers sa patrie. Mme de Lieven revenait de Schlangenbad et rentrait en France, en passant par l'Angleterre[623]. Ils ne devaient plus se voir. Le journal de la princesse Mélanie nous fait connaître le sujet de quelques discussions politiques auxquelles ils prirent part pendant ces rapides réunions, mais nous ne savons rien de plus sur leurs adieux.
[623] _Mémoires du prince de Metternich_, t. VIII, p. 88 (Journal de la princesse Mélanie).
Si donc l'on prenait à la lettre les documents que nous venons de citer, aucune fibre du cœur du prince ou de celui de la princesse n'aurait tressailli au cours de ces entrevues.
Même en l'absence de tout document, ne peut-on penser qu'il dut cependant en être autrement? Purent-ils vraiment se côtoyer sans jeter un regard sur le passé? N'étaient-ils pas, l'un pour l'autre, l'évocation vivante de leurs plus brillantes années?
Ils étaient à l'apogée de leurs carrières lorsqu'ils s'étaient aimés. Ils ne se retrouvaient, aigris et désabusés, que pour comparer leurs détresses.
S'ils n'échangèrent pas les paroles émues qui auraient pu leur venir aux lèvres, si même ils en échangèrent dont ils ont gardé le secret, revécurent-ils par la pensée les jours à jamais révolus, ceux où ils s'étaient adressé de si tendres et vibrants serments d'amour?
Pensèrent-ils à ce «toujours» dont ils avaient voulu faire la devise de leur passion et qui n'est pas dans la nature humaine?
Ces deux vaincus se souvinrent-ils de la mélancolique pensée écrite par Jean-Paul sur l'album du Johannisberg, au temps où leurs deux cœurs n'en faisaient qu'un: «Le souvenir est le seul Paradis d'où nous ne puissions être chassés?»
SOURCES
I
LETTRES DU PRINCE DE METTERNICH A LA COMTESSE DE LIEVEN
Les lettres publiées dans le présent volume sont reproduites d'après les originaux, sans aucune suppression ni modification, sauf la rectification de l'orthographe.
Ces originaux, de la main du prince de Metternich, sont écrits en français. Ils ont été, très antérieurement à l'époque où ils sont venus en notre possession, réunis en deux volumes, revêtus chacun d'un carton bleu pâle.
Le premier volume comprend les lettres écrites en 1818; le second celles écrites pendant les quatre premiers mois de 1819. Au dos du premier, une inscription manuscrite porte:
«_1818.--1-9.--Correspondance intime du P_ce _de M. 1818-1826_.
Au dos du second, on lit également:
_1819.--10-24.--Corresp_ce _intime du P_ce _de M_ch. _1818-1826_.
Après l'indication de l'année, 1818 ou 1819, les chiffres 1-9, 10-24 sont les numéros d'ordre des lettres contenues dans chaque recueil.
Toutes ces lettres sont écrites sur fort papier blanc, doré sur tranches, de format variable. Les dimensions extrêmes s'écartent peu cependant de 12c 1/2 sur 20c 1/2.
II
INTRODUCTION ET CONCLUSION
1º LA PRINCESSE DE LIEVEN
A) _Correspondance et Mémoires de la princesse._
1º _Correspondence of princess Lieven and Earl Grey_, 1824-1841, edited and translated by Guy Le Strange. 3 vol. in-8º. Londres, R. Bentley, 1890.
Après la mort de Lord Grey, en juillet 1845, les lettres de Mme de Lieven furent rendues à celle-ci par les exécuteurs testamentaires du comte. En octobre 1846, Mme de Lieven les confia, en même temps que celles à elle adressées par l'homme d'État anglais au duc de Sutherland.
Écrites en français, les lettres de la princesse ont été, pour cette publication, traduites en anglais.
Cet ouvrage a donné lieu à de nombreux articles et comptes rendus.
En France, Mlle Marie Dronsart en a donné une analyse très fidèle dans: _La princesse de Lieven et le comte Grey_ (_Correspondant_ du 10 juin 1890, t. CLIX, p. 907).
En Angleterre, voir _Edinburgh Review_, t. CLXXI, p. 453; _Westminster Review_, t. CXXXIII, p. 643; _Athenæum_ t. XC-1, p. 141, t. XCI-1, p. 145; _Spectator_, t. LXIV, p. 121; _Saturday Review_, t. LXIX, p. 71; t. LXXI, p. 177.
