Lettres à un ami, 1865-1872

Chapter 9

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...Je vais rentrer à Paris demain ou après. Écrivez-moi donc rue de Douai, 22. Rien de très nouveau, si ce n'est que je vais prendre probablement le 1er novembre, la position de chef du chant à l'Opéra. C'est une situation que n'ont dédaignée ni Hérold ni Halévy. Je ne serai pas fort occupé, et les appointements sont relativement bons: cinq ou six mille, et, de plus, des arrangements de partitions, etc.--Les directeurs de l'Opéra-Comique, ne voulant pas risquer de grandes pièces cette année, m'ont _demandé_ d'écrire la partition d'une _Namouna_ assez intéressante. La chose était pressée, et l'on m'a mis l'épée dans les reins; mais aujourd'hui, ces messieurs donnent tous leurs soins au _Fantasio_ de _Jacques Offenbach_, et mes exigences légitimes de distribution retardent la chose. Je publie en ce moment chez Durand (ancienne maison Flaxland) un recueil de dix morceaux à quatre mains intitulé: _Jeux d'enfants_. J'en suis assez content.--Du reste, je me fais chaque jour plus fort contre les petites émotions de la vie. Ce n'est pas à proprement parler de la philosophie, mais c'est un immense dédain, un souverain mépris qui en tiennent lieu.......

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Trouvez deux minutes à donner à votre ami dévoué.

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Janvier 1872.

Cher ami,

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L'élection _Vautrain_[118] nous laisse espérer un prochain retour de l'Assemblée...

Rien de nouveau.--On m'a écrit hier de l'Opéra-Comique pour la mise en répétitions de _Namouna_; mais j'ai des exigences qui empêcheront probablement l'affaire d'aboutir.

Mille amitiés de votre tendrement dévoué.

[Note 118: L'Assemblée nationale refusait de quitter Versailles, et on avait pensé que le choix d'un modéré la déciderait à transférer son siège à Paris.]

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17 juin 1872.

Mon cher ami,

Vous devez m'en vouloir, mais si vous saviez quel hiver écrasant j'ai eu à passer, vous me plaindriez sincèrement.--Mille francs de leçons par mois, _Djamileh_ à faire répéter et à orchestrer, et tous les ennuis ordinaires de la vie de Paris qui dévorent la meilleure partie de l'existence............

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_Djamileh_ n'est pas un succès. Le poème est vraiment antithéâtral, et ma chanteuse a été au-dessus de toutes mes craintes. Pourtant, je suis extrêmement satisfait du résultat obtenu. La presse a été très intéressante, et jamais opéra-comique en un acte n'a été plus sérieusement, et, je puis le dire, plus passionnément discuté[119]. La rengaine Wagner continue. _Reyer_ (_les Débats_), _Weber_ (_le Temps_), _Guillemot_ (_Journal de Paris_), _Joncières_ (_la Liberté_) (c'est-à-dire plus de la moitié du tirage de la presse quotidienne) ont été très chauds.--_De Saint-Victor_, _Jouvin_, etc., ont été bons en ce sens qu'ils constatent inspiration, talent, etc., le tout gâté par l'influence de Wagner.--Quatre ou cinq folliculaires ont éreinté l'ouvrage; mais les feuilles qu'ils ont à leur disposition ne leur donnent aucune importance.--Ce qui me satisfait plus que l'opinion de tous ces messieurs, c'est la certitude absolue d'avoir trouvé ma voie. Je sais ce que je fais.--On vient de me commander trois actes à l'Opéra-Comique.--_Meilhac_ et _Halévy_ font ma pièce.--Ce sera _gai_, mais d'une gaieté qui permet le style.--J'ai aussi des projets symphoniques, mais mon baby va me déranger bien agréablement.

[Note 119: Voir l'introduction, p. 35.]

Que faites-vous? Comment allez-vous? Écrivez-moi. Je n'ai plus vu G., mais on l'a vu à _Djamileh._--Je suis donc rassuré sur son compte...............

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Mille amitiés de votre fidèle et dévoué.

FIN

Paris.--Imp. L. POCHY, 52. rue du Château.--1294-4-09.

End of Project Gutenberg's Lettres à un ami, 1865-1872, by George Bizet