2º _Lettres de la princesse de Lieven à M. de Bacourt_ publiées par la comtesse de Mirabeau (_Correspondant_ du 10 août 1893, t. CLXXII, p. 531).
3º _Un roman du prince de Metternich_, par M. Ernest Daudet, (_Revue hebdomadaire_), du 29 juillet 1899, t. VIII, p. 648, et du 4 août 1899, t. IX, p. 30).
Contient quatre lettres de Mme de Lieven au prince de Metternich. Bien que M. Daudet, par excès de prudence, hésite à les lui attribuer d'une façon certaine, ces lettres sont certainement de Mme de Lieven, de même que les lettres du prince, publiées dans le même travail, sont adressées à cette dernière. Les unes et les autres font partie de la correspondance dont nous publions ici le début.
4º _Souvenirs du baron de Barante, de l'Académie française_, 1782-1866, publiés par son petit-fils Claude de Barante. 8 vol. in-8º. Paris, Calmann Lévy, 1890-1901.
Les tomes V et VII contiennent vingt-six lettres écrites par la princesse au baron de Barante et datées du 17 février 1836 au 23 octobre 1850. Il est, par ailleurs, souvent question de Mme de Lieven, soit dans les souvenirs eux-mêmes, soit dans les lettres écrites ou reçues par l'auteur.
5º _Pauls Tod. Aufzeichnung der Fürstin Darja Christophorowna Liewen geb. Baronesse Benkendorf._ Extraits des mémoires de la princesse (11-23 mars 1801) où elle raconte ce qu'elle vit de la tragédie où Paul Ier trouva la mort, publiés dans: _Die Ermordung Pauls und die Thronbesteigung Nikolaus I._ Neue Materialen veröffentlicht und eingeleitet von Professor Dr. Theodor Schiemann. In-8º, Berlin, Georg Reimer, 1902.
6º _Letters of Dorothea, princess Lieven, during her residence in London_, 1812-1834. Edited by Lionel G. Robinson, in-8º, Londres, Longmans, Green and Co, 1902.
Ces lettres, traduites en anglais et précédées d'une remarquable étude de L. G. Robinson, sont extraites de la correspondance échangée entre Mme de Lieven et son frère, le général Alexandre de Benckendorf, et qui est passée, par héritage, entre les mains de la famille Apponyi.
7º Les ouvrages de M. Ernest Daudet, classés dans la série qui suit, contiennent de nombreux extraits de lettres de Mme de Lieven.
B) _Biographies._
1º _Mélanges biographiques et littéraires. La princesse de Lieven_ par M. Guizot, in-8º. Paris, Michel Lévy, 1868.
2º Article _Lieven_ (_Dorothée de Benckendorf, princesse de_) par G. G. (Guillaume Guizot) dans la _Biographie Universelle ancienne et moderne_ (_Michaud_).
M. Guillaume Guizot, dans cet article, reproduit en partie les renseignements donnés par son père dans l'ouvrage précédent.
3º _Portrait de Mme la princesse de Lieven à la manière du duc de Saint-Simon._ Janvier 1857.--_Notice of the late princess of Lieven_, par Ralph Sneyd, publiée dans les _Miscellanies of the Philobiblon Society_, t. XIII, Londres, 1871-1872.
Portrait très curieux de la princesse à la fin de sa vie, écrit en français. Il avait été donné par M. Sneyd à Lady Alice Peel, l'une des amies les plus intimes de Mme de Lieven.
4º _Fürstin Dorothea Lieven_, par Arthur Kleinschmidt, dans _Westermanns Illustrierte deutsche Monatshefte_ (Brunswick) octobre 1898, livraison 505, p. 21.
5º _Princess Lieven_, par M. A. Laugel dans _The Nation_ (New York), t. LXXIII, p. 299 et 319.
6º _Princess Lieven and her Friendships_ dans _Temple Bar_ (Londres) t. CXIX, p. 517.
* * * * *
M. Ernest Daudet qui, le premier en France, a étudié avec soin la vie et le rôle de Mme de Lieven, a publié sur elle, outre l'ouvrage mentionné sous le no 3 de la précédente série:
7º _La princesse de Lieven_, d'après les papiers inédits de la duchesse Decazes (journal _Le Temps_ des 10 et 20 janvier 1898).
Ces articles ont été analysés dans la _Revue encyclopédique_, 1898, p. 217.
8º _La princesse de Lieven_ (_Revue des Deux Mondes_ du 15 septembre 1901, t. CLXVII, p. 307).